voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “vie

Margherita Guidacci – visage intérieur


 

 

Installation - sculpture: Markus Raetz ' Anjou

 

VISAGE INTERIEUR

Cela voulait dire
une fois délaissé l’art de dessiner la vie
ne pas poser de questions à celui
qui te couvre de dons, et blesser
l’offrande entre tes dents

” le dernier cercle de la pierre jetée dans le lac,
le cercle qui est de l’eau déjà, qui a oublié
ses frères et s’engloutira lui-même “

 

 


Cribas – Allons enfants du paradis


Allez au diable! (Allons enfants du paradis…)

 

Par Cribas le samedi 24 janvier 2009,

Depuis 2006,  Cribas  publie  ses poésiphonies, et sensations…

lesquelles constituent  une  base  de  textes  impressionnante, sans concession,

voir  son site

J’aurais maudit le monde

Que ça n’eût rien changé

D’ailleurs je l’ai maudit

 

J’aurais vécu ma vie

Que ça n’eût rien changé

D’ailleurs je l’ai vécue

 

J’aurais pleuré mon âme

Que ça n’eût rien donné

D’ailleurs je l’ai vendue

 


André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel.
Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre.
Elle a du souffle et pas de frontières.
Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues.
Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire.
Si elle est vécue, elle change la vie.
André Velter
extr  de   » la poésie  en dansant »

Dessin, Henri Matisse, étude pour le Danse


Jean Baptiste. Tati-Loutard – la révolte gronde –


peinture: Francis Bacon – Portrait of George Dyer Crouching, 1966

 

Jean  Baptiste. Tati-Loutard, que l’on peut  retrouver  dans un post récent  sur  terre de femmes, est un poète congolais, décédé  en 2009, une page de discussion,( de francopolis )  d’où est extrait le présent poème, est visible  ici

LA REVOLTE GRONDE

 

Nous avons rompu avec le soleil :
Au point du jour seuls les oiseaux s’en vont
Vers les collines accueillir ses rayons.
Que se passe-t-il ? Quelles voix étranges
Craquellent le silence aux quatre coins de la ville ?
Quelle race oubliée dans les décombres du siècle
Surgit des masures où la misère traîne
L’herbe comme un chien jusqu’aux pas des portes ?
A-t-on vu jamais (hors saison) le ciel
Se joindre à la terre ?
Voici que les nuages descendent du Mont-Soleil
Pour fleurir une foule qui hisse au bout des lèvres
Des cris aigus comme des couteaux de jet.
La ville regarde à travers un masque blème
La marche des Cavernicoles. La peur gagne :
Même le temps s’effarouche dans le clocher ;
On l’entend s’enfuir, sonnant aux pieds
Ses anneaux de bronze.
La révolte monte la Révolte gronde.

 

 

J.-Baptiste . Tati-Loutard   –  voir  aussi la publication de juin 2012

 


Yvon Le Men – Des galets


peinture trompe-l'oeil de Ko

Je sais

qu’il est interdit

de ramasser des galets

mais

quand il en choisit un

pour le déposer

sur la tombe de son fils

je détournai le visage

et regardai la mer.

Un peu de l’immense histoire du temps

contre la brève histoire d’une vie

est justice.

Yvon Le Men

 

Source  : Anthologie poétique: le bon temps de la vie

 


Claude Chambard – le chemin vers la cabane – 02


peinture – Julien Descossy

j’ai scruté le ciel
a la recherche des nuages de pluie
une chauve-souris a traversé la pénombre
les constellations de l’été apparaissaient lentement
le chien a frotté son museau contre ma main
il n’y avait pas un bruit dans la maison
Grandpère disait que ce sont les fantômes
qui font grincer les planchers & les armoires
c’est sans doute pourquoi
je n’aime ni les maisons ni les meubles neufs
j’ai besoin de l’âme des anciens
ils ne me racontent pas leurs histoires
non mais ils me disent que je ne suis pas
seulement un rebut
et que nous avons besoin les uns des autres
pour comprendre un peu
ce qui devient la vie
(un fil)

 

 

———

et une  citation courte de C Chambard, que je viens  de trouver:

 

 » la porte du paradis
est condamnée
faute de clef  « 


Sedna – dans l’encrier


Le blog  « la poésie que j’aime »,  de Sedna,  rassemble  beaucoup de textes intéressants  – 

pn peut aussi trouver  de ses productions rassemblées ici  (chez Emirelo)

voila aussi  l’adresse de son blog où sont réunies les poésies  qu’elle  a choisies.

peinture JB S Chardin l'enfant au teuton 1735

 

DANS L’ENCRIER

Dans l’encrier de la nuit, ma plume nécrophage
Daigne s’abandonner sur le rivage des sanglots
Quand frissonnent les étoiles derrière le nuage
Je me noie dans la vague d’un océan sans eau

 

 

Dans l’encrier du vent, j’ai volé cette chanson
Pour l’offrir au marchand de sommeil étonné
Paroles de cristal sur la chaleur de l’édredon
Qui réchauffent la neige du rêve consommé

 

 

Dans l’encrier de la vie, je puise les souvenirs
Cartes postales sentant des passés endormis
Lambeaux chiffonnés de ce qu’il faut retenir
Amours de poussière disparus avec la pluie

 

 

Dans l’encrier de rosée, j’ai déposé le silence
Sur la forêt aux reflets de cendres obscures
Et la chemise du soleil change d’apparence
Quand point la giboulée et ses éclaboussures

 

 

 

Dans l’encrier de ta bouche, j’écris une page
Dont les mots se déroulent comme un ruban
Leur parfum ouvre tendrement mon corsage
Le monde s’assoupit, suspendu à ce moment

 

 

Dans l’encrier du cœur, je me suis désaltérée
Pour boire à la source de l’amour inépuisable
Le regard tourné vers les étoiles enneigées
Peut-être que demain n’est pas inéluctable

( 20 janvier 2008)


Else Lasker-Schüler : – LE CHANT DE MA VIE


LE CHANT DE MA VIE

Vois mon visage arpenté… Plus bas se penchent les étoiles. Vois mon visage arpenté.

Tous mes chemins fleuris Conduisent à des eaux sombres, Fratrie en discorde mortelle.

Les étoiles se sont faites vieillardes… Vois mon visage arpenté.

DAS LIED MEINES LEBENS

Sieh in mein verwundertes Gesicht… Tiefer beugen sich die Sterne. Sieh in mein verwundertes Gesicht.

Alle meine Blumenwege Führen auf dunkle Gewässer, Geschwister, die sich tödlich stritten.

Greise sind die Sterne geworden… Sieh in mein verwundertes Gesicht.


Jean-Jacques Dorio et son hommage à Mirò – 2 – LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE


Miro, Constellation 21
Le crépuscule rose caresse les femmes et les oiseaux

LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE

LE CRÉPUSCULE ROSE CARESSE LES FEMMES ET LES OISEAUX
Les oiseaux sont des flammes qui raniment le printemps
Le printemps en hiver sous l’amandier sans fleurs
Cent fleurs et mille épines qui déchirent nos vies
Nos vies à l’eau de rose à l’eau de purin à l’eau de vie
L’eau de vie où la part des anges n’est pas faite pour les chiens
Les chiens qui lèchent nos arpèges et nos mains que caressent le concert des Constellations
quand le crépuscule est rose
et caresse d’un geste auroral
les femmes et les oiseaux

du blog poétique  et inspiré d’art  de Jean-Jacques: 


Potier de vie – (RC)


Demain je regarde  ce tas  de terre, je me dis, si j’étais  potier, j’en ferais un petit  vase.
Je le fais en pensée  je  reconstitue  tes propos.
Je les vois dans un autre  ordre,  sous  une  autre  lumière.  Et ce vase  a une  autre  forme que la motte  de départ, mais  le même  volume, la même  masse.
Il fait  corps avec le  vide, le creux  qui rend  le vase, vase.
Ta parole est comme çà.
Ce ne sont pas que des mots placés  dans un ordre  donné.
Ils  font  corps avec  ton esprit, avec ce creux qui justifie  ta forme.
J’ai peut-être  compris  aussi  que   cette  forme  existera  encore,  qu’elle  n’est   pas  donnée, que  toi-même  tu changeras  de forme,  et d’esprit.
Et te soumettras  ,
à la lumière, celle  qui révèle  les volumes.
Mais  garderas ton âme.

Article  en relation avec le texte  de François Cheng,  publié précédemment…

art: volume "livre métallique", de Anselm Kiefer ( la vie secrète des plantes) 2002


Je suis l’orage (RC)


 

Le Ruisseau en murmure

et cette larme silencieuse.

 

Portée d’eau – la paresseuse-

aux endroits les plus creux,                 stries, flaques et vallées

Faisant son chemin, poussée de par sa masse,

roulée sur le visage et vers de lointains océans.

 

Tu scruteras ce flux,              sensible,

ainsi le rai de la lumière

aux rebonds des volumes;        la larme à la rondeur

du visage

l’encre, aux pentes provoquées   du papier.

 

Ce ruisseau qui murmure,  la chute qui cascade, les grands méandres en fleuves,

sont à l’inverse de ma brosse,

qui court sur le fil de la toile,  en caresse les  reliefs,

dépose sur ses collines

son écorce de couleurs,     ses habits de fête.

 

qui court en pâte brute, en pâte fine,         demi-matière chargée d’eau,                      – aimante, électrostatique

de parcours artistisques.   déposée, frottée, retranchée…..

photo personnelle:  menace d'orage  sur le Causse   (  Lozère)

           photo personnelle:                       menace d’orage sur le Causse ( Lozère)

Je suis l’orage

qui précipite, macule, rature et bouscule  la géographie étale

de mille pages   aux mille visages.

 

–            Notre ronde  – le monde,

mille pages de mille visages,         sculptés, bousculés,ravinés, basculés,

sédiments d’eau

sédiment-terres

Se taire.

 

Des colères qui hurlent,          aux larmes silencieuses

sur les statues des arbres et géants de pierre_______

 

Une page de la vie, toujours détruite,    et naissante;

et recommencée.

 

RC  2001


Nabokov, —- la chambre ( 1950)


Grâce au blog de schabrieres ( beauty will save the world ),  je me fais l’écho d’un beau texte de V Nabokov

Vladimir Nabokov – La chambre (The Room, 1950)

La chambre que prit un poète
mourant, un soir, dans un hôtel mort
figurait dans les deux annuaires:
celui du Ciel, celui de Perséphone.

Elle avait un miroir, une chaise,
et une fenêtre et un lit,
ses côtes laissaient entrer l’ombre
où la pluie luisait et saignait une enseigne.

Ni larmes, ni terreurs, un mélange
d’anonymat et de malédiction,
elle paraissait, cette chambre,
être l’imitation d’une chambre.

Chaque fois que, subliminale,
une auto déchirait la nuit,
aux murs, au plafond tournoyait
tout un squelette de lumière.

Peu après la chambre m’échut.
Bagnard rayé, cherchant la lampe,
sur le mur je trouvai ce vers:
« Je meurs sans amour, solitaire, anonyme »

au crayon au-dessus du lit.
On eût dit une citation.
Etait-ce une femme affolée de lecture,
Ou un gros homme au cheveu rare?

J’interrogeai l’aimable bonne noire.
J’interrogeai le capitaine et ses marins.
J’interrogeai le gardien de nuit. Obstiné,
j’interrogeai un ivrogne. Nul ne savait.

 

peinture; un tableau de Vuillard ( un de mes artistes favoris)

 

 

 

Peut-être, ayant trouvé l’interrupteur
avait-il vu le tableau sur le mur
et maudit l’éruption rougeoyante
se voulant « érables en automne »?

Dans le meilleur style artistique
de Winston Churchill à son faîte,
ils avancaient en double file
de Glen Lake à Restricted Rest.

Mon texte est peut-être incomplet.
Pour finir, la mort d’un poète,
c’est de la technique: un rejet
parfait, une chute harmonieuse.

Une vie s’était brisée là,
dans le noir, et la chambre était comme
un thorax de fantôme, avec un coeur
mal aimé, anonyme, mais point solitaire.

***

Vladimir Nabokov (1899-1977)