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Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019


Robert Ganzo – Lespugue


Jean Fautrier Grand nu debout
                    Jean Fautrier – Grand nu debout

 

 

                                    Lespugue

 

                                                                   A Léona Jeanne.      

 

L’ultime pas, le dernier feu,

tout signe, le chaos l’efface.

Rien que des vents pleins de froid bleu

entre des mâchoires de glace.

Dans l’ombre de ton lourd sommeil,

parmi les neiges et les pierres,

un premier rêve éclôt, pareil

au gel qui brûle tes paupières.

 

 

Ton souffle, comme une eau s’élève

vers quel fleuve encore incertain ?

Ouvre les yeux au bout du rêve ;

voici l’aube et le ciel s’éteint.

C’est donc ici ? Faims, soifs, saccages,

tumultes : nous fûmes conduits.

Seules tes mains, comme des cages,

gardent ce qui reste des nuits.

 

 

Comme les dents d’une morsure,

te levant quand je me levais,

tu me suivais, esclave sûre,

et peut-être, je te suivais,

esclave sans effroi, moi-même.

Ainsi, mornes, indifférents,

accouplés, deux signes errants

dans l’hostilité d’un ciel blême.

 

 

Bois immobiles sans poussière ;

lacs noirs où rien n’avait baigné ;

chemins de sang ; haltes de pierre :

au gré du troupeau résigné

nous fûmes conduits. Tout s’efface.

Au bout du rêve ouvre les yeux ;

rien que ton corps chaud et frileux

rien que mes yeux de bête lasse.

 

 

Le jour. Regarde. Une colline

répand jusqu’à nous des oiseaux,

des arbres en fleurs et des eaux

dans l’herbe verte qui s’incline.

Toi, femme enfin — chair embrasée

comme moi tendue, arc d’extase,

tu révèles soudain ta grâce

et tes mains soûles de rosée.

 

 

Tes yeux appris aux paysages

je les apprends en ce matin

immuable à travers les âges

et sans doute à jamais atteint.

Déjà les mots faits de lumière

se préparent au fond de nous ;

et je sépare tes genoux,

tremblant de tendresse première.

 

 

                                                              * * *

 

 

Où finis-tu ? Je t’ai laissée

Dans la chaleur de notre abri ;

mais tu marches dans ma pensée

et me dépasses, comme un cri.

Les loups n’ont pas clameur si grande

lorsque s’abat celui qui meurt ;

et les vents n’ont pas la rumeur

que je porte ainsi qu’une offrande.

 

 

Je te laisse et tu m’accompagnes

jusqu’aux pénombres de ces bois,

dans ces ravins, sur ces montagnes

où se déchirent les nuages ;

et dans mes mains, lorsque je bois,

c’est ton visage que je vois,

le premier de tous tes visages

ouvert pour la première fois.

 

 

L’ombre monte et tu m’es ravie.

Jusqu’à tes confins poursuivie,

tu t’endors. Et moi, vigilant,

j’écoute l’oiseau te frôlant,

les sources, le bruit de ta vie

venu de son plus lointain gîte,

et le feuillage gris qu’agite

un souffle plein d’appels et lent.

 

 

Où finis-tu, quand je retrouve

tes bras qui m’attendent, tes fièvres,

et le mystère de tes lèvres

pareilles à ce feu qui couve ?

Tu souris aux abords du règne

où va ton regard pénétrant ;

et ta force, comme un torrent,

jaillit de ton ventre qui saigne.

 

 

Si ma fureur prise à la grappe

de ton corps tranquille et puissant

crie et se mélange à ton sang,

ton visage éloigné m’échappe.

Ta chair immense que j’étreins

riait et pleurait dans ma moelle,

et je trouve, au fond de tes reins,

la chute sans fin d’une étoile.

 

 

Où finis-tu ? La terre oscille ;

et toi, dans le fracas des monts,

déjà tu renais des limons,

un serpent rouge à la cheville ;

femme, tout en essors et courbes

et tièdes aboutissements,

lumière, et nacre ombres et tourbes

faites de quels enlisements ?

 

 

                                                          * * *

 

 

Vals que l’été gorge de sève,

je vois tes seins s’épanouir

et parfois ton ventre frémir

comme un sol chaud qui se soulève.

Tu m’apaises si je m’étonne

de ces pouvoirs que tu détiens ;

et je sais, femme, qu’ils sont tiens

les miracles roux de l’automne.

 

 

Ta voix chante les longs passages

de nos frères multipliés

aux horizons, et leurs messages

noués au tronc des peupliers ;

les noirs charniers des jours torrides

les faims, les soifs insatiables

et le rire égrené des sables

déchirant des poitrines vides ;

 

 

les griffes, l’empreinte des dents,

les flammes vacillantes dans

la nuit des plaines infinies,

la sèche attente des momies,

le dur et blanc dédain des os,

l’ordre frappé sur la peau morte

roulant aux ailes des échos,

et tout ce que la terre porte.

 

 

Et chante aussi que tu m’es due

comme mes yeux, mes désarrois,

et tes cinq doigts d’ocre aux parois

de la roche où ta voix s’est tue.

Le silence t’a dévêtue,

— chemin d’un seul geste frayé —

 et mon orgueil émerveillé

tourne autour d’une femme nue.

 

 

Première et fauve quiétude

où je bois tes frissons secrets

pour connaître la saveur rude

des océans et des forêts

qui t’ont faite, toi, provisoire,

île de chair, caresse d’aile,

toi, ma compagne, que je mêle

au jour continu de l’ivoire.

 

 

Ton torse lentement se cambre

et ton destin s’est accompli.

Tu seras aux veilleuses d’ambre

de notre asile enseveli,

vivante après nos corps épars,

comme une présence enfermée,

quand nous aurons rendu nos parts

de brise, d’onde et de fumée.

 

 

 

 

Lespugue – L’oeuvre poétique – nrf – Gallimard

Liens :

Robert Ganzo :   Biographie   
La Vénus de Lespugue : Blog : Main  tenant
Lespugue :  R. Ganzo/ O. Zadkine

Toi qui vins de bien loin – ( RC )


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Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018


Cette dame blanche – ( RC )


photo :  Elisabeth Kalinovski

 

 

C’est cette dame blanche,

qui ne se montre qu’en robe de soir,

au milieu des étoiles.

 

Certains disent que c’est comme une bulle,

échappée de l’étang ,

que les arbres n’ont pas pu retenir,

ni les oiseaux

 

et qui n’en finit pas de grossir,

légère et qui s’envole

toute ronde,

 

pour faire le tour du monde,

emportant son secret

dans sa face cachée .

 

Elle se méfie des hommes,

et de leur indiscrétion :

ils ont débarqué un jour sans prévenir,

ayant décidé de venir

à bord d’un vaisseau métallique,

dans une étendue désertique.

 

( un endroit impersonnel :

Y avait même pas un hôtel) !

Mais la dame étant fière :

 

elle n’a donné aux hommes que de la poussière,

car malgré sa bienveillance,

elle garde ses distances .

– L’espace est immense,

et tout le temps elle danse :

et tourne sans bruit :

Elle se fait belle chaque nuit

pour se faire caresser par le soleil :

Sa lumière l’émerveille .

 

Depuis la nuit des temps,

elle rêve d’en faire son amant .

( Aujourd’hui la lune est rousse

 

regarde comme sa peau est douce ! )

Elle n’a rien d’un épouvantail,

à cause de sa petite taille :

 

mais elle grossit de jour en jour :

et compte bien jouer un bon tour

à la terre

 

qui la maintient prisonnière :

elle se réveillera en sursaut,

sans ses ruisseaux,

 

et la mangera petit à petit

avec grand appétit :

La terre sera son satellite

 

elle la prendra sous son orbite

elle deviendra planète à son tour

ne serait-ce que par amour

et concurrencer Vénus .

 

Elle a bien d’autres astuces,

car notre dame blanche

voudrait bien prendre sa revanche :

 

( avoir à ses pieds le système solaire ! )

  • ça, ce serait le monde à l’envers !

RC- nov 2016


Wislawa Szymborska – Avec le vin


Kohn demeure un leader prééminent de Figuratif Impressionnisme qui cherche à saisir la complexité ainsi que la simplicité et la franchise de la forme humaine.:

peinture  André  Cohn

 

D’un regard il amplifia ma beauté

et je la pris pour mienne.

Heureuse j’avalais une étoile.

Je lui permis de m’inventer

à l’image du reflet

dans ses yeux . Je danse, danse

dans les secousses de mes subites ailes.

Table est table. Vin est vin

dans le verre, qui est verre

restant dressé sur la table,

Je suis illusoire,

incroyablement illusoire

imaginée jusqu’au sang.

Je lui parle de ce qu’il veut : de fourmis

mourant d’amour

sous la constellation de pissenlits.

Je jure qu’une rose blanche,

arrosée par le vin, chante.

Je ris, je penche la tête,

avec précaution, comme si je vérifiais

une invention. Je danse, danse

dans une peau étonnée, dans les bras qui me créent

Eve de la côte, Venus des écumes,

Minerve de la tête de Jupiter,

étaient plus réelles.

Quand il me regarde,

Je cherche mon reflet sur le mur.

Et je vois seulement

un clou, duquel on a enlevé son tableau.


Katica Kulavkova – troisième soleil


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photo:  enggul

 

 

Troisième soleil : Leo
– rising sun –

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

 


Aria – ( Comme un air d’Italie ) – ( RC )


peinture: B Gozzoli – détail-

 

 

 

C’est en franchissant les portes  des jardins,
que la vue se porte, sur les collines.
Elles se dandinent, dans une  robe chamarrée  d’ors.

On y trouve  des villages  à mi-pente
Où les maisons  s’épaulent  de leurs lignes.
Les cyprès forment une  couronne, sur les lignes  de crète.
Ce serait une  lumière, comme  celle que peint Botticielli ;

La transparence diaphane  de l’air, et le vent léger soulève les voiles de la Vénus,
La caresse du regard enchante même les parterres  de fleurs .
Les mains  se tendent  et les  bras  s’arquent en chorégraphie.

Les cloches  se répondent  de vallée en vallée .
La terre ne serait pas  comme on la voit ailleurs : blonde ou brune,
Nourrie à la tiédeur  solaire,

Presque  nourriture  à son tour ,
Elle en a le parfum, et son pesant de couleur
Qu’on retrouve  dans la robe des vins ,
Alignées dans les trattoria.

Les linges sont oriflammes en travers des rues ;
On a l’impression d’entrer de plain pied dans un tableau …
La langue italienne  est une porte ouverte  sur  sa  chanson.

Napoli ,Italy

photo Robert Schrader

photo:              Edmondo Senatore – atmosphère toscane

RC –  mai 2015

 


Il y a tout à apprivoiser, du présent ( RC )


peinture:           Sandro Botticielli;       la naissance de Vénus   1490

D’abord fermer les yeux et les ouvrir ailleurs.

Et puis s’efforcer de la suivre «  à l’instinct »

Comme sauter à pieds joints dans un autre monde.

 

Couleurs déplacées, ombres allongées, végétaux inconnus.

Elle ne connaît d’attraction terrestre,

qu’un pied léger, posé sur le jour qui naît…

 

Les combinaisons de soi , à elle
les mots qui lui parviennent, ne sont plus les mêmes

Chargés de sens et d’irisations multiples

Un ensemble silencieux, refermé sur son mystère,

 

Peut-être à contourner, faute d’avoir les clés du passé.

J’ai ouvert les yeux, finalement, à l’audace d’une fusion,

A l’harmonie d’un jour auquel elle accorde des touches de soie,

 

Comme la naissance de Vénus, de Botticielli,

Ayant l’évidence d’une éclosion,     unique et attendue, à nos yeux neufs,

….   Il y a tout à apprivoiser, du présent.

 

RC  – 26 mai 2013