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Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

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Joseph Brodsky – le torse


 

Lénine brisé  2565.JPG

photo perso: effigie de Lénine brisée,  environs de Vilnius  Europaparkos

 

Si tu parviens soudain à une herbe de pierre plus belle dans le marbre qu’en réalité,

ou si tu vois un faune qui s’ébat avec une nymphe,
et ils sont plus heureux en bronze qu’en rêve,
tu peux laisser glisser de tes mains lasses le bâton : tu es dans l’Empire, ami.
Air,     flamme,      eau,       faunes,        naïades et lions,
copies de la nature ou fruits de l’invention,
tout ce qu’a conçu Dieu, que le cerveau s’épuise à poursuivre,
est mué là en pierre ou en métal.
C’est le terme des choses, c’est, au bout du chemin,
le miroir où l’on peut entrer.

Mets-toi dans une niche vide, laisse filer tes yeux,
et regarde les siècles passer et disparaître au coin,
et la mousse envahir la jointure de l’aine,
et la poussière qui se dépose sur l’épaule, hâle des âges.
Quelqu’un brise le bras et la tête en craquant depuis l’épaule roulera.
Et restera le torse, somme sans nom de muscles.
Mille ans plus tard une souris habitant dans la niche,
griffe abîmée de n’avoir su faire sien le granit,
sortira un beau soir, trottinant, piaillant, au travers du chemin,
pour ne pas retourner dans son trou à minuit. Ni le matin suivant.

1972

(Traduit par Véronique Schiltz.)


Le sentiment d’appartenir à une même espèce – ( RC )


photo et création Mickaëlle Delamé

 

 

Plutôt qu’insérer sa tête,
Dans une photographie,
et l’ovale découpé,
pour y placer son visage
il faut punaiser sur le mur
une  feuille  de papier kraft,
se dessiner  en taille  réelle,
toi debout, toi assis,
et parfois  tourner la tête,
pour que les gens
puissent  se regarder,
se mettre en couleurs,
s’échanger quelques paroles,
en bulles phylactères,
animer un bras, un torse,
puis les jambes  ….
L’habit qu’on a choisi,
ne fait pas son moine   ;
D’ailleurs il n’y
en a pas   ( de moines)
chacun alors,
sort à sa manière
de son rôle, et du dessin,
devient lui-même,
sorti du regard de l’autre,
se côtoient,
les personnages
trouvant leur auteur,
décalés d’ombres chinoises,
et quelque chose de commun,
le sentiment d’appartenir,
sans doute
à une même  espèce .


RC –

nov 2014