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Robert Piccamiglio – Ensemble, Jésus et moi


extrait  de  « Chemin sans  croix »   ed  Encres et lumières   2005


Nizzar Qabbani – tout livre traitant des prophètes


13

du livre « Bustan » du poète Sa’di – 1553

J’essaie -depuis mon enfance- de lire tout livre traitant des prophètes des Arabes,
Des sages des Arabes… des poètes des Arabes…
Mais je ne vois que des poèmes léchant les bottes du Khalife
pour une poignée de riz… et cinquante dirhams…
Quelle horreur!!
Et je ne vois que des tribus qui ne font pas la différence entre la chair des femmes…
Et les dattes mûres…
Quelle horreur!!

Je ne vois que des journaux qui ôtent leurs vêtements intimes…
Devant tout président venant de l’inconnu..
Devant tout colonel marchant sur le cadavre du peuple…
Devant tout usurier entassant entre ses mains des montagnes d’or…
Quelle horreur!!

en savoir un peu plus  sur  l »Nizzar Qabbani


Jean Tardieu – fantômes


Ce n’est pas tout à fait la terre

que connaît un chacun.

Je découvre mille mystères

Dans les coins, un par un.

Le train, c’est une histoire étrange

avec tout ces regards !

Aux braves gens les mauvais anges

sont mêlés tôt ou tard.

Une route se remémore

tous les pas disparus

Mais elle attend — et rien encore

n ‘est vraiment apparu.

Qu il faille un peu manger pour vivre.

On connaît bien cela

Mais je veux qu’un dieu noua délivre

de qui nous mangera.

J’ai vu souvent de longs passants

sur l’asphalte foncé :

Ce n’étaient que des vêtements

où loge la fumée.

Peut-être, étant assez distrait.

m’étais-je trompé d’heure

Et les ai-je vus de trop prés

Au moment où ils meurent.

Moi-même, un jour, prés d’un miroir

Je fus bien étonné

de ne plus rien apercevoir

Ni mon front, ni mon nez !

Le ciel passait à travers moi

Tout était calme et lisse

Et j’entendais le temps qui glisse

Sur le sol gris et froid.

1940

texte publié dans la revue « poésie 84 »


Lost ( RC )


Il n’ y avait plus de train,
Pour aller plus loin,
alors, je suis  resté,
Parachuté ici,
Où tout y est miséreux,
Usé par le temps, crasseux,
écrasé des indifférences,

C’est  comme enfiler des vêtements,
Qui ne sont pas siens,
Avec  des plis irréversibles,
Des taches incrustées,
Et des mailles qui se lâchent…
Et emprunter une voie qu’on a jamais remarquée,
Une voie de garage, au sens propre.

Des odeurs tenaces de vieilles huiles,
Des odeurs  étrangères,
Insérées  dans les tôles bariolées du port,
Menant vers  le plus inconnu encore,
A la lumière éteinte  et des plages noires,
Au delà d’un horizon ourlé de gris,
Scandé d’échardes de grues rouillées.

Il y avait cet attroupement,
Et à voix basse, ce cercle de gens,
Aux bleus délavés,
Comme leurs yeux, noyés,
Dans les vapeurs de vodka,
Autour du corps défait d’un marin,
–   Le sel faisait des cristaux sur sa peau.

RC – 4 septembre  2013