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Nouveau

La porte du sommeil ( RC )


photo : opéra de Wagner:            l’anneau des Nibellungen


La porte du sommeil


Lorsque la lourde porte s’entrouvre
Et que se glissent les rêves
Les brumes des légendes,
Les nymphes flottantes,
Aux bruits                      de la forêt,
Laissée,            nocturne à la mousse
Et aux sommeils sauvages,
Juste effrités,               par les images
Furtives des biches, venues s’abreuver
Aux sources de la nuit.

Il y a dans nos mémoires,
Toutes les histoires,
De chevaliers errants,
Les étangs fumants,
Les poussières fuyant en rayons de soleil,
Lorsque, justement, on sombre dans le sommeil.
Les fées sont d’exquises danseuses  *
Les plantes, aux tentacules vénéneuses,
Se liguent ,               hantant, en errance,
Nos souvenirs d’enfance.

Dans nos rêves, se glisse la tempête,
Si on soulève la tête,
C’est tout un monde fantastique,
Qui bascule toute logique
Le désert des tartares
Les griffes du cauchemar,
Les épées qui tranchent
Les arbres qui se penchent
La brume filtrant des puits
Les nains qui s’enfuient…

Un cercle de feu ,              où s’inscrit
—             La chevauchée des Walkyries,
L’écho renvoit,             et répète
Les sonneries des trompettes…
—  Dans la tête aussi , les peintures d’Odilon Redon
Et s’envolent aussi                    le char d’Apollon,
Et d’autres                              animaux sauvages,
Quittant la terre pour un voyage,
Tutoyant l’irréel
Dès que leur poussent des ailes.

RC  –  4 décembre 2012

illustration: l’or du Rhin

* «  les fées sont d’exquises danseuses » est le nom d’une pièce pour piano de Claude Debussy,   ( préludes)             voir lien DailyMotion

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

A l’intérieur du marbre ( RC )


photo perso: Musée Rodin, Paris 2009

 

 

 

 

A  l’intérieur du marbre

Elle occupe tout l’espace
Ne laisse que peu de distance
Entre deux passages  d’oiseaux.

Un blanc liquide
Qui prélève le regard
Et ne le rend pas.

Elle ôte aussi le relief
Et les ombres …
Il n’y a plus d’épaisseur

Palpable
Que celle  que parcourent
Les doigts hagards

Livrés à eux-même
– et sans limite
A l’intérieur  du marbre.

RC    –  11 novembre 2012

photo perso:        Rodin,      Musée Rodin            Paris 2009

Naturellement  la sculpture  de Rodin, permet  de belles  choses, mais  chacun  a son « interprétation » de l’artiste…   voir par exemple  le dossier  Rodin de Vincent Gauthier

Emily Dickinson – moment critique


peinture:    Euan Uglow

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-C’était le moment critique.

Tout au long jusqu’alors

Avait eu lieu un temps atone, un temps muet…

Alors la seconde hésita, stoppa, frappa son dernier coup.

Une autre avait commencé

Et simultanément une âme

Etait partie sans qu’on la vît.

E D

Claude Chambard & Juliette Thomas – Il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue


Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison
(mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).

« cabane’,  de Juliette Thomas

Mais s’il fallait que je le fasse,
Si je renonce, la cabane ne sera pas. Si je renonce, je n’aurais nulle part où aller.
Si je renonce, où me coucher le soir, où fermer les yeux pour ne plus voir le monde ou l’absence de monde.

Brindilles, branches, feuillages, paille… petit à petit une cabane gagne un destin… amor fati

. Une petite pièce, une dynamique paisible, détachée du monde, une dynamique polyphonique, très ancienne & très moderne.

Rien de complexe, rien de déconcertant, très peu d’éléments, une main, deux mains.

Répétition du thème, bourdon continu, lumière neuve & accents sombres. Une montée, échelon par échelon

Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison (mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).
Mais s’il fallait que je le fasse, je voudrais, comme certains Romains, la bâtir jusque dans la mer il me plairait de partager quelques secrets avec ce beau monstre.

il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue
une descente, échelon par échelon, rien de conceptuel, une singulière émotion oui.

Une laisse de mer, un murmure de lecture, une plainte au bord de l’eau.

La cabane & la mer, comme deux pages, face à face, lettre à lettre. Un soupir vers la pliure
Entre les gouttes & le sable, entre le vent & la paille, un  cillement de la mémoire.

Petite rognure de phrase, cerise qui tombe, oursin  ouvert & dégusté sur le rivage, immense océan ou petite larme,
qu’importe : une collection de très petits mouvements.

Les pieds dans l’eau, le crayon dans la bouche, le  papier sur les genoux.
Il dit que le seul secret est qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue.

On peut retrouver  l’association Claude Chambard, Juliette  Thomas  dans la revue en ligne   » à la dérive »

revue littéraire  » à la dérive »

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

Colette Fournier – Je te regarde


Pierre Bonnard, 1867-1947, Coin de salle à manger au Cannet, c. 1932, Musée nat.jpg

peinture:    P Bonnard        Coin de salle à manger au Cannet,  1932  ( détail)  Musée d’Orsay

 

 

Je te  regarde, penchée à la fenêtre de ton cœur.

Ma main posée sur ton épaule, sans attente ni peur.

Ma maison à tous les vents de la déraison, demeure,

Une île haut perchée sur le toit des mondes.

Je te regarde, et collée aux battements de ta vie,

Je ne questionne rien, de rien ne te supplie.

Chacun de tes regards est le début d’un monde ;

A peine faut-il y croire, que déjà, il succombe…

Je te regarde, oublieuse de mon propre reflet,

J’écoute ton histoire qui, lentement, défait

La chronique des temps perdus à ne rien comprendre.

La vie, éternel Big-bang, de sang et de feu, se refait.

Je te regarde, et jouant à pleines notes dans le vent,

Une musique forte, inconnue et  plein chant,

Couvre de ses arpèges tes silences intimes,

Je te regarde et je t’écoute, passante de ton âme,

La solitude, au fond, n’est que le reflet des oublis…

 

 

Des soleils se sont effacés – ( RC )


 

 

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Tu navigues en terre lointaine.
Des soleils se sont effacés.
Ils ont sombré derrière des rideaux de fumée.

C’est ce que rapportent les oiseaux
qui ne connaissent pas de frontières.
On ne leur a pas encore coupé les ailes.

RC – juin 2016

 

en hommage   au poète irakien Salah    Al Hamdani  et plus particulièrement  son ouvrage « Rebatir les jours »

Il n’y a plus dans l’onde …. – ( RC )


 

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Tu es partie , mon amour

Portée par le courant

Dérivant lentement ,

Jusqu’à l’extinction du jour.

Je ne voyais plus dans l’onde

L’empreinte de ton corps,

Mais juste les nuages, brodés d’or ,

En reflets, glissant sur l’eau profonde.

Serais-tu une nouvelle Ophélie … ?

De la vase monteraient des bulles,

Jusque vers le crépuscule ,

Aux rivages lointains de l’oubli…

RC –  oct  2015

 

You’re gone, my love

Carried by the current

Slowly drifting,

Until the extinction of the day.

I could not see in the wave

Any mark of your body,

But just the clouds, embroidered with gold,

In reflections, gliding on the deep water.

Would you be a new Ophelia?

From the mud would rise bubbles,

Amount towards dusk,

The distant shores of oblivion …

Anna Akhmatova – tu peux entendre le tonnerre


Tu peux entendre le tonnerre

et te souvenir de moi,

Et penser:

elle voulait des tempêtes.

le rebord

Du ciel sera

de la couleur d’un pourpre dur

Et ton cœur,

comme il était ensuite,

pourrait être en feu.

 

Anna Akhmatova thunder

 

 

 

 

 

You will hear thunder

and remember me,

And think:

she wanted storms.

The rim

Of the sky will be

the colour of hard crimson

And your heart,

as it was then,

will be on fire.

Anna Akhmatova

Leon Felipe – Le Clown des gifles


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Le substantif de l’espagnol c’est la folie et la déroute… et Don Quichotte est fou et vaincu…,  dépouillé de sa terre…
Et avec des rêves monstrueux…
-Mais… Don Quichotte… il est fou et vaincu ?
Ce n’est pas un héros ?
Ce n’est pas un prophète prométhéen ?
Ce n’est pas un rédempteur ?
-Silence ! Qui a dit que c’est un rédempteur ?
Il est fou et vaincu et pour le moment il n’est rien de plus qu’un clown… Un clown…
C’est vrai que tous les rédempteurs du monde ont été fous et défaits.
… Et clowns avant de devenir des dieux. Le Christ aussi fut un clown. Ceux qui, toujours, l’ont giflé… les grands impresarii ecclésiastiques qui ont vécu de la divine résistance de Jésus aux gifles veulent maintenant le faire Roi… Roi pour de vrai, avec sceptre d’or, qu’on peut toucher pour de vrai… Ils l’avaient assez exploité comme clown, comme Roi de pantomime, avec son sceptre en manche de balai et sa couronne d’épines… Ils veulent maintenant l’exploiter comme tyran et dictateur opérationnel…
Un jour le Pape bénira la bombe atomique et il la mettra dans la main de l’enfant Jésus à la place de la sphère et de la Croix… avec cette légende dessous : « Gare ! …gare à celui qui bouge !… Vive le Christ Roi ».
Et un autre jour, Franco fera la même chose avec Don Quichotte. Si les phalangistes espagnols voient que c’est une affaire et un excellent artifice pour se masquer, ils lèveront à nouveau leur bras et, du geste noir criminel, ils salueront le chevalier : « Vive Don Quichotte empereur ».
Mais Don Quichotte n’est qu’un clown. Le grand clown ibérique des gifles. La pirouette grotesque et funambulesque aussi est espagnole. Don Quichotte est le clown par antonomase.
Je vais dire comment il est né. Quand Cervantès avait 57 ans… le monde se mourait de langueur. Pleins de leur vanité, les anciens héros ne faisaient que raconter les vieux exploits classiques qu’on  connaissait tous par cœur et qui n’amusaient plus personne. Il a fallu les jeter de la scène comme on fait pour les mauvais comiques et inventer un spectacle nouveau. C’est comme ça que naît la farce. Quand le héros se fait clown et l’exploit pantomime. Quand apparaît Don Quichotte et que l’Espagne entre dans l’Histoire. Ils sont arrivés tous les deux avec le tour célèbre de la « justice », que vous connaissez tous. Et le monde fut en fête. Il y eut des rires pour tous.
Le premier qui rit de Don Quichotte, c’est Cervantès. Combien de fois, dans les premiers chapitres, les éclats de rire incoercibles l’obligent à arrêter d’écrire. Ha ! ha ! ha !
Et le premier qui rit de l’Espagne, c’est Dieu. Notre Dieu, ce Dieu ibérique que je vois encore en train de nous créer et, au seul son du mot « justice », arrêter ses doigts tremblants de rire dans l’argile tendre qui se met à prendre la forme d’une pirouette comique. Ha ! ha ! ha !

Après, tu t’es mis à rire… et j’ai ri,
ceux du Nord se sont mis à rire…
et ceux du Sud se sont mis à rire…,
les américains se sont mis à rire
et les vieux méditerranéens…
Tous se sont mis à rire… Tous.
Les peuples et les siècles,
les pierres et les astres,
les poux et les dieux.

J’entends encore le rire des hommes d’il y a 400 ans, quand les premières pierres tombèrent sur les épaules du clown de la Manche, dans l’aventure des galériens…et le rire des hommes d’il y a seulement dix ans… à Barcelone quand les tonnes de tolite sont tombées sur les petits-fils sans défense de ce pauvre clown… l’homme le plus vaillant et le plus légitime qui ait pu naître sur cette planète pourrie et abominable…
Sur ce grand inventeur de la justice.

Vanité – ( RC )


peinture: Pieter Claez - Vanité

peinture:         Pieter Claesz – Vanité

 

il est dit
que le son
ne franchira pas
tes lèvres.

Si c’est d’un miel
le temps qu’il s’écoule,
une pâte lourde,
où des miettes noires s’agitent.

Fourmis actives,
aussi nombreuses
que les secondes
courant dans une heure.

Alors, – parlons des jours,
voire, des années,
Les pensées en sont les étoiles,
tapissant la voûte céleste

d’un crâne …

 

RC –  juill 2015

Citation

Jean Cocteau – Fête de Montmartre


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Image retravaillée –  RC

 

Ne vous balancez pas si fort,
Le ciel est à tout le monde ;

Marin d’eau douce, la nuit profonde
Se moque de vos ancres d’or,
Et boit, debout, en silence,
Comme du papier buvard,
Votre dos bleu qui encense
Puissamment le boulevard.

Jean COCTEAU

Luis Aranha – Chine


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J’étais un disciple de Confucius.
Je brûlais pour lui des bâtons de cire parfumée
J’aidai à la construction de la grande muraille
Et vis flamber le brasier dans lequel l’empereur Huang-Ti fit brûler les livres sacrés

Il persécuta les poètes et les lettrés… Poète
Je fus contraint de fuir
Et me fis pêcheur avec corbeaux marins sur le fleuve de Canton
Puis je devins droguiste dans une rue étroite et sale
Tapis lanternes et écriteaux
Tablettes peintes en rouge et noir…
Je vendais de l’opium sans craindre la police…
Sur leurs couches
Des momies avec des pipes en bambou jouaient de la flûte
La tresse de cheveux s’enroulant sur leur corps
La fumée empestait l’atmosphère…
Heureux sans craindre la police !
Stupeur !
Le canal de la monotonie éclate !
Les Boxers me tombent dessus…
Visages dilatés par la haine
Pas d’innovations !
Ils ont dans les mains des dictionnaires de rimes et des mètres de bambou de douze syllabes Vers creux et sonores
La chinoiserie de l’immuabilité

Les nœuds du bambou marquent la césure…
Je dus fuir avec mes poèmes pour ne pas subir la torture du ling-chi
Et ouvrir une droguerie avec l’autorisation de la police…

La mer au-dessus des nuages – ( RC )


photographie : Dalibor Stach. Sans titre

Les temps ont bien changé,
la mer est au plus haut,
juste en-dessus des nuages.
La lumière peine
à se forcer un passage
dans un ressac aérien.

Je me suis allongé sur l’herbe:
un velours noir.

Il se déroule en un grand tapis,
jusque vers les montagnes.

J’ai assisté au grand vol des sirènes,
groupées comme pour une parade,
et leur chant appuyé sur le soir,
juste avant que les vagues
n’engloutissent le jour,
et moi avec…


RC juill 2016

Bernat Manciet – Sonets – XIV


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XIV

Toi qui m’es songe plus même que songe
lorsque te tresses en lierre dans mon sommeil
l’éclairant de grappes noires
songeur de mille songes souples

m’acheminant aux sentiers sûrs du somme
plus ils se démêlent et plus je m’y élance
plus ils s’assombrissent et plus je m’enflamme
jusqu’à l’étreinte en resplendissant rien

d’écarts de fuites tu me réconfortes
tu m’es le vent qui se meurt aux jardins
un Etranger qui fonde ma maison

car plus solide que pierre de taille
plus sûr qu’en juin le grand soleil
le mal de toi qui dort dans ma poitrine.

 

 

Bernat Manciet  est un auteur occitan, natif des Landes,  ce texte  est  extrait d’un recueil appelé « Sonets »…

d’autres infos  sur ce poète, sur poezibao

Roger Cibien – Où êtes-vous, bergers


 

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J’aimais, j’aimais beaucoup rencontrer sur ma route
Les vénérables pâtres, lents à se confier,
Parlant à petits mots, avec des gestes de sorciers,
Dans l’immense silence, ils me disaient… Ecoute !

Et alors subjugué, effrayé par mes doutes
J’écoutais, le vent, la terre, les sentiers
Parler, jaser, siffler.
Le grand monde alors m’épiait

Mais le pâtre était là, expliquant ma déroute.
Mais les bergers sont morts …
C’est un fil électrique
Qui garde le troupeau.

Finies les images d’Attique,
Rompu le trait d’union de Dieu et des Bergers.
Les secrets de la terre, les mystères du ciel
S’arrêtent à un fil invisible et cruel !

Où êtes-vous Pasteurs ? Où êtes-vous Bergers ?

 

Roger CIBIEN  (  extrait d’une  anthologie  de la poésie  lozérienne )

Jacques Ancet – N’importe où


 

Chorus / Work / United Visual Artists:

Installation : United Visual Artists

 

 

N’importe où une salle d’attente
par exemple les chaises rangées
le froissement des pages l’ennui
sur les visages ou n’importe quand
la porte s’ouvre grince se referme
celui qui entre dit messieurs-dames
bonjour les yeux se lèvent se baissent
on pense que c’est peut-être là
tout près on ne sait pas ce que c’est

*

Là aussi devant le soir qui tombe
collines bleues brume etc
les mots peu à peu deviennent sombres
on croit deviner que c’est à cause
de ce qui s’en va du noir qui vient
pourtant c’est autre chose la lampe
fait de l’ombre les murs se resserrent
on écoute le bruit de la voix
elle s’approche on la reconnaît

 

N’importe où                           – 1998

Un encrier versé sur le vide – ( RC )


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Il y a un ciel d’orage en été,
Mais toi-seule peut le voir,
et cet encrier versé
sur le vide et la vie
dont tu pétris
la vaste esquisse…

Des nuages aux contours noirs,
Des bêtes étranges, les dents acérées,
Se bousculent et se développent
Dans l’esprit de brume
où tu navigues seule ,
bien au-delà
– on ne peut plus te suivre –

D’ailleurs le dessin au fusain,
retourne à la poussière,
et toi, à ton destin.
Il n’y a sur la page,
que les traces de tes doigts ,
mêlées aux premières gouttes
d’un ciel qui bascule .

RC – avr 2016

Michel Leiris – La néréide de la mer rouge


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Le soleil qui se lève chaque matin à l’est
et plonge tous les soirs à l’ouest
sous le drap bien tiré de l’horizon
poursuit son destin circulaire
cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets
d’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre
par l’ombre d’une main qui singe la puissance

D’occident en orient un voyageur marchait serrant
de très près l’équateur et remontant en sens inverse la trajectoire solaire

Ses regards agrippés aux forêts peignaient
leurs sombres chevelures et ses mains balancées
selon le mouvement de ses pieds caressaient
les lueurs à rebrousse-poils comme s’il avait entrepris
de forcer le cours de son destin d’heure en heure
et de jour en jour en le prenant à contre-sens

De lieu en lieu la nuit oisive le suivait

Au bruit de ses pensées il la faisait danser
ainsi que font les montreurs d’ours et quand la bête lasse
se couchait hissée sur la boule du monde
c’était l’aurore qui se montra nudité fine étincelante et blanche

 

 

-Michel LEIRIS «           La néréide de la mer rouge (Gallimard)

 

Philippe Delaveau – La lune au pont Alexandre III


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Même un soir, à Paris, dans la flaque laissée par la tempête, et en levant les yeux vers les étoiles maladroites à cause des vapeurs de la ville, j’ai réappris la forme de la lune.

Dans l’ampleur noire, lavée, elle semble lumineuse et floue, l’empreinte d’un sabot.

Alors je me suis souvenu d’une rivière, de l’ombre des buissons, et l’autre lune, là-bas des vignes et des vergers, pure et nette par l’anse et la médaille, brûlait intensément dans le pays fidèle à son absence, qui est aussi neige aux fleurs nues des arbres grêles, promis aux fruits, comme au cœur qui suscite à l’esprit, par blessures et merveilles, la floraison de mots propices.

Paris pendant quelques instants, cette nuit-là, se souvenait de l’odeur blanche et douce du printemps.

Derrière les vaguelettes – ( RC )


 

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Si c’est te connaître un peu,
( ce qui remue sous les traits du visage,
ce qui s’arrondit en rythmes,
ce qui fomente les colères …)
>         ainsi naîtraient les cyclones,
aux mouvements de l’âme;

j’aurai tenté une reconnaissance,
–          en supposer les reliefs,
–          effleurer les pointes,
et les abîmes de silence,
où jamais tu ne te confierais,
comme si les mots se perdaient

avalés dès qu’ils éclosent,
–   ou plutôt déviés  -,
interprétés hors de leur contexte,
( on supposerait qu’un reflet
viendrait s’intercaler et
perturber leur sens )

Comme si j’étais au-dessus
de la surface mouvante des eaux,
et que plonger la main,
ne pourrait qu’en perturber la sérénité,
en être le mouvement perturbateur,
et ne jamais saisir

Où se situe vraiment           l’être
caché derrière le miroir déformant
de l’eau .
Trompeuse
derrière ses vaguelettes,
et le va-et-vient des algues .


RC – mars 2016

Mokhtar El Amraoui – Miroirs


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photo: Robert ParkeHarrison

 
A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui

Leopold Sedar Senghor – To a dark girl


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Photo:            Denise Bellon

 

 

Tu as laissé glisser sur moi
L’amitié d’un rayon de lune.
Et tu m’as souri doucement,
Plage au matin éclose en galets blancs.
Elle règne sur mon souvenir, ta peau olive

Où Soleil et Terre se fiancent.
Et ta démarche mélodie
Et tes finesses de bijou sénégalais,
Et ton altière majesté de pyramide,
Princesse !
Dont les yeux chantent la nostalgie
Des splendeurs du Mali sous ses tables ensevelies.

Des desseins laissés inachevés – ( RC )


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Tiré de AAARG

Il y a des desseins que j’ai laissés inachevés ;        

ils me saisissent par le bras,
m’habillent de signes du zodiaque , qui se repèrent sur mes épaules, coude et genoux,
et se mettent à clignoter.
Des nuages qui se forment en un manège duveteux,
sont des licornes, des lions et des serpents. 

Tout le monde a l’air de bien s’entendre ;
ils me convient avec eux , pour partager les restes du buffet,
habiller les piétas de goudron et de plumes,
sortir les balais des sorcières des profondeurs de l’histoire

comme ceux cachés derrière les portes grises des placards des vestiaires ,
remplacer les hommes politiques par des héros bien connus de bandes dessinées:
je désigne aussi Bibi Fricotin, Felix Le Chat , Mandrake comme gagnants des épreuves olympiques
et les télés repeintes en noir mat.

Cela ne trompe pas:             c’est un clin d’oeil du destin    :
–         je vais me présenter à ma propre succession  !       ,
juste avant de me diluer dans un sommeil en deux dimensions
dont je n’apprécie même pas la superficie.
J’ai dû sortir, par inadvertance , de la case prévue à mon intention…

RC – mai 2016

Salah Al Hamdani – Centré


 

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À genoux
Oui
à genoux dans la cruauté calme du jour
et cette absurdité sans limite
Marche, marche pauvre type
jusqu’à l’extrémité de l’ombre
et rejoins tes rêves
ensevelis sous la lenteur ridicule de leurs nuits

Laisse tes souvenirs à la traîne
l’éblouissement d’un quai désert
et au-delà
emprunte la courbe de ton exil

La gloire du couchant est là
sans écho
esseulée sur le lit de l’étranger
comme un appel de la falaise  .

 

 

( extrait du recueil  –   « Rebâtir les jours «   : ed Br Doucey )

Lucie Taïeb – Nous ne reviendrons plus ici


 

 

 

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

nous ne reviendrons plus ici nous n’avons plus les clefs c’est aussi bien ce lieu n’était plus adapté à la fatigue croissante. rien ne me manquera sinon ce que je voyais au matin depuis mon lit par la fenêtre mansardée un fragment d’arbre conifère. les lieux nous oublient et nous hantent sans nostalgie ils sont heureux et nous errons de halte en halte à demander « où sont nos morts » à des gens qui ne les ont jamais connus. Si je savais qui de mon cœur ou de ma tête me joue ce tour de garder souvenir de ce que mon regard ne pourra plus saisir d’un coup sec et sans remords, je l’arracherais comme un organe inutile, qui trouble vainement le repos de mon âme, et autres effets indésirables.

Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015

Yannis Ritsos – Inévitable


 

 

3823559720.jpgphoto: Lydia Roberts

Ils sont partis, l’un après l’autre.
Nous avons attendu.
Ils ne sont pas revenus.
Comment peut-on s’habituer à tant d’éloignement ?
Ni montagnes, ni arbres, ni maisons,
ni gens du tout, et les noms oubliés,
et la cendre répandue jusque dans les pages vierges.
Seulement dans le champ sec aux ronces jaunes,
a poussé une rose comme par erreur. La nuit,
souviens-t’en quand tu regarderas au loin, vers le large,
les trois petits feux errants. Souviens-t’en.
O, triste, inconsolable clair de lune, garde-moi.

Karlovassi, 10. VII. 87

Azem Shkreli – Les enfants à qui nous avons manqué


 

 

 

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Ils nous interpellent et nous injurient dans la langue de ceux
Qui voulurent nous suivre dans la langue de ceux
Qui voulurent savoir quand parler et quand se taire
Et s’en aller harassés s’en aller détachés
De notre plante de la branche de notre langage
Affranchis tout à leur seule pensée, la face tournée vers l’oubli

De nous hier et aujourd’hui ignorés de leurs yeux
Eux dont nous ne fûmes pas les gentils enfants
Les enfants nôtres que nous avons asphyxiés un à un
De la pâte de nos mots qui les étouffaient
Quelque part au-delà de la mer au-delà des retours
Eux qui nous attendaient sagement tardivement
Nous attendaient longtemps non pour venir sceller la semence
du non-dit de la bible des bontés
Ou des pudeurs non non car nous sommes capables
De mourir à petit feu pour ne pas oublier
La façon dont meurent les autres et comment ils grimpent
Le long de leur plante si haut qu’ils ne nous voient plus
Que n’avons-nous désiré des nuits sournoises les laissant
Dormir entre nos pores et nous plonger sous les ruines
Vous nos braves enfants nos enfants chéris
À qui nous avons manqué qui nous aimez encore nous insultez
Dans la langue de ceux qui voulurent nous suivre
Qui voulurent voir et dire quelque chose
Taire quelque chose s’en aller vivifiés et les nôtres
Nous qui avons tâté leur ombre pour les bien savoir nôtres
Nous qui avons pressé nous-mêmes le jus des livres
Nos enfants chéris nos braves enfants
Nous savons que vous n’êtes ni malheureux ni oubliés de nous.

Rat de bibliothèque – ( RC )


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image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html

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