voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “villages

Philip Roth – pastorale américaine – (petit extrait )


vue bord fra arch -0585

 

Elle marchait vers le nord-ouest, vers un horizon qu’animait encore un liséré de lumière ; elle avançait dans l’appel du soir de la grive ;

elle longeait ces clôtures blanches qu’elle haïssait, ces fenaisons, ces champs

de maïs, ces champs de navets, qu’elle haïssait, ces granges, ces chevaux,

ces vaches, ces mares, ces rivières, ces sources, ces cascades, ce cresson,

ces osiers (« Les pionniers s’en servaient pour récurer leurs casseroles

et leurs marmites, maman »),                                      ces prairies, tous ces hectares de bois qu’elle haïssait,

elle remontait du village, elle mettait ses pas dans ceux de son père,

du temps qu’il allait, heureux, d’un pied léger, tel Johnny Appleseed,

et c’est ainsi qu’aux premières étoiles, elle avait atteint
les érables séculaires qu’elle haïssait,

et l’imposante demeure de pierre tout empreinte de son être,

qu’elle haïssait, la maison où vivait son imposante famille,

tout aussi empreinte de son être, qu’elle ne haïssait pas moins.

 

petit  extrait  ( vers la fin )  du livre  « pastorale  américaine »


Jean-Marie Kerwich – je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs


affiche de cirque  » Sells Brothers »

 

« Je ne relis jamais ce que j’écris ; je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs. Mes phrases sont des villages pour les âmes en peine. Mieux vaut ne pas se retourner vers eux, ça ferait pleurer l’encre des mots écrits… 

          J’ai du mal à tenir une plume : ma main droite a trop longtemps tenu en équilibre sur un portique de cirque. »


Vagabond des étoiles – ( RC )


Marcheur du ciel- Alfred’s campus New York

Marcheur  du ciel        Alfred’ campus  New York

 

 

C’est tracer un chemin,

Le  doigt posé sur la carte,

Passant de collines en villages,

Puis  décider de le suivre,

Avec de bonnes chaussures,

Juste  avec quelques ronds en poche,

Un carnet de notes,

Un appareil photo en bandoulière.

 

Juste  travailler d’étape en étape,

Pour pouvoir manger,

Et poursuivre sa route ,

A travers le monde,

Sous les azurs et les pluies,

Et faire  d’une cabane sa maison,

Le temps de reposer le corps,

Et continuer la voie choisie.

 

Au dessus passent les avions,

Tirant des traits blancs

A travers le monde,

Ignorant les pierres sur les  sentiers,

Et la glaise collant aux pieds,

Quand on choisit  son passage

Entre deux pentes rocheuses,

Aux lisières des bois,

 

Que  le vent agite les branches,

Et fait ondoyer les champs d’orge.

Les senteurs des foins emplissent les poumons,

Les insectes bruissent et grésillent

La peau se tanne  aux  soleils,

Et croisent  les lunes

Le sac tirant sur les  épaules,

La suée sous les efforts

 

S’attirer la curiosité des oiseaux,

C’est être comme un vagabond,

A continuer jour après jour,

Minuscule et lent déplacement,

Tout au long du pays ,

Les pieds  recouverts  de poussière…

Et s ‘endormir  sous les  étoiles,

 

>   Elles ne sont pas  si loin …

 

 

 

RC- juin  2014


Monuments d’un quotidien – ( RC )


 

Aux monuments du quotidien,

Ceux qu’on transforme en statues,

Moulés dans le métal

Les monuments aux morts

Sont aux villages, un décor banal .

Tant sont partout, les monuments de fonte

Qui nous parlent d’honneur – ou de honte

D’un peuple livré à tous les abus

Entouré, maintenant d’effigies d’obus

– Longues listes gravées dans le marbre…

 

Que sait-on de l’honneur?

Des hommes engloutis dans les tranchées

– les soldats inconnus, ne sont plus –

 

  • Que sait-on encore, de l’horreur

De ce qu’ils ont vécu ?

 

A poursuivre un vide

A combler peut-être dans d’autres vies,

On peut remplir les manuels

Ou, mieux, creuser avec des pelles,

Pour ce qui fait l’histoire..

On a presque oublié

Le pourquoi du comment,

La conquète du territoire,

Et les périodes noires,

Quand disparaît, le dernier témoin…

 

RC  – 9 février  2013