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Articles tagués “voyage

Karel Logist – Force d’inertie


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image    Sara Dunn

 

J’emporte en voyage deux montres

l’une marque l’heure de mon départ

l’autre semble indiquer celle de mon retour

 

Vous le savez mieux que moi:

les belles étrangères

si accueillantes aux étrangers

sont rarement ponctuelles en amour

 

C’est pourquoi j’ignore toujours

laquelle de mes montres retarde

et pour qui mes fuseaux horaires

se déhanchent

ainsi que sur des airs de danse.

 


Franchir le seuil – ( RC )


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C’est encore loin,
( je n’envisage pas encore le voyage ),
mais tu as franchi le seuil,
tout à coup,               –  là  -,
sous tes pieds
et ton visage s’est fondu      dans les ténèbres ,
délaissant la lumière,
soudain inutile.

Ou peut-être, inversement,
l’as-tu bue,
la lumière ,           entièrement,
pour nous laisser la nuit ,
rapetissés.
Alors que s’étend devant toi
l’immensité,      et son inconnu,
toi –         devenue invisible à nos yeux.

RC – août 2017


Foroukh Farrokhzâd – il n’y a que la voix qui reste


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peinture:  Arpad  Szenes

Pourquoi m’arrêterais-je, pourquoi?
Les oiseaux sont partis en quête d’une direction bleue
L’horizon est vertical
L’horizon est vertical, le mouvement une fontaine
Et dans les limites de la vision
Les planètes tournoient lumineuses
Dans les hauteurs la terre accède à la répétition
Et des puits d’air
Se transforment en tunnels de liaison.
Le jour est une étendue,
Qui ne peut être contenue
Dans l’imagination du vers qui ronge un journal

Pourquoi m’arrêterais-je?
Le mystère traverse les vaisseaux de la vie

L’atmosphère matricielle de la lune,
Sa qualité, tuera les cellules pourries
Et dans l’espace alchimique après le lever du soleil
Seule la voix
Sera absorbée par les particules du temps
Pourquoi m’arrêterais-je?
Que peut être le marécage, sinon le lieu de pondaison des insectes de pourriture
Les pensées de la morgue sont écrites par les cadavres gonflés
L’homme faux dans la noirceur
A dissimulé sa virilité défaillante
Et les cafards…ah                 Quand les cafards parlent!
Pourquoi m’arrêterais-je?
Tout le labeur des lettres de plomb est inutile,
Tout le labeur des lettres de plomb,
Ne sauvera pas une pensée mesquine
Je suis de la lignée des arbres
Respirer l’air stagnant m’ennuie
Un oiseau mort m’a conseillé de garder en mémoire le vol
La finalité de toutes les forces est de s’unir, de s’unir,
À l’origine du soleil
Et de se déverser dans l’esprit de la lumière
Il est naturel que les moulins à vent pourrissent
Pourquoi m’arrêterais-je?
Je tiens l’épi vert du blé sous mon sein
La voix, la voix, seulement la voix
La voix du désir de l’eau de couler
La voix de l’écoulement de la lumière sur la féminité de la terre
La voix de la formation d’un embryon de sens
Et l’expression de la mémoire commune de l’amour
La voix, la voix, la voix, il n’y a que la voix qui reste
Au pays des lilliputiens,
Les repères de la mesure d’un voyage ne quittent pas l’orbite du zéro
Pourquoi m’arrêterais-je?
J’obéis aux quatre éléments
Rédiger les lois de mon cœur,
N’est pas l’affaire du gouvernement des aveugles local
Qu’ai-je à faire avec le long hurlement de sauvagerie?
De l’organe sexuel animal
Qu’ai-je à faire avec le frémissement des vers dans le vide de la viande?
C’est la lignée du sang des fleurs qui m’a engagée à vivre
La race du sang des fleurs savez-vous?

Traduction de Mohammad Torabi & Yves Ros.

 


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

10021mesange  1684_o.jpg

 

J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Henry Bauchau – le voyage


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Le voyage

Tu pars, tu vas quitter la durée de la neige
Pour un autre temps plus actif, on dit là-bas que l’Histoire s’accélère.
Pourra-t-elle produire une raison paisible, une femme née de la terre
Éclairée de pensée vivante par la voyance, la claire audience de son corps.
Tu es dans la saison de la simplicité, quand la vue baisse on ne voit que les plus simples lignes.
(…)
Tu pars, tu vas longer la pente des rivières, tu passes des villages grèges
Rien n’est beau que la vigne nue, sous le vert des phosphates,
rien n’est plus éclairé que le mur manuel.
Tu es dans le cimetière des vignerons, tu cherches entre les tombes une trace perdue
Le lac dans la brume, il est couleur de perle, au milieu du nuage on voit deux larmes, on voit
deux barques suspendues.
À l’ombre du muret, il reste un peu de neige et tu lis sur la pierre :
Ma grâce te suffit. C’est ce que j’avais oublié.


Je marche dans l’inconnu – ( RC )


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peinture:  Ellsworth Kelly

 

Là où le monde secret des inanimés perd de son mystère ,
en léchant ses plaies de lumière ,
on se tire difficilement du sommeil ,
dans le parcours des heures qu’interromp le réveil .

On a encore dans la tête , mille rêves .
Ils éclatent, comme une bulle crève ,
quand le jour s’élance
l’aube effaçant le silence
du coeur même de la nuit .
On doit reconquérir son esprit ,
ranger l’armoire à nuages ,
se préparer au voyage ,

  •    Aujourd’hui nous attend ;
    il faut plonger dedans ,
    endosser son costume ,
    poser ses pieds sur le bitume .
    Il n’est pas certain qu’il s’ajuste exactement  :
    ce matin ,         je ressens un flottement
    entre hier et aujourd’hui :
    >   pas sûr que ma vie
    me suive à la trace :

à mesure, elle s’efface
sans plus me correspondre :
les minutes et les secondes ,
les années anciennes
ne sont plus les miennes :
le temps est discontinu :
>                   je marche dans l’inconnu.


RC – juill 2017


Xavier Grall – Solo


 

 

 

Chapelle  Méné  Bré   520.jpg

 

photo perso  . Le Méné-Bré   2011

 

Seigneur me voici c’est moi
Je viens de petite Bretagne
Mon havresac est lourd de rimes
De chagrins et de larmes
J’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
Ce fut ma foi un long voyage
Trouvère
J’ai marché par les villes
Et les bourgades
François Villon
Dormait dans une auberge
A Montfaucon
Dans les Ardennes des corbeaux
Et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
Les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
Dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
De Bretagne suis
Ma maison est à Botzulan
Mes enfants mon épouse y résident
Mon chien mes deux cyprès
Y ont demeurance
M’accorderez-vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris
J’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
J’ai marché
Les grands chemins chantaient dans les chapelles
Les saints dansaient dans les prairies
Parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie J’ai marché
J’ai marché sur des terres bleues
Et pèlerines
J’ai croisé les albatros
Et les grives
Mais je ne saurais dire
Jusques aux cieux
L’exaltation des oiseaux
Tant mes mots dérivent
Et tant je suis malheureux
Seigneur me voici c’est moi
Je viens à vous malade et nu
J’ai fermé tout livre
Et tout poème
Afin que ne surgisse
De mon esprit …./

 

( début du long poème  « Solo »…  ed Calligrammes )


Constantin Cavafy – Ithaque


Image associée

Lorsque tu te mettras en route pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,plein d’aventures,
plein de connaissances.
Les Lestrygones et les Cyclopes,
le farouche Poséidon – ne les crains pas;
de telles rencontres, tu n’en feras jamais sur ton chemin,
si ta pensée reste noble, si une émotion
de haute qualité anime ton esprit et ton corps.
Les Lestrygones et les Cyclopes, l’irascible Poséidon,
tu ne les rencontreras pas,
si tu ne les portes pas dans ton âme,
si ton âme ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long.
Que nombreux soient les matins d’été
où – avec quel plaisir, quelle allégresse!
– tu entreras dans des ports que tu verras
pour la première fois;
aux marchés phéniciens,
arrête-toi, pour acquérir la bonne marchandise:
des nacres et des coraux, des ambres et des ébènes
et des parfums voluptueux de toute espèce;
autant que tu peux, des parfums voluptueux en abondance;
visite de nombreuses villes égyptiennes,
afin d’apprendre, apprendre sans cesse auprès des sages.

Garde toujours Ithaque en ta pensée.
Y parvenir est ton but final.
Mais ne précipite point ton voyage.
Mieux vaut qu’il dure plusieurs années,et que, vieillard enfin,
tu abordes dans l’île,riche de ce que tu auras gagné sur ton chemin,
sans espérer qu’Ithaque t’enrichisse.
Ithaque t’a donné le beau voyage.
Sans elle, tu ne sortirais pas sur la route.
Elle n’a plus rien à te donner.

 

C Cavafy   1910

 


Joseph Brodsky – Mon cher Télémaque


 

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peinture: André Derain   le repas d’ Ulysse

 

 

Mon cher Télémaque,
La guerre de Troie
Est terminée maintenant;
Je ne me rappelle pas qui l’a gagnée.
Les Grecs, sans doute, car ils ne laisseraient pas
Tant de morts si loin de leur patrie.
Mais encore, le chemin de mon retour s’est avéré trop long.
Alors que nous étions en train de perdre du temps,
le vieux Poséidon, semble presque étendu et l’espace s’est agrandi.

Je ne sais pas où je suis ni ce que cet endroit peut être.
Il semblerait que ce soit une île sale,
Avec des buissons, des bâtiments et de grands porcs qui grognent.
Un jardin étouffé de mauvaises herbes; quelque reine ou une autre.
De l’herbe et d’ énormes pierres …
Telémaque, mon fils!
Le visage de toutes les îles ressemble à chaque autre, pour un vagabond
Et l’esprit du voyage, le décompte des vagues;
rend les yeux douloureux à scruter les horizons de la mer,
Et la chair de l’eau enveloppe les oreilles.
Je ne me souviens pas comment la guerre s’est finie;
Même quel est ton âge,            je ne m’en souviens pas.

Grandis, alors,         mon Télémaque ,        grandis.
Seuls les dieux savent si nous nous reverrons encore.
Tu as depuis longtemps cessé d’être ce bébé
avant que je me sois arraché aux labours des boeufs.
Si ce n’était pour la trahison de Palamède
Nous deux devrions vivre sous un même toit.
Mais peut-être qu’il avait raison   :  loin de moi
Vous êtes tout à fait à l’abri de toutes les passions œdipiennes,
Et tes rêves, mon Télémaque, sont irréprochables.

 

My dear Telemachus,
The Trojan War
is over now; I don’t recall who won it.
The Greeks, no doubt, for only they would leave
so many dead so far from their own homeland.
But still, my homeward way has proved too long.
While we were wasting time there, old Poseidon,
it almost seems, stretched and extended space.

I don’t know where I am or what this place
can be. It would appear some filthy island,
with bushes, buildings, and great grunting pigs.
A garden choked with weeds; some queen or other.
Grass and huge stones … Telemachus, my son!
To a wanderer the faces of all islands
resemble one another. And the mind
trips, numbering waves; eyes, sore from sea horizons,
run; and the flesh of water stuffs the ears.
I can’t remember how the war came out;
even how old you are–I can’t remember.

Grow up, then, my Telemachus, grow strong.
Only the gods know if we’ll see each other
again. You’ve long since ceased to be that babe
before whom I reined in the plowing bullocks.
Had it not been for Palamedes’ trick
we two would still be living in one household.
But maybe he was right; away from me
you are quite safe from all Oedipal passions,
and your dreams, my Telemachus, are blameless.

la traduction de Georges Nivat diffère quelque peu…

mais le sens en reste le même…

 

Télémaque, mon fils, la guerre de Troie a pris fin.
Qui l’a gagnée, je n’en sais rien.
Les Grecs, sans doute : pour jeter à la rue tant et tant de morts,
il n’y a que les Grecs!
Elle a pris fin; mais le chemin du retour
si tu savais combien il me paraît long!
Comme si Poséidon, pendant que là-bas nous perdions le temps, avait brouillé l’espace.
Je ne sais diantre pas où j’ai échoué, ni ce qui est devant moi :
îlot crasseux, buissons, murets pierreux et cochons qui grognent;
tout à l’abandon; une femme qui règne; de l’herbe et du caillou…
Mon cher Télémaque, ce que les îles peuvent se ressembler pour qui voyage trop!
comme le cerveau s’égare à compter les vagues qui l’assaillent!
Et l’œil, où l’horizon s’est coincé, larmoie;
l’oreille est assourdie par l’aqueuse masse.
Je ne sais plus comment la guerre a fini,
et j’ai perdu le compte de tes années.
Deviens grand, mon Télémaque, deviens homme!
Les dieux seuls savent si nous nous reverrons.
Déjà tu n’es plus le petit nourrisson devant qui je dus arrêter les taureaux.
Palamède a tout fait pour nous séparer.
Mais il n’avait peut-être pas tort : sans moi
tu es affranchi du tourment œdipien,
et tes songes, mon Télémaque, sont sans péché.

 

(Traduit par Georges Nivat.)


Parfois les choses durent – ( RC )


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Parfois les choses durent
autant qu’elles le peuvent :
– C’est comme la preuve
de ce qu’elles endurent .

Il y avait quelques traits,
ceux de ton écriture,
posés dans le carnet,
avec désinvolture :

Comme ils m’étaient dédiés
ils sont restés,
au coeur même du papier :
on les dirait incrustés

unissant les paroles d’hier,
comme celles du temps qui passe
et se dépose sur la matière
avec une légère trace .

  •   C’était un échantillon
    de la brillance de l’été :
    – Souviens-toi du papillon
    qui s’était frotté

sur la page :
avant qu’il ne s’en aille
pour un autre voyage :
– Il a laissé quelques écailles

qui brillent encore :
des pensées oubliées
– Comme un trésor
au fond de l’être aimé .


RC – avr 2017

( à partir des « cahiers du déluge »  « constat #17 ) de Marlen Sauvage


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Tu peux passer à la page suivante, et continuer – ( RC )


Toño Camuñas QTDXCL:

Image :   Toño Camuñas


Comme carnet de voyage,
garder les étiquettes des derniers achats,
les papiers de bonbons,
le ticket d’autobus,
la pin-up qui trône
sur le flacon du shampooing,
les diablotins
trouvés dans une pochette surprise,
l’autre jour au luna-park,

un extrait de la pub du produit
qui affirme détruire tous les insectes.
La carte de la dame de trèfle
( ouvrant une nouvelle ère de prospérité)

Ne pas oublier la mèche de cheveux
de la serveuse, qui fut l’amante…
et la page de BD déchirée,
qui patientait au fond d’un tiroir.
Disposer le tout de façon ordonnée,
dans le sens de la lecture,
utiliser une colle efficace,
relier par des quelques tracés au crayon
soulignant les ombres.

Un commentaire n’est pas nécessaire.
Tu peux passer à la page suivante,
et continuer.

pour les images produites par Toño Camuñas, on pourra voir  aussi Larry Rivers, et Mel Ramos, dans le domaine  « pop-art »..


Passer par le mur de l’eau ( les migrants ) – ( RC )


photo: naufragés maliens sur les côtes italiennes. Provenance Maliactu.net

C’est sec, épineux, et ici on mange des pierres .

On survit comme on peut .

Et puis ceux qui ne peuvent pas,

Mangent leur désespoir.

Ils se décident alors, à franchir le mur.

Un mur différent des autres.

Pas de béton, ni de barbelés.

Il s’étend à l’horizontale,         liquide.

Tes frères ont embarqué

Dans des bateaux si lourdement chargés,

Qu’ils penchent de leur poids de misère .

La mer, puisque c’est elle,

Se termine dans les esprits, quelque part,

                     Bien au-delà de l’horizon ,

Par des pays que l’on dit riches .

C’est              ce que dit la télévision,

Le rêve est à portée de mer.

On ne sait ce qui est vrai,

( Ceux qui sont partis ne sont pas revenus ) ,

               Le rêve entretient l’illusion,

Nombreux sont les candidats,

Ils ont misé leur vie pour un voyage

        qui n’a rien d’une croisière :

Ils ont chèrement payé les passeurs

Comme en jouant à la roulette :

Faire confiance au destin,      aveugle

Sans savoir où il mène.

Les dés jetés sur le tapis bleu  :

Avec la question

          « Coulera, coulera pas ?  »

Cela ne dépend plus de toi

Le mur d’eau        reste à franchir :

C’est un espace sauvage,

Avec tous ses dangers

         La progression est lente ;

                        Elle n’en finit pas

On dit qu’il y eut de nombreux naufrages,

On dit,    (  car les morts ne parlent pas  ) ,

Mais les cris, avec le gémissement du vent,

Ou les vagues hostiles,

Qui se lancent avec fracas

Contre la frêle coque  .

           Si tu vois un jour les îles,

         Des pays étrangers,

Tu auras eu la chance, beaucoup de chance,

         – remercie les dieux –

         De voir de tes yeux

          Cette carte postale   ! –

Que tu pourrais envoyer,

     – Si tu survis,-

Une fois arrivé  ,

A ceux de ton pays natal.

Maintenant, il te faut plonger,

Nager,           nager  jusqu’à épuisement

Car          la traversée ne comprend

pas de canots pour les naufragés.

Après cette épreuve redoutable,

          Migrant, si ton corps

T’as permis d’arriver à bon port,

Te voilà sur le sable .

           Mendiant de la vie

Avec une dizaine de rescapés.

Ils ont eu comme toi la chance,

Que le hasard leur ait souri,

Touristes malgré eux, arrivés

Dans un club de vacances .

        D’autres se sont échoués,

Dans la nuit, dans ce havre.

        Mais ils sont immobiles,

Sur la plage lisse.

Ce sont des cadavres,

Que vient compter la police.

Au concert des nations,

      Le mur de la mer,

Est aussi une frontière ,

D’où suinte la misère,

Celle des pays en guerre.

Un mur des lamentations .

RC –  juin 2015

Au sujet des touristes  « malgré  eux »…on pourra  se reporter  au film de Costa-Gavras,  « Eden à l’Ouest »

ainsi  qu’à cet article tout récent relatant la juxtaposition des « vrais » touristes, aux migrants, sur l’île de Kos  ( Grèce )


Guillevic – Suppose



photographe  non identifié

photographe non identifié

Suppose
Que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main
Et que je te demande
De la laisser couler
Goutte à goutte
Dans ma bouche.
Suppose
Que ce soit le rocher
Qui frappe à notre porte
Et que je te demande
De le laisser entrer
Si c’est pour nous conter
Le temps d’avant le temps.
Suppose
Que le vol d’un oiseau
Nous invite au voyage
Et que je te demande
De nous blottir en lui
Pour avec lui voler
A travers la pénombre.
Suppose
Que s’ouvrent sous nos yeux
Tous les toits de la ville
Et que je te demande
De choisir la maison
Où, le toit refermé,
Tu aimeras la nuit.
Suppose
Que la mer ait envie
De nous voir de plus près
Et que je te demande
D’aller lui répéter
Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.
Suppose
Que le soleil couchant
S’en aille satisfait
Et que je te demande
D’aller lui réclamer
Ce qu’il doit nous payer
Pour sa journée de gloire.

 

Guillevic (extrait du poème « Bergeries », dans le recueil « Autres » – 1980)


Trois-quarts de lune – ( RC )


 

 

 

 

Tu vois, brillantes dans la nuit,
Se balancer les branches,

Dans la découpe de la fenêtre .
La chambre est pleine de légendes.

Ces trois-quart de lune,
Qui montent au dessus des collines,

Et son oeil blanchâtre passe
Entre les nuages qui s’effilochent .

C’est sans doute à cause d’elle,
Que le sommeil a fui,

Roulé en boule,
Au fond du lit .

Tu te rappelles,
Toutes les histoires,

Jouant de l’obscur.
L’imagination navigue.

Quitte les draps tièdes,
Pour s’enfoncer dans les bois,

Où les ombres s’allongent,
Ainsi les heures sur le cadran.

Les ramures ont des doigts crochus,
Les racines courent et se transforment,

Mille yeux que tu ne vois pas,
Observent ton désarroi .

Tu entends les oiseaux nocturnes,
Ululant de loin en loin.

Tu t’attends bientôt
Au glapissement solitaire d’un loup…

 

Sur l’étang, dérive lentement
L’enveloppe soyeuse de voiles de brume.

Un vent froid te mord les pieds,
Sortis de l’édredon.

L’angoisse amplifie les bruits,
Ceux des insectes, et les soupirs de la maison..

La pièce s’agrandit, vide soudain,
Les meubles sont des sentinelles noires.

Peut-être des bêtes cachées dessous,
N’attendent qu’un signal, pour surgir.

Et t’emporter loin d’ici,
Si tu t’éloignes, dans la barque des rêves.

Elle arrive , malgré ta volonté
De garder les yeux ouverts,

A te prendre à son bord, pour le voyage,
Pelotonné contre toi-même,

Et tu es surpris au matin,
D’accoster au quai d’un nouveau jour,

Où cauchemars et maléfices ,
Sont retournés auprès des songes,

Rétrécis au point de douter,
Même , de leur existence passée.

 

 

RC- mai 2014

 

ima


L’eau est morte, ce soir – ( RC )


 

L’eau est morte, ce soir,
Au bord de ses lèvres sales,

Le saule s’y abandonne,
Et égare son reflet,

Au milieu de remous jaunes,
Et d’un ciel

Qui semble ne jamais
S’extirper des marais.

Le profond n’est plus visible  .
… Il pâtit d’incertain.

Quelques poissons,
Au ventre blanc,   dérivent  .

Une barque a coulé,   d’immobile,
Comme sont désertés les souvenirs,

Envahis par la vase,
Et la moisissure.

Le voyage tant espéré,
N’aura jamais lieu.


RC -mars 2014


C’est le matin à Paris – ( RC )


 

photo:       Jerôme Dumoux:         voir son site

 

 

Le matin arrive sur la ville qui dort,
On devine juste le clocher de la cathédrale,
Qui dépasse            d’entre les nuées pâles,
Tout est indistinct               encore,

Les rues sont encore couvertes de sommeil
Avant la dissipation des brumes matinales…
Les trottoirs présentent leur côté sale
En attendant la traversée du soleil,

Il peine à trouver son chemin,
(   C’est, il est vrai,         un grand voyage ),
Pour finalement s’immiscer d’entre les nuages,
Et réduire les gris comme peau de chagrin.

En répandant l’alphabet des couleurs,
De l’or liquide,           en cascades,
Eclaboussant les façades,
S’éveillant au fil des heures.

La nuit s’est faite       oublier,
Sa main pesante s’est retirée,
On peut voir,  de nouveau,       éparpillés ,
Des éclats clairs,        sur mes souliers.

Tout ce qui est blanc m’éblouit,
La lumière multiplie ses taches,
La journée est en ordre de marche…
L’odeur des croissants frais me ravit.

C’est le matin à Paris.

 

 

RC – mars 2014


Claude Saguet – Détour


 

 

photo         provenance; chinadaily

 

Détour

 

Barbare,

je marche pieds nus

sur la braise.

Je provoque le moment,

la forme et la voix,

Et je nie jusqu’à l’abolir

ce lieu aigu qui m’égratigne

Pour écrire le voyage

infligé par le feu.


la diagonale du sud – (RC )


installation: James Turrell

 

 

L’attente,                        sous le carré du ciel

Faisait glisser des hordes d’images, de nuages

Qui peut-être iront rejoindre

Les lointains qu’attendait aussi         ton pays

 

C’est une main qui tâtonne

Les colonnes solitaires

Les arbres              et moignons de pierre

L’univers emmêlé , des pentes du Larzac

 

Puis les vallées riantes et ordonnées

Et les étoiles allongées des villes,

Et les stries des vignes étagées

Se freinant dans l’espace soluble

 

Des poteaux alignés des parcs salés ,

Alors que veillent toujours sur leur colline

Les gardiens de l’éternité,       qui capteront

– ils en ont le temps-

 

Les fureurs ,          ou chuchotements du vent

Et tu seras là,                     à traduire des embruns

La langue-distance du paysage

Le corps perdu                     de la parole-voyage.

 

RC-  2008

 

Peinture personnelle: la voile rouge Acrylique sur carton 1984

Nous cherchons en nous nos destinations – ( RC )


dessin: Hiroyuki Doi

dessin:           Hiroyuki Doi

Il y a de l’aventure ,                  –       la suite d’un voyage,
Il commence ,  …. et nous nous retrouvons dans une barque.
Elle dérive silencieuse.
C’est un lac,               une rivière,            un océan.
La mer est immense pour deux amis assis dans leur regard,
Les draps mouillés de soleil, emportent nos paroles,
Elles se dissolvent dans l’air,         et les mains se tiennent;
> Nous cherchons en nous nos destinations,
Le vent coule autour de nous,             le monde nous ignore.
Les matins peuvent se succéder,
Nous survolons les abîmes,                    aux siècles d’histoire,
L’eau nous porte, et le baiser du jour naissant nous enveloppe,
–         Il y a longtemps que nous parlons en nous taisant.
Dans un mouvement d’heures,          nous ne les comptons pas,
La barque, adossée à un mur de brume,   poursuit son chemin,
Et peut-être un chemin immobile,    cela n’a pas d’importance.
Rien ne nous indique un lieu,
Et peut-être n’y en a-t-il simplement pas,
… Les yeux seraient-ils perdus dans le vide,
Que nous nous y retrouverions,
Le juste goût du fruit de notre présence,
Et ce moment qui s’étire ,                                nu.


RC – 4 novembre 2013


Je suis parti pour un voyage ( RC )


photo perso: plaine de Montbel - Lozère  -2005

photo perso:                plaine de Montbel – Lozère    -2005

Je pars un peu, laisser derrière moi hautes collines et ravins d’ombre,

A compter la distance, je suis les flèches blanches,

Elles scandent les espaces, les forêts sombres…

Laissent place aux prairies, aux cultures, et enfin aux villes,

Le long de la route qui penche,

Virevolte, agile ,

S’élance et voltige,

Viaducs et ponts d’audace,

Défiant le vertige,

S’appuient sur monts et terrasses,

Avant de connaître la plaine,

Voisine d’une rivière serpente,

Sous le soleil, sereine…

on en oublie le souvenir des pentes.

Le miroir d’eau accompagne,

Sur les kilomètres parcourus,

La route de campagne,

La traversée des villages, bientôt disparus,

Ils changent peu à peu de style,

La pierre cédant à la brique,

L’ardoise à la tuile,

Répondant, en toute logique

Aux régions qui se succèdent,

Au fil des heures interprétées

Que la lumière encore possède,

D’entre les nuages… c’est l’été.

J’approche de chez toi,

Les maisons aux façades vives,

Le chant de ses toits,

La tour de l’église et ses ogives,

Je laisse sur la droite,

Le vieux village,

Et ses voies étroites,

Magasins et étalages…

Quelques rues encore,

La barre des bureaux

Après le drugstore,

Et puis le château d’eau…

Coupant le moteur,

J’ouvrirai enfin,

Le havre de fraîcheur,

L’abri de ton jardin,

Il y a toujours,

La porte bleue ouverte,

Sur la salle de séjour,

Le bassin aux lentilles vertes,

Et les chaises anciennes,

Laissées au vent,

–      Attendant que tu reviennes,

Je m’assois lentement

A côté des plantes

Les pieds dans les lentilles,

Et pousses verdoyantes,

Je ne vois plus mes chevilles

Mais le reflet du saule

Et puis ton visage,

Qui me frôle l’épaule,

Les seins sous le corsage,

Les mots s’enroulent dans les violettes, *

Ta peau a la couleur de blondes prunes

Prêtes à d’autres cueillettes,

Je vais te retrouver sous la lune,

Je suis parti pour un voyage – dans tes bras.

RC 19 août 2013

la belle expression « Les mots s’enroulent dans les violettes » est de Nath

 


Passage de l’ange ( RC )


peinture P Gauguin, – détail –  » D’où venons-nous, que sommes nous, où allons nous ? »

peinture  –  partie centrale         » D’où venons-nous,que sommes nous, où allons nous  ?  »   1897

 

 

Comme on dit,       sur terre,

–      Au creux d’un silence,

passe l’ange     ( un mystère),

Lui,      sans bruit,   danse..

 

On ne le voit pas,

Seuls ses cheveux ( d’ange ),

        S’agitent ici-bas,

Si ma tête penche,

 

Je sens, assis sur le vent,

Ses ailes qui me dépassent,

Et l’ange, ( ou ce revenant ),

–        Grand bien me fasse –

 

Semblait chercher son chemin,

>         Ce qui me fait marrer…

Que ces êtres de lieux lointains,

Puissent ainsi s’égarer —–

 

Si loin des dieux et déesses,

Au terme d’un long voyage,

Seul     ( panne de GPS ) ,

descendu de son nuage.

 

C’est            parce que c’était dimanche,

Et, que, poursuivant      un diable fourchu,

Au long cours d’une   météo peu étanche,

Vit aussi cette sorcière aux doigts crochus,

 

Perforant d’un coup de roulette russe,

A cheval        sur son vieux balai,

Un vieux             cumulo-nimbus

Ce      qui ne fut pas sans effets…

 

Perdant               l’appui de l’arc-en-ciel,

…           pour le pique-nique ( c’était fichu),

Notre ange en oublie de fixer ses ailes,

Et se trouve à errer parmi nous, ainsi déchu…

 

Ou, peut-être objet d’un malaise,

>            C’est une supposition,

Une possibilité,   une hypothèse…

Mais ,          qui pose question…

 

Ou alors,           c’est mon ange gardien,

<                Qui veut mieux me connaître,

Me parler, dialogue ouvert, établir des liens,

Lui, qui m’a vu naître…

 

Ou encore, ange égaré, peut-être

Cherches tu      la bonne adresse,

La bonne porte, la bonne fenêtre,

D’une âme               en détresse ?

 

>              Quelqu’un d’un peu fou,

lui demandant « D’où venons-nous ?

                              – Qui sommes-nous ?

                               –   Où allons-nous ? »

 

Mais   –   que prend-t-il donc aux humains,

De poser   des questions embarrassantes,

S’il ne leur suffit pas de lire les lignes de la main ?

Et ,               sans réponse satisfaisante…

 

Peut-être             la raison de sa présence,

Ici,              dans les odeurs de poisson frit,

Dans ce bas monde, le don de sa confiance,

Apparaît , aussi, sous un ciel chargé ,et gris…

 

Déposant sur la terre,

Un parfum subtil               qui l’entoure

D’une traînée d’étoiles,        de lumières

Et de l’ombre,         redit un peu le jour.

 

 

RC – 24 juin  2013

peinture: Paul Gauguin: lutte de Jacob avec l’ange 1888


Le bruit dans mes tempes ( RC )


peinture:      Odilon Redon.       Le coquillage

 

Le bruit et le sang

Pénètrent dans mes tempes,

Et l’âme éclatée,

Tourbillonne sur elle-même,

Prisonnière de mon Je,

Tête et corps assemblés,

En bonne logique,

Et pourtant séparés.

Ce n’est pas par la distance,

Mais la terre qui parle

A travers nous,

De l’antre et de l’arche.

L’oeil du silence

Et pourtant le bruit

Des désirs qui se heurtent

Aux mémoires sensibles.

L’océan des plaines douces

Aux tensions secrètes,

Le ventre coquille,

Qui boit mes émotions.

Et comme les silex

Qui se heurtent

Les bouquets d’étincelles,

-nous engendrons nos ciels –

Dans un voyage

Aux lointains d’écume

Où il n’est pas besoin de paroles,

Pour s’entendre en échos….

RC – 4 mars 2013


Ventre du vertige ( RC )


peinture: Richard Diebenkorn-

peinture:            Richard Diebenkorn-

 

Les rêves se croisent  et décroisent,

Comme tes mains

A la rencontre des miennes

Et tes paupières persiennes

Au regard du destin

D’où filtre la lumière

Le songe ailé qui se cabre

Sous les caresses

Qui nous emmènent loin

Au creux des fleurs ouvertes

Si loin que  l’esprit s’égare

Et perd pesanteur,

Aux veines et aux  racines ;

On ne sait plus ce qui s’échange

Et est toi ou moi

Nous sommes du voyage

Et loin de la terre

Sur les ailes  des anges,

Au centre du vertige,

Matière amante confondue…

RC  27 février 2013


Voyage en New Orleans (RC )


Photo: qmannola

 

C’est un groupe  qui chuchote,
En suivant de marche lente
Une voiture noire aux ornements d’argent
Et chacun a son voile, ou chapeau noir
Le prêtre et ses assistants
les porteurs de gerbe
Et la fanfare
A  la marche funèbre
Accompagnant
Un dernier voyage
A la Nouvelle Orleans

RC – 20 décembre 2012