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Catherine Pozzi – Escopolamine


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Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l’entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d’un cœur sans capitaine
Où l’oubli fond comme du miel.

Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin nonpareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.

Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l’inconnu
Un nom libre de la mémoire.
Escopolamina

El vino que por mis venas fluye
Ahogó mi corazón y se lo lleva
Y por el cielo yo navegaré
En un corazón sin capitán
Donde el olvido es blanda miel.

Mi corazón es astro aparecido,
Que nada en el divino sinigual.
¡Deriva, extraño acontecido!
Oh viaje, largo viaje hacia la luz—
Sonido nuevo y nunca interrumpido
Es la tejida trama de tu sueño.

Mi corazón abandonó mi historia
Adiós Forma ya no siento más
Estoy a salvo al fin estoy perdido
Me voy buscando en lo desconocido
Un nombre libre de la memoria.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

 

Catherine Pozzi (1882-1934)

 

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F-R de Chateaubriand – les chasseurs ( de Atala )


 

 

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Les chasseurs (fragment)

Chaque soir nous allumions un grand feu et nous bâtissions la hutte du voyage,
avec une écorce élevée sur quatre piquets. Si j’avais tué une dinde sauvage, un ramier,
un faisan des bois, nous le suspendions devant le chêne embrasé, au bout d’une gaule
plantée en terre, et nous abandonnions au vent le soin de tourner la proie du chasseur.
Nous mangions des mousses appelées tripes de roche, des écorces sucrées de bouleau,
et des pommes de mai, qui ont le goût de la pêche et de la framboise.

Le noyer noir, l’érable,le sumac, fournissaient le vin à notre table.
Quelquefois j’allais chercher parmi les roseaux une plante,
dont la fleur allongée en cornet contenait un verre de la plus pure rosée.
Nous bénissions la Providence ou sur la faible tige d’une fleur avait placé cette source limpide au milieu des marais corrompus, comme elle a mis l’espérance au fond des cœurs ulcérés par le chagrin comme elle a fait jaillir la vertu du sein des misères de la vie.

François-René de CHATEAUBRIAND
« Atala »


Colette Fournier – Apprends-moi à danser


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Photo :  Emmanuelle  Gabory

 

 

Apprends-moi à danser
Je veux retrouver le soleil
Flirter sur un rayon de miel
Brûler la pointe de mon cœur
Sur des épines d’arc-en ciel
J’ai besoin du velours de la voix
Feutrant ses frissons de soie
J’ai besoin de la couleur du vin
Fleuve de rubis où tout chavire
J’ai besoin du nectar des abeilles
Des parfums du paradis
Des ailes de tous les anges
J’ai besoin de devenir archange
De me transmuter, de m’alchimiser
J’ai eu si mal dans mon corps
Irradié et somesthesique
Que ce soir je veux danser
Libre, nue, échevelée
Ivre comme une bacchante
Et quelque part folle à délier
Avant que ne descende sur moi
La lente douceur du soir…


Béatrice Douvre – L’oiseau


Oiseau  promenade  V Brauner  6_z.jpg

 

peinture :  Victor  Brauner   promenade  de l’oiseau –        1958            Grenoble

 

L’oiseau ensemble
Ton pays se souvient
De la tempête ouverte
D’un nom plus fort que les oiseaux
D’un vent serré dans les mémoires
Les grands toits de la neige attendrissaient nos doutes
Nous courions, enfants des libertés d’oiseaux
Sous des rocs confus de la mémoire divine
Un grand souffle éclairait nos lampes dégagées
Ton pays se souvient-il
De la terre et du vin
Que nous buvions sans doute
Dans les maisons fermées ?

—-


Wislawa Szymborska – Avec le vin


Kohn demeure un leader prééminent de Figuratif Impressionnisme qui cherche à saisir la complexité ainsi que la simplicité et la franchise de la forme humaine.:

peinture  André  Cohn

 

D’un regard il amplifia ma beauté

et je la pris pour mienne.

Heureuse j’avalais une étoile.

Je lui permis de m’inventer

à l’image du reflet

dans ses yeux . Je danse, danse

dans les secousses de mes subites ailes.

Table est table. Vin est vin

dans le verre, qui est verre

restant dressé sur la table,

Je suis illusoire,

incroyablement illusoire

imaginée jusqu’au sang.

Je lui parle de ce qu’il veut : de fourmis

mourant d’amour

sous la constellation de pissenlits.

Je jure qu’une rose blanche,

arrosée par le vin, chante.

Je ris, je penche la tête,

avec précaution, comme si je vérifiais

une invention. Je danse, danse

dans une peau étonnée, dans les bras qui me créent

Eve de la côte, Venus des écumes,

Minerve de la tête de Jupiter,

étaient plus réelles.

Quand il me regarde,

Je cherche mon reflet sur le mur.

Et je vois seulement

un clou, duquel on a enlevé son tableau.


Henry Miller – Vin


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C’est un vin qui glisse comme du verre fondu,
et qui coule dans les veines comme un feu fluide, lourd et rouge,
dilatant le coeur et l’esprit. On se sent à la fois lourd et léger ;
leste comme l’antilope et pourtant incapable de bouger.
La langue rompt les amarres, le palais s’épaissit agréablement,
les mains décrivent des gestes larges et lâches, de ceux qu’on aimerait tirer
d’un crayon gras et tendre. On aimerait peindre tout à la sanguine ou au rouge pompéien,
avec de grandes éclaboussures de fusain et de noir de fumée.
Les objets s’élargissent et se brouillent, les couleurs sont plus vraies et plus vives,
comme pour le myope quand il ôte ses verres.
Mais par-dessus tout, c’est un vin qui réchauffe le cœur.

Henry MILLER « Le Colosse de Maroussi » (Ed. du Chêne, 1948)


Catherine Pozzi – Vale


Christophe Possum  rêve de ver.jpg

peinture  aborigène: Clifford Possum  1997

La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.


Vale

Del gran amor que tú me habías dado
El viento de los días los rayos destrozó —
Donde estuvo la llama, donde estuvo el destino
Donde estuvimos, donde, las manos enlazadas,
Juntos estábamos

Sol que fue nuestro, de ardiente pensamiento
Para nosotros orbe del ser sin semejante
Segundo cielo de un alma dividida
Exilio doble donde el doble se funde

Ceniza y miedo para ti representa
Su lugar, tus ojos no lo han reconocido
Astro encantado que con él se llevaba
De nuestro solo abrazo el alto instante
Hacia lo ignoto.

Pero el futuro del que vivir esperas
Menos presente está que el bien ausente
Toda vendimia que él al final te entregue
La beberás mientras te embriaga el
Vino perdido..

Volví a encontrar lo celeste y salvaje
El paraíso en que angustia es deseo
Alto pasado que con el tiempo crece
Es hoy mi cuerpo, mi posesión será
Tras el morir.

Cuando en un cuerpo mi delicia olvidada
En que estuvo tu nombre se vuelva corazón
Reviviré los días que fueron nuestro día
Y aquel amor que yo te había dado
Para el dolor.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán


Abdallah Zrika – J’ai apporté le vin … les dattes


peinture:  Volodia Popov

peinture:
Volodia Popov

 

 


J’ai apporté le vin
sans la peau du verre

J’ai apporté les dattes
fraîchement cueillies d’un mamelon

Je suis venu à vous
Je ne suis pas venu
Et vous n’êtes pas venus à moi

Je suis ainsi
vif-argent
comme le courant de la volupté

Je vous ai apporté
le minaret
pour appeler d’en-bas à la prière
Puissent les morts m’entendre

Je suis venu à vous mort
pour que vous m’aimiez davantage
et que vous disiez de moi
tout ce qui m’agrée

J’ai apporté des fleurs
pour ceux d’entre vous
qui ont proclamé leur folie

Je suis venu fou
pour comprendre le fou
tordre ce qui est droit
comprendre le fleuve
le serpent
Fou
pour aimer les échelles
devenir sage
comme chacun voudrait que je sois

Je vous apporté des choses inestimables
Les petits cailloux avec lesquels je joue
Des formes
qui ne ressemblent qu’aux animaux imaginés
dans la volupté

Du parfum
pour ouvrir vos narines
à la sauvagerie du plaisir

De l’or
que je répands
chaque fois que j’atteins la jouissance

Et vous ô femmes
je vous ai apporté un bâton d’or
qui ravit la lumière de la vulve

J’ai apporté
plusieurs copies de moi-même
Aucune
ne ressemble à l’autre

J’ai apporté
des nombres impressionnants de moi-même
Aucun nombre ne ressemble à l’autre

J’ai apporté
la soif
pour les lèvres humides

extrait de « Bougies Noires « aux Éditions de la Différence
traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi


Astrid Waliszek – bois, bois cette coupe


Peinture : H Daumier
bois, bois cette coupe de vin d’Italie
mange, mange ce trésor odorant, douceur des collines de Fiesole
modèle l’argile de cette bouche de tes lèvres, regarde sur la joue
l’ombre de ces cils embrasse cette crevasse si rouge ouverte
sur la peau de ton âme encore une fois, encore un instant,
avant que la vie te quitte, avant avant que l’illusion t’oublie
avant que cette lune te broie avant que le sang de tes mots te noie
– 2012

Pierre Mhanna – Amour et silence .


image  - montage  perso  2012

image – montage perso 2012 à partir de document  de serguei Ivanov

 

Amour & Silence

( 12 petits textes  comme des haÏkai de Pierre Mhanna)… consultables  dans la langue  d’origine, sur son site…

————-

Silence cristallin,
au cœur d’une goutte de rosée
la fusion dans le ciel.

~ Cadence de silence –
Un troupeau de papillons
Brûlant dans mon âme.

~ Dans ton éclat de simplicité
coule ma vie
toi fleur de jasmin.

~ Silence crépusculaire,
ma vie luisante
dans la première étoile de la soirée.

~ Vaisseau de silence,
Que les cires d’un coeur vide
soient plus étendues que le ciel.

~ Comme l’aube
Cajole la fleur
Votre souffle dans mon coeur

~ Silence résonnant,
La dernière voix du crépuscule
fusion des gouttes de vin dans le ciel.

~ Disparus bientôt
ces nuages mouvants,
crépuscule du silence.

~ Soleil du matin,
chaque goutte de rosée
une fleur.

insouciant le papillon
au milieu des fleurs blanches,
un nuage dans le ciel.

~ ton parfum
Avec la brise de l’aube
M’appelait à la maison

~ Mes yeux
– deux étoiles arrosées
dans la mer de ton feu.

– (tentative de traduction – interprétation : RC )

 

 

LOVE & SILENCE

Crystalline silence,
the heart a dewdrop
melting in the sky.

~

Cadence of silence –
A flock of butterflies
Burning through my soul.

~

In your simple glow
my life flows
you jasmine flower.

~

Twilight silence,
my life shining
in the first evening star.

~

Vessel of silence,
The empty heart waxes
Wider than the sky.

~

As the dawn
Coaxes the flower
Your breath in my heart

~

Resonant stillness,
The last voice of dusk melting
Winedrops in the sky.

~

Soon to vanish
these moving clouds,
twilight silence.

~

Morning sun,
every dewdrop
a flower.

~

Carefree butterfly
amid the white flowers,
one cloud in the sky.

~

Your scent
With the dawn breeze
Calling me home

~

My eyes –
two stars doused
in the sea of Your fire.

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Li-Po – Seul et buvant sous la lune


montage  perso  fev  2014

montage perso fev 2014

Seul et buvant sous la lune

Parmi les fleurs, je suis seul avec mon pichet de vin
en buvant tout seul, puis en soulevant ma tasse
J’ai demandé à la lune de boire avec moi,
son reflet et le mien dans la coupe de vin, juste nous trois ,
puis je soupire : la lune ne peut pas boire,
et mon ombre va, se vidant avec moi , sans jamais dire un mot;
N’ayant pas d’autres amis ici, je peux en utiliser deux pour me tenir compagnie
dans un moment de bonheur,
je dois aussi être être heureux avec tout le monde autour de moi,

je m’assois et chante et c’est comme si la lune m’accompagne,
puis si je danse, c’est comme si mon ombre danse avec ,
bien que je ne sois toujours pas ivre, je suis heureux
de faire de la lune et mon ombre des amis,
mais quand j’ai trop bu, nous nous séparons,
et pourtant ce sont des amis
je peux toujours compter sur ceux-ci
qui sont pourtant insensibles,
j’espère qu’un jour nous trois
nous nous retrouverons,
au plus profond dans la Voie Lactée.

( trad  RC  )

Alone And Drinking Under The Moon

Amongst the flowers I
am alone with my pot of wine
drinking by myself; then lifting
my cup I asked the moon
to drink with me, its reflection
and mine in the wine cup, just
the three of us; then I sigh
for the moon cannot drink,
and my shadow goes emptily along
with me never saying a word;
with no other friends here, I can
but use these two for company;
in the time of happiness, I
too must be happy with all
around me; I sit and sing
and it is as if the moon
accompanies me; then if I
dance, it is my shadow that
dances along with me; while
still not drunk, I am glad
to make the moon and my shadow
into friends, but then when
I have drunk too much, we
all part; yet these are
friends I can always count on
these who have no emotion
whatsoever; I hope that one day
we three will meet again,
deep in the Milky Way.


Miquel Marti I Pol – Métamorphose


 

observatoryroom.org- secret museum 0[1]

 

 

 

 

 

 

Métamorphose

 

 

Parfois la mort et moi ne faisons qu’un :

nous mangeons la même tranche de pain

et buvons le vin de la même coupe,

en bons amis nous partageons les heures

sans rien dire, lisant le même livre.

Parfois, je suis tout seul à la maison,

et voilà que la mort, ma mort, m’est présente.

Nous discutons alors tranquillement

des événements du monde et des filles

que je ne peux avoir. Tranquillement

nous parlons, la mort et moi, de cela.

Parfois — et seulement à ce moment —

c’est elle, la mort, qui écrit mes poèmes

et me les lit quand je tiens lieu de mort,

je l’écoute en silence, c’est ainsi

qu’elle doit m’écouter lorsque je lis.

Parfois la mort et moi ne faisons qu’un.

Ma mort et moi ne faisons qu’un,

le temps s’effeuille lentement et nous le partageons,

la mort et moi, sans faire de manières,

dignes, si je puis m’exprimer ainsi.

Puis les choses se remettent à leur place

et chacun reprend son chemin.

 


Constantin Simonov – Attends-moi


 

 

 

 

peinture   Aquarelle   Emil Nolde

peinture Aquarelle Emil Nolde

À Valentina Serova

Attends-moi et je reviendrai
Mais attends très fort,
Attends moi quand les pluies jaunes
Apportent la tristesse
Attends quand les neiges tournoient,
Attends quand triomphe l’été
Attends quand le passé s’oublie
Et qu’on n’ attend plus les autres.
Attends, quand de très loin
Le courrier ne vient plus.
Attends, quand sont fatigués
Ceux qui avec toi attendent.

Attends-moi et je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu’est venu le temps de l’oubli.
Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
S’ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis, las de m’attendre
Viennent s’asseoir près du feu,
A boire le vin amer
A la mémoire de mon âme…
Attends. Et ne te hâte pas
De boire avec eux.

Attends-moi et je reviendrai.
Pour faire enrager toutes les morts.
Et qui ne m’aura pas attendu
Qu’il dise : « Il a eu de la chance ».
Ceux qui ne m’ont pas attendu
D’où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Par ton attente
Tu m’a sauvé.
Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons ;
C’est simple : tu as su attendre, comme personne

 


Alain Bosquet – Les seins de la reine en bois tourné


 

peinture: R.H. Ives Gammell, Le rêve de Shulamite, 1930

 

 

 

 

LES SEINS DE LA REINE EN BOIS TOURNÉ

Les mains de la reine enduites de saindoux
Les oreilles de la reine bouchées de coton
Dans la bouche de la reine un dentier en plâtre
Les seins de la reine en bois tourné
Et moi j’ai apporté ici ma langue chauffée par le vin
Dans ma bouche la salive qui bruit et mousse
Les seins de la reine en bois tourné
Dans la demeure de la reine un cierge jaune se fane
Dans le lit de la reine une bouillotte refroidit
Les miroirs de la reine sont recouverts d’une bâche
Dans le verre de la reine se rouille une seringue
Et moi j’ai apporté ici mon jeune ventre tendu
Mes dents offertes comme des instruments
Les seins de la reine en bois tourné
Des cheveux de la reine tombent les feuilles
Des yeux de la reine tombe une toile d’araignée
Le cœur de la reine éclaté en un sifflement sourd
Le souffle de la reine jaunit sur la vitre
Et moi j’apporte ici une colombe dans une corbeille
Tout un bouquet de ballons dorés
Des cheveux de la reine tombent les feuilles

{Alain Bosquet)    (1962)

 

sculpture mediévale: Tilman Riemenschneider, Mary Magdalene entouée  d’anges1490-95,   Bayerisches Nationalmuseum, Munich


Jean–Marie Kerwich – Pour que les phrases soient ivres


encres: Marlene Dumas   biennal  d'art contemporain de Lyon

encres: Marlene Dumas biennal d’art contemporain de Lyon

« Pour que les phrases soient ivres, il faut que le poète ait bu un bon vin solitaire de la couleur d’un tapis d’orient noué à la main par une douce jeune fille que la méchanceté des hommes n’a pas encore violée.

            La vie est terrible et pourtant le blé pousse encore, les fleurs sauvages fleurissent, elles ne peuvent s’empêcher de pardonner c’est plus fort qu’elle. »


Renée Vivien – Cri


photo Yannick LeGoff- de la collection du musée des Arts Premiers

photo Yannick LeGoff-              de la collection du musée des Arts Premiers

Cri

 

Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes,
Recèlent la lueur des vagues trahisons.
Le souffle violent et fourbe de ces roses
M’enivre comme un vin où dorment les poisons…

Vers l’heure où follement dansent les lucioles,
L’heure où brille à nos yeux le désir du moment,
Tu me redis en vain les flatteuses paroles…
Je te hais et je t’aime abominablement.

____________

 

(Études et préludes, 1901)

 


Thierry Metz – Je suis tombé


peinture           Christian Rohlf

 

 

 

 

Je suis tombé
dans mes pas
jusqu’à les suivre.
Jusqu’à ne plus dormir.
Les mères étaient trop loin
et je n’avais qu’une torche
à peine pour me conduire
assez  pour  passer  sous  chaque mot.
Et seul, me consumer.
Puis j’ai fait un signe
d’au-revoir.
Il n’y en a eu qu’un pour me dire :
Oui,
tu peux sortir de la maison
nous n’avons plus de visage.

Mais  moi  je  suis  sorti  avec  mon visage. Je continue mon métier dans les feuilles. Sur les talus. Dans les fossés. Près des eaux. Je nettoie les bords.

Je ne fais pas une enquête. J’essaye seulement de retrouver l’assiette et le verre, le soir, sur la table.

Je n’ai rien à signaler que ce que je fais, parmi l’herbe et la ronce.

Quant à mon écriture : c’est une roue qui passe, une brouette de terre. Le reste est dans ma main. Avec la sueur.

Ici il y a plus de 36 chemins. Qui vont nulle part.

Et j’y vais à coup de faux et de trinque.

Le livre est livré au jour, à lui-même. Moi, dehors : j’éclaircis, je cingle l’ortie comme on frappe sur les eaux ; quelque chose alors est rendu au possible, au probable : une aile, une branche, un sourire. Mais comment ne pas faillir hors de ces rares instants, si simples et pourtant toujours remués ? Que vient faire ce que je suis là-dedans ?

Je ne sais pas mais je m’accorde un répit. En attendant la mêlée. Sur une souche. J’ai rassemblé mes gestes comme si c’étaient des chiens, des bâtards. Mais je suis prudent avec eux car c’est partout la faim.

Puis vient le soir, la petite heure. Le carnet est vite dépecé. Le verre de vin est bon. Le feu. Les mille et un petits gestes qui font qu’on ne fait rien.

Qu’on ne fait rien. Que le souffle ou la main n’est admis.

Enfin c’est le sommeil, le drap déplié, le château.

Tout sert d’appui autour de ce qui est à rêver, dans l’oubli. Tout sert dans ce convoi, tiré par des oiseaux. C’est le jour, c’est le ciel, c’est le bonjour d’un passant qui a servi d’appât.

Mais je ne dors pas,
je cherche le soleil.

Je me suis pris les mains dans ce que je disais.

Thierry Metz, Terre, Opales/Pleine page, 1997 ; rééd. 2000

 


Joseph Brodsky – Elégie


 

peinture: Juan Gris la bouteille de banyuls - 1914

 

 

 

 

 

 

ÉLÉGIE

Ma bonne amie, c’est bien toujours le même
bistrot, le même barbouillage aux murs,
les mêmes prix… Le vin est-il meilleur?
Je ne crois pas. Non, ni meilleur ni pire.
Pas de progrès, et c’est très bien ainsi.

Seul le pilote de l’avion postal
picole, ange déchu.

Les violons
continuent de troubler, par habitude,
mon imagination.

A la fenêtre,
blancs comme la virginité, des toits.
Les cloches sonnent. Il fait déjà sombre.

Pourquoi as-tu menti?

Pourquoi mon ouïe
ne sait plus distinguer la vérité
et le mensonge, veut des mots nouveaux,
sourds, étrangers, que tu ne connais pas
mais qui ne peuvent être prononcés
que par ta voix, comme avant…

Joseph Brodsky

1968

(Traduit par Michel Aucouturier)(éditions Gallimard)

 

 


Branko Čegec – Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune


image: montage  perso  à partie  de  corps  et graphie janv 2012

Branko Čegec  ( auteur croate) – sintaksa koze, sintaksa mjesečine

Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune

Le triomphe des chiffres descend de l’écran.
Je recule, impuissant et muet.

 Comme si j’étais renouvelé
dans la philosophie tardive de la langue et du vin

 j’accepte tout
slalom pathétique

 même si la fille du cadran
s’est endormie dans les bras des nuits blanches

 et des reproches de pêcheurs
d’où s’écoule visqueuse
l’histoire idyllique de la littérature.

 L’essai , c'est ensuite
le cercle imperméable des périls:

 de nouvelles explications parviennent
pour des mots usés, pour des images éculées
et des cadres de films empruntés:

 le grondement des avions et la poussière des souterrains
sont la rencontre marquée sur ta paume humide:

 belle, joyeuse, docile, tu t’es glissée encore
une fois dans l’odeur de ma peau,

 la colle solaire et sensuelle
d’où il n’y a pas de retour, où personne ne se ressemble,

ni qu’on trouve dans des journaux,

et la reddition des papillons égarés

 à la fenêtre qui disparaît
dans les ténèbres profondes, trop profondes.

 Je te dis: entre dans mon miroir
et reçois-moi dans la mémoire glaciale

 pour que je me réchauffe, pour que je m’endorme souriant
comme si j’étais l’oubli,

 la mer calme et Polić Kamov
à la loterie de Barcelone.

 Je suis salué par les bateaux et les femmes pianistes
aux jambes longues et aux doigts laser

 comme dans toute entreprise

d’innovation et de mort:

 et seul le rythme de ton toucher gronde en stéréo,
suivi par l’éclat timide de la peau au clair de lune

 près de la digue, au printemps,
quand les vents sont encore tout jeunes,

 et que la nuit ne cesse pas, l’écriture non plus,
en écrivant l’ellipse du l minuscule

jusqu’à l’infini.

1992 

d'autres  textes  de cet auteur sont  disponibles, en français sur ce site

-
montage perso,  même  source  que  le 1er document  ; Corps  et graphie

montage perso, même source que le 1er document ; Corps et graphie, à partir de photo de spectacle de Marie-Claude Pietragalla


Rose Ausländer – Surpris


Rose Ausländer, contemporaine,  de  Ingeborg Bachman, et Paul Celan, a traversé l’époque tragique des camps et ghettos.. cet écrit est une  « surprise », plus sereine…

photo d'Andrei Marga, à l'ouverture du nouveau site de la faculté de théâtre et de cinéma

Rose Ausländer – Verwundert

Surpris

Quand la table sent bon le pain
fraises le vin cristal

pense à l’étendue de fumée
fumée sans figure

Pas encore quittée
la robe du ghetto

nous sommes assis à la table qui sent bon
surpris d’être assis ici

------  Traduction: François Mathieu

-

Verwundert

Wenn der Tisch nach Brot duftet
Erdbeeren der Wein Kristall

denkt an den Raum aus Rauch
Rauch ohne Gestalt

Noch nicht abgestreift
das Ghettokleid

sitzen wir um den duftenden Tisch
verwundert
daß wir hier sitzen
 Top 

© Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main

Écrit en: 1956



Saints voyageurs et dive bouteille (RC)


 

 

J’ai mis tous ces  saints
Dans un litron d’vin
Grand crû,  St Emilion
De bonnes sensations

Les saints voyageurs
Etaient bons mangeurs
Se r’trouvant souvent
Au petit restaurant

La dernière station
Avant l’purgatoire
Faut servir à boire
Et faire dégustation !

 

———————–

Avec pour  départ, JoBougon  , dans ses  saints voyageurs

 

Et pour  rappel,  l’expression Dive Bouteiille, nous vient  de Rabelais,  voir le lien:

Résultat de recherche d'images pour "braque Nature morte à la bouteille et à la langouste"

peinture: G Braque  : nature morte à la bouteille et la langouste

 


Cesare Pavese – Simplicité


photo personnelle retravaillée - 2009


simplicité

 

«l’homme seul – qui a été en prison – se retrouve en prison
toutes les fois qu’il mord dans un quignon de pain.
En prison il rêvait de lièvres qui détalent
sur le sol hivernal. Dans la brume d’hiver
l’homme vit entre des murs de rues, en buvant
de l’eau froide et en mordant dans un quignon de pain.

On croit qu’après la vie va renaître,
le souffle s’apaiser, et l’hiver revenir
avec l’odeur du vin dans le troquet bien chaud,
le bon feu, l’écurie, les dîners. On y croit,
tant que l’on est en taule, on y croit. Puis on sort un beau soir
et les lièvres, c’est les autres qui les ont attrapés
et qui, en rigolant, les mangent bien au chaud.
On doit les regarder à travers les carreaux.

L’homme seul ose entrer pour boire un petit verre
quand vraiment il grelotte, et il contemple son vin :
son opaque couleur et sa lourde saveur.
Il mord dans son quignon, qui avait un goût de lièvre
en prison ; maintenant, il n’a plus goût de pain
ni de rien. Et le vin lui aussi n’a que le goût de brume.

L’homme seul pense aux champs, heureux
de les savoir labourés. Dans la salle déserte
il essaye de chanter à voix basse. Il revoit
le long du talus, la touffe de ronciers dénudés
qui était verte au mois d’août. Puis il siffle sa chienne.
Et le lièvre apparaît et ils cessent d’avoir froid. »

Cesare Pavese, “Simplicité”, in Paternité, Travailler fatigue, Gallimard, Collection Poésie, page 158.

art: - installation Barry LeVa --Wagner Variation 2

« L’uomo solo – che è stato in prigione – ritorna in prigione
ogni volta che morde in un pezzo di pane.
In prigione sognava le lepri che fuggono
sul terriccio invernale. Nella nebbia d’inverno
l’uomo vive tra muri di strade, bevendo
acqua fredda e mordendo in un pezzo di pane.

Uno crede che dopo rinasca la vita,
che il respiro si calmi, che ritorni l’inverno
con l’odore del vino nelle calda osteria,
e il buon fuoco, la stalla, e le cene. Uno crede,
fin che è dentro uno crede. Si esce fuori una sera,
e le lepri le han prese e le mangiano al caldo
gli altri, allegri. Bisogna guardali dai vetri.

L’uomo solo osa entrare per bere un bicchiere
quando proprio si gela, e contempla il suo vino :
il colore fumoso, il sapore pesante.
Morde il pezzo di pane, che sapeva di lepre
in prigione, ma adesso non sa più di pane
né di nulla. E anche il vino non sa che di nebbia.

L’uomo solo ripensa a quei campi, contento
di saperli già arati. Nella sal deserta
sottovoce si prova a cantare. Rivede
lungo l’argine il ciuffo di rovi spogliati
che in agosto fu verde. Dà un fiscio alla cagna.
E compare la lepre e non hanno più freddo. »


Maurice Fickelson – pratique de la mélancolie – soir de mai


SOIR DE MAI

Ils s’étaient assis tous les trois à l’une des tables que l’on sortait dès les premiers beaux jours, seuls encore, à cette terrasse, devant l’auberge, à la sortie du village. La fraîcheur venait dans les derniers rayons du soleil de mai. Un peu avant, il avait plu et l’on entendait l’eau s’égoutter dans les bois tout proches : une brève et vigoureuse averse, puis le soleil était réapparu pour se coucher.

Les sièges étaient mouillés ;
ils s’étaient quand même assis, les mains posées sur la table ou sur leurs genoux. Une brise, par moments, se levait, mais au premier souffle, retombait, se remettait à plus tard. Durant quelques secondes, l’égouttement des feuillages recommençait l’averse. Comme quelqu’un se retourne dans son sommeil et soupire, le saule, de l’autre côté de la route, dans le pré qui descend vers la rivière, bruissait. Eux, c’était comme s’ils n’attendaient rien, mais attentifs aux intermittences de l’air – leurs cheveux, sur leur front, bougeaient, et les jeunes gens alors se regardaient en souriant. Personne ne les avait vus venir.

photo fav de Tom McFarlane - the watchers

Quand la patronne de l’auberge avait remarqué leur présence, ils étaient installés là, tout à fait à l’aise, sans besoin ni désir ; sur la table repeinte en blanc qu’ils occupaient, des gouttes d’eau brillaient au soleil. Ils avaient demandé un pichet de vin, mais ne paraissaient pas pressés de boire et n’avaient pas même rempli les verres.
La jeune patronne de l’auberge venait parfois sur le pas de la porte et, tout en faisant mine d’observer le ciel, ou la route, elle leur jetait des coups d’œil curieux, timides et intéressés. Les quelques habitués réunis à l’intérieur parlaient haut et fort, trinquaient et riaient bruyamment.

Mais ceux-là, assis à la terrasse, tandis que s’allongent les ombres, c’est à peine s’ils bougent la main, de temps à autre, ou tournent la tête. Tellement tranquilles. Ils regardent le saule, ou plus loin en bas du pré, la ligne des aulnes qui suivent le cours de la rivière. Ou bien les nuages, comme immobiles.

Ils regardent aussi l’étroit chemin qui part de la route, contourne le bois derrière l’auberge et remonte entre les noisetiers vers le hameau qu’on appelle Les Portes, l’église ancienne désaffectée et le cimetière à l’abandon. Lorsqu’ils lèvent le visage vers le toit moussu ou le ciel, il reçoit la lumière d’un oblique rayon qui le dore. Cela leur donne l’air heureux de ceux qui ne font pas de projet.
La patronne s’avisa qu’on ne les avait jamais vus par ici. Ils sont de passage, se dit-elle, émue par ce que ces mots apportaient de précaire, tout à coup, dans son existence. Un homme descendait le chemin du cimetière, une fourche sur l’épaule ; on l’apercevait par intervalles, entre les noisetiers.
Le soleil avait disparu.
Ils jetèrent un dernier coup d’œil à tout ce qui les entourait. Ils venaient de fort loin, de plus loin qu’on ne peut l’imaginer, et à quoi bon s’attarder quand le vent du soir ne saurait plus leur apporter l’odeur des lilas


Jean-Jacques Dorio – Norge


en janvier 2006, JJ Dorio partageait ce texte  sur son blog, que je retranscris ici…

NORGE

                                      Poète solaire il écrivit sur le lombric

                                      le petit vermisseau qui se goinfre

                                               de vérités obèses

                                      Poète scolaire il établit des calendriers

                                                de l’âne au coq

                                                de l’eau au feu

                                      Il mangeait tout

                                             mouches chevaux

                                             âmes étourneaux

                                      Tout il buvait

                                              de la mer verte

                                              au bleu de bleu

                                     Un gros gibier stom’ de Bruxelles

                                     Râpant les mots et la bêtise

                                     Son vin profond était vin de copeaux

                                     Qui crache et recrache l’éclat de l’homme en marche

                                                  En vers

                                                  Et avec tous

 

 

Jean-Jacques Dorio 

avec Gustave Doré: gravure sur le paradis perdu