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Articles tagués “ville

La petite robe rose – (Susanne Derève) –


Fontaines de Marta Pan , Rue de Siam , Brest – Photo Danièle Nguyen Duc Long –      
Brest, Siam, et le pavé nu à présent, 
souviens-toi,
comme on suivait les rails
du tram par tous les temps,
nos pas mêlés,
épaule contre épaule,
toi et ta moue boudeuse,
le tintement des rames,
les passants frileux
qui se pressaient sans un regard
pour les fontaines vides de Marta Pan
et les devantures mornes.

Soudain, ton visage s'éclairait                                                   
pour une petite robe rose nichée
dans un coin de vitrine
qui t’allait comme un gant,                                                                                      
et te faisait au retour un sourire                                                       
triomphant de madone.
 
               *

C'était toujours « scènes de la vie ordinaire » :
ta chambre, le soleil à flots par la fenêtre, 
et sur le mur
les ombres serpentines du feuillage
le grand corps vivant de l'érable sous le vent                                       
ses frondaisons légères
On tutoyait le ciel,
et toi, dans ta robe d'un rose
à faire pâlir les roses du jardin,
ta moue boudeuse encore,
tournant obstinément le dos                                                      
à la lumière.

Photos Danièle Nguyen Duc Long voir : https://latribudanaximandre.com/tag/fontaines-de-marta-pan/        

.

 


Roland Reutenauer – Ratissant tous les soirs son intime lopin


photo Philippe Jacquot

Un jour on voyagera dans l’herbe
autour de chapelles totalement historiques
écoutant des chorals de Bach des choses
vivifiantes
indéchiffré le monde sera il aura plu acidement
dans les philosophies théologies cosmogonies
les poètes auront sucé la pulpe des mots
savouré les pépins amers
on aura dit je reviens à la surface
et j’y reste

 
    2

On peut s’asseoir sur l’idée qu’on se fait de soi-même
et s’y trouver mieux que sur un coussin agrandir au mur
l’œil mélancolique et laiteux du moineau de mars
on peut regarder les poèmes comme autant de minutes
chauffées à blanc de la prose quotidienne galettes de magnésium
sirop du dasein
se redire que la poésie a bouclé son temps
que son temps viendra qu’elle se nourrit de doutes
que la meilleure façon de tourner en rond
c’est encore de danser on peut se lever sortir
en une longue dérive en ville se rejoindre peu à peu
jusqu’aux abords flous de la ville où l’air vient mourir et renaître
expulsé d’un immense sac en plastique bleu
on peut se taire

décembre 1983 – mai 1987


A ceux qui s’enivrent des vapeurs d’essence – ( RC )


photo perso – Singapour nocturne

A ceux qui s’enivrent des vapeurs d’essence,
je dédie un murmure
qui s’élève au-dessus des buildings.

Dans les replis de la ville, on ne compte plus les étages,
et ceux qui montent vers les sommets
se désaltèrent d’illusions.
Ils pensent ainsi dominer une partie de la planète,
jouissent d’un capharnaüm de luxe, ponctué de dentelles de néons,
du trafic des automobiles sur les bretelles d’autoroute,
de leur grondement continu ,
qui passerait pour la pulsation du monde.

Sans doute aimeront ils voir s’allumer une à une, les lumières des façades,
plain-chant d’un anonymat qui se voudrait feu d’artifice.
Mais c’est parce que la nuit favorise les contrastes,
le jour enlève les fards, révèle la laideur du béton,
les puits d’ombre entre les bâtiments où végètent d’insalubres masures.

Dans les grandes métropoles, on perd toute mesure :
l’empilement vertical s’étire avec prétention ;
vertige de puissance des multinationales jusqu’à l’outrance
des écrans géants et lettres lumineuses .
( on nous ferait croire qu’on se nourrit de parfums et de billets de banque ).

La voiture y est maître, rutilants cafards errant dans les avenues.
Le piéton paraît incongru dans un monde qui n’est pensé que pour elle,
à moins de sortir du centre, et de retrouver peut-être
une vie à dimension plus humaine,
moins saturée d’imagerie consumériste tapageuse…

A ceux qui s’enivrent des vapeurs d’essence,
je dédie ce murmure…


Boris Vian – C.P.R.


Le soleil se cachait derrière la nuée.
L’ombre étendait son voile aux jardins obscurcis.
Le fantôme des joues tristement raccourcis
S’éloignait de la ville en un enfer muée.

De lumière la multitude dénuée
Commençait de gronder. Déjà d’âpres soucis
Se frayaient un chemin sous les fronts indécis.
La peur montait, blafarde, et ce fut la ruée

Vers les dieux de métal sanglants des sacrifices
Et l’envahissement des vastes édifices.
Mais les dieux ne pouvaient dissiper le brouillard.

Alors parut soudain, conjurant le désastre
Au moyen d’une lampe, un auguste vieillard
Et chassant la ténèbre, on vit lampe aider astre.


le vieux manteau, au square du jardin de ville – ( RC )


Je suis resté immobile
avec mon vieux manteau
couvert de feuilles mortes
au square du jardin de ville :
je suis venu chaque jour d’hiver,
j’attendais ta chanson:
le froid fut sévère,
mais n’eut pas raison de ma passion….


Ce ne fut qu’au printemps
que le gel libérant les sèves,
fit que toi, ma fontaine,
retrouvas tes eaux…
Ta sculpture au regard fier,
tes jupes de pierre
retrouvant leur souplesse
alors j’ai quitté mon banc
et laissé mon manteau,
qui, de détresse,
partait en lambeaux…


Métaphore d’un confinement – ( RC )


projet « Forest City » Malaisie

Le temps languit, étiré
en toute liberté,
croit-on…

Il n’y a pas de barreaux à nos fenêtres,
le cœur profane de la ville
est encore vide
et la pensée ne s’encombre plus
d’une pluie battante

les voix du monde
se sont arrêtées
sur une muraille de verre
car même l’orage est confiné
derrière une grande barrière :

il ne reste plus qu’à compter les jours,
détacher les brins de laine
pris dans la peine et les barbelés
de nos chemins.

Eux s’en vont bien quelque part,
retrouver les sommets,
les cheveux des fougères :

( peut-être qu’ailleurs coulent les rivières,

comme se rassemblent les larmes
d’une multitude de ruisseaux
à la suite d’un crime métaphorique )
emportant avec lui l’espoir
et les désirs avec le temps.

Le temps est toujours innocent.
Il ne connaît pas l’enfermement,
les murs de l’appartement.
Puisque tu es immobilisé…

tu peux toujours sortir de ta tanière
par la voie de l’imaginaire…


Linda Maria Baros – Droit de libre pratique



photo Sebastiao Salgado – Inde

Nous sommes montés dans les camions et avons ri,
nous avons bu et craché.
Nous roulions tous à grande vitesse ; la tête tranchée
de la ville se cognait contre le pare-brise.
Nos amis courraient toujours sur des toits huileux
et le drapeau, le drapeau flottait parmi nous
et nous cognait droit dans le visage,
nous lacérait la joue, nous fendait le front.

Mais nous avons hurlé, nous étions vingt
et sommes devenus cent,
et nous roulions à grande vitesse
par-dessous les tristesses de sel des toits.
Notre passage coupait la ville en deux,
aux fenêtres veillaient des têtes en bois
qui dépeçaient naguère dans le delta
les chevaux à la scie.
Nous avons ri et bu, nous avons craché,
nous nous sommes roulés par terre.
C’était, pour de vrai, un jour de fête !

Les tireurs nous connaissaient par cœur
et caressaient de loin notre tête,
notre front, avec des gestes mécaniques,
translucides et froids.
Et notre tête se cognait, le long de la route,
sans le savoir, contre le pare-brise,
contre l’asphalte.

Mais ils nous faisaient à nouveau monter dans les camions.
Et nous étions vingt à nouveau et nous avancions encore
à grande vitesse, dans la cadence lumineuse
des balles traçantes.
Puisque c’était, à notre insu, un jour de fête !

in  » la nageuse désossée » Le Castor Astral ( voir le pdf dispo dans poezibao )


Le ciel se ressoude, la mémoire s’en va … – ( RC )


photo William Klein – 1955

Allons nous asseoir sur les dunes,
de là, nous verrons en rêve
se lever les rideaux de brume
déchirer des morceaux de ciel;
il y aura peut-être les colombes,
qui survoleront les palais,
pour se réfugier dans les tilleuls,
ou bien ce sera le soir,
à l’heure où le soleil tire sa révérence.

Rappelle-toi de ces oiseaux
courant, sautillant sur la plage,
ignorant les hommes
le vent, les herbes sauvages.
( Nous aurons contourné
ce bunker renversé,
qui lentement s’enfonce
dans le passé ),
comme ce château de sable…

Y aura-t-il des lendemains
à l’histoire enchantée
où tout passé s’efface ?
Le ciel se reforme,
se ressoude, la mémoire s’en va :
la ville ne laissera pas de trace.
Seuls, quelques gravats
seront poussés par le ressac
et la marée .


la fuite éperdue du langage – ( RC )


photo Susanne Derève

Ici ce sont des mots
accrochés aux poteaux.
Ils balbutient,
aux orgues du couchant,
et peut-être que le concertiste
a pris les devants
avec mille et une variations,
du cor nu
qui délaisse les bois
pour résonner, ingénu
sous d’autres climats
d’autres lois .

Et ce sont celles de la ville
qui indiquent au passage
la fuite éperdue du langage
emporté par la symphonie urbaine.
Lire ce récit comme une partition
serait bien chose vaine :
Jusqu’aujourd’hui on n’a jamais pu
en faire un poème
à portée de rue :
un cor nu
n’est pas ce corps nu
allongé sur un piano
qui tenterait de lire les mots
accrochés aux poteaux.


André Fromont – le silence n’existe pas


document extrait d’un des nombreux albums « d’images » de André Fromont  » vous me suivez »


Une vie au ralenti – ( RC )


Colorful Fall Leaves on Wooden Park Benches

Du troisième étage,

on voit le kiosque  à journaux

devant le parc aux platanes ,

          qui s’ennuient.

 

Ils s’ennuient des enfants 

qui sont maintenant

à l’école,   et des mamans

ne sortant plus les  landaus .

 

          La vie est au ralenti,

      ce vendredi après-midi.

L’automne recouvre le carrefour

de feuilles brunes  et or .

 

Tout le quartier se dissimule

sous les parures des arbres

        désormais au sol

masquant le goudron.

 

Les rues,    semblables

    à une  étoile de mer ,

ne mènent plus  désormais

nulle part .

 

       Les feux de circulation

       n’ont rien compris.

Ils changent de couleur

obstinément, en  cadence .

 

        La ville s’est  endormie

( une pause avant la pluie ).

Les voitures alignées

    ont l’air  de scarabées gris.

RC- nov 2019

Mokhtar El Amraoui – sans valises


Les Pigeons voyageurs

Sans valises
Quand les ailes se déploient,
Je me tais
Et écoute mon maître le pigeon.
Sans valises,
Sans mémoire,
Il décide de la portée de son clavier
Et ouvre, seul,
Les veines de la ville
Et ses cieux.


Allain Leprest – l’homme aux deux ombres


Sur l'établi | baldini Jean Pierre – Sculpteur

sculpture  :  Jean-Pierre Baldini

 

Le type d’en haut le solitaire
Si j’vous disais il a deux ombres
Qui le suivent sous les réverbères
De la ville quand la nuit tombe

Une ombre bleue à chaque jambe
La sienne et celle d’une dame
Deux ombres qui soupirent ensemble
Sur le drap sale du macadam

On dit que c’est un vieil amour
Un coup au coeur jamais guéri
Qui n’a laissé que son contour
Découpé dans un matin gris

V’là c’est pour ça qu’il a deux ombres
Qui déambulent derrière lui
Qu’il promène dans les décombres
De sa mémoire toutes les nuits

Deux ombres enlacées côte à côte
Cousues au bas de son manteau
Les mains mises l’une dans l’autre
Qui s’embrassent derrière son dos

Une ombre bleue à chaque jambe
La sienne et celle d’une dame
Deux ombres qui soupirent ensemble
Sur le drap sale du macadam

Le type d’en haut il a deux ombres
Et il les rentre au petit jour
Quand le premier rayon fait fondre
Les contours de nos vieilles amours


Dominique Grandmont – le spectacle n’aura pas lieu ( extrait 01 )


 

 

 

Josef Sudek -.jpg

photo Josef Südek

De sorte évidemment qu’ils seraient là sans l’être sous la peau déchirée des murs où des lambeaux d’annonces dessineraient pour eux une carte inconnue peut-être
un quartier comme un autre ces cafés agrandis par la résonance construits tout en longueur pour qu’on ne puisse pas compter les silhouettes ni trouver l’entrée

Un tel silence pourtant le samedi après-midi les guêpes s’énervaient tu le lui disais un peu plus quand on entendait l’hymne national qu’on se serait cru dans un studio après quoi dans des cours envahies d’herbes folles qui atteignent la poitrine ou bien quand tu t’arrêtes en plein milieu d’une phrase la lumière est si fausse que toute la ville est vide

C’est seulement quand ils tournaient la tête qu’on s’apercevait qu’ils n’avaient
qu’un seul profil et pas de visage ou restée dans les yeux mais verts tu l’oubliais toujours comme à travers une vitre l’ombre sans vêtement une route sur la colline

 


du chapitre « L’autre côté du vide »

 

« Le spectacle n’aura pas lieu »  a été publié  chez  messidor  1986, dispo aussi en version numérique.

 


Georges Perec – (A Franck Venaille)


 

Metropolis Paul Citroen

                 Paul Citroën – Métropolis 

 

        A Franck Venaille

 

cela ne l’effraiera ni ne le fera rire

              la ville à l’infini

il la reniflera il la flairera

            la ville fécale la ville effarée

il ne rêvera à rien      il avancera

le café-calva en face  le ciné l’avenir vicié  l’air calcaire

           la ville en vacance     la ville vaccinée

il ne vérifiera ni l’affre ni la faille

Flânerie. Errance.

 

la ville écaillée la ville varicelle la ville calvaire

la ville avariée

 

il verra venir la ville carnaval le financier affairé à la

cervelle nickel

 

                         la vieille fille avinée le créancier vénal  la fiancée  le fakir

                         la reine enfarinée  la flicaille

 

                        avarice  vieillerie  vilenie  féerie facile  féerie fanée

                        rafle civière Vive la France

 

                                      

 

                        L’éclair vrille le ciel calciné

 

                        Fièvre : Revenir en arrière. En finir avec ce rêve à la flan.

                        Écrire à la craie frêle la villanelle effacée

 

vienne le navire à la carène effilée

la fière caravelle

vienne l’île vicinale

arrive enfin l’avenir enraciné

 

                       en ce livre ancien vacille la vie vieille

 

 

Beaux présents belles absentes
Poésie Points

Ahmed Mehaoudi – Le matin s’éveille


scan 202.jpg
photo Berenice Abbott

 

Le matin s’éveille sur un temps nuageux, les choses de la vie circulent banalement, et même dans un cadre urbain triste et monotone , la place Carnot dans son vert bouteille , son kiosque à musique,  ses terrasses bondées de consommateurs , ce tout le monde qui chuchote , les furieux klaxons angoissants , la ville s’enfonce dans le jour   chacun dans l’espoir de vivre mieux

la ville  pourtant est  dépeuplée ,il y a comme un grand vide , un manque à faire pleurer , un sentiment qui ne s’avoue pas ,un sentiment qui n’a pas de mot , peut-on l’expliquer , lui donner un nom , inutile il est abstrait et il  vous tient à la gorge , c’est beaucoup plus une envie de monter au ciel et de disparaître ,

à croire  que plus personne ne respire en ville , que personne  n’est vivant , et pourtant le bruit du monde vibre tout près comme un  être qui ronfle dans la nuit ..

 

Ce matin, il y a comme un froissement de silence, une voix tremblante sans qu’elle se discerne d’une voix qui s’est tue ; je regarde cette tentative de pluie, elle ne vient pas,

j’y entends un murmure, peut-être une complainte, un petit chant doux,

je voudrais tant écouter, mais mon cœur est si fermé ce matin que je me sens étrangement absent de moi-même …

 

Est-ce donc çà l’amitié quand l’autre part et vous quitte à jamais ? Il n’y a pas de larmes , ni cri de détresse , un rien , un néant …

 

le matin s’éveille , sans lui qu’est-ce pour moi cette ville ,

 

un étonnant terrain vague où se confond des formes inconnues que je ne reconnais plus pourtant si familiers , des formes et des formes  à l’infini jusqu’à la sortie du dernier virage …

Il me le disait , me le disait au grès de nos cafés et de nos vertiges littéraires , je m’en irai , quel  vide vous aurez à vivre ,

ici où l’on m’avait confisqué mon bonheur , et où j’avais  piteusement vécu ,

ici où je m’étais allongé dans la boue d’une insolente farce ,

comme quoi il n’y a rien de mieux que de se rendormir et de reporter ce réveil matinal à plus tard …je me recouvre de ma couverture , allons le rejoindre dans notre rêve…

 5 mars 2013

… d’un rêve en couleurs, comme un tableau de Chagall – ( RC )


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peinture: Marc Chagall

 

Il y a trois chevaux courant dans le ciel,
ils marchent sur des nuages et boivent le vent .
Il y en a un vert, un rouge , un jaune.
        Ils galopent au-dessus de la ville.

La tête à l’envers sur le quai de la gare,
les sons et les parfums tournent dans l’air du soir
la galaxie est toute proche .
Tu pourrais presque toucher les étoiles.

C’est comme dans un tableau de Chagall .
Un violoniste joue sans partition
de vieux airs yiddish
         avec un accordéoniste .

C’est un mouvement de danse
qui t’entraîne au-dessus des toits.
Cette mélodie t’appelle ….
…        – d’un rêve en couleurs tu te rajoutes des ailes.

RC – mars 2018


Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


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Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.


Rues d’anciens habitants – ( RC )


On se demandera quelle carte consulter,
ou plutôt, à quelle époque,
et si on peut retourner dans la géographie intime
des rues de la ville .
Il y a d’anciennes inscriptions,
qui cohabitent avec les plaques émaillées
et qui disent d’anciens lieux,
des noms qui n’évoquent pas ceux d’hommes célèbres,
mais l’activité pratiquée, ou ce qui marquait
visuellement l’endroit .

La ville est un continent , dont une part est englouutie
dans les épaisseurs de l’histoire .
On peut revoir des cartes anciennes ,
l’écriture penchée, et appliquée pour les noms,
toucher les vieux papiers ,
ignorant l’aspect plastifié d’aujourd’hui
mais rien ne vaut autant,
que pénétrer plus avant dans son ventre,
là où il serait impossible de se repérer ,
dans le sous-sol , où l’ombre règne.

Ce sont des gouffres qui ont englouti les rues,
dirait-on,
un double du quadrillage aérien,
qui court, à la manière d’une autre ville,
cachée dessous, à l’instar d’un arbre,
où les racines se développent dans l’ombre,
comme les branches, dans l’air.
Ou bien la partie cachée de l’iceberg ,
dévoilant , pour qui en a entrepris l’exploration,
la face inconnue des choses.

Une partie ignorée, et qui peut le demeurer :
tout un dédale de souterrains se développe,
juste sous nos pieds .
Il y a des artères principales ,
des croisements , bifurcations ,
impasses, et cavités,
qu’on prendrait presque pour des boutiques,
( comme celles situées au-dessus de la surface ),
des chapelles, le tout rempli jusqu’à ras-bord,
des ossements d’anciens habitants.

L’imagination aidant, les catacombes
sont le continent du sous-sol .
Il revit peut-être avec ses spectres:
les squelettes se réveillent, et se promènent :
Ils n’ont pas besoin de leurs yeux défunts,
de toute façon inutiles dans l’obscurité totale .
Mais pour ceux qui n’y voient pas ,
on a privilégié le sens du toucher,
et c’est peut-être pour cela , que le nom des rues
reste indiqué, à chaque carrefour,

Avec ces lettres profondément creusées dans la pierre .


RC – dec 2017

 

Image associée


Luis Aranha – L’aéroplane 25


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Je voudrais être un as de l’aviation pour voler
Au-dessus de la ville de ma naissance !
Bien plus haut que les lamentos de bronze
Des cathédrales cataleptiques ;
Tout près de l’azur, montant presque au ciel
Loin des maisons qui diminuent
Loin, bien loin de ce sol d’asphalte…
Je voudrais planer au-dessus de la ville !…
Le moteur chanterait
Dans l’amphithéâtre lambrissé de bleu
Sa ronflante symphonie…
Oh! voler sans escales dans l’espace qui s’étire
Pour moi, seulement pour moi ;
Traversant les vents effrayés
Par mon audace ascensionnelle
Jusqu’où eux seuls sont parvenus !…
Tournoyer en altitude
Et d’une descente rapide
Tomber en tourbillon
Comme un oiseau blessé…
Faire de subites cabrioles
Des loopings fantastiques
Des sauts de la mort
Comme un athlète élastique en acier
L’âpre crissement du moteur…
Dans l’amphithéâtre tapissé de nuages Tambour…
Si un jour
Mon corps s’échappait de l’aéroplane
J’ouvrirais ardemment les bras
Pour le bleu plongeon dans le soir transparent…
Comme je serais pareil
À un ange au corps déployé
Ailes ouvertes, précipité
Vers la terre distante…
Fendant le ciel dans ma chute brusque
Rapide et précise,
Déchirant l’air en extase dans l’espace
Mon corps chanterait
En sifflant
La symphonie de la vitesse
Et je tomberais
Dans la ville parmi les bras ouverts…
Être aviateur pour voler bien haut !

 

 

 


Vitrines de Noël – ( RC )


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>         Quelques jours avant,
un peu de neige souffreteuse,
en petits tas tristes et gris,
sur les trottoirs de la ville    .

On peut ouvrir les portes,
du calendrier de l’avent,
négliger le froid mordant,
pour se promener          pourtant

Mais rester au-dehors,
devant les vitrines,
au décor clinquant,
lumières et paillettes,

Pyramides de cadeaux,
soigneusement enveloppés,
se mirant,
sous les spots électriques,

Angora et soie,
des beaux quartiers,
habits coûteux ,
et mannequins radieux.

C’est une fête avant Noël,
celle du commerce,
où se pavanent
de riches clients .

On peut admirer,
les étals de foie gras ,
pâtisseries ouvragées,
et montagnes chocolatées…

Tu as le droit
de lécher les vitrines,
mais sans avoir rien, à se mettre
sous la dent ,        … que le vent.

RC – dec 2017


Une ville dont je connais les artères – ( RC )


C’est une ville dont je connais les artères,
je les ai parcourues, en tout sens,
il y a longtemps,
et je trouvais mes repères ,
devenus familiers,
à la façon d’un jeu de pistes.

Je suis retourné,
dans ma ville natale,
les places ont bien le même nom,
mais les immeubles n’ont plus le même aspect,
leur aspect est devenu froid,
débordant de béton et de verre.

Les rues ont le même tracé,
mais je ne les reconnais plus .
Elles ont perdu leur familiarité,
leur intimité.
Elles sont des lieux de passage,
et pourraient être ailleurs.

L’ailleurs s’est importé,
décalqué, en quelque sorte
sur les quartiers, que je traversais à pied.
La ville que je connaissais
s’est dissoute peu à peu, comme un souvenir
auquel je n’accède plus.

Elle n’a de nom que géographique .
La ville de mon enfance
avait son charme désuet,
ses rues encombrées,
mais je pouvais lui parler.
Mais si je le fais aujourd’hui, personne ne répond.


RC  – janv 2017


Basculés derrière l’horizon- ( RC )


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photo Phil F-

 

Sous nos yeux étonnés,
se déroule un grand film .
Panoramique,

il occupe tout l’espace ,
mais change     à vive allure,
comme si les champs
poussaient les montagnes,
les montagnes,        le lac,
le lac,                        la ville,
la ville,                   les forêts…
basculés derrière l’horizon .

Tout s’en va,
tout s’efface ,
derrière l’écran de la fenêtre .

>   Sans certitude
sur le bon endroit,
celui    où les choses s’attachent ,
où l’arbre demeure,
des siècles durant.

Le mouvement du train
zappe l’éternité
pour un temps éphémère,
un temps compressé ,
qui demeure curieusement
étranger
à la lente caresse du vent
dans l’ondulation des blés .


RC – juill 2017


Astrid Waliszek – clac


Omer Parent.jpg

visuel:  Omer Parent

tes veines, vivantes et bleues dansent une sarabande effrénée
sur le dessus de ta main. La terre tremble, dis-tu.

à bousculer les nuages à chercher la chaleur
nous avons oublié l’heure celle de l’au revoir
– non, pas adieu   et voilà, c’est ici,
c’est maintenant couvre-toi,
ne prends pas froid tu ne reviendras pas,
c’est là c’est maintenant qu’il faut partir

les nuages se disséminent un froid soleil pâle se lève,
une portière de voiture claque
c’est un adieu, nous le savons tous deux
des pas résonnent sur le pavé rien n’a changé,
rien ne change jamais des portes se ferment,
d’autres s’ouvrent s’en va,
s’en vient l’amour – la ville dort

 

12 février 2012


Un habit pour la ville – ( RC )


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peinture:  C Soutine:  Cagnes

La ville se déplie,
tel un accordéon.
Les maisons sont en carton,
et quand le jour s’enfuit
ainsi un animal craintif,
qui se terre, et se dissimule :
derrière la pellicule.
Comme , de la photo, son négatif

alors les façades se déhanchent,
passent par-dessus bord,
aussi je vois l’autre côté du décor,
fondu dans la nuit blanche.
Le pinceau de la lune
lui donne des airs d’hiver :
elle répand une petite lumière
tout à fait opportune.

La ville est ainsi repeinte,
soumise à son propre sort
éloignée soudain de son port,
et de ses empreintes :
on se sait par quel sortilège
les immeubles se confondent :
c’est un nouveau monde
recouvert par la neige .

Les traces du jour sont effacées :
sous une ouate épaisse
cachant même la forteresse ,
– une antiquité dépassée – .
Les trottoirs ont fait peau neuve
La ville dort encore :
( aux meurtrissures devenues indolores.
il n’en existe plus de preuves ).

Tous les crimes sont pardonnés :
on a tourné la page
et fait le ménage,
libéré les condamnés :
Dans un air glacial,
un nouveau chapitre est à écrire,
offert à l’avenir
sous un habit virginal .


RC – dec 2016

Philippe Delaveau – Jardin du Luxembourg ( 1 )


peinture  – François Gall                    –   landeaux  au jardin du Luxembourg

 

 

Ongles blessés de mes mains vous le savez

j’ai déchiffré les cicatrices de la ville

oreilles la voix du vent vous l’avez pressentie

aux cheveux sur nous en bataille

écorce de marronnier aussi sèche que lèvres

écorce muette et nos bouches muettes

quand il fait nuit la moindre étoile émeut

ou seulement le mot étoile à sa propre fenêtre

nuit contre jour – lune pâle soleil

où nous habitons croît l’obscurité

je me promène dans les rues de Paris

mes mains scrutent le secret des pierres

je me promène dans les rues de ma tête

les yeux clos pour atteindre au secret de vie

joue contre l’arbre et yeux debout

nous affrontons notre navigation

sable en vie roule sous le bruit des pieds

l’ombre à nos pas cèle un secret

et la nuit sur la ville doucement refermée

la ville obstinément et violemment fermée

Paris erre Paris gémit dans la mémoire

avec la voix des morts et la voix des vivants

qui plus a disparu – qui plus est vivant ?

qui de vous disparaît qui infléchit le temps ?

je me perds dans les rues de Paris

mes yeux sont las mes paroles se perdent


Claire Ceira – Encres (pinceaux )


Encres (à Zao Wou-Ki)

 

 

 

pinceaux

On s’étire comme une ombre,
Au bord de l’eau sous les arbres.
C’est la dernière image d’un lac.
Le moment où on se relève
Ramasse l’écharpe et le sac à dos,
On rebrousse chemin.

Il y a sur la rive un petit squelette,
Qui voudrait faire peur avec ses orbites
Son béret et sa mitrailleuse
Depuis longtemps enrayée.
Mais on a l’esprit ailleurs,
On refait en pensée, avec attention
Le chemin depuis l’endroit
Où on tombait toujours de l’arbre.

Et alors si on se laisse aller, on voit en bas la signature. Une écriture étrangère et belle, le contraire des masses noires, au bord du lac, froid de celui qui les a peintes, qui les a confiées à la glace, funèbres.
Froid dedans et dehors, l’atelier
Qui même avec ses pinceaux lourds et doux s’est vidé.
Comme un évier tout est parti, l’amour, le feu, le geste ailé
Un hiver froid, branches derrière les vitres,
L’absence de signification
Une matinée blême en hiver.

Il attend, en équilibre,
Debout sur l’eau, glissant.

Et puis il change de pinceau.
Celui-ci est fin, fait pour écrire
Son propre nom, en bas à droite.

On est sauvé pour l’instant du trou de soi-même.        On sort dans la ville en hiver.