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François Piel – Eloge des rêves


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ELOGE DES RÊVES

En rêve
Je peins comme Vermeer de Delft
Je parle couramment grec et pas avec les seuls vivants.
Je conduis une auto qui m’est très docile.
Je suis doué, j’écris de longs poèmes.
J’entends des voix
pas plus mai que les saints les plus sérieux
Vous seriez étonnés du brio de mon jeu au piano.
Je vole comme il se doit, c’est-à-dire de moi-même.
Si je tombe d’une toiture
je sais me recevoir doucement dans l’herbe.
Il ne m’est pas difficile de respirer sous l’eau
Je ne me plains pas : j’ai pu découvrir l’Atlantide
Je me réjouis de ce qu’avant de mourir je parviens toujours à me réveiller.
Dès qu’une guerre éclate je me tourne d’un meilleur côté.
Je suis, mais sans y être obligé enfant de mon époque.
Il y a quelques années j’ai vu deux soleils.
Et avant hier un pingouin.

On ne peut plus distinctement

François Piel    (1972)


Automne du manoir – (RC)


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C’est l’automne au manoir, et ses vitres troublées.

Le rendez-vous des fantômes  et leur vie moulée

Dans les interstices  des boiseries du château

Les tissus étanches  d’araignées pensives

 

Voiles pendantes, de temps  étirés

Aux tains  ternis des miroirs piquetés

Et des lattes vermoulues, qui cèdent sous les pieds

Mais pas ceux des spectres, toujours attentifs

 

A rapporter les légendes  à mademoiselle la hulotte

Qui manifeste son intérêt en secouant ses ailes

Et qu’approuve toujours un nuage de poussière

Grisaillant un peu plus les livrées des laquais

 

Suspendues  dans l’office, seulement rafraîchies

Par  la pluie  qui s’infiltre à travers la toiture effeuillée

Et  la porte dégondée, qui baille au passage

Sur les malles ouvertes  aux  cuirs affaissés.

 

——–Négligence coupable du personnel de service

Qui a laissé se voûter, la splendeur des pourpoints olive

Les perruques  poudrées d’une  époque , sans plus avoir

Sur la glace, de la cheminée de style, un humble reflet.

 

Le  parc  à l’ordonnancement  sarcastique

Et symétrique , les allées encombrées  de ronces

A  fini  par renoncer aux mathématiques

Clos par sa haute  grille,       – et scellé par le temps.

 

 

 

RC  11 avril 2012