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Alain Paire – le miroir de l’absente


la mort de l` vierge, 1460 de Andrea Mantegna (1431-1506, Italy) | Copie Tableau | WahooArt.com

... J’ai souvent regardé La Mort de la Vierge,
les grandes palmes sombres de l’Ange de Mantegna,
l’écume d’un chemin nacré parmi les eaux de la lagune.

Peut-être n’était-ce pas ce tableau que je contemplais.
Mais plutôt, dissipant lentement les ombres du labyrinthe,
sans envers ni lointains, sans même l’espace d’une voix ,
le miroir de l’absente qui appelle encore, et
qui revient près de nous.


Les doigts marchent au ralenti sur une plage – ( RC )


Sauf si vous écrivez vraiment très bien. Dans ce cas, montrez-nous.

 

Les doigts marchent au ralenti sur une plage,
elle est déserte, et j’assemble les mots en vrac.
Ici, il n’y a pas de ressac,
mais l’univers encore vierge d’une page.

Mes doigts tiennent fermement un crayon ,
( on voit que blanchissent les phalanges,
quand je pars à la poursuite de l’ange ),
et de l’ astre j’accroche ses rayons .

Comment fixer ce qui est invisible ?
par le moyen d’une voix clandestine,
( le bout du crayon suivant la mine ) ,
cette voix , alors, me devient audible ,

il faut juste qu’elle me traverse,
portée par des ondes, en-dedans :
c’est peut-être juste le vent
ou une soudaine averse :

( je ne saurai la décrire,
ni, ce qui la déclenche ):
les pensées ne sont pas étanches,
quand je me mets à écrire.

 


RC – nov 2016


Gratter ce que cela dissimule – ( RC )


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peinture  Simon Hantaï – 1959

 

Imagine ta vie
comme une oeuvre d’art ...
Elle serait plutôt bizarre :
–         L’enquête a établi
Qu’en tant qu’artiste
c’était une activité louche
( de brouiller les pistes
en rajoutant des couches…)

On n’y voit que du feu   :
C’est un drôle de calcul ;
On trouvera bien ( en grattant un peu ),
ce que cela dissimule… :
Les gens sont pleins de malice
et plutôt que dans l’écriture,
ils arrivent à trouver des interstices
même dans la peinture…

Si on prend bien soin,
de regarder les coups de pinceaux,
on trouvera bien ce qu’il faut
( même une aiguille dans une botte de foin ) :
Il suffit de patience
pour lire ton destin ,
savoir à quoi tu penses …
…. Tu veux qu’j’te fasse un dessin ?

Avec les meilleures intentions,
sans que ça soit ma tasse de thé,
je sais tenir un crayon,
même si c’est ta spécialité.
Il se pourrait        que j’efface
la toile pour retrouver le blanc
– il n’y a pas de place
pour les faux semblants –

Maintenant:     ce tableau est lisse,
on a raclé les épaisseurs,
selon les instructions de la police,
pour que de la couleur
plus rien n’émerge :
plus de message caché
On peut dire que la surface vierge
est devenue sans danger.

Imagine ta vie
ainsi épurée !
les marques de sympathie
d’oeuvres censurées :
Plus aucun problème
avec les choses prohibées ! .

Ce que les gens aiment
c’est être rassurés.


RC – juin 2016

 

( dans les tableaux  « neutralisés »,  je pense  à ce dessin de W De Kooning ,  confié à ,Robert Rauschenberg afin qu’il l’efface )


Miguel Veyrat – une peur blanche


image: spectacle de la compagnie Luc Amoros:             N’ayez pas peur de la page blanche

 
Une peur blanche

Je suis allé là où la beauté semble être toute nouvelle
pour toujours, et le dernier jour, j’ai trouvé
le premier. Celui qui tombe dans la lumière allumée fauve
nue et douce, avec le son de sa jeunesse
dans l’air.
Belle bien qu’elle cache le bas du visage
dans la première ombre répandue sur la page vierge.
Je me suis retiré vers nulle part
comme un corps  dans l’abîme,
à la recherche d’un  signe pour le copier sur la
première page disparue ce premier jour.
Ainsi l’aube nous ment dans son écriture cachée,
qui n’annule jamais les pas de la nuit en sa première ombre.
Au moment précis où  la beauté se brise en vain
contre le mur du désir qui a effrayé le léopard –
quand nos poitrines se révoltent
en face de la puissance de la Nature
qui règne seulement pour le malheur, et l’ infinie vanité de tout.

trad  RC –

-He ido donde la belleza pareció ser toda nueva
para siempre, y en el último día hallé
el primero. Aquel que cae al fulvo ardor de luz
desnudo y leve, con su juvenil sonido
por el aire. Hermoso aunque se emboce
en la primera sombra derramada sobre la página
en blanco. He retrocedido a ninguna parte
como el salto de un cuerpo en el abismo,
que busca su signo para copiarlo en la página
esfumada de aquel día inaugural. Así nos miente
el alba en la escritura oculta que jamás cancela
los pasos de la noche en su primera sombra.
Momento exacto en que la belleza se estrella
en vano contra el muro del deseo que espantó
a Leopardi —cuando nuestros pechos se amotinan
frente al poder de la Naturaleza que impera
solo para el mal, y la infinita vanidad del Todo.

 


Seyhmus Dagtekin – Le versant obscur des corbeaux


 

 

 

LE VERSANT OBSCUR DES CORBEAUX

Ton beau tombeau
Et le regard déchiffré de cette vierge qui coule dans mes rêves
Comme si j’étais revenu de mes morts et de mes naissances
Comme si je sortais de tes bouches charnues vers ma pupille grisée dans la vue
de mes semblables
Avec cette soudaine déchirure de ma vessie jugulaire
Et ce bonheur qui transpercera mes larmes avec un orage de fin d’été

Ma voix sautille dans l’espace ténu des jours
bondit sur les joues de cette beauté éphémère qui m’hallucine
et retombe creuser le tombeau de ma chair
Je prends la vie de cet ange, je piétine, je me piétine
Mais je reste à la porte de la vie de cet ange
Son regard dans mon regard, sa bouche entrouverte à la pluie
qui traverse le ciel en lambeaux de ces enfances hachurées
Je me brûle la langue au seuil de ton cœur
Dans la douceur de l’ange sous une pluie sans ciel
Comme une profondeur de lumière dans la profondeur de ton cœur;

 

illustration  Carole  Collaudin

Seyhmus Dagtekin auteur kurde a obtenu le prix Mallarmé 2007 pour son dernier livre,

« Juste un pont sans feu », paru au Castor Astral.

 


Le livre qui nous partage ( RC )


 

 

 

_

 

 

 

Du  livre qui nous partage

Chaque instant a sa page

 

De celles  d’avant, nous pouvons lire

A celles  d’après sauf à prévoir l’avenir

 

Il nous reste à les  écrire

Les vivre en grand dé-lire

 

Toutes, lentement se superposent

Et nous métamorphosent

 

Les anciennes et les récentes

Résonnantes,  ou absentes

 

Qu’elles soient vierges ou tachées

Elles nous sont toutes  attachées

 

Reliées  à notre ventre

Attachées à notre centre.

 

 

RC   5 dec 2011  –  modifié  juillet 2012