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Sa parole est d’or ( RC)


peinture; aquarelle perso 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

Si je voulais me lancer dans la politique
J’aurais à parler en public
Tenir des propos  de comptoir
Et donner dans l’oratoire…

Si je voulais me lancer dans la politique
Un métier bien sympathique
Il  faut d’adord mettre son grain de sel,
Et puis tirer les ficelles…

Faire  du bagoût à l’italienne,
Monté sur une  estrade, comme Démosthène
La bouche  de cailloux si pleine,
Qu’au début, on l’entend à peine.

Mais à force de s’entraîner,
Force discours rondement menés
Avec sa voix de stentor,
On dira que sa parole  est d’or.

Les politiques et l’oratoire
Disent  « Votez pour moi, ce soir »
Ce sera une bonne initiative
(pour les législatives)

Nous avons besoin de vos voix
Pour créer de nouvelles lois  !!
Votez pour moi, c’est le bon choix  !!
( et vive le Roi !)

Ne reculant devant aucun bon mot
A dénoncer le vrai du faux
En en tirer des phrases, avantage
Phrases dont nous sommes otages.

Dans la nation, les jeux  d’alliances
Se font et se défont  (pour le bonheur  de la France)
L’orateur  n’est pas  taciturne
Et nous  conduira aux urnes

Les promesses  électorales
C’est surtout jouer  de l’oral
Les paroles s’envolent les  écrits restent
Ou bien il faudrait qu’on les leste.

A l’art oratoire,  la conviction,
Rime  avec soumission
Aux jeux  du pouvoir
« Allez vous faire  voir »

On pourrait même  lancer des paris
Et deviner la première tromperie…
Vous verrez que rien ne presse
Pour transformer en concret, les promesses …

RC   2 juin 2012

 

 

 

 


Anna Akhmatova – tromperie


 

TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)


MARINA TSVETAIEVA – le plus grand des mensonges (1917)


 

peinture: Eugène Delacroix massacres de Scio - détail

 

 

 

 

 

En 1917, Marina Tsvetaieva  écrivait  ce texte   que l’on trouve  dans  les  « inédits  de Vanves »

 

Je te conterai le plus grand des mensonges

Je conterai pour toi le soir qui tombe et l’ombre.

Les feuilles vertes et les vieilles souches

Et les lumières éteintes et rien ne bouge.

Venu de loin, un homme, sa flûte en main,

Jeune, assis, nu, il joue sans fin.

La grande tromperie je conterai,

La lame perfide dans la main

Le trou brûlant de la lame en mon sein

Et de tes femmes les boucles blondes,

Et le sourire de tes enfants.

Et des vieillards le menton blanc.

Je te conterai le plus grand des fracas

Le tumulte sonore de mon siècle, le fer

Du galop des chevaux contre les pierres.