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Alberto Giacometti – une question continuelle à l’univers


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peinture: Alberto Giacometti – détail de portrait de Peter Watson

« Notre activité n’est qu’une question continuelle à l’univers, qui est aussi nous-même.

Pour chacun de nous, le monde est bien un sphinx devant lequel nous nous tenons continuellement, un sphinx qui se tient continuellement devant nous et que nous interrogeons.

Nous ne pouvons le faire que dans une attention soutenue, même physique de tout notre être, au guet, et dans une disponibilité aussi grande que possible sur tous les plans… Et nous enregistrons ce que nous entendons ou même ce que nous croyons entendre. »

—  Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007


Max Ehrmann – enfant de l’univers


max Ehrmann child of the universeYou are a child of the universe,

no less than the trees

and the stars

 

Tu es un enfant de l’univers,

pas moins que les arbres et les étoiles

max Ehrmann


Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )


starrynight

peinture:             V Van Gogh –       la nuit étoilée

On ne saura pas dire, s’il suffit  d’une  échelle
Pour  toucher le velours de la nuit.
Un tissu d’astres  s’y répand,
Comme une  corne  d’abondance

Car celui qui franchit les marches  du temps,
Peut  changer, en cas  d’urgence,
Les  étoiles qui se meurent
de froid et de peur
comme il le ferait de simples  ampoules.

Allumeur  de réverbères,
Van Gogh l’a tenté,
avec sa  « nuit étoilée »
en se jouant des courants  d’air.

Il est vrai  que certaines clignotent
( à qui la faute ? )…

Peut-être, justement,  du vent,
Qui voyage et se déroule
En les  bousculant,
La tête  à l’envers
dans un coin de l’univers .


Certaines  rêvant de voyager,
Confient,  pour celles  qui s’y prêtent,
D’étranges  messagers,
De la catégorie des comètes.

Traversant les orbites
des planètes
( et celle de leurs satellites ),
on pourrait craindre  qu’elles ne s’égarent.

Car nulle part
il n’y a de barrière
qui les séparent
De nos années-lumière :

les voilà soudain proches
ces comètes  voyageuses –
et leur consistance  de gaz et de roches,
ne les empêche pas,   lumineuses,
de foncer sans aucun bruit
Dans le vide sidéral.

On ne peut  dire  qu’elles  fuient
la compagnie  d’autres étoiles…
Mais  leur  éclairage ne suffit  guère
( après la nuit la boucle du jour )
A illuminer la terre
Dont le parcours,
change de dimension.
Son trajet elliptique
Forme nos saisons :
(traduction dans le langage  climatique ) :

Mais  revenons à   cette nef en transes
Qu’a peinte  Van Gogh
Dans le ciel de Provence …
Ce n’était pourtant pas les  antipodes…

Tout s’accélère  et tourbillonne
Au-dessus de la ville,
Le delta du Rhône,
Le moutonnement des Alpilles…

            S’emballe  soudain le carrousel      
Comme une vision après plusieurs verres d’alcool :
            Une immense  traînée  d’étincelles,
            Dans une  course folle

           Jaillit   dans le ciel de la toile
Ainsi Vincent put  atteindre,
L’aventure des étoiles,
Et n’eut plus qu’à les peindre ,

Nous laissant  approcher
     de si près leur nature,
Qu’on pourrait presque  les  toucher,
piquetées dans le ciel      de sombre azur.


RC –  juin 2015


Devenus transparents – ( RC )


--portals of discovery
photographe  non identifié

 

 

C’est un oubli        de soi-même.
Tu traverses les jours et les nuits.
Les yeux clos.

Tu parcours les mondes.
Ceux-ci restent noirs.
Leur énergie te propulse,
A travers le miroir,   ton propre miroir…

Tu te vois sans limites,
Ressens le souffle du vent,
Que tu ne peux saisir.

Tu ne peux écrire dessus,   …non plus
Fondu dans l’ombre,
Rien ne te distingue,
D’un arrière plan .

– existerait-il d’ailleurs ?,
si tu rouvrais les yeux ? –
…. Point de suspension
Dans l’univers,

Et pourtant absorbant,
Dans le livre aux pages ouvertes,
Ce qui fait la chair du monde.

Elle te consume           petit à petit,
Te nourrit,      mais te déchire à la fois.
Tu mourras,         …. nous mourrons,
Traversés par la vie,

Comme par autant d’étoiles,
Réellement fondus au coeur de l’ombre,
Ames poreuses à l’odeur des choses.

Devenus transparents .


RC –  août 2014

 

Inspiration :   Joseph Brodsky  et Alda Merini


Laetitia Lisa – Offrande


photo et montage  persos... Landes   2014

photo et montage persos… Landes 2014

 

 

 

Le sable me chuchotait

De marcher dans sa chaleur

J’ai ôté mes chaussures

Pour recevoir ses caresses

 

 

J’ai laissé glisser au sol

Mon manteau d’ombres

Et ma robe de feuillets

J’ai offert ma peau aux embruns

Et revêtu le vent

 

 

J’ai libéré mes cheveux

Evadés sur ma nuque

En cascades légères

En vagues irisées

Priant le soleil

De venir s’y coucher

 

 

A l’appel de l’heure bleue

J’ai déposé sur le sable

Ma peau d’arc-en-ciel

Mon sang de rosée

 

 

Puis chevauchant la nuit

J’ai étreint l’univers

 

 

L L – septembre 2010


Jean Daive – Nommer ?


  Alexandre et son cheval Bucéphale  (Cosmographie de Gaïus Julius Solinus ) XIV è siècle

Alexandre et son cheval Bucéphale (Cosmographie de Gaïus Julius Solinus ) XIV è siècle

 

 

Nommer ?

Le nom ne se répétait plus.

Dans l’espace cinq rayons superposés

réduisaient les astres, les mers, les ciels à diverses égalités.

Un germe formulait les lois d’un univers magique,

lumineux par les cris poussés dans des souffles de morts

hors d’un monde habité.


Jean Daive

in  » 1, 2 de la série non aperçue


Christophe Bourdin – le fil – extr 01


photo:       And Gursky

 

 

Car tu aurais aimé que chaque journée qui s’ajoutait aux précédentes fût inscrite dans le mouvement uniforme d’une continuité, qu’aucun accident ne vînt briser la ligne droite de ton histoire,

le cours de ton destin ; tu aurais voulu que chacune des décisions que tu prenais fût issue logiquement de décisions passées, que les heures qui s’enchaînaient fussent jointes, comme liées par un pacte, et non plus simplement contiguës, juxtaposées les unes aux autres ; et pourquoi pas, que le futur rappelât le présent toujours.
(Tu avais aimé, enfant, tout ce qui paraissait ramener au connu, ce qui reproduisait l’ancien, ce qui se ressemblait, les fréquences, les reprises, les événements qui répétaient la vie, les cycles, le retour des saisons, ce confort des recommencements, les rangées parallèles des marchandises dans les magasins, la séquence des conserves, les superpositions jumelles et les similitudes,

les collections aussi, qui propageaient, qui démultipliaient les choses, et les nomenclatures, les recensements, les sommes, les totalisations, ce qui voulait épuiser la réalité, ce qui semblait pouvoir renfermer le monde, les encyclopédies qui détenaient l’univers, les dictionnaires qui rassemblaient les mots d’une langue, les répertoires alphabétiques qui recueillaient le téléphone et l’ adresse des amis,

tous les fichiers, les énumérations, la liste des élèves qui résumait une classe dans une école, les annuaires qui regroupaient le nom des abonnes d une ville, d un département, d’une région, les almanachs, les calendriers, les agendas et les éphémérides, offerts le jour de l’an, qui possédaient l’année entière, et puis, surtout, les catalogues, où, page après page,

on dénombrait tous les vêtements, de la chemise à la chaussure, tous les objets, les outils, ustensiles en tous genres, appareils ménagers, le mobilier, les jouets, les gadgets, répertoriés, classés par thème, indexés à la fin ; tu prenais dans tes mains le livre lourd, tu te calais dans un fauteuil, tu tournais les feuillets un à un, tu suivais les images qu on y avait incluses, des chiffres, des numéros se succédaient, tu détaillais ce qui constituait pour toi un ensemble invariable. Une totalité. )

——–

 » le fil », est un livre  édité  aux éditions la parenthèse


J.William Turner, Three Seascapes ( avec F Garcia Lorca & Virginia Woolf)


Peinture: William Turner

J. M. W. Turner, Three Seascapes, c. 1827  ( très belle  peinture  (  et très peu connue)

 » je veux vivre sans me voir   »

« I want to live without seeing myself. »

—  Federico García Lorca, from “Song of the Barren Orange Tree,”

« Je ressens toutes les ombres  de l’univers, multipliées au plus profond de ma peau »‘   trad  RC

« I feel all shadows of the universe multiplied deep inside my skin. »

—  Virginia Woolf, from a diary entry dated 5 November 1931

(via fuckyeahvirginiawoolf)


Catherine Pozzi – un seul signe de l’univers


mouette de Vancouver –    montage perso

Un seul signe de l’univers
Ne passe le seuil de la vie
Mais il n’existe pas de vie
Qui n’ait reçu mille univers.

Catherine Pozzi,    Très haut amour

peinture: d’après une peinture de Van Gogh, les Alpilles et champ d’oliviers, aquarelle perso


Orhan Pamuk – peinture, vision, souvenirs


 

peinture:                           Georges de La Tour:                   Marie Madeleine à la veilleuse, vers 1640

 

 

 

« La peinture n’est que la recherche des souvenirs de Dieu

Dans le but de voir l’univers tel qu’il le voit »

 

 

                               Orhan Pamuk

 


Claudio Pozzani – Cherche en toi la voix que tu n’entends pas


photo : Man Ray

Cherche en toi la voix que tu n’entends pas

(invocation pour voix, cage thoracique et solitude)

Cherche en toi la voix que tu n’entends pas
mange l’univers si tu ne la comprends pas

Maisons basses au toit en pente
pleurant la pluie venant des sous-toits désormais pourris
Parfum de terre, de feuilles, d’étangs
et paysages sinistres de marbre candide

Cherche en toi la voix que tu n’entends pas
mange l’univers si tu ne la comprends pas

Vers qui gisent sous le fond boueux
rats qui nagent dans des ruisseaux d’acier
Embruns de brouillard, voitures véloces
qui broutent de rapides tagliatelle d’asphalte

Cherche en toi la voix que tu n’entends pas
mange l’univers si tu ne la comprends pas

Des ombres de glaise se trainent les pieds
en secouant leur tête conique basse
D’obliques fantômes imprimés sur le mur
rappellent fuites et chevaux de frise

La noirceur commence à refléter ton esprit
tandis que tout devient effervescent et vert…

Claudio Pozzani

Cerca in te la voce che non senti

(invocazione per voce, cassa toracica e solitudine)

Cerca in te la voce che non senti
mangia l'universo se non la comprendi

Basse case dai tetti spioventi
lacrimanti pioggia da gronde ormai marce
Profumo di terra, di foglie, di stagni
e sinistri paesaggi di candido marmo

Cerca in te la voce che non senti
mangia l'universo se non la comprendi

Vermi che giacciono sotto il fondo fangoso
topi che nuotano in ruscelli d'acciaio
Fumo di nebbia, auto veloci
che brucano leste tagliatelle d'asfalto

Cerca in te la voce che non senti
mangia l'universo se non la comprendi

Ombra di creta camminano stanche
scuotendo bassa la conica testa
Obliqui fantasmi stampati sul muro
ricordano fughe e cavalli di frisia

Il buio comincia a specchiarti la mente
mentre tutto diventa effervescente e verde...

Top

© Claudio Pozzani

Extrait de: Saudade e Spleen

Alchimies Poétiques, Éditions Lanore, Paris 2001

 

 

 

 



Suivant les points de suspension (RC)


photo: coucher de soleil sur le Pacifique archives NASA


…… Suivent les points de suspension , tout s’exaspère et tourbillonne

Dans le bocal de l’univers, les atomes se contournent,

les galaxies se font tourbillon, et belles dans leurs robes d’étoiles…

De voies lactées en vraies laitances, la toile des possibles est encore à peindre,

la buée devenue eau sera-t-elle bue par celui ou celle qui veut la boire ?

.De cette eau, de ce lait tu t’en nourriras, tu enfanteras ce que tu n’avais même pas imaginé, tu écriras ce que nul autre n’a écrit,

.

Ce qui reste, est un vaste, ce qui reste sera pour toi !, —– ce sera toi !

Tu traverseras un espace sans limites, ce mondes des possibles, tu seras toi même univers…
tu l’es déjà… si tu te vois positive… (points de supension)..

RC  24 mai 2012  (  reprise  de juillet 2011)


Vincente Huidobro – Altazor


J R Orozco : peinture murale à San Ildefenso

 

 

 

Vincente Huidobro
(poète chilien, 1893-1945)

Altazor

Altazor pourquoi as-tu perdu ta sérénité première
Quel mauvais ange s’est arrêté à la porte de ton sourire
L’épée à la main
Qui a semé l’angoisse parure divine

Sur les plaines de tes yeux

Pourquoi un jour subitement en toi la terreur d’être

Et cette voix qui t’a crié vis

Le diamant de tes rêves s’est brisé dans une mer de stupeur

Tu es perdu Altazor

Seul au milieu de l’univers

Seul

Comme note qui fleurit sur les hauteurs du vide
II n’y a ni bien

ni mal

ni vérité

ni ordre

ni beauté
Où es-tu Altazor

Tombe
Tombe éternellement au fond de l’infini

Tombe au fond du temps

Tombe au fond du Je

Tombe au profond du fond

Tombe sans vertige

Au travers de tous les espaces et de tous les âges

Au travers de toutes les âmes de tous les désirs

De tous les naufrages

Tombe brûle au passage les astres les mers (…)

C’est fini

La mer anthropophage bat la porte des rochers impitoyables

Les chiens aboient sur les heures qui meurent

Et menacent les heures à l’heure de leur mort

Le ciel écoute le pas des étoiles qui s’éloignent

Tu es seul

 

V. HUIDOBRO (1919)

 » Altazor  » ( » Manifestes « )
(Trad. G. de Cortanze, Champ Libre 1976)