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Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


Résultat de recherche d'images pour "pluie de cendres"

 

 

Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.


Gérard Engelbach – Pluies


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photo  Emmanuelle Gabory

 
I
Pluies.
Sous son arche déshabitée
le fleuve roule un limon jaune
et dans les glaces opportunes
un passé possible grimace.

II
Un peu de patience
encore
un peu de
cendre sur la vitre
engluée de l’aube immédiate
Un peu de sang
au centre
de la plaque
Une longue fêlure noire
comme un grincement dans les moëlles
Voici venir
l’irrémédiable.
III
Vertèbre hérissée de prestiges
claque dans l’épaisseur du cri
Lueur
sous de la nuit soudain moins noire :
vertige irisé des ténèbres.
Dire juste le tremblement des moires
là où s’épand le verbe tu.


Alain Bosquet – Les seins de la reine en bois tourné


dessin perso  d'après peinture  d'Oscar Schlemmer - musée des Beaux-Arts de Bâle

dessin perso d’après peinture d’Oscar Schlemmer –      musée des Beaux-Arts de Bâle

Les mains de la reine enduites de saindoux
Les oreilles de la reine bouchées de coton
Dans la bouche de la reine un dentier en plâtre
Les seins de la reine en bois tourné
Et moi j’ai apporté ici ma langue chauffée par le vin
Dans ma bouche la salive qui bruit et mousse
Les seins de la reine en bois tourné
Dans la demeure de la reine un cierge jaune se fane
Dans le lit de la reine une bouillotte refroidit
Les miroirs de la reine sont recouverts d’une bâche
Dans le verre de la reine se rouille une seringue
Et moi j’ai apporté ici mon jeune ventre tendu
Mes dents offertes comme des instruments
Les seins de la reine en bois tourné
Des cheveux de la reine tombent les feuilles
Des yeux de la reine tombe une toile d’araignée
Le cœur de la reine éclaté en un sifflement sourd
Le souffle de la reine jaunit sur la vitre
Et moi j’apporte ici une colombe dans une corbeille
Tout un bouquet de ballons dorés
Des cheveux de la reine tombent les feuilles

Alain Bosquet          (1962)

                                                                                                                              sculpture assemblage:   Marisol Escobar


Impromptus ( RC )


oeuvre graphique, auteur non identifié

oeuvre graphique, auteur non identifié

Ton arrivée inopinée, me prend en train de poncer le vernis d’une chaise , que je voudrais réparer. Et de cette journée , s’amassent des évènements personnels,              certes sans importance,
que capte un oeil distrait,

cela passe, en flux,                 le long des heures, et ils s’enchaînent,

comme,              je me souviens,                       tu portais une robe bleue, et le soleil entrant par l’ouverture de la porte faisait un rectangle étroit, se contorsionnant sur les courbes de ton corps,
Le sol en carreaux de terre cuite, et les vases posés à même le sol,
tu vois, je me souviens,
mais aussi des nouvelles des magazines, c’était dans les années soixante-dix, le portrait de la reine mère ( la mère d’Elizabeth II ), on aurait dit qu’elle était habituée à porter des bigoudis, bien protégés sous des chapeaux ayant la texture et la couleur des chamallows ( marshmallows, dit-on là-bas).
Je n’écrivais pas encore  de poèmes, je lisais beaucoup, – la bibliothèque est proche, et je choisissais les auteurs au nom commençant par W – et les annonces des journaux,

je collectionnais les cartes postales, celles des oiseaux bien sûr, des métiers artisanaux, le menuisier, l’ouvrier des marais salants – comment l’appelle-t-on déjà ? – et j’avais hérité de ma mère les images des dentellières d’Auvergne.

Il y en avait partout d’ accrochées, sur la porte du petit meuble blanc, où nous rangions le pain, et celle de la salle de bains, la baignoire était verte, et en contrebas ( par rapport au niveau du terrain)… des plantes vertes essayaient de s’accrocher au lisse de la vitre, mais avaient renoncé, pour l’instant.
Dans la grande salle, peu de choses à part la cheminée sévère, et quelques fauteuils aux tissus à bandes rouges et blanches, défraîchis.

La petite table avec l’échiquier, et les pièces toujours en place, deux d’entre elles avaient été perdues et remplacées par des morceaux de bois grossièrement taillés au couteau ( je les avais colorées en noir- puisqu’il manquait un pion et la tour de cette teinte).

Tes cheveux bruns, et ton regard clair, aux fins sourcils arqués.

La vue sur la station service,enfin ce qu’on devinait à travers les rideaux, les voitures allant et venant, ( leurs couleurs surtout), et puis les insectes derrière les rideaux, justement, n’arrivant pas à s’échapper, et dehors, les buissons d’hortensias de la maison voisine, avec leurs boules roses et violettes.

J’oublie facilement les anniversaires, celui de Jérôme, par exemple, le concierge de l’immeuble à St Denis, mais j’ai pensé à celui d’Emilie, notre fille, qui n’a pas voulu venir avec toi….

On dit  qu’il va pleuvoir demain.

RC –  3 octobre 2013


Patrick Laupin – On ne peut pas écrire la pluie


( partie finale de ce beau texte)

. Abrités dans l’esquif de nos villages à flanc de montagne dans la tourmente, nous sommes vraiment les proies silencieuses de la pluie.

Elle déplie une verrière sensible, sensitive de vide, une eau première translucide, une durée spirituelle.

Un rideau froid de pluie qui tombe nous rappelle d’instinct et de foudre les limites de notre propre corps, nous qui restons requis comme jamais derrière les vitres et les plis en cretonne de la fenêtre à la regarder s’abattre,

sourdre, rebondir en gésine, frapper d’aplat soyeux, enragé, la célérité froide, sourde, et miraculeuse de sa tête de course.

Vague transparente où la colère dévale un bruit qui dort.

Comme elle affaisse et relève les minces particules d’éléments, on dirait des girouettes de rivières ou un océan dans l’eau furieuse qui navigue.

Elle gire, appareil des eaux du temps, broie l’avarice du ciel, franchit le crêt torrentiel, libère ce barrage providentiel.

On ne peut comparer à rien le miracle lapidaire de la pluie car c’est de la gaieté sensorielle et muette de notre corps qu’elle provient.


Kiril Kadiski – le couchant dégouline sur la vitre humide


peinture  : Marsden Hartley

peinture :         Marsden Hartley

Il ne pleut plus et l’après-midi est tiède.
Les mouches s’animent après l’apathie de leur sieste.
Dehors, le couchant rouge dégouline
sur la vitre humide et elles le sucent. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?
Les arbres balancent leurs branches dans l’ombre bleue.
Derrière, les toits éclairés ressemblent
à des flammes attisées par le vent. Ton cœur brûle.
Où aller ? C’est le soir…

Errant sans but
tu épies les jeunes femmes et tu vois que chaque soupirail
les attend dans le noir et leur met des chaussettes jaunes.
Les voitures tournent
un nouveau film sur le mur du coin ; n’est-ce pas un nouveau
Fellini ? Ou bien est-ce toujours le même réalisme
absurde autour de toi… Dans l’allée obscure
un vrai pauvre est assis et comment peux-tu savoir
si son pantalon est déchiré aux genoux
ou si ce sont les pièces de ses mains alourdies…

Le ciel brille sombrement. Tu vois une époque ancienne :
porte cloutée, trouée par des flèches enflammées,
enfoncée et jetée sur le ciel.

Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…

Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?

Kiril Kadiski


Christian Bobin – un peintre


peinture: Rembrandt:  mère de l'artiste, lisant

peinture: Rembrandt: mère de l’artiste, lisant

« Un peintre c’est quelqu’un

qui essuie  la vitre

entre le monde et nous

avec de la lumière,

avec un chiffon de lumière

imbibé de silence.  »

 

extrait  de  « l’inespérée. »


Jacques Ancet – A Schubert et autres élégies


photo: auteur inconnu – carte postale – lectrice au bord de l’eau

A Schubert et autres élégies (1987-1997)


CELUI QUI SE SOUVIENT de la lumière
regarde en lui le vide. Ses mains sont
seules d’avoir poursuivi l’air. Il parle
par énigmes, sourit parfois, de loin,
comme quelqu’un qu’il aurait reconnu
s’approchant dans le soir. Puis il s’éloigne.
Quelques traces demeurent: une chaise
déplacée, sur la vitre une ombre, un mot,
(le silence soudain est plus profond)
quelque chose de bleu, comme la mer.

(Wanderer)


Kiril Kadiski – Par là les siècles sont entrés dans nos jours.


 

Peinture: Emil Nolde

 

 

 

 

Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…

Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?

Kiril Kadiski

 

peinture: aquarelle Emil Nolde


L’ Orang- attend ( RC )


image: montage perso

 

Au rendez-vous des animaux
J’habite    dans un grand zoo,

Je laisse entre mes doigts se vider le temps
De toute façon, dans le cube de verre, j’attends

Je passe, mes journées à ne rien faire
Dans une atmosphère de serre,

Quelques troncs de pâle aventure
Donnent un petit écho de nature

Enfin, ce qui existe au-delà de la cage
Ce qui était d’avant mon voyage

Si loin mon pays des tropiques
Tout là-bas, au coeur de l’Afrique

Arraché aux miens,          à ma famille
A la jungle des chimpanzés et gorilles

Quelques branches sans feuilles avancent
Sur lesquelles je me balance

Ne fournissent aucun ombrage,
Arrêtées tout net par le grillage

Un filtre invisible dont on ne voit pas les bords
Mais limite de l’horizon,                      le décor

Les visiteurs se pressent derrière les vitres
Agitant vers nous les bras, comme des pitres…

Un défilé de nouveaux visages
De toutes sortes, enfants et gens de passage…

Nous avons tout notre temps,    lent
A vivre dans notre enveloppe d’orang-outang…

Pour nous former une opinion,
Foi de singes et guenons…

RC – Mars et juillet 2012

 


Edouard Glissant – L’arbre mort et vivant


photo : Karine Granger, voir son site

 

 

 

 

 

L’arbre mort et vivant

Toute une nuit au bord de l’horizon

Il te cherchait, n’osant clamer par-dessus l’or

Si tu criais parmi les oiseaux morts

Si tu donnais la voix pour les peuples

Ou si muette tu venais dans l’épaisseur des vitres.

Il se tenait près de la nuit parmi les arbres

Il se levait dans son aurore et mort

Il chérissait tant d’ombre il déhalait ce bruit

Et te seyait, toi pure aux mains de qui poussaient

Les laves de minuit en l’arbre contemplées.

Il se tenait devant la nuit

Entretenu d’un vent de glace

Et se levaient les aigles sans cité

Mendiants dévolus qui lavaient l’horizon.

Edouard Glissant