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Articles tagués “yeux

Jean Orizet – A tes yeux


photo Jean-Pierre Rey

À tes yeux de surprise matinale

je veux m’étonner le premier

À tes lèvres de verveine

je veux boire encore ce rire ailé de gazelle

A tes cheveux de poivre blond

je veux renouveler ma soif

À ton ventre de jeune pêche

je veux attendre l’été mûrissant

Oreille contre cœur

Merveille pour merveille.


texte extrait de l’anthologie des poèmes d’amour ed B Doucey


Cesare Pavèse – Rencontre


peinture Alan Lakin

Ces dures collines qui ont façonné mon corps
et qui ébranlent en lui autant de souvenirs,
m’ont fait entrevoir le prodige de cette femme
qui ne sait que je la vis sans réussir à la comprendre.

Un soir, je l’ai rencontrée : tache plus claire
sous les étoiles incertaines, dans la brume d’été.
Le parfum des collines flottait tout autour
plus profond que l’ombre et soudain une voix résonna
qu’on eût dit surgie de ces collines, voix plus nette
et plus âpre à la fois, une voix de saisons oubliées.

Quelquefois je la vois, elle vit devant mes yeux,
définie, immuable, tel un souvenir.
Jamais je n’ai pu la saisir : sa réalité
chaque fois m’échappe et m’emporte au loin.

Je ne sais si elle est belle. Elle est jeune entre les femmes :
lorsque je pense à elle, un lointain souvenir
d’une enfance vécue parmi ces collines, me surprend
tellement elle est jeune.

Elle ressemble au matin. Ses yeux me suggèrent
tous les ciels lointains de ces matins anciens.
Et son regard enferme un tenace dessein : la plus nette lumière
que sur ces collines l’aube ait jamais connue.

Je l’ai créée du fond de toutes les choses
qui me sont le plus chères sans réussir à la comprendre.

In Travailler fatigue, © Poésie/Gallimard, p.51


Sois partout où je ne suis pas – ( RC )


Recouvrance ( Brest ) Sculpture- relief- photo Susanne Derève

Sois partout,
où je ne suis pas :
j’aime l’embrasement
des anges dans le bleu,
quand la nuit s’éteint
et que le jour pointe…

Comme si, derrière tes yeux,
je devinais ces matins,
où la pluie tombe, continue.
Ce sont des fléchettes
qui se plantent dans le sol,
et hachent ce qu’il reste de blanc.

La neige se dissout
en pâte molle.
L’épaisseur blanche se rétrécit,
telle une peau de chagrin
et on voit à travers les herbes
qui réapparaissent, têtues .

Derrière tes yeux,
les saisons s’apprivoisent.

  • J’ai beau essayer,
    je ne verrai jamais
    ce que tu vois, ni le jour,
    ni la nuit qui se morcelle…

Un magicien ne pourrait
échanger nos regards,
et dans l’aube aucune empreinte
de morsure ne demeure:
l’air ne garde pas trace
de ce que tu as vu.


La jeune afghane au regard effarouché – RC


photo Steve McCurry

Qu’est devenue la jeune afghane
au regard effarouché ?
A-t-elle bu le lait nouveau,
la saveur de l’avenir
qu’on lui avait promis…
l’a-t-elle seulement approché ?

Nous l’avons retrouvée
sous un voile au mauve fané .
Elle n’a plus que ses yeux verts,
après quelques décennies,
certes, un peu vieillie,
devant une corbeille de faux fruits .

cf photo de Steve McCurry


Emily Dickinson – Poème 739


//

montage RC – à partir de document publicitaire

C’est une Joie d’avoir mérité la Souffrance –
Et de mériter qu’elle s’Arrête –
Une Joie d’avoir péri à chaque pas –
Pour Embrasser le Paradis –

Pardon – de contempler ton visage –
Avec ces Yeux passés de mode –
Il se pourrait – que pour cela – ils surpassent des neufs –
Achetés pourtant au Paradis –

Car ils t’ont contemplé avant –
Et tu les as contemplés –
Prouvez-Moi – Mes Témoins Noisette
Que les traits sont bien les mêmes –

Si fugace, quand tu étais là –
Si infini – une fois parti –
Apparition Orientale –
Renvoyée à la Juridiction matinale –

La Haute taille je m’en souviens –
Egale à celle des Collines –
La Profondeur fut gravée dans mon Âme –
Comme les Inondations – marquent le Blanc des Roues –

Tu vas me Hanter – jusqu’à ce que le Temps lâche
Sa dernière Décade,
Et cette Hantise en fait – va durer
Au moins – l’Eternité –


Nelly Sachs – Tant de graines aux racines de lumière


the Prophet Elijah Пророк Илия
Icône
Ascension enflammée d’Élie avec une vie (XVIIe siècle) (collection privée)

Tant de graines aux racines de lumière
qui arrachent aux tombes leur secret
et le confient au vent
pour parsemer d’énigmes en langues de feu les chevelures
des prophètes,
et apparaissent dans le bûcher blanc du mourir
avec tous les aveuglements de la vérité
quand le corps près de là repose
avec l’ultime souffle dans les airs
et ce bruit de chaînes dans le retour
et l’enfermement de fer dans la solitude
et tous ces yeux perdus dans le noir —

-extrait de Enigmes ardentes ( recueil re-publié chez Verdier sous le titre « Partage-toi, nuit )


Ahmed Kalouas – Toi


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TOI,
vers l’embarcadère
silencieuse rayonnante, tu vas.

Tu ne pars que trois jours
et ce sont mes yeux qui s’en vont.
Soudain j’habite les nuées, le néant.


Le vol pour Beyrouth
est à dix heures quarante
et c’est déjà la mort
qui monte vers le ciel.


Le regard des planches – ( RC )


C’est cet arbre qui penche
et se courbe de vieillesse:
la pluie n’est plus une caresse
pour le poids de ses branches.

Le vent le déshabille
puis le couche sur le flanc
au milieu des brindilles :
il a fait son temps…

D’une coupe franche,
on a débité son tronc
pour du bois de construction,
et des tas de planches.

As-tu vu ce que je vois ?
une empreinte indélébile:
un regard immobile
incrusté dans le bois

– et ce sont ces noeuds
au milieu des échardes
qui me regardent
comme des yeux .

L’arbre défunt ,
des jeunes pousses, se souvient ,
du sol couvert de mousse,
et des feuilles rousses ….

Encadrant mon bois de lit
il m’arrive de penser à lui
quand son regard me suit :
C’est comme cela qu’il survit.


Kamel Abdou – le linceul de la résignation


peinture Thierry Tillier

Ils t’ont habillé du linceul
De la Résignation Et tu t’es souvenu du Barbu
Et tu as hurlé « que la joie demeure
que la joie demeure »
qui m’empêchera de chanter tes yeux
et qui me fera oublier la chaleur
de tes mains rugueuses qui s’étreignent ?
Où est-il celui qui signait d’un Soleil ?

Mère j’ai égrené les pustules de la Révolte
J’ai craché dans les gueules
Béantes des cellules
J’ai lu Hikmet à m’en soûler
Et j’ai pleuré à Diar Yassine
Dérisoire révolution
Pourras-tu tourner le dos à l’espoir
Et t’en aller résolument
Chercher les hommes et leur expliquer
Leur diras-tu «je cherche la beauté »
Aux Hommes aux mains calleuses
Leur diras-tu
Les mots sont tous magiques
Leur parleras-tu
Des yeux de la Bien-aimée
Mais que diras-tu quand les mots se dénudent
Versets et Décrets obstruant les portes
Eclate mon poème au curur du mensonge.

oui le Départ était un arrachement de ferrailles
déchirées le rebeb escalade la mémoire millénaire
Anéantissement dans la retraite du Cheikh… Le chacal
chasse le lion…

Une odeur de bout de pain brûlé
j’ai vingt ans et je suis épuisé
Oui tu ne sauras jamais la terreur des yeux écarquillés
Qui ne verront jamais ; tu ne sauras jamais la douleur
Du verbe se donnant tour à tour au pré épanoui au noir
De tes yeux aux rêves du sourire à la saveur sauvage
Des fruits libres aux flétrissures du vers

Une odeur de bout de pain trahi
J’ai vingt-cinq ans et je suis épuisé

Oui la malédiction du sein a un souffle d’incantation
Et tu ne connaîtras jamais le silence de la mort te cernant
Tu ne pourras même pas t’accrocher à la douceur
D’une chanson à la joie d’un retour. Tu ne t’es jamais
Arrêté dans la foule d’Alger pour pleurer
Une odeur de bout de pain renié J’ai cinquante ans et j’ai peur

L’angoisse
Dis mère
Dis-moi que nous avons le droit d’aimer
Le droit de rencontrer d’autres yeux
Sans avilir le Regard
Il faut croire mère
Que toi et moi pourrons un jour

« crucifier le refus
et répudier la Nuit »
mais Re Dis-moi ce conte du
mot qui fait fondre la pierre

extrait du recueil de la poésie Algérienne ed « points »

voir aussi sur la poésie maghrébine


Ivo Fleischmann – Vers


m

Les secrets. Nous en sommes entourés.
Un seul visage, ou deux ?
J’écoute ton souffle et quand tu ouvres les yeux
et que tu me demandes pourquoi je veille
jamais je ne dirai le nom de la rue le nom de la ville
le chiffre de l’année
Jamais je ne dirai que des nuages là-haut filent vers l’horizon
Je te soulève de la rivière où tu dors
et je t’y replonge pour descendre avec toi au fil de l’eau
la nuit, comme un torrent
qui ne remontera jamais vers sa source.


(Quelques feuilles et la rivière )

— extrait du recueil « poésie », la nouvelle poésie tchèque


Avec l’ombre de Jupiter – ( RC )


montage perso

Je photographie toujours ton ombre,
et la nuit surgissant de tes yeux .

Les planètes se confrontent à l’avenir
quand les chandelles s’éteignent
dans un souffle, sous le regard sombre
des statues des dieux.

Ceux qui sont descendus de l’Olympe
ont délaissé leur empire,
les métamorphoses d’un univers
qui leur échappe.

L’ombre est celle de Jupiter,
qui rit encore sous cape .

Elle a grandi dans mon souvenir,
davantage qu’une sage imagerie
des héros de la mythologie
que la mémoire invoque .

Diane a les yeux fermés.
Son tombeau restera ouvert .
Il suffir que je l’évoque,
pour me retrouver dans d’autres lieux,
entouré de colonnes romaines .

C’est un site où règne le mystère,
où de ta bouche jaillit une fontaine,
l’argent des oliviers centenaires.

La nuit surgira de tes yeux .


les yeux démesurément ouverts sur la nuit – ( RC )


peinture: Léon Bonnat – le lac de Gérardmer-  1893
C’est cette nuit, quelque part, 
le don du sang en héritage,
qu’au-dessus du lac 
 
aux profondeurs noires,
         je vois cliqueter 
la mécanique  des étoiles.
 
C’est un grand  appel silencieux,
aussi étrange  qu’un rire  de chauve-souris,
qui m’effraie autant qu’il m’attire.
 
Il n’a de calme    que l’apparence,
           car tout peut  avoir lieu
au sein du liquide  obscur.
 
          L’air, dans sa moiteur, 
          a cet aspect fatigué 
des choses qui se fanent,
 
repoussant en ses extrémités,
autour de la clairière proche,
une jungle aux arbres en fer  forgés…
 
Malgré son lent  clapotement,
il me vient à l’esprit que l’eau,
de même, est figée,
 
comme une plaque  de métal,
   que je pourrais m’y risquer
   sans pour  autant m’enfoncer,
 
aussi loin que je puisse
pour accéder à l’îlot sombre,
en son centre.
 
            Je sais que des barques 
            y abordent certains jours,
et on y débarque des cargaisons funèbres.
 
Cet  îlot ,       je le sais gardé
          par des statues sévères 
à la base couverte  de mousses…
 
Cette nuit, 
je combattrai 
la violence muette  des enchantements.
 
Je mourrai,      peut-être,
englué dans les vases fourbes, 
ou paradoxalement  aspiré
 
par le ciel monotone, mais le coeur net,
semant l’épouvante  dans les planètes, 
les yeux démesurément ouverts sur la nuit.

Angèle Paoli – une part d’ombre


Starry Night, 1893 by Edvard Munch

peinture: Edvard Munch   » Starry night »

.Viendra un jour où la beauté du ciel
se dérobera à ton visage
la part d’ombre qui gît en toi
envahira l’espace clos de ton regard

quels sourires papillons de nuit dernières lucioles
volèteront sous tes paupières closes yeux éteints
retenir le temps entre tes doigts ne se peut
il va
pareil à l’eau du torrent qui roule vers sa fin

bolge de remous
où se mêlent les eaux


Dominique Grandmont – le spectacle n’aura pas lieu ( extrait 01 )


 

 

 

Josef Sudek -.jpg

photo Josef Südek

De sorte évidemment qu’ils seraient là sans l’être sous la peau déchirée des murs où des lambeaux d’annonces dessineraient pour eux une carte inconnue peut-être
un quartier comme un autre ces cafés agrandis par la résonance construits tout en longueur pour qu’on ne puisse pas compter les silhouettes ni trouver l’entrée

Un tel silence pourtant le samedi après-midi les guêpes s’énervaient tu le lui disais un peu plus quand on entendait l’hymne national qu’on se serait cru dans un studio après quoi dans des cours envahies d’herbes folles qui atteignent la poitrine ou bien quand tu t’arrêtes en plein milieu d’une phrase la lumière est si fausse que toute la ville est vide

C’est seulement quand ils tournaient la tête qu’on s’apercevait qu’ils n’avaient
qu’un seul profil et pas de visage ou restée dans les yeux mais verts tu l’oubliais toujours comme à travers une vitre l’ombre sans vêtement une route sur la colline

 


du chapitre « L’autre côté du vide »

 

« Le spectacle n’aura pas lieu »  a été publié  chez  messidor  1986, dispo aussi en version numérique.

 


Bernat Manciet – Sonet XI


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Des voiles vont dans ton visage
vers le large sans âme et même
sans néant —se perdre
seulement et me perdre

bientôt tu ne seras plus
et que serai-je?
ta main se pose sur mes yeux
tu ne veux plus les voir

tu ne veux pas que je sache
où tu m’égares     elle ne fait que passer
comme toi et depuis longtemps

tu étais et n’étais pas menteuse
        fleur menteuse
ma mort parmi tes doigts.


Zbigniew Herbert – la pierre blanche


Eye idol Period: Middle Uruk Date: ca. 3700–3500 B.C.                                                                    Period:                                      Middle...
idole aux yeux – mésopotamie         3500 av JC

Il suffit de fermer les yeux –

mon pas s’éloigne de moi
comme une cloche sourde l’air va l’absorber
et ma voix ma propre voix qui crie de loin
gèle en une pelote de vapeur
mes mains retombent
encerclant la bouche qui crie

le toucher animal aveugle
se retirera au fond
de cavernes sombres et humides
subsistera l’odeur du corps
la cire qui se consume

alors grandit en moi
non la peur ou l’amour
mais une pierre blanche

c’est donc ainsi que s’accomplit
le destin qui nous dessine au miroir d’un bas-relief
je vois le visage concave la poitrine saillante et les coques sourdes des genoux
les pieds dressés une gerbe de doigts secs

plus profonde que la terre le sang
plus touffue que l’arbre
la pierre blanche
plénitude indifférente

mais les yeux crient à nouveau
la pierre recule
c’est à nouveau un grain de sable
noyé sous le cœur

nous absorbons des images nous remplissons le vide
notre voix se mesure avec l’espace
oreilles mains bouche tremblent sous les cascades
dans la coquille des narines vogue
un navire transportant les arômes des Indes
et des arcs-en-ciel fleurissent du ciel aux yeux

attends pierre blanche
il suffit de fermer les yeux


James Joyce – musique de chambre – IV


photo  Chris  Wage

 

IV
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue

S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère ;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré –
Avec le sombre bleu persistent

Quelques lumières améthystes

 

 

NB  ce texte de James Joyce extrait de  « musique  de chambre »  a été publié aux  éditions « le Bousquet- la Barthe »


Des rivières si profondes – ( RC ) – haïku


Image associée

Les rivières si profondes,
tes yeux transparents,
la lune s’y reflète .


Maria Luisa VEZZALI- yeux (occhi)


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LE BA DANG, « Yeux », 2006 

 

 

                  Yeux

 

qui ont papillonné

en moi comme des ailes sous-marines

 

qui ont vu le rouge pour la première fois

sans mot pour pouvoir le décrire

 

qui sont passés de la cécité à la vue

 non l’inverse comme c’est inévitable

 

qui m’ont distinguée parmi les ombres

comme une fenêtre

 

qui cristallisent la lumière

dans le sérieux du jeu

 

qui savent se faire pierre, de tourbillon

de miroir

 

fermés dans le sommeil comme une friandise

à sucer

 

ouverts au jour

comme une main

 

qui chaque jour semblent s’enrichir d’années

pour ensuite redevenir rosée

 

et bien que j’essaie  –  et dieu sait

que j’essaie  –  je ne peux imaginer

 

pourtant j’ai imaginé juste assez

pour les évoquer à l’argile humide

 

du monde

 

 

 

               Occhi

 

che hanno sbattuto

come ali sottomarine dentro di me

 

che hanno visto il rosso per la prima volta

senza parole per poterlo descrivere

 

che hanno avanzato dalla cecità alla visone

non viceversa come inevitabile

 

che tra le ombre mi hanno distinta

come una finestra

 

che cristallizzano la luce

nella serietà del gioco

 

che sanno farsi pietra, di vortice

di specchio

 

chiusi nel sonno come un dolce

da succhiare

 

aperti al giorno

come una mano

 

che ogni giorno paiono crescere anni

per poi tornare rugiada

 

che per quanto provi  –  e dio sa

come provo  –  non posso immaginare

 

pure ho immaginato quanto bastava

per evocarli all’ argilla umida

 

del mondo

 

 

 

Maria Luisa VEZZALI

Matrices du soleil ébranlées
Extrait de la mini-série Explosions
Poèmes extraits de ligne mère
Traduits par Claire Pellissier


C’est juste le hasard, qui m’a placé là – ( RC )


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Je n’ai qu’à ouvrir les yeux,
après la nuit,

pour me lancer dans l’aventure,
– car j’ai tout oublié d’avant – ,
                        et chaque matin
est un nouvel apprentissage,
          une nouvelle enfance.

C’est avec elle, que je dois progresser,
apprendre à marcher .

J’essaie de reconnaître les choses,
qui se penchent sur moi,
                          je leur donne des noms,
qui semblent venir d’une autre langue,
          et ne sais qu’en faire.

C’est juste le hasard,
qui m’a placé là .


RC  –  janv  2018


Les yeux des tournesols – ( RC )


tournesols en scène  mod.jpg

montage perso à partir de mise en scène  de théâtre ou d’opéra

 

Je ne sais plus ce qu’il faut penser des plantes .
Elles semblent être dans l’attente,
pourtant elles grandissent trop vite,
                sans qu’on les y invite.
       Vois-tu ce champ de céréales
sous le soleil vertical ?
Il semble secouer des têtes heureuses,
mais peut-être sont-elles vénéneuses…

C’est sans doute par leur couleur,
que se distille le malheur,
qui se glisse en traître,
à travers la palette.
        Van Gogh ne nous en dira rien,
au partage des chemins ,
sous un ciel de tempête ,
qui résonna dans sa tête….

Quand je traverse un champ de tournesols,
d’autres oiseaux prennent leur envol :
on en voit plein à la ronde ,
et les fleurs m’observent       de leur pupille ronde.
           Toute une foule sur plus d’un hectare,
tourne vers moi son regard :
elle se concerte et m’espionne
chaque oeil dans sa corolle jaune .

Ils ont un langage que je ne peux comprendre :
j’imagine déjà leurs murmures se répandre
entre leurs têtes lourdes
comme une musique sourde :
         Je vois bien qu’ils se sont détournés de l’horizon,
du soleil et des nuages de coton
pour se pencher de façon perfide
vers moi, ( me croyant stupide ) .

         Ils ont dressé un mur végétal,
une sorte d’espace carcéral ,
leurs feuilles rugueuses, des volutes,
s’étalant de minute en minute
          resserrant leur étreinte
en formant un labyrinthe
d’où il sera difficile de m’extraire
tant j’ai perdu mes repères…

        Je ne vois plus que la poussière et le sol,
– j’aurais dû emporter une boussole,
puisqu’à l’aube d’un désastre
il ne faut plus compter sur les astres
et que l’horizon est bouché – .
      Trop de plantes que je ne peux arracher,
trop de racines qui dépassent
et envahissent l’espace.

           La foule de ces yeux qui rient
provient de la tapisserie :
et de ce cauchemar , en noir
se détache l’ombre du placard .
         Mes rêves se sont enfuis
        au plus profond de la nuit :
les tournesols devenus sages en dessins
( répétés à intervalles réguliers sur le papier peint ) .


RC – juin 2018

 

 


André Henry – ce n’était pas assez


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Ils vous ont enlevé vos couteaux, vos lacets,
Vos maisons, vos jardins.

Ce n’était pas assez.

Ils vous ont poursuivis, ils vous ont pourchassés,
Sur vos mains, sur vos pieds,
leurs yeux se sont posés
Pour guetter le non-sens.

Ce n’était pas assez.

Ils ont fermé sur vous
les portes successives.

Ce n’était pas assez.

Vous preniez trop d’espace,
Ils entendaient vos voix, ils entendaient vos pas.
Ils ont poussé sur vous l’ombre
Et les murs
Qu’ils vous avaient laissés.

Ce n’était pas assez.

Ils auraient bien voulu murer vos cris, vos yeux.
Ils auraient bien voulu que vous disparaissiez. 


Michel Hubert – captif d’un homme


 

 

Gandy_Comparative_Architechture_1837_186_detail.jpg

image  : Gandy

 

10  –

Quand on sait ce qu’est la perversité

pour qui je désespère

d’une larme trop facile

sans que le corps étouffe

et se détruise dans l’horreur de mes mains

  • quand on est soi-même pervers sorcier qu’une jeunesse afflige –

quand on sait à quel rôle ultime de frontaliers seront voués ses yeux à la seconde même de glisser dans la mort on applique à chaud la lumière des givres

Je pleure ?

moi le sourcier de mon visage pour tuer l’hypnose de la lampe dans ce long souterrain

( j’ai deux petites épingles de bronze une dans chaque main pas plus grosses que le plus petit des chagrins )

je me suis approché sans trembler de mes yeux

toute affiche d’un fleuve si belle

si chromatique soit-elle finira dans la nuit de l’égout

 


Gabriela Mistral – complainte


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art: Isabelle Levenez

Tout a pris dans ma bouche
une saveur persistante de larmes;
le repas quotidien, le chant
et jusqu’à la prière.

Je n’ai pas d’autre métier
après celui-ci silencieux de t’aimer,
que cet office de larmes,
que tu m’ as laissé.

Mes yeux serrés
sur de brûlantes larmes!
bouche convulsive et tourmentée
où tout me devient prière !

J’ai une de ces hontes
de vivre de cette façon lâche!
Je ne vais pas à ta recherche
et je ne parviens pas non plus à t’oublier!

Un remords me saigne
de regarder un ciel
que ne voient pas tes yeux,
de toucher des roses
nourries de la chaux de tes os!

Chair de misère,
branche honteuse, morte de fatigue,
qui ne descend pas dormir à ton côté,
et qui se presse, tremblante,
conte le téton impur de la Vie!


Rues d’anciens habitants – ( RC )


On se demandera quelle carte consulter,
ou plutôt, à quelle époque,
et si on peut retourner dans la géographie intime
des rues de la ville .
Il y a d’anciennes inscriptions,
qui cohabitent avec les plaques émaillées
et qui disent d’anciens lieux,
des noms qui n’évoquent pas ceux d’hommes célèbres,
mais l’activité pratiquée, ou ce qui marquait
visuellement l’endroit .

La ville est un continent , dont une part est englouutie
dans les épaisseurs de l’histoire .
On peut revoir des cartes anciennes ,
l’écriture penchée, et appliquée pour les noms,
toucher les vieux papiers ,
ignorant l’aspect plastifié d’aujourd’hui
mais rien ne vaut autant,
que pénétrer plus avant dans son ventre,
là où il serait impossible de se repérer ,
dans le sous-sol , où l’ombre règne.

Ce sont des gouffres qui ont englouti les rues,
dirait-on,
un double du quadrillage aérien,
qui court, à la manière d’une autre ville,
cachée dessous, à l’instar d’un arbre,
où les racines se développent dans l’ombre,
comme les branches, dans l’air.
Ou bien la partie cachée de l’iceberg ,
dévoilant , pour qui en a entrepris l’exploration,
la face inconnue des choses.

Une partie ignorée, et qui peut le demeurer :
tout un dédale de souterrains se développe,
juste sous nos pieds .
Il y a des artères principales ,
des croisements , bifurcations ,
impasses, et cavités,
qu’on prendrait presque pour des boutiques,
( comme celles situées au-dessus de la surface ),
des chapelles, le tout rempli jusqu’à ras-bord,
des ossements d’anciens habitants.

L’imagination aidant, les catacombes
sont le continent du sous-sol .
Il revit peut-être avec ses spectres:
les squelettes se réveillent, et se promènent :
Ils n’ont pas besoin de leurs yeux défunts,
de toute façon inutiles dans l’obscurité totale .
Mais pour ceux qui n’y voient pas ,
on a privilégié le sens du toucher,
et c’est peut-être pour cela , que le nom des rues
reste indiqué, à chaque carrefour,

Avec ces lettres profondément creusées dans la pierre .


RC – dec 2017

 

Image associée


Muhamed Kërveshi


art 068.jpg

peinture: M Vlaminck

 

couvée

avec nos yeux

beaucoup de chagrin

beaucoup de feuilles

notre jour ratatiné

enterrer le vent

l’aigle d’amour

à l’avant-garde du Kosovo

le carré du paradis

Drin et l’automne

sous les mêmes ponts

passer embrasser

l’ombre du continent

et la planète stellaire

dans les yeux de nos oiseaux.

 


Susanne Derève – l’alphabet du regard


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peinture: Giovanni Segantini

 

Il me semble voir ta main

Attirer doucement l’objet dans la lumière 

Le tenir à portée

Dans le reflet tamisé de la lampe   

                                                                                                                

Faire pivoter l’objet lentement

Afin que la lumière l’épouse

Et le révèle

 

Dans l’alphabet du regard                                   

Prendre une à une les images                                                           

Et les toucher comme on ferait

Du front des yeux et de la bouche

D’un visage aimé

 

Et puis les reposer dans le cadre                                                              

A leur place

Et reculer de quelques pas

Pour juger de l’effet produit

Sur celui qui n’a pas les clés

 

Et qui découvre médusé

Comme on tire un rideau de théâtre

Le don que tu lui fais

De la beauté .