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Philippe Delaveau – La lune au pont Alexandre III


lune----  pont  Alexandre  III.jpg

Même un soir, à Paris, dans la flaque laissée par la tempête, et en levant les yeux vers les étoiles maladroites à cause des vapeurs de la ville, j’ai réappris la forme de la lune.

Dans l’ampleur noire, lavée, elle semble lumineuse et floue, l’empreinte d’un sabot.

Alors je me suis souvenu d’une rivière, de l’ombre des buissons, et l’autre lune, là-bas des vignes et des vergers, pure et nette par l’anse et la médaille, brûlait intensément dans le pays fidèle à son absence, qui est aussi neige aux fleurs nues des arbres grêles, promis aux fruits, comme au cœur qui suscite à l’esprit, par blessures et merveilles, la floraison de mots propices.

Paris pendant quelques instants, cette nuit-là, se souvenait de l’odeur blanche et douce du printemps.


Florence Noël – branche d’acacia brassée par le vent ( 1 )


Premier mouvement : Presto

branches  floues bougé.jpg

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied – nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs

suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape

je sais l’enjambée dessus ce pont – profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue

hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence


Soir et l’échelle du soleil (RC )


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objet-sculpture  –   Echelle « perspectivée »               Martin Puryear   Pa- Neh

Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil

Les cascades  de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre  comme une main

Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine

Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
>  Seule leur ombre les désigne.

L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les  crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et  de l’aval
Les vapeurs remontent,    – et se prélassent.

 

RC  –  7 décembre 2012