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Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019

Erri de Luca – la brebis brune


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photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

———-

traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 

Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Et si le vent ne contenait aucune promesse (Susanne Derève)


Granville_Redmond_-_Morning_on_the_Pacific     

  Granville Redmond       Morning on the Pacific

 

 

Et si le vent ne contenait  aucune  promesse

S’il fallait rejoindre la mer

–  les rivières ne recèlent qu’un reflet trop pâle

 éphémère   du temps,     

de ce va et vient sur l’estran –

 

 

S’il fallait la rejoindre au-delà des estuaires

quand elle se déleste aux confins du rivage

de son trop-plein d’algues et de pierres

de  bois flottés   de coquillages 

 

 

Lorsqu’on atteint le large,  là est le vent

et sous le vent on largue à la mer 

les derniers repères il n’y a plus trace

de ce que l’esprit formait de rêves et

de chimères

Ou plutôt le rêve est là, il vit, il nous précède

Il bondit plus  bleu que le bleu des

pigments  d’outre-mer

 

 

Et si le ciel blanchit c’est simplement

que la lumière l’inonde

et c’est là que s’abrase la plus petite parcelle

de l’esprit rétif, comme à coup de canifs,

à petits coups de langue, un halètement

plaintif

 

 

Là, la fête commence,   les grandes épousailles

de la mer et du vent, on ne sait plus le dire,

ou peut-être les noces de l’espace et du temps  

pour embrasser le vide   

et d’y plonger on en est plus avide

d’immensité  alors on sait ce n’est pas un vain mot

que la promesse est là  de se couler dans le plus petit

interstice entre deux gouttes d’eau, deux esquilles

de vent sous la peau

comme la vague       toujours plus haut

 

 

 une vague etude PE ROSSET GRANGER

                 Paul Edouard ROSSET-GRANGER  « Une vague, étude »

 

 

 

Ile Eniger – Hors tout


Pleiades Star Cluster_ by Robert Gendler 2004_O.jpg

Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 

Horizons (Susanne Derève)


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         John Joseph Enneking  (Spring Hillside)

 

 

Un dégradé de jaunes et de verts
jusqu’à l’horizon
de genêts, d’ajoncs, de graminées légères
Être là
sans raison
sans autre raison que de se sentir vivre
vivant
 
de l’incroyable élasticité de la mousse
sous les pas
du tronc  lisse    clair
–  l’écorce cède sous les doigts  –
de la respiration profonde  du bois
d’une plume tombée à terre

 

Je sais que la source en est là
enfouie dans le bonheur des mots
Tenter  d’approcher ce qui est
ce qui demeure
et nous survit

 

Tenter de pénétrer l’instant
où l’émotion surgit
sans raison
il suffit d’en rester ébloui

 

Si les étoiles se dispersent
si les désirs d’enfant transpercent
la monotonie des jours
au sortir de l’averse
il y a cette trace lumineuse dans le ciel

 

Où qu’elle mène
j’en cerne  inlassablement le contour
au-delà des jaunes pastels
et des verts chancelants du jour

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

James NOEL (Des poings chauffés à blanc)


Résultat de recherche d'images pour "Ernst Jean-Pierre"

Ernst JEAN PIERRE    Paradis Perdu de Haïti

 

                    Sous le manguier des femmes mûres 

 

Sous le manguier
des femmes mûres
je me mets un plâtre au cœur
maintenant ça bat
tout bas
bas bas bas
pour les jupes volantes
des femmes qui veulent
monter au ciel
au ciel bleu des cerfs-volants

 

maintenant
elles peuvent
croiser leurs bras
mâcher du chewing-gum
dire je m’en fous
et puis point merde
aux mots d’amour
elles peuvent tout dire
tout se permettre
moi je joue bien
aux mots croisés

 

elles peuvent prendre
leurs brosses à dents
ces femmes-là
elles peuvent prendre
une cigarette
moi j’aime bien
la mèche des femmes
des femmes qui fument
sans se cacher la chevelure
sans éteindre les feux de joie

 

elles peuvent jouir
si ça ne dérange
c’est à l’unisson
que naît la chanson
dans le naufrage

 

 

                           Confession des formes

 

La nature est confession de courbes
de montagnes qui se déplacent
à reculons

 

une femme enceinte a plusieurs veines
plusieurs identités
des densités multiformes
aérées par des respirations profondes
pour prolonger
les mouvements du monde

 

filles d’orfèvre qui cherchez des rayons d’or
pour vous parer en face du soleil
parcourez la terre dans le parfum du jour
et renvoyez dans le sommeil cette vapeur acquise
allez dire
paix sur les nuages
paix sur les fleuves

 

s’il pleut du miel
tendez-lui votre bouche

 

si c’est du sang
dites que vos mains sont bien trop frêles
pour empoigner la cueillette de l’épée
                         
Extraits du recueil  Des poings chauffés à blanc   (Ed Bruno Doucey)
                          James NOEL ( né en Haïti en 1978)

 

Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 

Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)

Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


Résultat de recherche d'images pour "open doors open door ontario association"

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 

un furtif passage – ( RC )


visage  street-art  whirlpool     .jpg

Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015

la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 

La chaise rouge – ( RC )


 

Red, Yellow, Red 1969.jpg

peinture: Mark ROTHKO :  1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo: Chris Jones

Résultat de recherche d'images pour "national geographic red chair"

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

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  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud

Lambert Savigneux – l’amandier


l’amandier

 

des fleurs sur un vieux corps

les traces d’une neige

l’envie apportée par le vent

 

 

 

( extrait  de  « le   Regard  d’Orion »,  beaux  posts  que je continue à parcourir et découvrir )

 

 

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot

Carcasse d’un demi-queue en grimaces ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Leee Plaza Hotel  – Detroit

 

Dans le vaste salle  du Lee Plaza

Les chaises renversées, attendent sans public

Aux arcs à caissons, décoré pour des fastes

Costumés, de bals sur les parquets cirés

 

La lumière s’accroche aux gravats bleutés

Et souligne un décor, quelque peu fortuit

Des fenêtres ouvertes sur courants d’air

Et carreaux qui font en reflets

 

D’un vide  silencieux leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

Les touches d’un clavier tenace

Accrochées à la carcasse

 

Du demi-queue  en grimaces

S’imposant de ses cordes croisées

En témoin hagard, spectre à musiques

D’un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

les photos  de Marchand & Meffre  sont  visibles  sur leur  site , par rapport auxquelles Tikopia ( Tikopia, l’île aux images) a fait quelques variations en textes…

 

cette  esthétique  des ruines  fait  l’objet d’un dossier de presse,  pdf réunissant plusieurs photographes  visible ici

 

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

Alain Paire – Soif inquiète


reflets  stries  rochers  &  roses.jpg

La terre serait soif inquiète. Il n’y aurait plus
que la nuit de l’oubli, des formes sombres
à peine terrestres, le silence de la lumière.
Et parmi les fruits de la veille, comme une ressemblance,
le sourd battement d’une âme, tout au moins le pardon de l’image,
la détresse d’une main qui se blesse ou bien qui aime.
(Un rossignol accueillait chaque nuit l’eau bue par la lumière.)

 

extrait de  « la maison silencieuse »

Gabriela Mistral – Pudeur


See the source image

dessin – A Watteau

Si tu me regardes, je deviens belle
comme l’herbe qui a reçu la rosée,
et ils ne reconnaîtront pas ma face glorieuse,
les grands roseaux quand je descendrai à la rivière.

J’ai honte de ma bouche triste,
de ma voix cassée et de mes genoux rudes;
maintenant que tu es venu et m’as regardée
je me suis trouvée pauvre et me suis sentie nue.

Tu n’as pas trouvé de pierre dans le chemin
plus dépourvue de lumière dans l’aurore
que cette femme sur qui tu as levé
les yeux en écoutant son chant.

Je me tairai pour que ceux qui passent
dans la plaine ne connaissent pas mon bonheur
à l’incendie qu’il met sur mon front grossier
et au tremblement de ma main…

C’est la nuit et l’herbe reçoit la rosée;
regarde-moi longuement et parle avec tendresse,
car demain en descendant à la rivière
celle que tu as embrassée aura de la beauté.

Marchant dans le néant – ( RC )


See the source image

 

Avec l’apprivoisement du jour,
les étoiles s’enroulent
dans leur tissu lointain.
Tout est en suspension,
et je vois bien quelques figures,
qui clignotent encore :
la grande et petite ourse,
marchant dans le néant,
piétinant les anges,
avant qu’un bleu sans nuages,
envahisse le ciel,
et dilue le temps,
qui semble avoir
arrêté son mouvement,
sur la page
du manuscrit,
avec les dessins du zodiaque
étrangement liés avec les mois
de la terre,
pourtant , vu de l’espace,
une simple poussière…


RC- sept 2019

voir  aussi la représentation du zodiaque  tel que l’a dessiné  Albert Dürer:

René NELLI – Vivre dans les feuilles rondes


 

René NELLI 2

 

 

Vivre dans les feuilles rondes

membranes du soleil

ou voir le monde et le silence

à travers des montagnes d’ombre.

 

sur la place tombe encore

le vent des cascades

dans le marbre rient les membres

de la folie sous le couvert des nuits

 

si je bouge un nuage secoue

les chouettes étouffe les heures

et passe derrière le vent

 

un enfant qui se retourne souvent

pâle  trébuche dans l’écho

et tout ce qui se pense

semble venir de loin.

 

 

René NELLI   Poèmes 

Les feuilles mortes – (Susanne Derève)


 

LUCIEN LEVY DHURMER BOURRASQUE

 Lucien  LEVY DHURMER Bourrasque

 

 

Je les avais regardées choir  une à une

suspendues à la lumière  du soir

translucides, fardées de rouge et d’or

 

puis chuter par brassées en longs voiles,

en strates parcheminées qui crissaient

sous le pas

 

Je ne les ai pas ramassées

Le vent du Nord y suffira

qui laisse  la terre dépouillée

gémir aux portes de l’hiver

frileuse aux bras de Novembre

 

nue comme la femme aimée

qu’on vient dévêtir en secret

et qui doucement se cambre

frissonne les yeux fermés

quand glisse  son manteau d’automne

 

Est-ce vraiment qu’elle frissonne

de désir ou de regrets

nulle chanson ne le dirait

les jours heureux s’en sont allés

comme s’envolent les feuilles mortes

au vent mauvais

 

 

 

Pierre Mhanna – dans le silence


Kokoreva candle   -  v-romance--groo.jpg

My poem…
the light of a candle
slowly gathering
in the silence of her heart.

Mon poème …
la lumière d’une chandelle
se rassemblant doucement
dans le silence de son coeur

 

Jean-Baptiste Tati-Loutard – le rocher sur la rive


gr v 11.JPG

 

 

Celui qui l’assiste devient rocher sur la rive :
Il pleure mais la roche ne rend que sa source.
Nous avons chargé le ciel de tant de soleils
Que nous avons oublié qu’en ce monde
La nuit fut première.

Federico Garcia Lorca – Casida des colombes obscures


 

max-ernst-les-deux-colombes

  Max Ernst – Les deux colombes

 

 

Sur les branches du laurier

 j’ai vu deux colombes obscures.

L’une était le soleil,

et l’autre était la lune.

                                 – Petites voisines, ai-je dit,

 où donc sera ma sépulture ?

      – Dans ma traîne, a dit le soleil.

      – Dans ma gorge, m’a dit la lune.

Et moi, et moi qui avançais

avec la terre à la ceinture

j’ai vu deux aigles tout de neige

et une fille toute nue.

L’un était l’autre

et la fille n’était personne.

      – Petits aigles, leur ai-je dit,

où donc sera ma sépulture?

      – Dans ma traîne, a dit le soleil.

      – Dans ma gorge, m’a dit la lune.

Sur les branches du laurier

j’ai vu les deux colombes nues.

L’une était l’autre

et toutes deux n’étaient personne.

 

 

Divan du Tamarit
Dans Poète à New York   50 ans Poésie Gallimard

Mokhtar El Amraoui – Derrière le souffle


 

 

OM12.JPG

 

peinture  David  Maes

 

Chute de feuilles
Ivres de lune.
Aboyant tournoiement,
Comme la douleur
Sous le soc des heures !
La figue ensanglantée crie
Dans le miroir
La trajectoire des veines.
L’ombre se glisse,
Derrière le souffle.
L’oiseau n’a pas encore su se faire lumière.
Il se cache dans le mouchoir mort d’un passager !

 
©Mokhtar El Amraoui

C’était si doux de croire – (Susanne Derève)


 

Walk-to-the-Moon,-Childhood

Albert Houthuesen – Walk to the Moon, (Childhood Command)

 

 

C’était si doux de croire

qu’on aurait pu courir sur l’échine de la nuit

avec des doigts de fée

 

y broder des étoiles,  des galons d’or

tirer  le fil d’opale d’un blanc rayon de lune

pour se laisse glisser de la frange des cimes

jusqu’à la cotte de velours des prairies d’été

 

Mais la nuit a secoué l’échine

la nuit n’aime pas sentir sur son dos nu

les doigts légers des fées

 

Mon chariot a versé

de  la fourche des cimes

sur la cotte de velours sombre des prairies d’été

 

et le croissant acéré de la lune

avec son fin poignard d’argent

a tranché un à un les fils célestes

m’a coupé le chemin du rêve

 

pour me jeter à  terre comme un petit Poucet

les cailloux de sa poche

dispersés aux quatre coins du ciel

 

 

Aussi je vous le dis le jour pâlit et meurt

sans bruit sous les chandelles du soir

tandis que la nuit chante  

 

Mais n’allez pas défaire le jour flétri pour habiller

la nuit de songes avec vos doigts de fée  

Ne vous approchez pas

 

Écoutez là seulement chanter

 

 

 

Prescription pour épisodes bibliques – ( RC )


 

 

Tintoretto, Esther before Ahasuerus 1547f.jpg

peinture: Le Tintoret  – Esther devant  Ahasuerus     1547

 

Le drame s’est joué
depuis si longtemps,
que l’on pense la rancune évaporée,
le sang noir
dont il ne reste aucune trace,
et si on demandait
aux personnages du tableau
pourquoi ils sont encore là .

Ils nous répondraient,
si c’était possible,
qu’ils n’y sont pour rien,
que le peintre les a placés là,
en forçant les couleurs ,
il a inventé le décor,
le plafond à caissons,
les brocarts, les plats en argent.

C’est lui qui veut nous raconter
par l’image, de vieilles histoires bibliques,
                  des épisodes,
dont il faudrait se rappeler.
                    Tant de temps s’est écoulé
                    les personnages sont morts,
on n’est même pas sûr
qu’ils aient existé.

Le peintre aussi n’existe plus.
On n’est pas sûr
qu’il ait cru lui-même à la légende .
Il a voulu jouer sur les couleurs,
            les roses et les ocres,
le chatoiement des soieries,
           et l’éclat des ors,
montrer son savoir-faire .

C’est un peintre baroque :
                 Il y a juste son nom
sur une plaque de cuivre,
et les experts se disputent
pour déterminer avec certitude
s’il s’agit d’un authentique
ou d’une copie;
cela n’a pas beaucoup d’importance.

         Comme un sujet dont on cherche
à analyser le mal dont il souffre,
      on a passé le tableau aux rayons X,
      trouvé des repentirs
et sous les modèles,
d’autres personnages,
              acteurs d’un autre drame
             dont on ne sait rien.

C’est ce qu’il faudrait faire
de temps en temps.
Recouvrir l’ensemble d’une autre couche,
et repartir sur d’autres bases :
Il serait temps de déclarer l’amnistie:
pour ces coupables ces crimes du passé,
                         Il y a prescription,
chacun peut y aller de son interprétation :

De ces épisodes dont il ne reste aucun témoin,
nous parviennent encore
les images transmises par le peintre
mais qui a sans doute
donné libre cours à ses fantasmes
et imagination,       pour occuper
                                    les murs des princes,
et aujourd’hui des musées .

J’imagine bien les ouvriers
repassant régulièrement
            une couche de gris
            sur ces oeuvres
qui font le bonheur des connaisseurs
et des historiens,
mais qui nous parlent d’un monde trop éloigné,
pour qu’on y croie.

          D’autres drames plus contemporains,
nous brûlent encore la mémoire,
et se soucient peu d’esthétique,
de clair-obscur
ou de lumière tamisée…
         Si j’étais peintre d’histoire,
je ferais parler l’actualité
et j’y poserais les pieds .


RC – sept 2019

James Joyce – musique de chambre – XVII


 

 

 

femme ange.jpg

photo  Francesca  Woodman

 
XVII

Ma colombe, belle et si chère,
Eveille-toi, éveille-toi
Sur mes lèvres et mes paupières,
Rosée de nuit repose là.

Le vent fleurant tisse en concert
Tous les soupirs comme des voix
Ma colombe, belle et si chère,
Eveille-toi, éveille-toi !

Près du cèdre là je t’attends,
O toi ma sœur et mon amie,
Ô colombe de ton sein blanc,
Ma poitrine sera le lit.

Pâle rosée vient se poser
Comme un voile par-dessus moi.
Ma colombe, belle et aimée,.
Eveille-toi éveille-toi.

 

 

My dove, my beautiful one,
Arise, arise !
The night-dew lies
Upon my lips and eyes.

The odorous winds are weaving
A music of sighs :
Arise, arise,
My dove, my beautiful one !

I wait by the cedar tree,
My sister, my love,
White breast of the dove,
My breast shall be your bed.

The pale dew lies
Like a veil on my head.
My fair one, my fair dove,
Arise, arise !

Si les mots du matin – (Susanne Derève)


 

hommage à monet

Zao Wou-Ki – Hommage à Claude Monet

 

 

 

Le vent pousse la barque

et mon rêve prend l’eau

 

réveil menteur

solitude d’un  matin vengeur

 

Si les mots du matin coulaient

de source comme un lied

 

en notes translucides

une eau  limpide   une eau claire

 

ou ces parfums que vient charrier

le vent du Nord mêlés à ceux

des fleurs premières

 

quand j’ouvre la fenêtre

sur les bruits étouffés du dehors

 

odeurs de carène et de vase

de lilas et de miel

 

Lumière     au sortir du sommeil

nous tenions-nous au bord du temps

 

–  le monde je le sais appartient

aux amants avec son poids de  rêves  –

 

une enclave    imprimant la mémoire

sans trêve

en lieu et place du passé

 

la trame des jours  si dense

qu’on en oublie à naviguer  à vue

 

de bonheur en souffrance

l’irrémédiable issue

 

 

Garous Abdolmalekian – drapeau dans le vent


( imagedu film   Sissi impératrice )

Nos poings sous la table

Ta robe bouge dans le vent

Voilà 

Le seul drapeau que j’aime

 

Garous Abdolmalekian est né à Téhéran en 1980. Après avoir publié son premier recueil à 23 ans, L’Oiseau Caché, il reçoit le prix du recueil de la jeune poésie iranienne pour les Couleurs fanées du monde. Bien que les poèmes d’Abdolmalekian soient déjà parus dans diverses revues, Nos poings sous la table est le premier recueil publié en France

 

 

Eugenio de Andrade – avec le soleil


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Je suis à toi, de connivence avec le soleil
dans cet incendie du corps jusqu’à la fin :
les mains si avides à leur envol,
la bouche qui sur ta poitrine oublie
de vieillir et sait encore refuser.

 

Aqui me tens, conivente com o sol
neste incêndio do corpo até ao fim:
as mãos tão ávidas no seu voo,
a boca que se esquece no teu peito
de envelhecer e sabe ainda recusar.

Eugénio de Andrade,
Matière Solaire, XIII

Richard Brautigan – poème d’amour


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photo Andreas Kauppi

 

 

Qu’est-ce que c’est agréable
de pouvoir se lever le matin
tout seul
et de ne pas avoir à dire aux gens
que vous les aimez
quand vous ne les aimez plus.

Yann Fulub Follet – Sortavala


 

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  Lawren S Harris, Algoma (Beaver Swamp), 1920

 

 

Ladoga

Au confluent de la tourbière et du fleuve

Voici grandie la lumière des toundras

L’automne a laissé quelques oiseaux blancs

Sur un lac aux reflets roux…

 

Les chemins pleins de trous d’eau gelée déjà

Dessinent des horizons secrets

Qui s’enfoncent, lourds, bas…

 

Il me souvient d’espaces clair-silence

Et de paroles, fines vapeurs grises, souffles

Que le temps pur et les nuages de magie

Rendent visible aux yeux…

 

Le petit bois hâtivement ramassé au soleil

Qui se couche, rouge et rond, un lac oblong,

Comme une bière, dans la tête des airs et encor

Les trous d’eaux sous les pieds froids.

 

Octobre 1876   

 

 

Lettres de Carélie    poèmes

éditions  des orgevaux

 

 

Répandre des étoiles – ( RC )


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L’origine des temps
se perd dans le lointain,
et la nuit clignote
de myriades d’étoiles,
qui nourrissent les rêves.

Tu as arpenté les terres nues,
les chemins creux,
en recueillant dans tes bras,
comme tu le souhaitais,
les moissons du ciel.

As tu réussi à capter
l’un d’entre ces astres
lors de tes dérives buissonnières,
qui t’emportent
loin de la lourde glaise des jours ?

La bonne étoile te suit alors,
et la bonne fortune
te précède dans le parcours des dunes
même dans la nuit la plus noire
juste quand tu t’endors…

Tu confies tes espoirs
en traçant un bout de route
dans les figures de zodiaques,
qui se reflètent ( on s’en doute )
dans des flaques.

Mais le lendemain
fait pâlir les rêves,
comme si des branches,
se retirait la sève
au petit matin…

Crois-tu que c’est lui qui les a tués 
et que les étoiles s’enterrent,
de façon que la journée,
ne puisse les toucher,
ni personne les atteindre ?

En fait ils ne vivent que la nuit,
lorsque disparaît le soleil
et il n’y a rien qui les remplace
jusqu’à ce que le sommeil
arrive pour les repeindre 

mais l’étoile que tu as choisie
va te guider sur ton destin
même si on ne la voit pas,
tu répands des fleurs avec tes mains
et la glace fond sous tes doigts.

Pentti Holappa – depuis le rivage


 

 

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Semant ses bienfaits un nuage vole
puis un aigle, messager.

Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage

et la fin de l’aigle
et le dernier cri

sont une suffisante genèse.

 

Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,

et les lumières de l’Ouest
ne recouvrent pas l’homme qui
regarde.

Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux

qui s’en vont :

Adieu, étranger aux visages enfouis.

 

Tout près (1957)

Dérive – Susanne Derève


BONNARD CAMPAGNE

  Pierre Bonnard – Le Cannet

 

 

Rouge bruyère du désir

Bleu pers des mers errantes

Sur  le vert profond des rivières

glisse ma  barque lente entre tes bras noués  

barque légère

 

Est-ce cette dérive qu’on nomme  bonheur

une fenêtre ouverte    un lit défait

 

quand la course des  heures

n’est plus un temps qui fuit  un futur

imparfait  un canevas qu’on file et défile

à regrets  mais une tendre ivresse  

qui rachète l’absence

 

Alors j’habille l’aube avec les ors du soir,

ceux que tu chantes, que j’imagine de très loin

tirés par l’aile rase d’un oiseau de nuit

 

avant que ne s’abîme l’horizon dans la lueur

du premier phare ou dans un fin rideau de pluie

 

cette pluie souviens-toi

elle ruisselait ardente sur Paris 

et nous nous ruisselions de vie

 

 

 

 

Guillevic – Carnac


( extrait de la  « suite » Carnac )

 

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provenance photo sites historiques  d’Ecosse

Mer du pêcheur,

Mer des navigateurs,

Mer des marins de guerre,

Mer de ceux qui veulent y mourir.

Je ne suis pas un dictionnaire,
Je parle de nous deux

Et quand je dis la mer,
C’est toujours à
Carnac.

Nulle part comme à
Carnac,
Le ciel n’est à la terre,
Ne fait monde avec elle

Pour former comme un lieu

Plutôt lointain de tout

Qui s’avance au-dessous du temps.

Le vent vient de plus bas,
Des dessous du pays.

Le vent est la pensée
Du pays qui se pense
A longueur de sa verticale.

Il vient le vérifier, l’éprouver, l’exhorter,
A tenir comme il fait

Contre un néant diffus
Tapi dans l’océan
Qui demande à venir.

 

Vesna Parun – la vague


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J’écoute la rumeur basse de la mer

Qui surgit de la vague et se répercute,

Masquée par un agave antique, j’épie

Sa gorge qui se change en une mouette

Pour s’envoler avec un gémissement

Vers l’or des nuages. Et de l’airain du ventre

Somptueux s’érige sombrement le roc

En fleur qui porte un cortège de princesses

Fascinantes, de fées surgies des légendes.

 

I listen to the down rumor to the sea
That emerges from the wave and reverberates,
Masked by an ancient agave, I watch
Her throat that turns into a seagull
To fly away with a moan
To the gold of the clouds. And belly brass
Sumptuous rises darkly the rock
In bloom carrying a procession of princesses
Fascinating, fairy tales arisen from legends.
.

.

Ryan Adams – Ténèbres


darkness isn’t anything but the space in between the lightRyan Adams darkness

Les ténèbres ne sont pas autre chose que de l’espace entre la lumière

Ryan Adams

Aujourd’hui, c’est le dernier jour … – ( RC )


Greece and Schauble

Aujourd’hui c’est le dernier jour :

          Tu le sais,         je t’ai averti :
il n’y aura pas d’après,
pas la peine d’avoir des regrets,
sur ce que tu n’as pas accompli,

           il fallait y penser avant :
après, c’est trop tard,
tu aurais dû le savoir :
– qu’as-tu fait de si important.
alors que nous étions
si près de la fin ?

As-tu simplement fait un festin,
mieux disposé tes pions
sur l’échiquier des années,
sauvegardé tes arrières
( qui – à coups de prières )  ?

alors que tu te savais condamné
à redevenir sauvage,
car je suis la sorcière
                             qui sait défaire
                             tous les visages !

Je n’ai pas encore décidé
sous quel signe astral
je vais te placer,
et quel animal
tu vas incarner :

Allez,           – on va rester gentil –
je vais te transformer
                      en petite souris :
tu verras,         c’est très bien,
tu pourras te glisser partout ,

manger dans la gamelle du chien ,
et tu y prendras goût ) :
autrement…           il y a le fromage
mais il est hors d’atteinte :

          pas la peine de pousser des plaintes !
il était temps de tourner la page :
tu as passé trop de temps en humain ,
           sous une belle peau rose :
mais          tu en as fait bien peu de chose,

                      J’ai décidé de changer ton destin :
c’est une nouvelle aventure qui commence,
peut-être que le chat te reconnaîtra,
ou bien il ne te saluera même pas :
Ne t’étonnes pas s’il te donne la chasse
( il ne partage pas sa place ),

mais quand il n’est pas là, les souris dansent
– et lui-même,            quelque temps avant
ne se sentait-il pas trop seul
               habillé en ouvrier agricole,
          ou même,            en président ? –


RC

Xavier Forneret – un pauvre honteux


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modillon de l’abbatiale  Ste Foy de Conques

 

Il l’a tirée
De sa poche percée,
L’a mise sous ses yeux ;
Et l’a bien regardée
En disant : « Malheureux ! »

Il l’a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D’une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l’a mouillée
D’une larme gelée
Qui fondit au hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu’un bazar.

Il l’a frottée,
Ne l’a pas réchauffée,
A peine il la sentait :
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.

Il l’a pesée
Comme on pèse une idée,
En l’appuyant sur l’air.
Puis il l’a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l’a touchée
De sa lèvre ridée.
D’un frénétique effroi
Elle s’est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l’a baisée,
Et après l’a croisée
Sur l’horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l’a palpée
D’une main décidée
A la faire mourir.
Oui, c’est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l’a pliée,
Il l’a cassée,
Il l’a placée,
Il l’a coupée,
Il l’a lavée,
Il l’a portée,
Il l’a grillée,
Il l’a mangée.

— Quand il n’était pas grand, on lui avait dit :
— Si tu as faim, mange une de tes mains.

Xavier FORNERET in « Le Livre d’Or des Poètes » (Seghers)

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