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Lié à la transparence – ( RC )


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C’était comme un cauchemar,
       car , au sortir d’un songe
je n’avais plus de visage,
comme le disait le miroir :
         j’en avais perdu l’usage,
peut-être la glace renvoyait-elle un mensonge…
derrière moi             – que du noir…
– ce qui est difficile à décrire…

c’est ainsi que l’on pense reconnaître
le plus commun des vampires
– n’arborant même pas une tête de mort…
or, j’étais vivant           – et sûr de l’être
mais par un coup du sort
         je n’avais plus d’apparence…
une vision un peu fantasque,
liée à la transparence :

j’ai dû me composer un masque,
copié sur un homologue :
          une figure de cire
trouvée dans un catalogue :
histoire d’appartenir
à l’humanité ordinaire
que l’on croise d’habitude
sous toutes latitudes,

tous se donnant des airs
d’être eux même ..
mais comme savoir
si c’est un stratagème
          donnant autre chose à voir
qu’ un vide habité:
quelqu’un définitivement effacé
        qu’il a fallu remplacer
par une autre personnalité…


RC – nov 2016


Perfections et symétries – ( RC )


 

Tu mesures les formes parfaites,
où tous les côtés se répondent,
et obéissent aux mesures identiques .

Ainsi le constructeur tend vers l’utopie
de la vision où la mathématique
prend le dessus de la vie .

Les rosaces des cathédrales,
tournent en mouvements figés ,
aux soleils fractionnés,

Les mosaïques aux jeux complexes,
zelliges enchevêtrés
excluent l’humain dans le décoratif.

Des palais imposants,
forçant la symétrie,
se mirent à l’identique

avec le double inversé,
du bavardage pompeux
des images de l’eau .

Se multiplie la dictature
de la géométrie des formes
répondant à leur abstraction ,

comme des planètes qui seraient 
cuirassées dans une sphère lisse
d’où rien ne dépasse.

…  Des formes si lisses,
voulues à tout prix,
qu’elles génèrent l’ennui

excluant la fantaisie
le désordre
et le bruit.

Les formes parfaites
s’ignorent entre elles
définitives, excluant la vie

comme des pièces de musée,
pierres précieuses,
diamants de l’inutile

dont finalement
la froid dessin, clos sur lui-même
finit par encombrer .

Dans le passé, on ajoutait
à un visage de femme trop régulier
un grain de beauté, une mouche,

quelque chose pour lui apporter
une différence, un cachet
sa  personnalisation, un « plus » de charme

une irrégularité, une surprise,
portant dans son accomplissement
la griffure du vivant

Elle se démarque du cercle fermé
de la beauté idéalisée par quelque chose
contredisant la perfection

Celle-ci demeure une vue de l’esprit,
bien trop lointaine
pour qu’on puisse s’en saisir.


RC – août 2016

 

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Philippe Delaveau – Jardin du Luxembourg ( 1 )


peinture  – François Gall                    –   landeaux  au jardin du Luxembourg

 

 

Ongles blessés de mes mains vous le savez

j’ai déchiffré les cicatrices de la ville

oreilles la voix du vent vous l’avez pressentie

aux cheveux sur nous en bataille

écorce de marronnier aussi sèche que lèvres

écorce muette et nos bouches muettes

quand il fait nuit la moindre étoile émeut

ou seulement le mot étoile à sa propre fenêtre

nuit contre jour – lune pâle soleil

où nous habitons croît l’obscurité

je me promène dans les rues de Paris

mes mains scrutent le secret des pierres

je me promène dans les rues de ma tête

les yeux clos pour atteindre au secret de vie

joue contre l’arbre et yeux debout

nous affrontons notre navigation

sable en vie roule sous le bruit des pieds

l’ombre à nos pas cèle un secret

et la nuit sur la ville doucement refermée

la ville obstinément et violemment fermée

Paris erre Paris gémit dans la mémoire

avec la voix des morts et la voix des vivants

qui plus a disparu – qui plus est vivant ?

qui de vous disparaît qui infléchit le temps ?

je me perds dans les rues de Paris

mes yeux sont las mes paroles se perdent


Edouard Glissant – L’arbre mort et vivant


photo : Karine Granger, voir son site

 

 

 

 

 

L’arbre mort et vivant

Toute une nuit au bord de l’horizon

Il te cherchait, n’osant clamer par-dessus l’or

Si tu criais parmi les oiseaux morts

Si tu donnais la voix pour les peuples

Ou si muette tu venais dans l’épaisseur des vitres.

Il se tenait près de la nuit parmi les arbres

Il se levait dans son aurore et mort

Il chérissait tant d’ombre il déhalait ce bruit

Et te seyait, toi pure aux mains de qui poussaient

Les laves de minuit en l’arbre contemplées.

Il se tenait devant la nuit

Entretenu d’un vent de glace

Et se levaient les aigles sans cité

Mendiants dévolus qui lavaient l’horizon.

Edouard Glissant


L’art et notre conscience, au musée (RC)


installation; Joseph Kosuth | Critique | Du phénomène de la bibiothèque | Paris 3e

 

 

L’art au musée

 

Puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît , et sur l’art ,et,en dévotion.

Avec le sublime, avec le précieux,  avec l’unique…

Nous sommes toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un peu de culture.

Et cette  culture  qu’on additionne  contre nous-même,  contre la nôtre, contre celle de tous les jours.

Celle  qu’on ne voit pas, car justement en dehors de l’enceinte sacrée…

On naît domestique et soumis à la dévotion officielle, et si on n’y prend pas garde on meurt pareil, en ayant négligé le vivant autour de nous.

Qui porte autant de valeur,       ——–  parce que vivant, ———  justement.

 

librement inspiré  du texte  de Robert Piccamiglio, cité plus  bas  « dévotion »  extrait  de  « on a affaire  à l’existence »  ( Robert Piccamiglio  , qui a fait l’objet de plusieurs parutions  de ma part, notamment « Midlands »   voir  par  exemple  l’« épisode  3 », )

et qui figure aussi  dans   « A la Dérive »-  voir  le blog  très renseigné  de Anne-Françoise  ‘ de seuil en seuil’

 

—   (  à noter  que  l’image  de l’installation de J Kosuth choisie  ( critique  du phénomène  de la bibliothèque ) , relatée par cet article  de 2006,

reprend presque parallèlement les gestes  de Marcel Duchamp, ( les  ready-made )

sauf  que celui-ci  critiquait l’institution du musée,  un siècle plus tôt )…  (Cherchez la nouveauté  avec les  conceptuels)…

RC- le 3 mars 2012

 

—-

Dévotion

 

de dévotion puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît en dévotion. Avec Dieu, avec les hommes,

femmes et les musées. Toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un petit pardon. La dévotion d’une guerre qu’on mène contre nous-mêmes, ça coûte cher. C’est calibré dans nos têtes. On naît domestique et si on n’y prend pas garde on meurt pareil.

 


Marina Tsvetaieva- Non au siècle


 

 

 

 

 

 

sculpture: Morales . Fos sur Mer ( 13)

Mon siècle.
Je donne ma démission.
Je ne conviens pas et j’en suis fîère !
Même seule parmi tous les vivants,
Je dirai non ! Non au siècle.
Mais je ne suis pas seule, derrière moi
Ils sont des milliers, des myriades
D’âmes, comme moi, solitaires.

Pas de souci pour le poète,
Le siècle
Va-t-en, bruit !
Ouste, va au diable, – tonnerre !
De ce siècle, moi, je n’ai cure, ,
Ni d’un temps qui n’est pas le mien. ^’
Sans souci pour les ancêtres,
Le siècle !
Ouste, allez, descendants – des troupeaux.
Siècle honni, mon malheur, mon poison
Siècle – diable, siècle ennemi, mon enfer.

1934