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Voyage en New Orleans (RC )


Photo: qmannola

 

C’est un groupe  qui chuchote,
En suivant de marche lente
Une voiture noire aux ornements d’argent
Et chacun a son voile, ou chapeau noir
Le prêtre et ses assistants
les porteurs de gerbe
Et la fanfare
A  la marche funèbre
Accompagnant
Un dernier voyage
A la Nouvelle Orleans

RC – 20 décembre 2012

 


Bassam Hajjar – voyages et funérailles


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Il n y a personne ici,
et ici
on n’appelle pas les tombeaux même
habités par les morts ceux
que les voyageurs laissent derrière eux tombeaux

mais points de repère
pour des voyageurs qui passeront par là
après eux
et laisseront à côté

une gourde, des vivres, des couvertures, et des traces de pas.

les Processions vers eux ne s’appellent pas funérailles
mais voyages,

les tombeaux au bord de la route
-mêmes inhabités ne
appellent pas tombeaux
mais mausolées.

(Comme si se présentait l’étranger, le passant, et laissait a
côté d’eux un foulard, un châle, un mégot, ou un caillou qu’il
choisit soigneusement comme souvenir, et puis qu’il jette sur
le tas de graviers et de pierres non pour laisser une trace mais
pour l’effacer car ni le mausolée n’est un point de repère, ni le
caillou ni l’étranger.)

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte. Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table. Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes, les numéros de téléphone,

les adresses postales, la note de l’épicier, la facture
d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons
à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de
dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

de simples signes

celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

ou bien celui qui marche à côté d’eux,
distrait,

pas d’arbres hauts et plaintifs pour les entourer et les ombrager
pas de pierres debout
pas de noms
pas de murailles •
pas d’insignes
pas de sentiers.

Edifice d’un passage fugace ..
lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant
il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe

à tes yeux

avant que ne te dérobe à ses yeux
le carrefour.

Tu n’es rien
et ta parole est passagère, comme toi,
parmi des gens de passage

c’est pourquoi
je parle de moi,
moi,
qui ne passe pas souvent
dans ton horizon.

 

 

extrait final de  « tu me survivras »              ed  Actes/sud  2011

 


Cribas – Arthur et le fou


portrait d’Arthur Rimbaud

Arthur et le fou

Par Cribas–  (  voir  son blog   » le cri est un autre  silence «  )

Je n’ai jamais eu d’amis

Peu importe leurs noms

Trente-sept saisons en enfer

A boire du petit laid

Comme Verlaine.

 

L’ami ne vient jamais

Et la princesse s’étourdit

Il est un reflet maudit

Une aurore éternelle

Sous un soleil d’Ethiopie

 

Chaque matin le voyage

Le silence

Et dans son sillage

L’effronté moins qu’un singe

 

Mes phalanges maudites

Mon langage punitif

Ma raison s’illimite

A ces décors en friche

 

 

 

Cribas  07.08.2010

 

 


Un pied devant l’autre ( RC )


photo – auteur inconnu – carte postale

J’ai oublié les charlatans,
les acharnés, les magiciens, mécaniciens et les fortiches
Remisé les clefs.
Peut-être perdues,         qui sait ?

Et fait qui , d’un grand  voyage, sur un fil suspendu
Et sans assurance
En laissant sur place,  les vieux objets  et bateaux  rouillés
Autres  que ma confiance,
Si tout se déglingue  et moisit,
Je mets un pied  devant l’autre
Et c’est le vide dessous  qui me sourit,
Je n’ai plus soif

L »amour rajeunit,
Tout va venir,
Et l’aube encore,
Et demain,
Sera dans mes bras.

RC – 18 juillet 2012


Entre le vrai et l’espérance – (RC)


art: tapisserie ancienne

 

Entre le vrai  et l’espérance
Il y a un monde qui défaille
Peuplé de brumes et de failles
Dans l’écume  de l’apparence.

De la boîte de Pandore, l’écrin
déserté de toi  , dont le fond est lisse
Aux lendemains qui s’évanouissent
Le dicton, « qui trop embrasse, mal étreint »

Et voila  le jour réduit à l’ombre
La réalité qui se fait en fables
Et de mes mains, une poignée de sable
impalpable, que les pensées encombrent

Je rêvais d’être abreuvé d’espoir
Avec toi ,     comme idéale
Le trajet parmi les étoiles
Et j’ai trouvé la nuit noire

Lors de mon grand voyage
En marche vers l’oubli
Ainsi dérobée à moi, évanouie
..  convertie peut-être en mirage ?

Entre chose rêvée et pourtant vraie
De ce qu’on vit, et que le coeur remue
Est-ce donc l’illusion , seule, que j’ai perçue?
Gardant pourtant la mémoire de tes traits…

 

 

RC     31 mai 2012

 

 

 

 


Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot


Jean-Yves Fick – I.34


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I.34

 

d’aller dans les blancs

les routes se perdent
les fleuves s’ensablent
les rives s’effacent

d’aller dans les terres

d’une main on pose
une seule pierre
on garde son grain

c’est peut-être voix

au creux du toucher
une empreinte vive
et la stèle nue

où prendre repère

pour le seul voyage.

publié dansIcaria


Mythe mélanésien – l’arbre et la pirogue


BD:  couverture  "l'Oreille cassée"

 

Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la Pirogue,

c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre,

c’est à dire de l’enracinement, de l’identité,

et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre ;

jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue.

Mythe mélanésien de l’île du Vanuatu

provenance: la Petite Librairie  des Champs


Walk on the wild side ( RC)


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Marchant sur la suite des pavés,   en jour de glace

Sous le dôme clair, balayé par le vent

Le sac de légumes à la main,         regard devant

Pour ne pas glisser,      – pieds bien en place –

Aux échos des marchands,      parlant de l’hiver

Celui,                        de la semaine commerciale

Hauts-parleurs,  accrochés aux façades glaciales

La voix de Lou Reed,   le long des murs de pierre

Walk on the wild side…  c’est un conseil avisé

Le côté sauvage,        est toujours  ailleurs

Pourtant difficile à dessiner  comme meilleur

L’appel des filles  en couleurs,      bien tamisé

Comme les lumières  –              du dehors de l’ailleurs

Sugar- Candy sur ses grandes jambes ,   la séductrice

M’appelle  de mon ptit nom,                  voix tentatrice

C’est le décor ouaté                   dla boîte du ferrailleur

Se voyant Miss James Dean, pour une journée

Soudain en quête de nourriture  spirituelle

Porte des boîtes de Coca  ( avec une ficelle )

Pour en donner à chacun, … c’est donc  sa tournée…

Candy ,- sucre glace –  débarqua  un jour de son île

Quitta soudainement          les rêves  de Brooklyn

N’essayant plus d’se prendre            pour Marylin

En image un peu passée,              des murs de ville

La banlieue crade ,           les trains en retard

Affiches lacérées         sur les murs de briques

Lambeaux d’une histoire    un peu pathétique

La place  du marché,      déserte et sans pétards…

L’hiver a eu raison , des lumières de Noël

La fête s’est éteinte dans le blizzard

A  aller s’abriter         dans les halls  de gare

Et cacher sous un carton les étincelles

Les  sans-abri                               au visage livide

Ont dans la tête Sugar-Candy,      en bas résille

Et les hauts-parleurs de la place,   qui grésillent

“Walk on the wild side”,         ( mister  Lou Reed )

Comme dit Lou:  » le ptit Joe ne fait pas  d’cadeaux »

Dans la grande salle                  – aux dalles sales

Pas de bal ici, pour la vie,                         glaciale

Remisant en poussière,          les  rêves  d’ados.

Juste  quelques  seringues            qui traînent

A  oublier,               le temps  d’un voyage

Le côté sauvage,      cet autre paysage

Où la musique  de ce temps          t’emmène.

 

——–

RC –  4 février 2012

——–

Ce texte  mêle des impressions personnelles,  avec la traduction de la chanson de Lou Reed, à ma façon…


Luis Cernuda – Revenir ?


 

 

 

 

 

 

 

 

Revenir ?

Que revienne celui qui

Après de longues années, après un long voyage,

est fatigué de la route et désire revoir

Son pays, sa maison, ses amis

 

Mais, toi,  Revenir ? Tu ne penses pas revenir

Mais poursuivre en toute liberté.

 

Luis  Cernuda, poète espagnol  –  son historique, écalire  bien entendu le contenu de son oeuvre

La proclamation de la deuxième République Espagnole le fait revenir dans son pays où il va militer  activement (congrès antifasciste de Valence). « La réalité et le désir », titre d’un de  ses recueils définit sa trajectoire poétique et humaine.


La victoire de Samothrace (RC)


 

 

Samothrace envahit l’espace.

Les ailes immenses  déployées,  fougueuse

outrepassant la pierre, moulant l’empreinte des siècles.

Pas d’oiseau, pas de bec

Elle est absolu,  ailes sont majestueuses,

elle  n’a que faire de sa tête

Cela ne dépare pas sa silhouette

Elle est transe., élégance..

Immense.

Elle plane  sur mon passé.

Sur celui des vivants, des trépassés.

Envolée, presque  échappée des mains

D’un sculpteur anonyme —–  hier, c’était demain

D’un espoir sublimant le voyage.

Il n’y a pas d’otage, ni de mise en cage.

Pas de captivité,

Juste le chant de la liberté.

la victoire de Samothrace, musée du Louvre, Paris