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Articles tagués “Theo Leger

Théo Léger – Beauté des temps révolus


Portrait-de la marquise Luisa Casati (1908)

 

Peinture: Giovanni Boldini

Elles traversaient les profondeurs de l’argent des miroirs.
D’une fragrance de chevelure aux parfums érotiques,

d’une jaillissante malice de dentelles couvrant leur chair
où luisaient les globes fragiles soumis aux caresses de l’homme,
de leur murmure d’éventails, de leur secret de bagues
dont les fourmis laborieuses ont mémoire au musée
sous les racines d’un monde vert

qu’est-il resté ? Rien.           Ton seul sourire :
un papillon de cils battant contre une lèvre d’amant
la crispation de doigts malhabiles.

Sur les draps de la nuit était-ce
cris de naissance ou de mort? Cela, les horloges l’ignorent.

Théo Léger      (1960)

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Theo Léger – Le courtisan


photo extraite du film « Ridicule »

 

-LE COURTISAN

 

Pareil à la sculpture indispensable aux palais
à l’architecture d’une salle de bal

Virtuose des redoutes, Cicérone des alcôves de la cour,
tel le voilà! si léger qu’il tourne à tout vent.

Il s’exerce à la danse : art très utile
Aux temps du carnaval
d’un tour de valse il fait tomber dans la disgrâce
des tribus tout entières.

Rompu aux méandres du jeu,
il suffit qu’au moment juste
un nom lui tombe des lèvres entre deux airs,
avant que sa main ne marque la nouvelle cadence
un bouquet de têtes ennemies
déjà s’est fané aux potences.

Il est tout agilité, mémoires de balcons secrets,
d’un toucher de prophète si parfait
qu’en te serrant la main
il connaîtra ta place au banquet de l’an prochain.

Il peut si nécessaire (on ne soupçonne les amoureux)
s’éprendre d’une Juliette
traînant tête vide une clameur de ragots
qui lui dira le temps précis d’abandonner des murs branlants
et d’attendre que pâlissent les traces de sang.

Puis, à l’heure où les maîtres nouveaux regardent
écœurés d’ail, obèses de choucroute, nostalgiques
l’île déserte d’un morne trône, le revoilà!

{Théo Léger) (1963)


Théo Léger – Perdu dans la Montagne un soir de novembre


 

 

 

 

peinture: Marsden hartley

peinture: Marsden Hartley

Perdu dans la Montagne un soir de novembre

 

 

Amples demeures des morts. La sourde. L’endormie.

J’entends se déchirer la caresse des branches

contre sa pierre énorme

j’entends la violente larme des torrents.

Je rôde sur une rive de fumée.

J’éveille une barque l’eau neutre les roseaux.

Je trouble à peine leur silence.

Je passe et ne laisse aucune ombre.

Chemin perdu, j’appelle.

A peine un écho me répond

un vent d’hiver.

Où sont les anciens voyageurs ?

Où sont mes camarades mes frères ?

Où sont ils ?

Soupir innombrable des pins contre une pente obscure.

 

 


Théo Léger – Le courtisan


 

 

 

 

peinture: George Romney, portrait de James Ainsley

peinture:         George Romney,            portrait de James Ainsley

 

LE COURTISAN

 
Pareil à la sculpture indispensable aux palais
à l’architecture d’une salle de bal

Virtuose des redoutes,

Cicérone des alcôves de la cour,
tel le voilà! si léger qu’il tourne à tout vent.

Il s’exerce à la danse :  art très utile

Aux temps du carnaval
d’un tour de valse il fait tomber dans la disgrâce
des tribus tout entières.

Rompu aux méandres du jeu, il suffit qu’au moment juste
un nom lui tombe des lèvres entre deux airs,
avant que sa main ne marque la nouvelle cadence
un bouquet de têtes ennemies
déjà s’est fané aux potences.

Il est tout agilité, mémoires de balcons secrets,
d’un toucher de prophète si parfait
qu’en te serrant la main
il connaîtra ta place au banquet de l’an prochain.

Il peut si nécessaire (on ne soupçonne les amoureux)
s’éprendre d’une Juliette
traînant tête vide une clameur de ragots
qui lui dira le temps précis d’abandonner des murs branlants
et d’attendre que pâlissent les traces de sang.

Puis, à l’heure où les maîtres nouveaux regardent
écœurés d’ail, obèses de choucroute, nostalgiques
l’île déserte d’un morne trône, le revoilà!

{Théo Léger)    (1963)