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Armand Robin – XII


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XII

Une femme pas vieille,           Mais vieille communiste,
Étendit les bras,              cria :
—    Arrachez-moi du corps les haillons du dogme!

Revêtez-moi d’un manteau tout simple !

Elle s’est réveillée, couverte de plaies
Et comme stigmatisée :

Le sang que dans les geôles versent
Ceux qu’assassinent les messieurs des bureaux
Perlait sur ses tempes.

 

( tiré des « poèmes pour adultes » )

voir aussi  «  l’homme  qui fit  tous les  tours »

 


Murièle Modely – ( En ) quête


photo Mahafsoun ( deviantart )


Je glisse
Le soleil me cuit les cuisses
J’ai fermé les yeux pour profiter
De la dureté du sol
Et du mordant du jaune

Je suis petite fille
En jupe courte
A l’instant précis
De mon innocence

Je tombe
L’ombre a remplacé le chaud
Le froid revient avec les mots,
Je suis vieille et la moquette
N’est pas un lit pour ma fatigue

Je suis coupable d’enfance
C’est le malaise d’être ici
Et d’être aussi ailleurs
Enfant, j’ai toujours su
Qu’on me pardonnait tout
Qu’on ne m’excusait rien

Je dégringole
Par bouffées dans la triste réalité
Je suis une vieille femme allongée sur le sol
Dans le salon, sur la moquette
Il est quatre heures, je ne fais rien
Les voisins de leur fenêtre
Voient ma folie et mon chagrin

Car je cherche un passé,
Une jeunesse, un improbable équilibre
J’ai vieilli mais je n’ai pas grandi
J’ai cent ans et cinq ans, soit
Un géant sur des jambes de nain

 

Un texte  qui peut être retrouvé  dans le site « écrits vains », parmi 8 autres  de M Modely

 


Elke Erb – Dans vingt ans


Illustration de livre à l’ancienne – origine : hollande

Elke Erb – In zwanzig Jahren

Dans vingt ans


-
je serai bien vieille ou quoi ? C’est-à-dire fragile,
faible, j’aurai alors bien sûr et plus qu’occasionnellement
et tout aussi systématiquement

des blancs dans la mémoire, la perception.
Et les trous comme mangés par les mites

Seront d’un côté
des tissus qui s’épaississent – rien que des trous pour moi –
indissolubles, impénétrables
nodosités. Et moi au milieu.

Depuis que je pense, un hurlement chaque fois
Quand je parviendrai quelque part – de quelque part vers
(un imprévisible) quelque part.

Aurai, au cours de ma vie, composé, tissé
tout cela comme un texte au plus que parfait.

Alors plus durablement encore
Chaque fois de manière plus aiguë, plus vive que maintenant & ma vie durant
percevoir ce qui reste, épaissi, tandis que je
me recroqueville.

Recroqueville-toi, ralentis davantage, hésite, arrête et
plus rien. Est-ce que je me retourne, comme devant des portes closes ?

Ne plus être enfin
comme un abrégé de perspectives qui me rattrapent

mise hier au monde, passé inachevé.
Vertu guerrière, livrée à son destin.

Elle serait tout vive comme une belette,
comme scintille l’eau du ruisseau.

N’écouterai pas ce qui se dit
d’insanités. Pure matière, apaisée pourtant.

Vides de sens, petite boule d’être, impossible à avaler
(bouchées inverses inaccessibles). – Agissent,
liés ensemble, comme une cage.

(ou simplement les liens sans nœuds) – et dedans,
tapie dans un coin, la poule effarouchée

(s’agitant lorsqu’on vient, les ailes
rognées.

Comme pourchassée.)
Comme effrayée.

Les regards de la vieille sont brefs et fuyants,
je l’ai vue bien souvent. Elle rôde,

stupéfaite
de n’être plus la perdrix des steppes.
Ça ira.

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traduit par Claude Esteban

aussi dans: Versschmuggel / Mots de passe. Gedichte / Poèmes.
édité par literaturWERKstatt berlin
Verlag das Wunderhorn: Heidelberg 2004.

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On peut  retrouver  certains textes  de Elke  Erb, traduits en français  sur le site    http://lyrikline.org/ qui présente  ausssi  des versions audio  de textes poétiques

Florence Trocmé  (  de Poézibao),  a  consacré  un article  sur elle ici;