Georgii Adamowich – Tous les crimes seront pardonnés


Pour le mot dont vous vous êtes souvenu une fois Et puis avez oublié pour toujours, Pour tout cela dans le crépuscule brûlant Vous avez cherché et vous n’avez jamais trouvé, Pour le désespoir de vos rêves, Et pour la maladie grandissant dans votre poitrine, Pour cette mort à croissance lente Sans aucun espoir de passer à autre chose, Pour le « sauvetage », vêtu en blanc, … Continuer de lire Georgii Adamowich – Tous les crimes seront pardonnés

le marbre blanc, d’où s’est retiré mon sang – ( RC )


Photo:  Mimmo Judice     C’est un incident malencontreux qui fendit ma joie de tout mon poids : en quelque sorte ,   un désaveu.           Je suis tombé de ma hauteur mon socle a vacillé, par malheur:              L’avenir est bien étroit : il suffit d’être maladroit,          et me voila par terre … Continuer de lire le marbre blanc, d’où s’est retiré mon sang – ( RC )

Robert Burns – Joies parties


    peinture : Fr Hundertwasser Tu me rappelles des joies parties , Parties pour ne jamais revenir. Souvent j’ai erré près du beau Doon, Pour voir la rose et le chèvrefeuille s’entrelacer ; Et chaque oiseau chantait son amour, Et moi aussi je chantais tendrement le mien : Le cœur léger, je cueillis une rose Si jolie sur son arbre épineux ; Et mon … Continuer de lire Robert Burns – Joies parties

Zbigniew Herbert – le sel de la terre


  peinture  F Kupka     Une femme passe son foulard tacheté comme un champ elle serre contre sa poitrine un petit sac en papier cela se passe en plein midi au plus bel endroit de la ville c’est ici qu’on montre aux excursions le parc et son cygne les villas dans les jardins la perspective et la rose Une femme avance avec la bosse … Continuer de lire Zbigniew Herbert – le sel de la terre

La parenthèse de la parole – ( RC )


La parenthèse de la parole, après une nuit de sommeil, et la bouche grande ouverte, dans un baillement ; avec elle j’attrape le vent, ( pas tout, mais une partie quand-même), et c’est comme si en silence, les mots venaient d’eux-même s’offrir des histoires, concentrés de souvenirs, l’orage caché au fond des draps, et des petits sourires comme des lucioles, une guirlande de rêves, clignote … Continuer de lire La parenthèse de la parole – ( RC )

Federico Garcia Lorca – songe – mai 1919


Mon cœur repose auprès de la fraîche fontaine. (Remplis-la de tes fils Araignée de l’oubli.) L’eau de la fontaine lui disait sa chanson. (Remplis-la de tes fils Araignée de l’oubli.) Mon cœur réveillé redisait ses amours. (Araignée du silence, Tisse-lui ton mystère.) L’eau de la fontaine, sombre, l’écoutait. (Araignée du silence, Tisse-lui ton mystère.) Mon cœur tombe en roulant dans la fraîche fontaine. (Mains blanches, … Continuer de lire Federico Garcia Lorca – songe – mai 1919

le jour peine de plus en plus à trouver son chemin- ( RC )


Marcel Duchamp – Fresh widow   1920   C’est le soir,            ou bien autre chose qui obscurcit la pièce … – peut-être des oiseaux porteurs d’épines , qui veulent me percer les yeux. Pour l’instant, ils ne peuvent pas rentrer car la fenêtre est fermée, mais peut-être bientôt ils arriveront à passer. Je ne peux pas sortir de peur de les … Continuer de lire le jour peine de plus en plus à trouver son chemin- ( RC )

Julio Ramon Ribeyro – à l’écart de la réalité


Pauvre petit animal péruvien ! Dans sa pampa la vie n’est pas facile non plus: il porte de lourds fardeaux, il grimpe des pentes escarpées, le muletier lui donne des coups de pied. Mais il n’y est pas un étranger. Je suis si plongé en moi-même et si à l’écart de la réalité que si je le rendais en ce moment dans la rue pour … Continuer de lire Julio Ramon Ribeyro – à l’écart de la réalité

Patrick Cintas – tic-tac somnambule


  Dans leurs molles longueurs Encerclées de minutes Les cadrans de nos cœurs Sont des montres hirsutes Les aiguilles en escrime Se défendent pas mal Et piquent de leurs rimes Identiques notre mal Mal d’amour malhonnête Maltraité mal pensé Malaxé sans arrêt Dans des moules à galettes   Le tic-tac somnambule La chanson trop chantée Le tempo sans recul Sur l’impuissant passé Fixent toutes nos … Continuer de lire Patrick Cintas – tic-tac somnambule

Enric Sòria – Pour tout dont nous avons connaissance


À Heike van Lawick Les heures denses à présent s’évanouissent en cercles invisibles, comme l’eau dans l’eau. Pour toi la nuit est une caresse immobile: elle possède une joie qui cherche la limite, qui y aspire. Te savoir dans le silence et dans la voix me rend l’atmosphère plus légère à respirer. Je ne sais pas si je suis digne de l’amour que tu m’offres, … Continuer de lire Enric Sòria – Pour tout dont nous avons connaissance

Sculpteur de poème – ( RC )


  sculpture    Jaume Plensa      Yorkshire park – Tu t’imagines sculpteur en travaillant le volume d’un poème…. Tu as à ta disposition, comme celui du métier, une matière malléable qui serait comme la terre glaise avec laquelle tu modèles tes idées. Elles peuvent prendre toute forme et le dire , en être rugueux ou volontairement lisse, selon le choix des verbes. Tu travailles … Continuer de lire Sculpteur de poème – ( RC )

Jacques Borel – la plaie


  Pourquoi es-tu mort, père, Après m’avoir craché, Inutile noyau, Dans cette longue plaie Qui ne se ferme plus ? J’ai grandi, arbre d’os, Dans une combe humide, Arrachant une à une A leurs lèvres de soif Mes ingrates racines, Mais quel hoquet là-bas, Quel caillot, quel appel, Quel cri toujours ouvert ! De ce versant d’adieu, Je l’entends, agonie Jalouse sous la terre. Continuer de lire Jacques Borel – la plaie

Herberto Helder – Maudit soit celui qui a jeté la pomme dans l’autre monde


  peinture: Marc Chagall:  N’importe ou hors du monde   S’il y avait des escaliers sur la terre et des anneaux dans le ciel Je gravirais les escaliers et aux anneaux, je me pendrais Dans le ciel je pourrais tisser un nuage noir et qu’il neige, qu’il pleuve et qu’il y ait de la lumière sur les montagnes et qu’à la porte de mon amour … Continuer de lire Herberto Helder – Maudit soit celui qui a jeté la pomme dans l’autre monde

linteau de parole gravée – ( RC )


photo perso:       pierre sculptée,             Compeyre, Aveyron – J’envie la parole gravée, qui résiste au temps, et désigne à l’oeil attentif, sur des linteaux, l’univers des passés, résistant aux changements . C’est dire que le présent est éphémère, contrairement à la pierre, dont il a fallu vaincre la résistance, pour dire au plus simple, ce qui s’appuie sur la … Continuer de lire linteau de parole gravée – ( RC )

Miguel Veyrat – tu reviendras


montage perso  2011 – Tu reviendras novice et illuminée, réclamer le miroir congelé dans mes pupilles. Même ma langue ignorera où se trouve ma conscience, formulant à nouveau les questions: Au-delà de la limite, par dessus les voix. Tu viendras. Et tu parleras ma langue. Et je jouerai avec elle. À l’angle droit de mon dernier regard —impossible raison, voûte obscure des espaces à l’ombre, … Continuer de lire Miguel Veyrat – tu reviendras

Armand Robin – vieille communiste


XII Une femme pas vieille, Mais vieille communiste, Étendit les bras, cria : —    Arrachez-moi du corps les haillons du dogme! Revêtez-moi d’un manteau tout simple ! Elle s’est réveillée, couverte de plaies Et comme stigmatisée : Le sang que dans les geôles versent Ceux qu’assassinent les messieurs des bureaux Perlait sur ses tempes. XIII Ils sont accourus, ils ont braillé : —    Le communiste … Continuer de lire Armand Robin – vieille communiste

l’exil est un voyage au coeur de l’hiver – ( RC )


Il y a quelque part, des coutures mouillées, qui suturent les failles qui nous viennent de l’extérieur. Celui-ci m’apparaît haché, griffé de traits qui brouillent au regard une partie de la vision . Des arbres dressés défilent rapidement opposés à la lumière , se frayant un passage avec difficulté ,         en flashes rapides, à la façon d’éclairs stroboscopiques . Si c’était une … Continuer de lire l’exil est un voyage au coeur de l’hiver – ( RC )

Philippe Delaveau – Instants d’éternité faillible


  Ignorant que tes hautes étoiles avaient tremblé leur dû. Pas un autre sanglot. Pas une brise pour effleurer les branches, susciter la présence des prés et des collines. Avec courage tes lampes dans la tempête auront lutté comme là-bas hublots et feux du vaisseau qui oscille, se couche et sombre fort de sa morgue et de ses cheminées. Maintenant si je me tourne vers … Continuer de lire Philippe Delaveau – Instants d’éternité faillible

Abdelkader Zibouche – deux-cent silences


  peinture: Z Music     Deux cent silences rejoignent le silence Deux cent regards à jamais pétrifiés Des millions de mutismes froids de ne vouloir sauver le juste de l’injuste le vivant de l’innommable absolvent les bourreaux C’est la mémoire indifférente abdiquant la puissance du verbe devant mille girons maternels spoliés de leur douceur . ***   Sache qu’ici les morts sont moins morts … Continuer de lire Abdelkader Zibouche – deux-cent silences

Tourner les vents en sa faveur – ( RC )


  Tu voyages au pays des croyances, et, tu constates, qu’à chaque imprévu de l’existence, on a trouvé une parade, une carte maîtresse, une antidote… Dans leur distribution , réparties au petit bonheur, il y a le catalogue complet des corps célestes et des oracles funestes, qu’on peut trouver, dispersés aux quatre vents, comme des graines de pissenlit . Même inégalement répartis, il est tout … Continuer de lire Tourner les vents en sa faveur – ( RC )

Jean-Claude Pirotte – la dame et le dentiste (extrait )


    en revanche il est vrai que les poèmes philosophiques ont bonne mine et que le poète couronné par une calvitie précoce est nourri de soupe à l’oignon de fromage de tête et de cervelle d’agneau (mystique) c’est un auteur qui ne répond jamais au téléphone et qui dort d’un œil de chat jusqu’à midi or le poète va chez le dentiste il montre … Continuer de lire Jean-Claude Pirotte – la dame et le dentiste (extrait )

Luis Aranha – L’aéroplane 25


Je voudrais être un as de l’aviation pour voler Au-dessus de la ville de ma naissance ! Bien plus haut que les lamentos de bronze Des cathédrales cataleptiques ; Tout près de l’azur, montant presque au ciel Loin des maisons qui diminuent Loin, bien loin de ce sol d’asphalte… Je voudrais planer au-dessus de la ville !… Le moteur chanterait Dans l’amphithéâtre lambrissé de bleu … Continuer de lire Luis Aranha – L’aéroplane 25

Ton souvenir pour tout bagage – ( RC )


– La barque va doucement s’échouer sur la plage, J’aurai ton souvenir charmant pour tout bagage : J’ai apporté ma carapace comme une vieille tortue encore étonné par mon audace, débarqué sur une île inconnue mon corps et mon âme encore indissociables sont au programme … et quelques grains de sable j’aurai tout le temps devant moi pour t’écrire, le cas échéant des lettres qui … Continuer de lire Ton souvenir pour tout bagage – ( RC )

Béatrice Douvre – Gravitation


croix de chemin en Gévaudan  ( Besseyre )   Sous le grand âge du printemps L’eau sourd en gouttes de regret Des bouquets sonores exultent Poudroyant Mais la demeure saigne Et sa fissure Nous avions construit ici notre logis Sur un escarpement de pierres heureuses La campagne est mouillée de sevrage La voix nuptiale empruntée aux pierres Heure boisée qu’excède l’amour Tu innocentes ta trouvaille … Continuer de lire Béatrice Douvre – Gravitation

Guillevic – le menuisier


    J’ai vu le menuisier Tirer parti du bois. J’ai vu le menuisier Comparer plusieurs planches. J’ai vu le menuisier Caresser la plus belle. J’ai vu le menuisier Approcher le rabot. J’ai vu le menuisier Donner la juste forme. Tu chantais, menuisier, En assemblant l’armoire. Je garde ton image Avec l’odeur du bois. Moi, j’assemble des mots Et c’est un peu pareil.   Guillevic … Continuer de lire Guillevic – le menuisier