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Articles tagués “ville

Kartlis deda – Tbilissi ( RC )


statue géante      kartlis deda     –    Tbilissi – Géorgie.  Photo Peyron Talhouarn

N’empêche

Qu’au dessus de la ville

Aussi bien

Les baraques  des vendeurs  de glace

Les mères, leurs bambins dans le parc

les perspectives  froissées d’or

Les cumulus  – coton

les cheminées exotiques

Les clameurs du stade,  ce jour   (une rencontre internationale)

 

—  >  une  stridence

la présence incongrue

Cette  effigie de métal

Comme  si cette épée  était  pointée  sur nous..

RC       –  14 septembre 2012

 


On n’invente plus la pluie (a) – (RC)


photo perso – Lettonie panneau publicitaire vers autoroute   2011

On n’invente plus la pluie

Au seuil d’une progression lente

Ne donnant de notre passage

Que l’assentiment des fleurs

Marquant l’aujourd’hui,

D’une fin de journée en descente,

Des soleils rebondissent encore aux étages

Posés en équilibre de hauteur

La journée s’est faite poussière

A mesure qu’elle  décline,

Aux portes de la ville

Derrière les panneaux de la route

Les publicités vantant la bière

Aux couleurs alcalines

Quand les ombres s’effilent

Et filent, vers le troupeau qui broute

RC  – 18 août 2012


Patrick Laupin – La rumeur libre


photo-montage perso

 

 

 

 

La rumeur libre

Salué par les armes de la pluie
et de la peur
on ne peut pas défaire la folie
meurtrière du monde
si j’aime encore quelque chose
c’est tout juste
les pierres et la lumière
des visages inconsolés d’univers
des sols errants en mal de preuve
étymologique
le cri du milan pilleur d’épreuve
l’illuminante pitié pétrifiée
des oiseaux de l’orage
leur détresse leur désarroi
dans l’aube
le malheur donné pour personne
la foule incarnée du mensonge
tout ce qui n’existe pas
celle qui se jeta de si haut
et détruisit en une seule fois
le lien unique qui la liait
au soleil
tes yeux ravin d’averse
le péril d’or cru dans la lumière
une sainte pitié dans les églises
de pierre
le manège machinal des arbres
sous les remparts
le mal d’aurore ébloui dans l’aube
unique délivrance
des noms de ville très loin
très seul dans leur sainte
sévérité lasse
Valparaiso Vancouver
un coeur couvert et muet
qui ne s’explique pas
des cimes à mi-chemin
la terre et la lumière
dont je ne dis rien
des roseaux sans geste
le grand ciel lavé des eaux
dans la pâleur usée d’octobre
des linges esseulés dans la magie
blanche du matin
le grésil des syllabes
reposoir ému de mes pas
le brûleur qui passe d’un trait
c’est rapide impitoyable au coeur
déchire collines au temps rompu
et l’once friable des ciels de marne
ce mal infini fermé terrestre
vingt mille mineurs en grève descendant
à pied le bassin houiller des Cévennes
des livres de métaphysique sacrés
dans le désordre de mon esprit
Jacob Boehme Vico Giordano Bruno
le cimetière où tu reposes
l’immense peine et la fatigue de ceux
qui désirent encore vivre
le roc inamovible de l’été
le prieuré rose sur le chemin
du val d’Aoste
cette route départementale bordée
d’arbres où je reste
la craie murée qui pense
et le bruit d’eau claire précipitée
dans la rivière froide
ton visage à la lumière du torrent
quelque règles d’or équanimité parfaite
Rimbaud obstiné et tendre définitivement
enragé « écrire maintenant jamais
je suis en grève »
on massacre à Satory
Louise Michel est déportée à Cayenne
Saint-Just immobile et silencieux deux heures
durant le discours du neuf Thermidor
« je voudrais vous parler mais quelqu’un
cette nuit a flétri mon coeur »
il sera guillotiné le lendemain
les grands poètes espagnols qui ont donné
leur écriture et n’ont pas eu peur
Miguel Hernandez Antonio Machado Gabriel Celaya
« La poésie est une arme chargée de futur »
Blas de Otero unique douleur de parler clair
« Je demande la paix et la parole
j’ai dit justice Océan Pacifique etc. »
Germain Nouveau devenu mendiant sur les routes
du Sud sa doctrine de l’amour
le vieux Cézanne lui fera l’aumône longtemps
sur le parvis de l’église d’Aix-en-Provence
et le visage de mon frère que j’aime encore
par les larmes
la brûlure de chaux vive aux portes de l’usine
la douleur physique de ce qui a péri
avec le rythme.

In La rumeur libre, Éditions de l’Aube
.
.

 

 


Cesar Moro – Le monde illustre


photo – reportage auteur inconnu

 

 

LE MONDE ILLUSTRE

Semblable à ta fenêtre qui n’existe pas
Comme une ombre de main sur un instrument fantasme
Semblable aux veines et au parcours intense de ton sang
Avec la même similitude avec la continuité précieuse que
M’assure idéalement ton existence
A une distance
A la distance
Malgré la distance
Avec ta face et ton visage
Et toute ta présence sans fermer les yeux
Et le paysage qui bourgeonne en ta présence quand la ville
N’était pas je ne pouvais être que le reflet inutile de ta présence d’hécatombe
Pour mieux mouiller les plumes des oiseaux
Cette pluie tombe de très haut
Et m’enferme dans toi moi seulement
Dans et loin de toi
Comme un chemin qui se perd sur un autre continent

EL MUNDO ILUSTRADO

Igual que tu ventana que no existe
Como una sombra de mano en un instrumento fantasma
Igual que las venas y el recorrido intenso de tu sangre
Con la misma igualdad con la continuidad preciosa que me
asegura idealmente tu existencia
A una distancia
A la distancia
A pesar de la distancia
Con tu frente y tu rostro
Y toda tu presencia sin cerrar los ojos
Y el paisaje que brota de tu presencia cuando la ciudad no
era no podía ser sino el reflejo inútil de tu presencia de hecatombe
Para mejor mojar las plumas de las aves
Cae esta lluvia de muy alto
Y me encierra dentro de ti a mí solo
Dentro y lejos de ti
Como un camino que se pierde en otro continente

Extrait de    » la tortuga ecuestre »

photo: auteur inconnu

 

César Moro est né à Lima en 1903. Encore jeune, il décide d’immigrer (1924) en pensant vivre de ses peintures.
Il choisit la FRANCE, découvre le mouvement surréaliste et sa nouvelle vocation pour la poésie. C’est en français qu’il choisit d’écrire ses poèmes.
Après huit années passées et une participation active dans le groupe surréaliste 1928/1933, il retourne au Pérou où il se lie d’amitié avec E.A.WESTPHALEN avec lequel il partage ses idées, et font découvrir le surréalisme en Amérique Latine.
Il part au Mexique en 1938 où il retrouve ses amis parisiens. C’est la période la plus productive de sa vie et (l’exception confirmant la règle), il écrira cette fois-ci en espagnol:  » La tortuga ecuestre « . De même, sous la direction d’André Breton, il organisera avec Wolfgang PAALEN, l’Exposition Internationale du Surréalisme en 1940 qui a lieu au Mexique

 


Edith de Cornulier – lovers are gone: les amants sont partis


image : machine volante réalisée sur les plans des dessins de Leonard de Vinci

Lovers are gone

Les amants sont partis, par la porte arrière. Il n’y a plus ni deltaplanes ni montgolfières dans leur ciel si fier. Il n’y a plus que l’océan bleu et ses vagues de nuages au-dessus de notre ville sans chef et sans bagages.

Les amants sont partis sans emmener les enfants. Ceux-ci sont assis dans les écoles, sur les bancs. Seuls au monde et seuls à souffrir sans le savoir, ils existent encore, sans mots, sans jeux, dans leur doux brouillard.

Les amants sont partis sans prévenir personne. Les cuisines laissées en plan exhalent les casseroles qui frissonnent. Plus rien n’a lieu aux alentours. Si l’amour est une trahison, la ville a mis ses beaux atours pour subir le vide et l’abandon.

Les amants sont partis hier avant midi. Ils ont assassiné leurs époux et n’ont rien dit aux enfants. Enfuis sur des machines volantes, ils ne reviendront plus. Je reste mère adoptive, ange gardien, soeur nourricière, du peuple des enfants perdus.

Edith de CL


Laissés pour compte ( RC )


peinture:   R Magritte – pluie de personnages ( le généreux donateur)

 

 

Il pleut  des personnages, en habit de ville

Raides comme des soldats de plomb

En contre-jour de lampes d’un destin immobile

Ne traçant que vers le plus long

 

Les hommes s’étalent dans l’alcool

Et ne cessent  de revenir en arrière

A même la dure surface de béton, du sol

Tatouages bleutés de leur mémoire de chair.

 

L’humanité a la gueule  de bois,

La parole creuse, mais prolifique

…  elle nous revient  de guingois,

Au lent bal des années pathétiques.

 

Il pleut des personnages, clones de camarades

Egalité, éternité, fraternité

Et fête en marmelade

C’est ce qui fait la liberté

 

De tous les laissés pour compte

Ceux aux habits raidis

Au rendez-vous de la honte

De leur vie, le taudis

 

Au bal de la soupe  populaire

Qui n’ a , au goût de paradis

Que l’amer de l’en- terre

Cercle de misère, et des maudits.

 

 

RC      10 juin 2012

 


Georg Heym – Les Démons des villes


peinture: Gorge Grosz la grande ville – 1917

Georg Heym – Les Démons des villes (Die Dämonen der Stadt, 1911)

À travers la nuit ils parcourent les villes
Qui se tapissent, noires, sous leur pied.
Comme des barbes de marin, à leurs mentons
Se pressent les nuages, charbonneux de fumée et de suie.
Leur ombre longue tangue sur l’océan des toits
Et étouffe les lumières en enfilade dans les rues.
Elle rampe comme un brouillard pesant sur le pavé
Et, léchant maison après maison, lentement progresse.

Plantés d’une jambe sur une place
De l’autre agenouillés sur une tour,
Ils se dressent là où la pluie tombe noire, soufflent,
Sous la tourmente des nuages, dans leur flûte de Pan.

À leurs pieds tournoie la rengaine
De l’océan des villes à la musique triste,
Vaste chant de mort. Tantôt sourde, tantôt perçante
La tonalité change, s’élève dans le ciel obscur.

Ils progressent sur le courant qui noir et large
Comme un reptile au dos tacheté de jaune
Par les réverbères, dans l’obscurité de noir
Couvrant le ciel se faufile tristement.

Ils s’appuient lourdement au mur d’un pont
Et ils plongent leurs mains dans la chaleur
Aux hommes puisée, comme les faunes sur la rive
Des marais enfouissent le bras dans la vase.

L’un se lève. À la lune blanche il accroche
De noires mandibules. La nuit
Qui comme du plomb tombe du ciel ténébreux
Enfonce les maisons dans le puits de l’obscurité.

Les épaules des villes craquent. Et un toit
Éclate, un feu rouge en fait son lit.
Ils sont assis à califourchon sur sa cime
Et hurlent comme des chats au firmament.

Dans une chambre emplie de ténèbres
Hurle une femme grosse, dans les douleurs.
Son corps puissant se dresse haut hors des coussins,
Autour de lui se tiennent les grands diables.

Elle s’agrippe tremblante à son lit de douleur.
La pièce autour d’elle tangue sous son cri,
Voici son rejeton. Son giron se déchire, rouge et béant,
Sanglant il s’ouvre et livre passage au rejeton.

Les cous des démons s’allongent comme ceux de girafes.
L’enfant n’a pas de tête. Sa mère le tient
Devant elle. Son dos est déchiré sous la terreur
Aux doigts de crapauds, quand elle retombe étendue.

Or les démons grandissent, monstrueux.
Leur corne déchire le ciel rougi.
Le tonnerre d’un séisme parcourt le giron des villes
Sous leur sabot d’où jaillit l’étincelle.

***

Georg Heym (1887-1912)Le Jour éternel (Der ewige Tag, 1911)


Jean Sénac – chardon de douleur


peinture :          Jim Hodges

Au fond de chaque amour des cancrelats sommeillent.
Sont-ce des cancrelats, mon coeur, ou des abeilles ?
Et lentement, tandis qu’en amande les yeux
S’éternisent, dans le désir, le bruit soigneux
De la noire légion dévore nos oreilles.

Rien n’y fait, nos soupirs ni nos gémissements
Ni le lin délirant dont nous vêtons nos contes,
Rien, et quand la beauté nous attache et nous ment
Les cancrelats sont là qui nous troublent et montent
Avec notre bonheur et son double, la honte.[…]

Si chanter mon amour c’est aimer ma patrie,
Je suis un combattant qui ne se renie pas.
Je porte au coeur son nom comme un bouquet d’orties,
Je partage son lit et marche de son pas.

Sur les plages l’été camoufle la misère,
Et tant d’estomacs creux que le soleil bronza
Dans la ville le soir entrelace au lierre
Le chardon de douleur, cet unique repas. […]


Jean Baptiste. Tati-Loutard – la révolte gronde –


peinture: Francis Bacon – Portrait of George Dyer Crouching, 1966

 

Jean  Baptiste. Tati-Loutard, que l’on peut  retrouver  dans un post récent  sur  terre de femmes, est un poète congolais, décédé  en 2009, une page de discussion,( de francopolis )  d’où est extrait le présent poème, est visible  ici

LA REVOLTE GRONDE

 

Nous avons rompu avec le soleil :
Au point du jour seuls les oiseaux s’en vont
Vers les collines accueillir ses rayons.
Que se passe-t-il ? Quelles voix étranges
Craquellent le silence aux quatre coins de la ville ?
Quelle race oubliée dans les décombres du siècle
Surgit des masures où la misère traîne
L’herbe comme un chien jusqu’aux pas des portes ?
A-t-on vu jamais (hors saison) le ciel
Se joindre à la terre ?
Voici que les nuages descendent du Mont-Soleil
Pour fleurir une foule qui hisse au bout des lèvres
Des cris aigus comme des couteaux de jet.
La ville regarde à travers un masque blème
La marche des Cavernicoles. La peur gagne :
Même le temps s’effarouche dans le clocher ;
On l’entend s’enfuir, sonnant aux pieds
Ses anneaux de bronze.
La révolte monte la Révolte gronde.

 

 

J.-Baptiste . Tati-Loutard   –  voir  aussi la publication de juin 2012

 


Richard Brautigan – journal japonais


peinture: Dave McKean

journal japonais extrait découpé - marcelle sable extrait de poème de Richard Brautigan, "Floating Chandeliers ", traduit par Nicolas Richard in journal japonais 10/18 éd bilingue

En voiture sur l’autoroute 
entre Tokyo et Osaka

Je regarde par la vitre
à 100 kilomètres à l’heure
      (62 miles)
et j’aperçois entre les rizières
un homme à bicyclette, qui roule
avec d’infinies précautions sur un
      étroit sentier.
En quelques secondes, le voilà disparu.
Il ne reste plus que son souvenir, maintenant.
Il vient d’être transformé
en impression à l’encre
d’un souvenir à 100 kilomètres à l’heure.

Extrait de Journal japonais,

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Malgré son dégoût des voyages,Brautiganl y écrira son Journal japonais, plus recueil que journal, dans lequel il déposera ses impressions, croquées par de petits haïkus en hommage à ses poètes favoris, mais également par des poèmes plus « occidentaux ».

Assez original par sa forme de recueil, Journal japonais est aussi déstabilisant par son contenu : Les courts textes sont de petits instantanés de situations, d’impressions auxquelles il est difficile parfois de s’accrocher. Des références personnelles ponctuent les textes, les mots sont mis à nu, ils ont pour fonction première de rappeler un détail, une situation à celui qui les écrit. Les poèmes sont subtils, dépouillés et humbles, mettant en avant l’impression première du voyageur dans sa simplicité. Nul besoin de description, c’est le sentiment dans sa pureté qui est noté. C’est ce sentiment de trop, de tant qui ressort dans ce livre. Tous les sens en éveil, le voyeur s’oblige presque à se concentrer sur de petits détails qui peuvent être dits sans perdre trop de temps. On retrouve également l’impression que Brautigan se concentre pour croquer ses textes rapidement, pour ne pas perdre le fil de la vie japonaise qui continue de passer à côté de lui.

Certains poèmes ont été terminés après son retour aux États-Unis, ce qui renforce cette idée. Brautigan a pris le parti d’écrire pendant son voyage, mais pour ne rien louper, il écrit clair, il écrit juste. Droit au but. Seulement l’important ; le reste, il peut le voir et le vivre.

Citation de Jim Harrison (Légendes d’automne, Entre Chiens et Loup,

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même Richard a de la "vague" à l'âme

Richard Brautigan
extrait de l’introduction du Journal Japonais–  le suite ici…

Mon oncle Edward est mort avant sa trentième année, et il est mort indirectement à cause de la bombe que le peuple japonais a larguée sur lui et rien dans ce monde, aucun pouvoir ni aucune prière ne nous le rendra jamais. Il est mort. Il est parti pour toujours. Ceci est une bien curieuse manière d’introduire un recueil de poésie censé exprimer mon profond attachement au peuple japonais, mais je tenais à évoquer tout ceci en tant que l’une des pièces du puzzle qui m’a amené au Japon et à l’écriture de ce livre. Je souhaiterais passer en revue d’autres éléments du puzzle qui m’ont conduit au Japon à la fin du printemps 1976 et à ces poèmes. Les Japonais, je les ai détestés tout au long de la guerre. Ils m’apparaissaient comme de diaboliques créatures infra-humaines qu’il fallait détruire, de façon que la civilisation puisse s’épanouir dans la liberté et la justice pour tous. Les dessins humoristiques des journaux les montraient comme des singes à dents de lapins.

— Naturellement  ce n’est pas par  hasard, que je place cet hommage à la suite  du « roman Japonais  »  de Robert Piccamiglio, qui comme  je l’ai fait observer  dans  « Midlands 03 », connaît et apprécie R Brautigan..


Nizar Kabbani – Griffonnages d’enfant


illustration  :  Amélie Pourcher

 

 

 

 

Griffonnages d’enfant

 

 

Mon péché — et qui de nous fut sans péché —

j’ai continué de croire au bleu du ciel

de voir les arbres, les étoiles, les nuages

comme des amis

J’ai fait de mes poèmes une ville

où gouvernent les femmes

chaque bouche close dans mon royaume

dit ce qu’elle veut chaque sein

effarouché peut comme il lui plaît

s’envoler ou se poser..

Nizar Kabbani

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(plus  de renseignement  sur l’auteur ?)  voir ici

 

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