voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “vestiges

Jorge Carrera Andrade – poussière , cadavre du temps



(Polvo, cadàver del tiempo)

photo Man Ray « élevage de poussière » ( sur le Grand Verre de Marcel Duchamp)

Tu es esprit de la terre : poussière impalpable.
Omniprésente, impondérable, tu chevauches le vent,
tu franchis des milles marins, de terrestres distances
avec ta charge de visages effacés et de larves.

Oh des appartements visiteuse subtile !
Les armoires closes te connaissent.
Dépouille innombrable ou cadavre du temps
ta ruine s’écroule comme un chien.

Avare universelle, en des trous et des caves
sans répit tu entasses ton or léger et vain,
folle collectionneuse de vestiges et de formes,
tu prends des feuilles l’empreinte digitale.

Sur les meubles, les coins, les portes condamnées,
les pianos, les chapeaux vides et la vaisselle,
ton ombre ou vague mortelle
étend son morne drapeau de victoire.

Tu campes en maître sur la terre
avec les pâles légions de ton empire dispersé.
Oh rongeur, tes dents infimes dévorent la couleur,
la présence des choses.

La lumière elle-même se vêt de silence
en ton fourreau gris, tailleuse des miroirs,
Ultime héritière des choses défuntes,
tu gardes tout en ton tombeau errant.

extrait de l’anthologie J C Andrade coll Seghers poètes d’aujourd’hui


En passant

Le temple du jardin des rois – ( RC )


montage RC

Des torches de lumière
papillonnent , légères,
poussées par les tilleuls.

Les bancs nous attendent ,
dans un havre préservé du soleil,
à l’orée de la forêt de pierre.

Vois-tu ces colonnes ?
elles ne portent qu’elles-mêmes,
ou une part d’histoire qui ne reste jamais sur place.

Des roses vivaces
cachent leurs épines, derrière leurs feuillages,
et se tournent vers le bassin, immobiles.

Courent derrière les grilles
proches du jardin du palais Royal,
pleins d’insouciance, des enfants .

Ils franchissent d’un bond
les troncs morts des colonnes,
coupées à ras.

L’ombre grignote petit à petit
l’ordonnance des bâtiments sévères :
elle s’agrandit sur la place;

On imagine qu’un temple grec attendait
émergeant à peine du sol,
bientôt envahis de sable, ce sont ses vestiges

où planent les oiseaux de proie

au-dessus de ce que fut jadis
le jardin des rois.


Entaille de l’histoire de l’Afrique – ( RC )


photo Luca Galuzzi 2007

photo Luca Galuzzi 2007

Sur les pistes où sont passés jadis,
Au milieu des sables et des rocs,
Tant de caravanes, et de cris,
Tant d’esclaves enchaînés,

Aux êtres vendus comme bétail,
Arrachés les uns aux autres,
Sous le fouet
Et les griffures du soleil…

Sur ces pistes, ne subsistent,
Comme vestiges, juste le sable
Des couches en ont recouvert d’autres,
Comme les années l’ont fait .

L’entaille de l’histoire, cicatrice
Gravée de générations d ‘exil,
Est pourtant toujours ouverte
Mémoire du tribut du sang, de l’Afrique

RC – mai 2014

 


Plante carnivore (RC)


plante carivore, parc de Bako, Nouvelle Calédonie

 

Sur l’étagère, du pot      la végétation sournoise ;
Se développent  dans l’ombre maintes tentacules
Qui espèrent, aux aguets,insectes et animalcules
Entre le buffet revêche     et l’horloge comtoise…

Il émane de quelque part, des tentatives de lucre.
Lentement  se propage, le poison de la plante
Dans la petite pièce, l’atmosphère étouffante
Flottant quelque part, acide, entre le miel et le sucre…

C’est de trompeuse  douceur, le parfum de la mort
Venant boire de la vie,       l’errance  abjecte,
Quand se posent sur elle, d’innocents insectes
Englués dans les sucs, de la plante carnivore..

Aujourd’hui, bien à sa place, mais plutôt replète
Je la sens qui m’observe, toujours sur le qui-vive
En attendant, sans  bouger,  que la nuit arrive
Et ses reflets troubles,        agacent  et entêtent.

Je l’imagine, alors, dans le noir,          tout envahir
Développer des lianes        et  filaments
Me ficeler menu, me faire son aliment,
Qu’elle  triple ainsi de taille ,     à hauteur de son désir

Je serai « bu » par elle        en un tournemain
Epaississant ,            la forêt de ses feuilles
De moi,                   on pourra faire le deuil,
La plante aura ,         ce petit air hautain,

Entre l’horloge comtoise           et le buffet revêche,
Caché dans la plante, ( c’est peut-être pour demain )
Tiges et tentacules auront quelque chose d’humain…
Avant que mon coeur, entièrement, ne  se dessèche…

C’est un fantasme,           qui bien sûr, angoisse
——Que je n’aurais peut-être pas dû partager
Car ,                  si j’en viens, à vous manger
Même  avertis, mes amis,  serez dans la poisse !

Mais nous serons si bien ensemble,           dans les tiges,
De votre vie passée ,               des souvenirs anciens,
Comme pour moi,                  il n’en restera plus rien
Un touffe de cheveux qui dépassent…            des vestiges…

 

 

RC   2 juin 2012

 


JoBougon – suspendre le temps


Suspendre le temps —   du blog de Jo  chez wordpress:                 1 juin 2011 par jobougon

 

Dans les ruines tu temps mon regard s’est posé en silence

Il laisse un peu la trace de mes insouciances

Mais elle est loin cette légèreté

Elle s’est perdue dans des gravats abandonnés

Et au milieu des vestiges oubliés

J’ai retrouvé le chemin des secrets

Ceux qu’on chuchote au creux de l’oreille

Que l’on ne dit qu’à ceux que l’on aime

Et ce n’est plus mon crâne fêlé

Qui laisse passer la lumière

Mais c’est mon cœur qui s’est fendu

Morfondu confondu éperdu C

’est mon cœur qui n’en pouvant plus

A laissé le temps suspendu.

 

 

photo - montage de photo personnelle -- et publicitaire - le 7 nov 2011