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Le terme du voyage (sur une peinture de N De Staël ) – (RC )


Peinture Nicolas de Staël – la route d’Uzès – 1954

C’est au sommet de la montée
que se joue le terme du voyage .
L’horizon nous est caché,
mais on peut le deviner
derrière la pente.
La colline se divise en deux parties
nettement opposées :
le couteau d’ombre a tranché
dans les plages de lumière,
et les arbres, dont on ne voit que la tête
opposent au vent leur silhouette
juste avant la descente.


Si j’emprunte ce chemin
plus aride que le ciel désert
sans savoir où il conduit,
ne me mène-t-il pas tout droit
dans la vallée de pierres
du pays d’effroi
où le Blanc sombre dans un Noir
qui n’a pas de fin ?
quand je bascule de l’autre côté
de ce paysage illusoire
où s’égarent les repères …


Philippe Delaveau – marcher


Marcher parfois longtemps dans la prairie du vent.

Ses bottes malmènent les fleurs,

l’herbe aux rêves de voyage.

Puis le petit village près d’un bois.

L’harmonica d’une eau rapide qui se cache

pour voir le ciel et l’ombre, et les cailloux

entraînés de ferveur, sur leurs genoux qui brûlent.

Entendre alors la persuasion très tendre

et douce d’un oiseau qui solfie les mesures

d’une clairière. Deux fois peut-être. Puis se tait. Se dissout

dans la perfection pure et simple du silence.


Renaître et revenir à son point de départ – ( RC )


S’il faut jouer à pile ou face
je n’ai rien décidé de mon destin…
je vais me prendre en main
( impair ou passe )
pour décider de mon voyage,
mais la terre est-elle ronde ou plate ?
Je commence à la parcourir sans hâte
avec très peu de bagages.
S’il faut débuter par son lieu de naissance
chaque foulée m’en éloigne au fur et à mesure
gagnant en envergure
pour retrouver mon innocence ;
je sème au passage quelques pierres
histoire de retrouver mon chemin
en suivant les méridiens :
on se demande à quoi ça sert:
peut-être à retrouver la mémoire
quand on égraine les kilomètres
est-ce ainsi renaître
que revenir à son point de départ ?


Jean-Michel Espitallier- Land (Appoggiature)


Robert Juniper – Sculptures by the sea

.

Vous reveniez de contrées fort lointaines.

Dans vos regards, le long ruban des régions traversées

montrait des choses mal connues.

Ç’avait été un pays de manufacturiers bossus.

Le chiendent des prairies masquait un peu l’emplacement

de très anciennes villes (on distinguait les traces d’un clocher ;

des viaducs, des tourelles, des mâchicoulis effondrés

dormaient au fond d’un lac).

Sous les joncs, quelqu’un avait trouvé des cheminées d’usines.

Des claies abandonnées vibraient dans les plis d’un talus.

Vous nous parliez aussi d’anciennes plâtrières, d’un four à chaux,

d’une fabrique et de quatre ou cinq forges refroidies.

Des vents charriant des odeurs de bassins et de planches

rembourraient tous les bruits.

Les forêts sentaient la rouille et le carton humide.

Près d’un lavoir, des bêtes étaient venues se rafraîchir.

Vous certifiiez avoir vu dans la vase l’étreinte

de leurs griffes.

La marquise d’une gare, des pendules, une armoire crevée

s’enfonçaient lentement sous des haies de mûriers.

Comme vous traversiez un long champ de rhubarbe, quelqu’un

dans l’équipage avait montré du doigt

des choses un peu particulières.

Vous ne nous dîtes rien à leur sujet.

.

Ponts de Frappe

Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne


Elle disait – (Susanne Derève) –


– photo SD –
Elle balançait son pas léger sur le pavé 
des rues 
et ses cheveux flottaient 
comme d’anciennes voiles 
avec leur lien de chanvre abandonné au vent 

Elle disait:
Je m’en vais pour longtemps
et son regard brillait du fol émoi 
qui gouverne les rêves
habillait l’horizon de palais de lumière 

tandis que j’y voyais lever un éternel hiver 
Elle disait je m’en vais 
dans son oeil tremblait le reflet des lagunes …

et j'y noyais mon infortune

Louis Brauquier – Liberté des mers-


René Génis – Marine –




L’homme passe sa vie à lancer des amarres,
Puis, quand il est saisi dans le calme du port,
Pour peu qu’à l’horizon une fumée l’appelle,
Il regrette à nouveau la liberté des mers ;

La liberté des mers, avec leur solitude,
Qui parleront toujours au sel de notre sang,
Où, plus que le printemps enchanteur de la terre, 
Tardif est l’alizé pour le coeur qui l’attend.

(Eau douce pour navires)



Peut-être un vieux regret des migrations lentes 
Et le goût de l’ouest aux naseaux du matin ;

Peut-être un rire une promesse enchanteresse d’îles,
Faite à  mi-voix par un voyageur imprécis ;

Ou quelqu’ennui au long de corridors trop vastes 
De la similitude évasive des jours;

Ou la mission d’appareiller une tristesse 
Secrète qu’un ami me confie sans parler,

Me donnent ce désir de voir, un jour encore, 
Autour du pont mouillé d’un vapeur du commerce

La pluie tomber sur l’océan Pacifique.

(Liberté des  mers)



Louis Brauquier

Anthologie de la poésie française du XXe siècle

nrf Poésie/Gallimard


Ingeborg Bachmann – Le monde est vaste et nombreux sont les chemins –


ARKHIP KUINDZHI – Field-

Le monde est vaste et nombreux sont les chemins de

    pays en pays,

je les ai tous connus, ainsi que les lieux-dits,

de toutes les tours j’ai vu des villes,

les êtres qui viendront et qui déjà s’en vont.

Vastes étaient les champs de soleil et de neige,

entre rails et rues, entre montagne et mer.

Et la bouche du monde était vaste et pleine de voix à

    mon oreille

elle prescrivait, de nuit encore, les chants de la diversité.

D’un trait je bus le vin de cinq gobelets,

quatre vents dans leur maison changeante sèchent mes

   cheveux mouillés.

 

Le voyage est fini,

pourtant je n’en ai fini de rien,

chaque lieu m’a pris un fragment de mon amour,

chaque lumière m’a consumé un œil,

à chaque ombre se sont déchirés mes atours.

 

Le voyage est fini.

À chaque lointain je suis encore enchaînée,

pourtant aucun oiseau ne m’a fait franchir les frontières

pour me sauver, aucune eau, coulant vers l’estuaire,

n’entraîne mon visage, qui regarde vers le bas,

n’entraîne mon sommeil, qui ne veut pas voyager…

Je sais le monde plus proche et silencieux.

 

Derrière le monde il y aura un arbre

aux feuilles de nuages

et à la cime d’azur.

Dans son écorce en ruban rouge de soleil

le vent taille notre cœur

et le rafraîchit de rosée.

 

Derrière le monde il y aura un arbre,

à sa cime un fruit

dans une peau en or.

Regardons de l’autre côté

quand à l’automne du temps,

dans les mains de Dieu il roulera !

 

Die Welt ist weit und die Wege von Land zu Land,

und der Orte sind viele, ich habe alle gekannt,

ich habe von allen Türmen Stadte gesehen,

die Menschen, die kommen werden und die schon gehen.

Weit waren die Felder von Sonne und Schnee,

zwischen Schienen und Straβen, zwischen Berg und See.

Und der Mund der Welt war weit und voll Stimmen an

  meinem Ohr

und schrieb, noch des Nachts, die Gesänge der Vielfalt   

  vor.

Den Wein aus fünf Bechern trank ich in einem Zuge aus,

mein nasses Haar trocknen vier Winde in ihrem

  wechselnden Haus.

 

Die Fahrt ist zu Ende,

doch ich bin mit nichts zu Ende gekommen,

jeder Ort hat ein Stück von meinem Lieben genommen,

jedes Licht hat mir ein Aug verbrannt,

in jedem Schatten zerriβ mein Gewand.

 

Die Fahrt ist zu Ende.

Noch bin ich mit jeder Ferne verkettet,

doch kein Vogel hat mich über die Grenzen gerettet,

kein Wasser, das in die Mündung zieht,

treibt mein Gesicht, das nach unten sieht,

treibt meinen Schlaf, der nicht wandern will…

Ich weiβ die Welt näher und still.

 

Hinter der Welt wird ein Baum stehen

mit Blättern aus Wolken

und einer Krone aus Blau.

In seine Rinde aus rotem Sonnenband

schneidet der Wind unser Herz

und kühlt es mit Tau.

 

Hinter der Welt wird ein Baum stehen,

eine Frucht in den Wipfeln,

mit einer Schale aus Gold.

Laβ uns hinübersehen,

wenn sie im Herbst der Zeit

in Gottes Hände rollt !

 

 

Toute personne qui tombe
        a des ailes
Poèmes 1942-1967 
Traduction de l’allemand (Autriche)
par Françoise Rétif
Nrf   Poésie /Gallimard


Les clefs de la maison – ( RC )


Des générations se sont succédé,
dans la vieille maison.
Imagine alors les décennies,
où des portes se sont ouvertes et closes,

les secrets scellés,
derrière le silence
ou les coffres muets
aux serrures bien huilées.

On a perdu bien des choses,
comme les arômes des roses,
et des outils
dont on ne connaît plus l’usage.

Dans un fond du tiroir du vaisselier,
se sont entassées toutes sortes de clefs,
qui ont résisté au passé,
mais ne permettent plus de l’ouvrir.

J’en ai trouvé de toutes sortes:
des lourdes et des longues,
des fines et des plates,
de toutes petites aussi.

J’ai pensé que certaines s’adaptaient
à un cadenas, une autre à un coffret à bijoux.
Clefs rouillées, clefs égarées,
qu’est-ce qui vous rassemble ?

Aucune d’elles n’a plus d’utilité :
je les imagine dans un tableau de Magritte,
ne permettant d’entrer
que dans les nuages .

Je trouve, parmi toutes ces clefs,
celles que des amis m’avaient confié,
avant qu’ils ne déménagent
pour leur dernier voyage….

Peut-être trouverai-je parmi
celles qui me restent
la clef du paradis
( on m’y aurait réservé une place ).

Reste à savoir laquelle
aura des ailes ,
quand ce sera mon tour
un petit tour, et puis s’en va ….

Faut s’en faire une raison :
je n’aurai pas besoin , pour la maison
de la fermer à double tour ,
( je garderai toujours la clef de ton amour ) .

Armand Pierre Fernandez
Art : accumulation de Arman
clefs spirales
ou bien en idée de mobile…


Bornéo – ( SD/RC )


Raoul Dufy – Le cargo noir

et une version plus récente du texte de R C

Jean Dufy – Port du Havre


Basho -La pièce perdue


euro, 5 cents, pièce de monnaie en cuivre, de tomber, de crise, de l'eau

La pièce perdue dans la rivière se trouve dans la rivière
Le soleil et la lune sont des voyageurs dans l’éternité.
Même les années sont errantes.
Pour ceux dont la vie est sur les eaux
ou qui conduisent un cheval au fil des ans
chaque jour est un voyage
et le voyage lui-même est la maison .


– Basho

( tentative  de traduction RC à partir  de l’anglais )

 

The Coin Lost In The River Is Found In The River

The sun and moon are travelers in eternity.
Even the years are wanderers.
For those whose life is on the waters or leading a horse through the years
each day is a journey and the journey itself is home

– 


Le parfum de l’absence – (Susanne Derève)


 

frottage

 Max Ernst  – Frottage             

 

 

L’absence a ce matin une odeur de sarriette

et de menthe

Hirondelle lutine que tu dessines

légère  

entre les bras du temps

est-ce un tourment le beau tourment du jour

un tango de printemps où versent

les automnes

 

et la voix qui chantonne son  accent de velours

sait-il le parfum de l’absence    

les feuilles clairsemées que l’arbre abandonne

au grand vent  aux gants de brume de  l’hiver

avec ses cheminées de nuages 

le tambourin des toits de zinc  sous la pluie      

 

et la   voix qui claironne sait-elle

 l’odeur du bois coupé

les mains qui s’affairent au dehors

le heurt  des bûches qu’on entasse                                                       

pendant que l’esprit baguenaude   

loin  si loin    plus loin que le froissement

d’ailes  d’un oiseau migrateur,

 

plus loin que le cliquetis des rails le sourd balancement

d’un wagon sur les rails  paysages brouillés

de vallons d’arbres  de bosquets  

qu’on déroulerait sans fin

dont on ne dirait  ni le nom  ni  l’odeur

ni  la matière    rugueuse ou  lisse  

ou lisse et douce sous le doigt

 

Et   la  voix qui fredonne,  sait-elle  le grain du bois

écharde fine sous la peau     

Sait-elle l’aiguillon  de l’attente

ce parfum entêtant   de sarriette     

et de menthe   que j’invoque tout bas

 


Pierre Béarn – les clefs du voyage


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peinture : Jozsef Rippl-Ronai

J’apportai les clefs du voyage
à la prisonnière effrayée
de se découvrir vulnérable…

Négligeant l’azur arraché
qui parait d’attraits la magie
l’éléphant piétina les roses.

Quand tu partis vêtue de nuit
serrant ton cœur telle une lampe
éclairant ta honte soumise
l’éléphant n’aimait plus les roses.


Karel Logist – Force d’inertie


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image    Sara Dunn

 

J’emporte en voyage deux montres

l’une marque l’heure de mon départ

l’autre semble indiquer celle de mon retour

 

Vous le savez mieux que moi:

les belles étrangères

si accueillantes aux étrangers

sont rarement ponctuelles en amour

 

C’est pourquoi j’ignore toujours

laquelle de mes montres retarde

et pour qui mes fuseaux horaires

se déhanchent

ainsi que sur des airs de danse.

 


Franchir le seuil – ( RC )


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C’est encore loin,
( je n’envisage pas encore le voyage ),
mais tu as franchi le seuil,
tout à coup,               –  là  -,
sous tes pieds
et ton visage s’est fondu      dans les ténèbres ,
délaissant la lumière,
soudain inutile.

Ou peut-être, inversement,
l’as-tu bue,
la lumière ,           entièrement,
pour nous laisser la nuit ,
rapetissés.
Alors que s’étend devant toi
l’immensité,      et son inconnu,
toi –         devenue invisible à nos yeux.

RC – août 2017


Foroukh Farrokhzâd – il n’y a que la voix qui reste


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peinture:  Arpad  Szenes

Pourquoi m’arrêterais-je, pourquoi?
Les oiseaux sont partis en quête d’une direction bleue
L’horizon est vertical
L’horizon est vertical, le mouvement une fontaine
Et dans les limites de la vision
Les planètes tournoient lumineuses
Dans les hauteurs la terre accède à la répétition
Et des puits d’air
Se transforment en tunnels de liaison.
Le jour est une étendue,
Qui ne peut être contenue
Dans l’imagination du vers qui ronge un journal

Pourquoi m’arrêterais-je?
Le mystère traverse les vaisseaux de la vie

L’atmosphère matricielle de la lune,
Sa qualité, tuera les cellules pourries
Et dans l’espace alchimique après le lever du soleil
Seule la voix
Sera absorbée par les particules du temps
Pourquoi m’arrêterais-je?
Que peut être le marécage, sinon le lieu de pondaison des insectes de pourriture
Les pensées de la morgue sont écrites par les cadavres gonflés
L’homme faux dans la noirceur
A dissimulé sa virilité défaillante
Et les cafards…ah                 Quand les cafards parlent!
Pourquoi m’arrêterais-je?
Tout le labeur des lettres de plomb est inutile,
Tout le labeur des lettres de plomb,
Ne sauvera pas une pensée mesquine
Je suis de la lignée des arbres
Respirer l’air stagnant m’ennuie
Un oiseau mort m’a conseillé de garder en mémoire le vol
La finalité de toutes les forces est de s’unir, de s’unir,
À l’origine du soleil
Et de se déverser dans l’esprit de la lumière
Il est naturel que les moulins à vent pourrissent
Pourquoi m’arrêterais-je?
Je tiens l’épi vert du blé sous mon sein
La voix, la voix, seulement la voix
La voix du désir de l’eau de couler
La voix de l’écoulement de la lumière sur la féminité de la terre
La voix de la formation d’un embryon de sens
Et l’expression de la mémoire commune de l’amour
La voix, la voix, la voix, il n’y a que la voix qui reste
Au pays des lilliputiens,
Les repères de la mesure d’un voyage ne quittent pas l’orbite du zéro
Pourquoi m’arrêterais-je?
J’obéis aux quatre éléments
Rédiger les lois de mon cœur,
N’est pas l’affaire du gouvernement des aveugles local
Qu’ai-je à faire avec le long hurlement de sauvagerie?
De l’organe sexuel animal
Qu’ai-je à faire avec le frémissement des vers dans le vide de la viande?
C’est la lignée du sang des fleurs qui m’a engagée à vivre
La race du sang des fleurs savez-vous?

Traduction de Mohammad Torabi & Yves Ros.

 


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

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J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Henry Bauchau – le voyage


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Le voyage

Tu pars, tu vas quitter la durée de la neige
Pour un autre temps plus actif, on dit là-bas que l’Histoire s’accélère.
Pourra-t-elle produire une raison paisible, une femme née de la terre
Éclairée de pensée vivante par la voyance, la claire audience de son corps.
Tu es dans la saison de la simplicité, quand la vue baisse on ne voit que les plus simples lignes.
(…)
Tu pars, tu vas longer la pente des rivières, tu passes des villages grèges
Rien n’est beau que la vigne nue, sous le vert des phosphates,
rien n’est plus éclairé que le mur manuel.
Tu es dans le cimetière des vignerons, tu cherches entre les tombes une trace perdue
Le lac dans la brume, il est couleur de perle, au milieu du nuage on voit deux larmes, on voit
deux barques suspendues.
À l’ombre du muret, il reste un peu de neige et tu lis sur la pierre :
Ma grâce te suffit. C’est ce que j’avais oublié.


Je marche dans l’inconnu – ( RC )


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peinture:  Ellsworth Kelly

 

Là où le monde secret des inanimés perd de son mystère ,
en léchant ses plaies de lumière ,
on se tire difficilement du sommeil ,
dans le parcours des heures qu’interromp le réveil .

On a encore dans la tête , mille rêves .
Ils éclatent, comme une bulle crève ,
quand le jour s’élance
l’aube effaçant le silence
du coeur même de la nuit .
On doit reconquérir son esprit ,
ranger l’armoire à nuages ,
se préparer au voyage ,

  •    Aujourd’hui nous attend ;
    il faut plonger dedans ,
    endosser son costume ,
    poser ses pieds sur le bitume .
    Il n’est pas certain qu’il s’ajuste exactement  :
    ce matin ,         je ressens un flottement
    entre hier et aujourd’hui :
    >   pas sûr que ma vie
    me suive à la trace :

à mesure, elle s’efface
sans plus me correspondre :
les minutes et les secondes ,
les années anciennes
ne sont plus les miennes :
le temps est discontinu :
>                   je marche dans l’inconnu.


RC – juill 2017


Xavier Grall – Solo


 

 

 

Chapelle  Méné  Bré   520.jpg

 

photo perso  . Le Méné-Bré   2011

 

Seigneur me voici c’est moi
Je viens de petite Bretagne
Mon havresac est lourd de rimes
De chagrins et de larmes
J’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
Ce fut ma foi un long voyage
Trouvère
J’ai marché par les villes
Et les bourgades
François Villon
Dormait dans une auberge
A Montfaucon
Dans les Ardennes des corbeaux
Et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
Les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
Dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
De Bretagne suis
Ma maison est à Botzulan
Mes enfants mon épouse y résident
Mon chien mes deux cyprès
Y ont demeurance
M’accorderez-vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris
J’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
J’ai marché
Les grands chemins chantaient dans les chapelles
Les saints dansaient dans les prairies
Parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie J’ai marché
J’ai marché sur des terres bleues
Et pèlerines
J’ai croisé les albatros
Et les grives
Mais je ne saurais dire
Jusques aux cieux
L’exaltation des oiseaux
Tant mes mots dérivent
Et tant je suis malheureux
Seigneur me voici c’est moi
Je viens à vous malade et nu
J’ai fermé tout livre
Et tout poème
Afin que ne surgisse
De mon esprit …./

 

( début du long poème  « Solo »…  ed Calligrammes )


Constantin Cavafy – Ithaque


Image associée

Lorsque tu te mettras en route pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,plein d’aventures,
plein de connaissances.
Les Lestrygones et les Cyclopes,
le farouche Poséidon – ne les crains pas;
de telles rencontres, tu n’en feras jamais sur ton chemin,
si ta pensée reste noble, si une émotion
de haute qualité anime ton esprit et ton corps.
Les Lestrygones et les Cyclopes, l’irascible Poséidon,
tu ne les rencontreras pas,
si tu ne les portes pas dans ton âme,
si ton âme ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long.
Que nombreux soient les matins d’été
où – avec quel plaisir, quelle allégresse!
– tu entreras dans des ports que tu verras
pour la première fois;
aux marchés phéniciens,
arrête-toi, pour acquérir la bonne marchandise:
des nacres et des coraux, des ambres et des ébènes
et des parfums voluptueux de toute espèce;
autant que tu peux, des parfums voluptueux en abondance;
visite de nombreuses villes égyptiennes,
afin d’apprendre, apprendre sans cesse auprès des sages.

Garde toujours Ithaque en ta pensée.
Y parvenir est ton but final.
Mais ne précipite point ton voyage.
Mieux vaut qu’il dure plusieurs années,et que, vieillard enfin,
tu abordes dans l’île,riche de ce que tu auras gagné sur ton chemin,
sans espérer qu’Ithaque t’enrichisse.
Ithaque t’a donné le beau voyage.
Sans elle, tu ne sortirais pas sur la route.
Elle n’a plus rien à te donner.

 

C Cavafy   1910

 


Joseph Brodsky – Mon cher Télémaque


 

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peinture: André Derain   le repas d’ Ulysse

 

 

Mon cher Télémaque,
La guerre de Troie
Est terminée maintenant;
Je ne me rappelle pas qui l’a gagnée.
Les Grecs, sans doute, car ils ne laisseraient pas
Tant de morts si loin de leur patrie.
Mais encore, le chemin de mon retour s’est avéré trop long.
Alors que nous étions en train de perdre du temps,
le vieux Poséidon, semble presque étendu et l’espace s’est agrandi.

Je ne sais pas où je suis ni ce que cet endroit peut être.
Il semblerait que ce soit une île sale,
Avec des buissons, des bâtiments et de grands porcs qui grognent.
Un jardin étouffé de mauvaises herbes; quelque reine ou une autre.
De l’herbe et d’ énormes pierres …
Telémaque, mon fils!
Le visage de toutes les îles ressemble à chaque autre, pour un vagabond
Et l’esprit du voyage, le décompte des vagues;
rend les yeux douloureux à scruter les horizons de la mer,
Et la chair de l’eau enveloppe les oreilles.
Je ne me souviens pas comment la guerre s’est finie;
Même quel est ton âge,            je ne m’en souviens pas.

Grandis, alors,         mon Télémaque ,        grandis.
Seuls les dieux savent si nous nous reverrons encore.
Tu as depuis longtemps cessé d’être ce bébé
avant que je me sois arraché aux labours des boeufs.
Si ce n’était pour la trahison de Palamède
Nous deux devrions vivre sous un même toit.
Mais peut-être qu’il avait raison   :  loin de moi
Vous êtes tout à fait à l’abri de toutes les passions œdipiennes,
Et tes rêves, mon Télémaque, sont irréprochables.

 

My dear Telemachus,
The Trojan War
is over now; I don’t recall who won it.
The Greeks, no doubt, for only they would leave
so many dead so far from their own homeland.
But still, my homeward way has proved too long.
While we were wasting time there, old Poseidon,
it almost seems, stretched and extended space.

I don’t know where I am or what this place
can be. It would appear some filthy island,
with bushes, buildings, and great grunting pigs.
A garden choked with weeds; some queen or other.
Grass and huge stones … Telemachus, my son!
To a wanderer the faces of all islands
resemble one another. And the mind
trips, numbering waves; eyes, sore from sea horizons,
run; and the flesh of water stuffs the ears.
I can’t remember how the war came out;
even how old you are–I can’t remember.

Grow up, then, my Telemachus, grow strong.
Only the gods know if we’ll see each other
again. You’ve long since ceased to be that babe
before whom I reined in the plowing bullocks.
Had it not been for Palamedes’ trick
we two would still be living in one household.
But maybe he was right; away from me
you are quite safe from all Oedipal passions,
and your dreams, my Telemachus, are blameless.

la traduction de Georges Nivat diffère quelque peu…

mais le sens en reste le même…

 

Télémaque, mon fils, la guerre de Troie a pris fin.
Qui l’a gagnée, je n’en sais rien.
Les Grecs, sans doute : pour jeter à la rue tant et tant de morts,
il n’y a que les Grecs!
Elle a pris fin; mais le chemin du retour
si tu savais combien il me paraît long!
Comme si Poséidon, pendant que là-bas nous perdions le temps, avait brouillé l’espace.
Je ne sais diantre pas où j’ai échoué, ni ce qui est devant moi :
îlot crasseux, buissons, murets pierreux et cochons qui grognent;
tout à l’abandon; une femme qui règne; de l’herbe et du caillou…
Mon cher Télémaque, ce que les îles peuvent se ressembler pour qui voyage trop!
comme le cerveau s’égare à compter les vagues qui l’assaillent!
Et l’œil, où l’horizon s’est coincé, larmoie;
l’oreille est assourdie par l’aqueuse masse.
Je ne sais plus comment la guerre a fini,
et j’ai perdu le compte de tes années.
Deviens grand, mon Télémaque, deviens homme!
Les dieux seuls savent si nous nous reverrons.
Déjà tu n’es plus le petit nourrisson devant qui je dus arrêter les taureaux.
Palamède a tout fait pour nous séparer.
Mais il n’avait peut-être pas tort : sans moi
tu es affranchi du tourment œdipien,
et tes songes, mon Télémaque, sont sans péché.

 

(Traduit par Georges Nivat.)


Parfois les choses durent – ( RC )


R Papillon - grosse main rec.jpg

Parfois les choses durent
autant qu’elles le peuvent :
– C’est comme la preuve
de ce qu’elles endurent .

Il y avait quelques traits,
ceux de ton écriture,
posés dans le carnet,
avec désinvolture :

Comme ils m’étaient dédiés
ils sont restés,
au coeur même du papier :
on les dirait incrustés

unissant les paroles d’hier,
comme celles du temps qui passe
et se dépose sur la matière
avec une légère trace .

  •   C’était un échantillon
    de la brillance de l’été :
    – Souviens-toi du papillon
    qui s’était frotté

sur la page :
avant qu’il ne s’en aille
pour un autre voyage :
– Il a laissé quelques écailles

qui brillent encore :
des pensées oubliées
– Comme un trésor
au fond de l’être aimé .


RC – avr 2017

( à partir des « cahiers du déluge »  « constat #17 ) de Marlen Sauvage


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Tu peux passer à la page suivante, et continuer – ( RC )


Toño Camuñas QTDXCL:

Image :   Toño Camuñas


Comme carnet de voyage,
garder les étiquettes des derniers achats,
les papiers de bonbons,
le ticket d’autobus,
la pin-up qui trône
sur le flacon du shampooing,
les diablotins
trouvés dans une pochette surprise,
l’autre jour au luna-park,

un extrait de la pub du produit
qui affirme détruire tous les insectes.
La carte de la dame de trèfle
( ouvrant une nouvelle ère de prospérité)

Ne pas oublier la mèche de cheveux
de la serveuse, qui fut l’amante…
et la page de BD déchirée,
qui patientait au fond d’un tiroir.
Disposer le tout de façon ordonnée,
dans le sens de la lecture,
utiliser une colle efficace,
relier par des quelques tracés au crayon
soulignant les ombres.

Un commentaire n’est pas nécessaire.
Tu peux passer à la page suivante,
et continuer.

pour les images produites par Toño Camuñas, on pourra voir  aussi Larry Rivers, et Mel Ramos, dans le domaine  « pop-art »..


Passer par le mur de l’eau ( les migrants ) – ( RC )


photo: naufragés maliens sur les côtes italiennes. Provenance Maliactu.net

C’est sec, épineux, et ici on mange des pierres .

On survit comme on peut .

Et puis ceux qui ne peuvent pas,

Mangent leur désespoir.

Ils se décident alors, à franchir le mur.

Un mur différent des autres.

Pas de béton, ni de barbelés.

Il s’étend à l’horizontale,         liquide.

Tes frères ont embarqué

Dans des bateaux si lourdement chargés,

Qu’ils penchent de leur poids de misère .

La mer, puisque c’est elle,

Se termine dans les esprits, quelque part,

                     Bien au-delà de l’horizon ,

Par des pays que l’on dit riches .

C’est              ce que dit la télévision,

Le rêve est à portée de mer.

On ne sait ce qui est vrai,

( Ceux qui sont partis ne sont pas revenus ) ,

               Le rêve entretient l’illusion,

Nombreux sont les candidats,

Ils ont misé leur vie pour un voyage

        qui n’a rien d’une croisière :

Ils ont chèrement payé les passeurs

Comme en jouant à la roulette :

Faire confiance au destin,      aveugle

Sans savoir où il mène.

Les dés jetés sur le tapis bleu  :

Avec la question

          « Coulera, coulera pas ?  »

Cela ne dépend plus de toi

Le mur d’eau        reste à franchir :

C’est un espace sauvage,

Avec tous ses dangers

         La progression est lente ;

                        Elle n’en finit pas

On dit qu’il y eut de nombreux naufrages,

On dit,    (  car les morts ne parlent pas  ) ,

Mais les cris, avec le gémissement du vent,

Ou les vagues hostiles,

Qui se lancent avec fracas

Contre la frêle coque  .

           Si tu vois un jour les îles,

         Des pays étrangers,

Tu auras eu la chance, beaucoup de chance,

         – remercie les dieux –

         De voir de tes yeux

          Cette carte postale   ! –

Que tu pourrais envoyer,

     – Si tu survis,-

Une fois arrivé  ,

A ceux de ton pays natal.

Maintenant, il te faut plonger,

Nager,           nager  jusqu’à épuisement

Car          la traversée ne comprend

pas de canots pour les naufragés.

Après cette épreuve redoutable,

          Migrant, si ton corps

T’as permis d’arriver à bon port,

Te voilà sur le sable .

           Mendiant de la vie

Avec une dizaine de rescapés.

Ils ont eu comme toi la chance,

Que le hasard leur ait souri,

Touristes malgré eux, arrivés

Dans un club de vacances .

        D’autres se sont échoués,

Dans la nuit, dans ce havre.

        Mais ils sont immobiles,

Sur la plage lisse.

Ce sont des cadavres,

Que vient compter la police.

Au concert des nations,

      Le mur de la mer,

Est aussi une frontière ,

D’où suinte la misère,

Celle des pays en guerre.

Un mur des lamentations .

RC –  juin 2015

Au sujet des touristes  « malgré  eux »…on pourra  se reporter  au film de Costa-Gavras,  « Eden à l’Ouest »

ainsi  qu’à cet article tout récent relatant la juxtaposition des « vrais » touristes, aux migrants, sur l’île de Kos  ( Grèce )


Guillevic – Suppose



photographe  non identifié

photographe non identifié

Suppose
Que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main
Et que je te demande
De la laisser couler
Goutte à goutte
Dans ma bouche.
Suppose
Que ce soit le rocher
Qui frappe à notre porte
Et que je te demande
De le laisser entrer
Si c’est pour nous conter
Le temps d’avant le temps.
Suppose
Que le vol d’un oiseau
Nous invite au voyage
Et que je te demande
De nous blottir en lui
Pour avec lui voler
A travers la pénombre.
Suppose
Que s’ouvrent sous nos yeux
Tous les toits de la ville
Et que je te demande
De choisir la maison
Où, le toit refermé,
Tu aimeras la nuit.
Suppose
Que la mer ait envie
De nous voir de plus près
Et que je te demande
D’aller lui répéter
Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.
Suppose
Que le soleil couchant
S’en aille satisfait
Et que je te demande
D’aller lui réclamer
Ce qu’il doit nous payer
Pour sa journée de gloire.

 

Guillevic (extrait du poème « Bergeries », dans le recueil « Autres » – 1980)


Trois-quarts de lune – ( RC )


 

 

 

 

Tu vois, brillantes dans la nuit,
Se balancer les branches,

Dans la découpe de la fenêtre .
La chambre est pleine de légendes.

Ces trois-quart de lune,
Qui montent au dessus des collines,

Et son oeil blanchâtre passe
Entre les nuages qui s’effilochent .

C’est sans doute à cause d’elle,
Que le sommeil a fui,

Roulé en boule,
Au fond du lit .

Tu te rappelles,
Toutes les histoires,

Jouant de l’obscur.
L’imagination navigue.

Quitte les draps tièdes,
Pour s’enfoncer dans les bois,

Où les ombres s’allongent,
Ainsi les heures sur le cadran.

Les ramures ont des doigts crochus,
Les racines courent et se transforment,

Mille yeux que tu ne vois pas,
Observent ton désarroi .

Tu entends les oiseaux nocturnes,
Ululant de loin en loin.

Tu t’attends bientôt
Au glapissement solitaire d’un loup…

 

Sur l’étang, dérive lentement
L’enveloppe soyeuse de voiles de brume.

Un vent froid te mord les pieds,
Sortis de l’édredon.

L’angoisse amplifie les bruits,
Ceux des insectes, et les soupirs de la maison..

La pièce s’agrandit, vide soudain,
Les meubles sont des sentinelles noires.

Peut-être des bêtes cachées dessous,
N’attendent qu’un signal, pour surgir.

Et t’emporter loin d’ici,
Si tu t’éloignes, dans la barque des rêves.

Elle arrive , malgré ta volonté
De garder les yeux ouverts,

A te prendre à son bord, pour le voyage,
Pelotonné contre toi-même,

Et tu es surpris au matin,
D’accoster au quai d’un nouveau jour,

Où cauchemars et maléfices ,
Sont retournés auprès des songes,

Rétrécis au point de douter,
Même , de leur existence passée.

 

 

RC- mai 2014

 

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