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Conte soufi – La cithare du bonheur


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C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Pentthi Holappa – parfum de fumée


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montage perso –

 

 

Parole de ruine

 

Je veux venir près de toi.

Je ne trouve vrais ni la pierre, ni le monde ni les distances.

Le coup d’aile d’un oiseau dans le ciel de grand gel dure

aussi longtemps que la ville aux murs coulés de béton

Il m’a fallu me briser avant de perdre mes illusions.

Aujourd’hui,
je suis certain que tes cellules m’entendent
quand je parle la langue aux mille sens des ruines
en moi-même,
mais rien que pour toi en vérité.

 

Parfum de fumée (1987)


Salah Garmadi – Conseils aux miens pour après ma mort


 

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photographe non identifié

 

Si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

ne récitez pas sur mon cadavre

des versets coraniques

mais laissez-les à ceux qui en font commerce

ne me promettez pas deux arpents de terre

ne consommez pas le troisième jour après ma mort le couscous traditionnel

ce fut là en effet mon plat préféré

 

ne saupoudrez pas ma tombe de graines de figue

pour que les picorent les petits oiseaux du ciel

les êtres humains en ont plus besoin

n’empêchez pas les chats d’uriner sur ma tombe

ils avaient coutume de pisser sur le pas de ma porte tous les jeudis

et jamais la terre n’en trembla

ne venez pas me visiter deux fois par an au cimetière

je n’ai absolument rien pour vous recevoir

ne jurez pas sur la paix de mon âme en disant la vérité

ni même en mentant

votre vérité et vos mensonges me sont chose égale

quant à la paix de mon âme ce n’est point votre affaire

ne prononcez pas le jour de mes obsèques la formule rituelle :

« il nous a devancés dans la mort mais un jour nous l’y rejoindrons »

ce genre de course n’est pas mon sport favori 

si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

placez-moi au plus haut point de votre terre

et enviez-moi pour ma sécurité


Emily Dickinson – Nous avons tout appris de l’Amour


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Nous avons Tout appris de l’Amour
L’Alphabet – les Mots –
Un Chapitre – tout le Livre grandiose –
Puis – la Révélation s’est refermée –

Mais dans les yeux de l’Autre
Chacun contemplait une Ignorance –
Plus Divine que celle de l’Enfance
Et chacun redevenu Enfant, pour l’autre –

A tenté d’exposer ce que
Ni l’un ni l’autre – ne comprenait –
Quel dommage, que la Sagesse soit si vaste –
Et la Vérité – si variée !

-(poème 531)

extrait du site de ladySil: « passionément , Emilie D. » où ceux qui cherchent de la « matière », pour lire cette poétesse, n’auront  que l’embarras du choix…

photo: Vivan Sassen

photo: Vivian Sassen

-En voici le texte  original

We learned the Whole of Love —

We learned the Whole of Love —
The Alphabet — the Words —
A Chapter — then the mighty Book —
Then — Revelation closed —But in Each Other’s eyes
An Ignorance beheld —
Diviner than the Childhood’s —
And each to each, a Child —Attempted to expound
What neither — understood —
Alas, that Wisdom is so large —
And Truth — so manifold!

Pentti Holappa – Parole de ruine


photo perso : Loropeni - Burkina Faso  -  2012

photo perso :            Loropeni – Burkina Faso – 2012

 

Parole de ruine

 


Je veux venir près de toi.
Je ne trouve vrais
ni la pierre, ni le monde ni les distances.
Le coup d’aile d’un oiseau dans le ciel de grand gel dure
aussi longtemps que la ville aux murs coulés de béton

Il m’a fallu me briser avant de perdre mes illusions
Aujourd’hui,
je suis certain que tes cellules m’entendent quand je parle
la langue aux mille sens des ruines
en moi-même, mais rien que pour toi en vérité.


Pentti Holappa

 

 


Gao Xingjian – la montagne de l’âme ( extr 01 )


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*

La vérité n’existe que dans l’expérience de chacun,
et même dans ce cas, dés qu’elle est rapportée, elle devient histoire.

Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire.

Laissons les habiles dialecticiens débattre sur la vérité de la vie.

Ce qui est important, c’est la vie elle-même.
Ce qui est réel, c’est que je suis assis à côté de ce feu dans cette pièce noircie
par la fumée de l’huile, que je vois ces flammes dansant dans ses yeux,
ce qui est vrai, c’est moi-même,
c’est la sensation fugitive que je viens d’éprouver,
impossible à transmettre à autrui.

Dehors, le brouillard est tombé,
les montagnes sombres se sont estompées,
le son de la rivière rapide résonne en toi et cela suffit.


Philippe Delaveau – feuille rouge restée


photographe non identifié

 

FEUILLE ROUGE RESTÉE

Les oreilles du lièvre aussi sont fragiles
que dire du rouge-gorge qui s’est aventuré dans la pièce où j’écris
viens lui dis-je d’une voix adoucie en le prenant
entre mes mains qui tremblent de ce qu’il tremble
que je te rende l’absolu de ton ciel où tes semblables règnent
parce que vous êtes purs comme la neige et les prophètes

Et cette feuille qui a navigué si longtemps
en demeurant toujours à la magistrature de sa branche
d’où elle assiste au lent procès du jour
sèche noyée de pluie parcheminée comme une main

L’hiver ne l’a pas rendue à la terre
elle est rouge du feu qu’elle ignore
plissée d’une lointaine rêverie
la branche autour est nue comme la vérité
quelle est la vérité ? quelle est son heure ?

 


Le Livre – …des langages ( RC )


bible éthiopienne:

 

Ligne de conduite zigzag hésitant,
Voyante convoquée, l’aire des paroles dites.
Des paroles  définitives,  écrites, comme gravées  dans le marbre.
Ce sont comme les tablettes de la loi.

Une épée  suspendue au-dessus de ma tête.
Ce qui est écrit, s’y lit comme vérité première.
Chacun apprend à lire,
Apprend le conforme. Apprend à se conformer.

Il est dit que le Livre, les tablettes de la loi,
Qu’on dit d’inspiration divine, sont là.
Elles  sont là…          point à la ligne …
Personne ne discute !

Mais encore il faut s’entendre,
Et sur la terre, bien d’autres langues cohabitent,
Et la traduction hésite. les caractères diffèrent…
Chaque langue existe, mais ne se sont point concertées.

Et les livres  ne disent pas  tous la même chose,
Et s’ils parlent, des milliers  de bouches parlent.
Mais pas le même langage… avec , chacun sa vérité,
Et sa lecture inversée…

RC  – 19 juin 2013


Lory Bedikian – Par delà la bouche


Lory Bedikian: Beyond the mouth

Click here for the audio clip Beyond the mouth read by the author Lory Bedikian.

On the back of every tongue in my family
there is a dove that lives and dies.

At night when my aunts and uncles sleep
the birds comb their feathers, sharpen beaks.

They are carriers, not only of the olive
branch, but the rest of our histories too.

As from the ark, we came in twos
with tired eyes from Lebanon, Syria,

the outskirts of Armenia and anywhere
where safety said its final prayers and died.

Like every simile ever written, the doves
or our tongues are tired and misread.

Dinners begin with mounds of bread, piled
dialogues between the older men.

Near our dark throats, the quiet
birds lurk to watch meals descend,

take phrases that didn’t reach
the truth and spin them into nests.

Now and then, we spit them out in shapes
of seeds, olive pits, or spines of fish.

The men never watch what enters past
the teeth, what leaves their moving lips,

and the doves know this. The women shut
their mouths when they don’t approve

of the squawking laughs. There is a saying
(or at least there should be) that if one doesn’t

believe what is said or true, they can ask
the dove on the back of the tongue

and it will chirp the ugliness or the pitted
truth, of how we choke on what we hide.

“Beyond the mouth” was first published in Timberline.

 

—————-

Par delà la bouche

Derrière chaque langue dans ma famille
Il y a une colombe qui vit et meurt.

La nuit, lorsque dorment mes oncles et tantes
Les oiseaux lissent leurs pennes, aiguisent leurs becs.

Les messagers, non seulement du rameau
D’olivier, mais aussi de ce qui reste de nos histoires.

Telle cette arche, où à deux nous sommes venus
Les yeux las, du Liban, de Syrie,

Des lointaines contrées d’Arménie et partout
Où la sécurité a dit ses dernières prières et a disparu.

Comme toute comparaison déjà écrite, les colombes
ou nos langues sont lasses et faussées.

Les dîners commencent par des monceaux de pain, des piles
De dialogues qu’échangent les anciens.

Près de nos gorges sombres, en silence
Les oiseaux sont tapis pour voir tomber la nourriture,

S’emparer des expressions hors d’atteinte de
La vérité, les tissant pour en faire des nids.

De temps à autre, nous les crachons en forme
De graines, de noyaux d’olives ou d’arêtes de poisson.

Les hommes ne voient jamais ce qui passe au-delà
Des dents, ce qui s’éloigne de leurs lèvres mouvantes,

Et les colombes savent cela. Les femmes ferment
La bouche lorsqu’elles désapprouvent

Les rires braillards. Un dicton
(du moins, il devrait exister) dit que si l’on ne

croit pas ce qui est dit ou vrai, ils peuvent demander
à la colombe derrière la langue

alors elle gazouillera la laideur ou la vérité
trouée, comment nous étouffons ce que nous cachons.

 


Nwesla Biyong – Fils de la lumière


photo perso: Cévennes  vers  Saint-Etienne  de Lugdarès - Ardèche  2005

photo perso:      Cévennes         vers Saint-Etienne de Lugdarès – Ardèche 2005

 

 

 

Irions-nous jusqu’à crever pour notre cause

 

Cette quête aphone des jours de l’innocence

 

Course proprette des astres avant que ne fourche

 

La langue de la providence

 

 

 

Aussi vrai que le verbe origine la vie

 

Patients dans les trompes divines avons-nous été tous

 

Ovulés par le rayonnement de novae sexuées

 

Pour que lumière dissipe les ténèbres terrestres

 

 

Oui nous sommes ce front altier de la vérité

 

Qui freine le règne de l’incompétence !

 

 

 

 

NWESLA BIYONG

 

 jeudi 18 octobre 2012

Niels Franck – Une seule voie


 

une  seule  voie  –    extrait  du blog  de J M Maulpoix

 

 

J’oublie Gaza
la Tchétchénie
Guantanamo.

J’oublie les écoles incendiées et les enfants brûlés vifs
les parents aux yeux éteints
– d’où toute lumière a soudain disparu.

J’oublie les enfants bourrés de résidus chimiques
ceux qui à chaque instant frappent à la frontière
d’une vie inconnue. Mais personne ne leur ouvre.

J’oublie le fanatisme des matches de football
l’éternelle bousculade les braillements des spectateurs qui veulent leur mamelle.

J’oublie ceux qui luttent pour davantage de vacances
davantage de temps sans les autres.

J’oublie qu’une cuite est déjà un petit séjour
à la clinique de désintoxication (aussi nommée la Cale sèche).

J’oublie les milliers d’antennes de télé plantées partout
espèce d’extincteurs qui crachent des images de rêve
jusqu’à ce que les rêves explosent dans toutes les           têtes.

J’ai déjà mentionné les politiciens

mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au pouvoir.

Les terroristes aussi je les ai mentionnés
mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au martyre.

La langue aussi je l’ai oubliée au milieu de tout ça
et la jouissance retorse que l’on éprouve à retourner ses mots et ses idées. Retourner. Retourner
si bien que pour finir rien n’est ce qu’il paraît être.

Rien : toujours déguisé autrement.

J’oublie que la langue n’est plus fiable
cette langue retouchée et archi-pelotée
une langue pleine de coupures, d’ajouts et de           recollages.
Une langue qui ne sait plus que citer le mensonge.

J’oublie que la guerre des religions ne finit jamais
parce qu’on n’en finit pas de se battre pour la vérité.
J’oublie que tous ceux qui croient ont vu la lumière
trouvé la vérité.

J’oublie qu’ils sont toujours sur la bonne voie.
Tous les autres ont trouvé le mensonge
et doivent avancer à tâtons dans une obscurité éternelle
prendre la route qui mène directement au vide
à l’inanité
à l’insanité.

Comme si la seule manière d’éviter le vide
était de s’enrôler dans la guerre.

J’oublie les services secrets et leurs officiers
attachés au secret.

J’oublie les centrales nucléaires
photographiées par un lointain satellite.

J’oublie que le premier secret
dévoile en secret le deuxième.
J’oublie les nationalistes furieux
pour lesquels la nation n’est qu’une famille contrefaite
malheur à qui n’en est pas membre :
il faudra le chasser avant potron-minet
à l’aide du balai, de la poële et de torchons mouillés s’il le faut.

J’oublie tout ce qu’une haine peut renfermer de détresse
même si la détresse ne renferme aucune haine.
La détresse est toujours toute seule : privée de compassion
privée d’avenir aimé
privée de sens aimé.

J’oublie les femmes obligées de vivre toute une vie voilées
parce que les hommes tremblent de peur devant leur propre lubricité.
Pas de corps aimé. Pas de caresses.
J’oublie le suicide par internet
les fonds de spéculation
les empires médiatiques.

J’oublie les procès intentés aux dictateurs affaiblis
pour qui l’enfance de l’art est de simuler la folie.
J’oublie les images glacées des réclames montrant le chemin qui mène tout droit au bonheur

– Oh, le bonheur !

J’oublie combien le monde est merveilleux.
Pardon si j’ai dit
autre chose.

 

Niels Franck


Philippe Soupault – Années lumière


Année-lumière.

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon noir soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu.

 


Philippe Soupault « Crépuscules ».