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Pierre Seghers – le toit s’est enfui


Hollande Island dans la baie de Chesapeake.jpg

baie de Chesapeake. Maison  aux  Pays-Bas

« Le toit s’est enfui
La pluie est entrée
De vivre en aimant
Ce fut impossible
Futile bonheur
Fut-il pris pour cible ?
Il n’en reste rien
Qu’un corps éventré. »

(extrait de « La maison des sables »)


Henri Pourrat – Le clos au levant


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Lorsque le soleil se lève,
Il se lève sur un clos :
La fraise y vient sous la fève,
Le cassis sous le bouleau.

Loin des fumées du village
Et des jardins en casiers,
Un clos qui sent le sauvage,
Plein d’ombre et de framboisiers.

J’entends le vent des collines
Qui m’apporte son odeur
De cerfeuil et de racine,
Son goût d’herbe de senteur.

Juste un toit pour notre couette
—    Les nuits sont fraîches, l’été —,
Et puis, comme l’alouette,
Y vivre de liberté.

 

Henri POURRAT « Libertés » in « Anthologie des Poètes de la N.R.F. »


Guillevic – Recette


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Peinture:           Ch Soutine:  rue  à Cagnes

 

 

 

Prenez un toit de vieilles tuiles
un peu avant midi.

Placez tout à côté
un tilleul déjà grand
remué par le vent.

Mettez au-dessus d’eux
un ciel de bleu, lavé
par des nuages blancs.

Laissez-les faire.
Regardez-les.

 

Guillevic (extrait de « Avec » – éditions Gallimard, 196


Denis Scheubel – ce que tu as, ils en font du courant électrique


extrait de  « about Rock, Sex ans the  cities »

Confie-leur ta colère, ce que tu as

Ils en font du courant électrique

En remplissant la salle jusqu’au toit

Et le matin fera de leur art une relique.


Lucie Delarue-Mardrus – Par ma fenêtre ouverte


peinture :  takmaj

aquarelle : Maja Wronska ( takmaj )

Par ma fenêtre ouverte où la clarté s’attarde,
Dans la douceur du soir printanier, je regarde…
Chaque arbre, chaque toit qui s’élance dans l’air,
Tel le roc qui finit où commence la mer,
Marque la fin d’un monde au bord d’un autre monde.
Ici la terre et là le vide où, toute ronde,
Cette terre, toupie en marche dans l’éther,
Sans sa pauvre ceinture d’air
Ne serait à son tour qu’une lune inféconde.

Je contemple ce toit et cet arbre, montés
Vers l’insondable énigme et ses immensités.
En bas, la rue est calme et le printemps tranquille.
Rien ne trouble la paix de la petite ville.
On entend au lointain un merle. Il fait très beau.
C’est tout.
—    Pourquoi mes yeux regardent-ils si haut  ?

 

 

L D-M

( beaucoup des créations de l’auteure peuvent  être lus sur le site qui lui est consacré)


Joseph Brodsky – Elégie


 

peinture: Juan Gris la bouteille de banyuls - 1914

 

 

 

 

 

 

ÉLÉGIE

Ma bonne amie, c’est bien toujours le même
bistrot, le même barbouillage aux murs,
les mêmes prix… Le vin est-il meilleur?
Je ne crois pas. Non, ni meilleur ni pire.
Pas de progrès, et c’est très bien ainsi.

Seul le pilote de l’avion postal
picole, ange déchu.

Les violons
continuent de troubler, par habitude,
mon imagination.

A la fenêtre,
blancs comme la virginité, des toits.
Les cloches sonnent. Il fait déjà sombre.

Pourquoi as-tu menti?

Pourquoi mon ouïe
ne sait plus distinguer la vérité
et le mensonge, veut des mots nouveaux,
sourds, étrangers, que tu ne connais pas
mais qui ne peuvent être prononcés
que par ta voix, comme avant…

Joseph Brodsky

1968

(Traduit par Michel Aucouturier)(éditions Gallimard)