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Jacques Prévert – le sang


Painting of Vincent Van Gogh - Red fields

peinture V V Gogh –  les champs  rouges


Complainte de Vincent !                   A Paul Éluard

 

Arles où roule le Rhône
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et l’homme s’enfuit en hurlant
Pourchassé par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout près du Rhône
L’homme arrive comme un roi mage .
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant à de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi mort
Et sage comme l’image même
e la misère et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans âge
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va calmé indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste là dormant rêvant râlant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.

Jacques PRÉVERT « Paroles »


Les yeux des tournesols – ( RC )


tournesols en scène  mod.jpg

montage perso à partir de mise en scène  de théâtre ou d’opéra

 

Je ne sais plus ce qu’il faut penser des plantes .
Elles semblent être dans l’attente,
pourtant elles grandissent trop vite,
                sans qu’on les y invite.
       Vois-tu ce champ de céréales
sous le soleil vertical ?
Il semble secouer des têtes heureuses,
mais peut-être sont-elles vénéneuses…

C’est sans doute par leur couleur,
que se distille le malheur,
qui se glisse en traître,
à travers la palette.
        Van Gogh ne nous en dira rien,
au partage des chemins ,
sous un ciel de tempête ,
qui résonna dans sa tête….

Quand je traverse un champ de tournesols,
d’autres oiseaux prennent leur envol :
on en voit plein à la ronde ,
et les fleurs m’observent       de leur pupille ronde.
           Toute une foule sur plus d’un hectare,
tourne vers moi son regard :
elle se concerte et m’espionne
chaque oeil dans sa corolle jaune .

Ils ont un langage que je ne peux comprendre :
j’imagine déjà leurs murmures se répandre
entre leurs têtes lourdes
comme une musique sourde :
         Je vois bien qu’ils se sont détournés de l’horizon,
du soleil et des nuages de coton
pour se pencher de façon perfide
vers moi, ( me croyant stupide ) .

         Ils ont dressé un mur végétal,
une sorte d’espace carcéral ,
leurs feuilles rugueuses, des volutes,
s’étalant de minute en minute
          resserrant leur étreinte
en formant un labyrinthe
d’où il sera difficile de m’extraire
tant j’ai perdu mes repères…

        Je ne vois plus que la poussière et le sol,
– j’aurais dû emporter une boussole,
puisqu’à l’aube d’un désastre
il ne faut plus compter sur les astres
et que l’horizon est bouché – .
      Trop de plantes que je ne peux arracher,
trop de racines qui dépassent
et envahissent l’espace.

           La foule de ces yeux qui rient
provient de la tapisserie :
et de ce cauchemar , en noir
se détache l’ombre du placard .
         Mes rêves se sont enfuis
        au plus profond de la nuit :
les tournesols devenus sages en dessins
( répétés à intervalles réguliers sur le papier peint ) .


RC – juin 2018

 

 


Recomposer avec les souvenirs – ( RC )


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                           peinture: V Van Gogh:  branches  d’amandiers en fleurs  à St Rémy

 

Sous le ciel épais et gris,
Il y a les images que l’on fabrique,
En jouant sur un fil
Qui vibre de façon à repeindre
dans sa tête,
Un bleu du midi,
Et les fleurs d’amandier,
Comme celles du tableau de Van Gogh.

Loin du ressac
et des rancoeurs,
J’ai composé avec les souvenirs,
ce qu’il reste de notre amour,
J’ai oublié les larmes distillées,
pour l’eau de fleur d’oranger,
le venin de la distance,
pour une pensée , que je te dédie…

RC – janv 2016


Camille Loty Malebranche – Van Gogh


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V G  : champ aux fleurs de maïs

Van Gogh,
Tel le champ de blé aux corbeaux,
Tu es une lande, une source dont je voudrais être l’oiseau ivre.
Et, comme le peintre excentrique, je t’offrirais volontiers mon esgourde
Pour savourer ta voix d’éther, rubis de sang,
Sève-brise de ma verdeur de Myrte multicolore,
Ta voix ! Refuge contre les loups anthropomorphes !


Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )


starrynight

peinture:             V Van Gogh –       la nuit étoilée

On ne saura pas dire, s’il suffit  d’une  échelle
Pour  toucher le velours de la nuit.
Un tissu d’astres  s’y répand,
Comme une  corne  d’abondance

Car celui qui franchit les marches  du temps,
Peut  changer, en cas  d’urgence,
Les  étoiles qui se meurent
de froid et de peur
comme il le ferait de simples  ampoules.

Allumeur  de réverbères,
Van Gogh l’a tenté,
avec sa  « nuit étoilée »
en se jouant des courants  d’air.

Il est vrai  que certaines clignotent
( à qui la faute ? )…

Peut-être, justement,  du vent,
Qui voyage et se déroule
En les  bousculant,
La tête  à l’envers
dans un coin de l’univers .


Certaines  rêvant de voyager,
Confient,  pour celles  qui s’y prêtent,
D’étranges  messagers,
De la catégorie des comètes.

Traversant les orbites
des planètes
( et celle de leurs satellites ),
on pourrait craindre  qu’elles ne s’égarent.

Car nulle part
il n’y a de barrière
qui les séparent
De nos années-lumière :

les voilà soudain proches
ces comètes  voyageuses –
et leur consistance  de gaz et de roches,
ne les empêche pas,   lumineuses,
de foncer sans aucun bruit
Dans le vide sidéral.

On ne peut  dire  qu’elles  fuient
la compagnie  d’autres étoiles…
Mais  leur  éclairage ne suffit  guère
( après la nuit la boucle du jour )
A illuminer la terre
Dont le parcours,
change de dimension.
Son trajet elliptique
Forme nos saisons :
(traduction dans le langage  climatique ) :

Mais  revenons à   cette nef en transes
Qu’a peinte  Van Gogh
Dans le ciel de Provence …
Ce n’était pourtant pas les  antipodes…

Tout s’accélère  et tourbillonne
Au-dessus de la ville,
Le delta du Rhône,
Le moutonnement des Alpilles…

            S’emballe  soudain le carrousel      
Comme une vision après plusieurs verres d’alcool :
            Une immense  traînée  d’étincelles,
            Dans une  course folle

           Jaillit   dans le ciel de la toile
Ainsi Vincent put  atteindre,
L’aventure des étoiles,
Et n’eut plus qu’à les peindre ,

Nous laissant  approcher
     de si près leur nature,
Qu’on pourrait presque  les  toucher,
piquetées dans le ciel      de sombre azur.


RC –  juin 2015


L’observateur du tournant – ( RC )


photo Annabelle Chabert

Il y a des lieux comme ça,

Qui nous sont familiers,

On les emprunte si souvent,

Qu’ils s’incrustent dans l’esprit :

 

Telle pente,

et la lumière qui la frôle,

Tel arbre, sentinelle, 

s’étoffe de feuilles,

selon les saisons,            –  et le serpent grisé

de la route ici, dans cette épingle à cheveux,

  • la première des trois avant d’arriver au plateau –

Où le virage prend les couleurs du destin,

 

Le passé, le futur…

C’est à droite ?     :   Il faudra descendre,

faire attention à ne pas freiner les jours d’hiver,

quand le verglas guette…

 

–            Et puis se poster là,

        selon les jours,

   au même endroit.

Poser l’appareil sur son pied,

précisément à la même place,

marquée d’une croix rouge.

Enregistrer tout ce qui se passe,

Que cela soit au petit matin,

ou à l’heure verticale

quand le soleil ne fait presque pas d’ombre .

 

Attendre…

…        attendre qu’il se passe quoi ?

Qu’une biche traverse la chaussée, juste dans le champ de l’appareil ?

Attendre que les motards se succèdent ( le week-end),

se penchent pour mieux aborder le virage,

et compenser la force centrifuge

>              ( notions de physique me restant du lycée ).

 

Pouvoir comptabiliser le trafic :

combien de véhicules se sont succédé ce mardi,

combien montaient, et d’où venaient-ils ?

( leur immatriculation ), et s’il y avait des camions parmi eux.

 

Attendre que la pluie cesse,

attendre que les engins curent les fossés,

que les employés municipaux

consolident la murette ?

Qu’une pomme de pin se détache et roule  sur la chaussée,

selon la pente  …

 

Je ne sais pas si se poster là, équivaut à être un témoin,

si jamais il se passe quelque chose

à observer les passages, et les transformations, du temps…

Je ne sais pas….

 

Peut-être Van Gogh non plus         ne savait pas pourquoi

le chemin se sépare en deux,

dans sa dernière peinture,      devant son champ de blé.

>                    Il était là,          et c’est tout.

 

RC – juin 2015

ceci est une réaction à l’article « photographique » de Jean-Marc Undriener http://www.fibrillations.net/GYAANDS-TOUYANANTS

photo perso: Atlas marocain

photo perso: Atlas marocain


L’église d’ Auvers – (RC )


L’église d’Auvers           -Vincent Van Gogh

 


L’église d’Auvers, ondule,
Sous l’épaisseur d’un ciel,
Dont j’ai sondé la couleur.

L’outre-mer           est aussi profond,
Que celui      du dernier champ de blé,
Sous le coup de fouet de l’été.

Le peintre anticipe un futur
Aux chemins divergents,
Et la  mer est debout,  avec sa masse pesante.

Il n’y manque que les corbeaux,
Coassant sur la plaine…
Alors que chantent encore l’orangé des pentes,

Vers une danse de l’ombre,
Où s’éloigne une femme,
Bientôt disparue,   de la peinture.

 

RC-  Août   2014

 

 

en rapport, ce texte de Laurent Quintreau

 

Temps chaud et sec
Je fixe un arbre sans ciller
Des personnes passent comme en surimpression
Une jeune femme, une autre, un vieil homme et un enfant, deux autres femmes
Toujours l’arbre
Des voitures passent, fixer l’arbre
D’autres passants
Passe un bus
Yeux qui pleurent, tenir bon
Toujours l’arbre, bruits de klaxon
L’arbre
Arrêter, mal aux yeux
Maintenant l’église
Je fixe l’église sans ciller
Les voitures continuent de passer
Devant l’église, quelques clochards, ils se chamaillent
Je fixe l’église, mes yeux pleurent, je tiens bon comme j’ai tenu bon ces deux derniers jours pour le jeûne, je ne bats pas des paupières, toujours l’église
Ciel magnifique, lumière orangée
Des passants se découpent dans cette lumière sidérale
Toujours l’église, elle vibre au milieu de l’air
Elle se gondole comme sous l’effet d’un psychotrope puissant, et pourtant je n’ai rien pris, je n’ai même pas bu une goutte d’alcool
Où va la beauté du monde ?
Douleur, pleurs, je suis obligé de fermer les yeux
Les passants, je me décide à les fixer
Un, deux, trois, quatre, ils passent dans mon champ de vision et disparaissent
Vertige et tristesse du monde
Je fixe une grande blonde, quelle partie au juste ? Elle est déjà partie
Je fixe un couple de quinquagénaires, ils mangent une glace, déjà disparus
Je fixe un photographe qui s’est arrêté pour prendre un cliché de l’église
Je fixe son visage de dolichocéphale rasé
Je fixe
Tout à coup, son visage explose, comme s’il se confondait avec le monde extérieur
Phénomène visuel plus curieux encore, les personnes qui passent m’apparaissent comme des taches remuantes à la façon d’amibes qui se mélangent les unes aux autres
des larmes
trop de larmes
m’obligent à arrêter

(p. 308-310)

Laurent Quintreau, Mandalas (Denoël, 2009)


Czeslaw Milosz – Rien de plus


Jangarh Singh Shyam - Un paon

Rien de plus

…………

Si j’avais pu décrire comment les courtisanes vénitiennes


Avec un roseau taquinent un paon dans la cour


Et du brocart mordoré, des perles de leur ceinture,


Délivrent leurs seins lourds, si j’avais pu dépeindre


La trace rouge de la fermeture de la robe sur leur ventre


Tels que les voyait le timonier de la galère


Débarqué au matin avec son chargement d’or,


Et si, en même temps, j’avais pu trouver pour leurs os,


Au cimetière dont la mer huileuse lèche les portes,


Un mot les préservant mieux que l’unique peigne


Qui, dans la cendre sous une dalle, attend la lumière,



Alors je n’aurais jamais douté. De la matière friable


Que peut-on retenir ? Rien, si ce n’est la beauté.


Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers


Et les chrysanthèmes et la pleine lune.



Czeslaw Milosz

Voir aussi par rapport au texte  de Milosz  la belle  création  de Manouchka  ( à la hauteur des mots)…  voir ici

 

Quant à moi,  sur la peinture  de van Gogh j’ajoute ceci:

En chemin vers l’été

La voûte d’Azur  de Vincent

Offre ses dons fleuris d’amandiers

 

RC  4- avril 2012

peinture: V Van Gogh, branches d'amandiers en fleurs


Lecture des Alpilles, en Crau ( RC)


photo perso: Arles détail d’architecture ( console)

photo perso et montage panoramique. – alpilles 2005

 

Je lis  les Alpilles         assises sur la Crau

Un parcours ouvert, qui se fait sans pirogue

Au pays  peint par Van Gogh

Marquant  son passage, en solitaire  héros

Et à revoir, encore, et encore ses peintures

Au mistral agitant les oliviers:  il perdure

Et penche au bord des routes les verticales

des platanes –  sans  les faire pour autant bancales

peinture: Van Gogh, montagnes des Alpilles vers St Rémy de Provence 1889

Je revois la lumière      qui s’étale dans la plaine

Et vibre, jusqu’aux salins,    sans perdre haleine

Les tours     de Tarascon et Beaucaire

Son choc  ,sur les contreforts de calcaire

Par dessus l’enclos de Fos, les géants de fer
De Moralès,
, gardent      leurs grands airs

Attendant,      d’un envol de leur cimetière

De rejoindre la mer à l’étang de Berre

photo perso: Moralès: sculpture de métal. Fos sur mer

Il faut aussi que je nomme

La sentinelle  du grand Rhône

Arles ,ensoleillée, et magnifique

Des compétitions photographiques

Partageant solennelle et intime

Les sculptures de Ste Trophime

Aux Picasso de Réattu, lyriques

Les allées des Alyscamps, ces antiques

photo perso: scuplture du cloître de Ste Trophime

Ce poème  ailé, est un paysage .

Il n’est pas que sur la page

Mais en conscience ,l’oeil , voyageur

Semblable, mon frère ma sœur, et quel qu’en soit le lecteur

———-

Variation  à partir  de « j »aperçois le semblable »  de J Jacques Dorio

photo-perso: Arles lion sculpté, ancien pont traversant le Rhône


Jean-Jacques Dorio – IFS ET GENÊTS EN UN SEUL CRI


Alpilles: photo perso 2004

IFS ET GENÊTS EN UN SEUL CRI

   

 

(mai 2010)

 

 

 

à Michel Cosem

 

 

 

 

Il y a des poèmes de neige

et d’autres de soleil

 

les soirs de demi-brume

à Londres

très peu pour nous :

 

Occitans des Pyrénées

et du sang que François versèrent

au temps des Albigeois

 

 

Il y a des poèmes de coeur

et d’Ifs et cris en un seul mot*

 

 

Maintenant que j’habite Provence

ifs sont frères des genêts

sur les Alpilles

où crut renaître Vincent

 

 

Ifs et genêts

en un seul cri

 

Jean-Jacques Dorio

 

peinture: Vincent Van Gogh - Alpilles