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Jean Tardieu – Le cow-boy et les voleurs


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action picture : Andy Warhol

Ces huit voleurs de chevaux
Sont surpris un peu trop tôt
Par le cow-boy Hippolyte ,
Huit fois un huit.
Ils s’enfuient, et chacun d’eux
Tire sur lui deux coups de feu .
Quel vacarme !      Quelle fournaise !
Huit fois deux, seize.
.Mais ils ne peuvent l’abattre,
Huit fois trois, vingt-quatre .
Alors, il lance sur eux,
Huit fois quatre, trente-deux,
Son lasso, de corde puissante,
Huit fois cinq, quarante.
Et les entraîne à sa suite
Huit fois six, quarante-huit.
Sur son passage, on applaudit,
Huit fois sept, cinquante-six .
On entend les tambours battre,
Huit fois huit soixante-quatre .
Tous les enfants sont à ses trousses,
Huit fois neuf, soixante-douze,
En triomphateur il revient,
Huit fois dix, quatre-vingt  .

 

 

J Tardieu


René Depestre – Minerai noir


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Quand la sueur de l’Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d’obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d’une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d’un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
À des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l’ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l’homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l’extraction
Des merveilles de cette race
Ô couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin
À travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l’enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n’osera plus couler des canons et des pièces d’or

Dans le noir métal de ta colère en crues.


Max Jacob: – vie et marée


 

 

 

Vie et marée

Quelquefois, je ne sais quelle clarté . nous faisait
entrevoir le sommet d’une vague et parfois aussi le bruit
de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l’océan  qui se rapprochait.

La nuit de la ville était entourée de  mer.

Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano  n’était plus qu’une ombre sonore.

 

 

Alors toi, calme, dans  ta vareuse rouge, tu me touchas  l’épaule du bout de ton
archet, comme l’émotion du Déluge m’arrêtait.

« Reprenons! » dis-tu.
O vie 1 ô douleur! ô souffrances d’éternels
recommencements !
que de fois lorsque l’Océan des  nécessités m’assiégeait !
que de fois ai-je dit, dominant  des chagrins trop réels ! hélas!

« Reprenons! » et ma  volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là.
Les nuits n’ont pour moi que des marées d’équinoxe.

——–

Max JACOB« Le Cornet à dés »
(Gallimard)
Bibliothèque des Arts Décoratifs       Échelle de sensations