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Gourmandise de Vermeer – ( RC )


peinture: Joseph Lee

On ne saura jamais combien
de secondes ont suffi
pour que se commette ce délit :
Aurait-on oublié
d’attacher le chien
ou serait-il amateur d’art ??
( à défaut de visiter un musée ),
lui, qui par hasard
s’est intéressé
à la crème glacée
de la pâtisserie
à plusieurs reprises
avant qu’on ne le chasse.

Il a laissé des traces
de sa gourmandise
en mangeant les fruits confits :
repas extraordinaire,
promener sa langue sur un Vermeer,
en commettant l’outrage
d’effacer son visage !

on ne voit plus ses yeux

  • ce qui est dommage –
    c’est toute l’incertitude
    de cette épreuve :

( dans cette œuvre
restera l’attitude
et le turban bleu ):
On reconnaîtra sans erreur
le jeune fille
dans la crème au beurre
parfumée de vanille:

elle est aussi jolie
que dans mon souvenir
sans que je la confonde
avec le sourire
de la Joconde…
… et c’est très bien ainsi.

RC


Pas de motif suffisant, pour inventer une carte postale – ( RC )


 

Panorama 3.JPG

Je me souviens assez peu
de ces paysages de Hollande,
à part ce qu’on voit
des photos des touristes,
ou des ruelles de briques,
comme Vermeer en a peint…

Les souvenirs se tordent,
comme une hélice,
mais elle est à l’arrêt,
ruisselant d’eau
d’une pluie fine
qui ne cesse pas.

Il y a des boulevards rectilignes,
et les maisons hautes
dont les pignons font,
aux bords des canaux,
une succession de façades,
aux toits en dents de scie .

La campagne est plate,
l’herbe y est spongieuse,
et, toi qui est venue
quand c’était l’époque, il y avait sans doute
ces bandes de couleurs vives,
des champs de tulipes.

En fait je me rappelle davantage du port,
des grues géantes, et du cri des mouettes .
Je m’attendais à entendre la voix d’une sirène,
mais celle que l’on connaît est restée figée
dans le bronze à Copenhague ;
ce n’est pas la même chose.

Quand la lumière s’enfuit ,
j’y marche à reculons.
Que sont donc devenus ces passages,
où nous nous tenions par la main ?
les quais luisent sous la pluie,
les arbres se confondant les uns avec les autres,

et l’ensemble ne serait pas
un motif suffisant
pour inventer une carte postale
même si j’y ajoutais quelques moulins ,
un drapeau claquant au vent ;
le ciel aurait quand même mangé
une partie de colline .


RC – mars 2019


François Piel – Eloge des rêves


artiste non identifié

                  image :artiste non identifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ELOGE DES RÊVES

En rêve
Je peins comme Vermeer de Delft
Je parle couramment grec et pas avec les seuls vivants.
Je conduis une auto qui m’est très docile.
Je suis doué, j’écris de longs poèmes.
J’entends des voix
pas plus mai que les saints les plus sérieux
Vous seriez étonnés du brio de mon jeu au piano.
Je vole comme il se doit, c’est-à-dire de moi-même.
Si je tombe d’une toiture
je sais me recevoir doucement dans l’herbe.
Il ne m’est pas difficile de respirer sous l’eau
Je ne me plains pas : j’ai pu découvrir l’Atlantide
Je me réjouis de ce qu’avant de mourir je parviens toujours à me réveiller.
Dès qu’une guerre éclate je me tourne d’un meilleur côté.
Je suis, mais sans y être obligé enfant de mon époque.
Il y a quelques années j’ai vu deux soleils.
Et avant hier un pingouin.

On ne peut plus distinctement

François Piel    (1972)