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Nouveau

Comme chez Francis Bacon – ( RC )


Si c’est la chair abandonnée,
de peine, de joies, de rages,
l’éclairage cru, d’otage,
le sang égoutté
lentement dans la nuit,
cette grande baignoire
où la vie s’enfuit
d’un coup de rasoir.

Difficile ainsi de se représenter
en auto-portrait….

  • plutôt se filmer là,
    devant la caméra :
    machine sans émotion
    oeil indifférent
    où s’installe l’espion
    de nos derniers instants

( Pour ceux qui aurait du mal à le croire
en léger différé – vous pourrez revoir
la vidéo prise ce soir là ) :
une fleur pourpre s’étend
lentement sur le drap ,

  • un bras pend
  • et la lumière s’éteint

Bacon aurait pu peindre
cet évènement sur la toile:
une pièce presque vide

  • un fond bleu pâle
  • une sorte de suicide
    sous un éclairage livide
    cru dans son contour électrique
    une ampoule laissée nue
    ( on dira que cela contribue
    au geste artistique ).

Un corps semblant inachevé
aux membres désordonnés
exhibés comme dans une arène
livré au regard obscène
alors que , pour tout décor
l’air brassé par un vieux ventilateur
tourne lentement encore
dans d’épaisses moiteurs

La peinture a de ces teintes sourdes
comme enfermée dans une cage
On n’y rencontre aucun visage
c’est une atmosphère lourde
de senteurs délétères,
dont elle demeure prisonnière.


Même exposée dans le musée,
elle sent le renfermé …

voir au sujet de F Bacon, cette étude….

Ils ont croqué le jour – (Susanne Derève)


Coquillages, 1920

Raoul Dufy – coquillages

 

 

Ils ont croqué le jour                                                                                 

de leurs  quenottes blanches

et ri jusqu’au-dedans des nuits

 

Mais le matin leur va si bien

– les tartines beurrées et les fruits du matin –

 

et les frasques du jour roulant leur robe

                                                 de turquoise

 

                      

l’air ,  la mer,  le  ciel ,  la conque grise

                                                des nuages

Ont-ils  jamais prêté l’oreille ?

 

De la paume des coquillages

nait  le vent

l’espace infini du vent

bercé du  blanc roulis des vagues

traçant ses roses de sable

jusqu’aux portes de l’océan

 

Eaux vives,  routes de sel

Pressés, ils ont mordu le cœur orange

de midi

de leurs dents blanches

ils ont fini de dévorer la nuit

 

 Prêteront-ils   jamais l’oreille  au murmure 

des jours enfuis ?

 

 

 

Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019

Erri de Luca – la brebis brune


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photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

———-

traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 

Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Et si le vent ne contenait aucune promesse (Susanne Derève)


Granville_Redmond_-_Morning_on_the_Pacific     

  Granville Redmond       Morning on the Pacific

 

 

Et si le vent ne contenait  aucune  promesse

S’il fallait rejoindre la mer

–  les rivières ne recèlent qu’un reflet trop pâle

 éphémère   du temps,     

de ce va et vient sur l’estran –

 

 

S’il fallait la rejoindre au-delà des estuaires

quand elle se déleste aux confins du rivage

de son trop-plein d’algues et de pierres

de  bois flottés   de coquillages 

 

 

Lorsqu’on atteint le large,  là est le vent

et sous le vent on largue à la mer 

les derniers repères il n’y a plus trace

de ce que l’esprit formait de rêves et

de chimères

Ou plutôt le rêve est là, il vit, il nous précède

Il bondit plus  bleu que le bleu des

pigments  d’outre-mer

 

 

Et si le ciel blanchit c’est simplement

que la lumière l’inonde

et c’est là que s’abrase la plus petite parcelle

de l’esprit rétif, comme à coup de canifs,

à petits coups de langue, un halètement

plaintif

 

 

Là, la fête commence,   les grandes épousailles

de la mer et du vent, on ne sait plus le dire,

ou peut-être les noces de l’espace et du temps  

pour embrasser le vide   

et d’y plonger on en est plus avide

d’immensité  alors on sait ce n’est pas un vain mot

que la promesse est là  de se couler dans le plus petit

interstice entre deux gouttes d’eau, deux esquilles

de vent sous la peau

comme la vague       toujours plus haut

 

 

 une vague etude PE ROSSET GRANGER

                 Paul Edouard ROSSET-GRANGER  « Une vague, étude »

 

 

 

Ile Eniger – Hors tout


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Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 

Horizons (Susanne Derève)


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         John Joseph Enneking  (Spring Hillside)

 

 

Un dégradé de jaunes et de verts
jusqu’à l’horizon
de genêts, d’ajoncs, de graminées légères
Être là
sans raison
sans autre raison que de se sentir vivre
vivant
 
de l’incroyable élasticité de la mousse
sous les pas
du tronc  lisse    clair
–  l’écorce cède sous les doigts  –
de la respiration profonde  du bois
d’une plume tombée à terre

 

Je sais que la source en est là
enfouie dans le bonheur des mots
Tenter  d’approcher ce qui est
ce qui demeure
et nous survit

 

Tenter de pénétrer l’instant
où l’émotion surgit
sans raison
il suffit d’en rester ébloui

 

Si les étoiles se dispersent
si les désirs d’enfant transpercent
la monotonie des jours
au sortir de l’averse
il y a cette trace lumineuse dans le ciel

 

Où qu’elle mène
j’en cerne  inlassablement le contour
au-delà des jaunes pastels
et des verts chancelants du jour

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

James NOEL (Des poings chauffés à blanc)


Résultat de recherche d'images pour "Ernst Jean-Pierre"

Ernst JEAN PIERRE    Paradis Perdu de Haïti

 

                    Sous le manguier des femmes mûres 

 

Sous le manguier
des femmes mûres
je me mets un plâtre au cœur
maintenant ça bat
tout bas
bas bas bas
pour les jupes volantes
des femmes qui veulent
monter au ciel
au ciel bleu des cerfs-volants

 

maintenant
elles peuvent
croiser leurs bras
mâcher du chewing-gum
dire je m’en fous
et puis point merde
aux mots d’amour
elles peuvent tout dire
tout se permettre
moi je joue bien
aux mots croisés

 

elles peuvent prendre
leurs brosses à dents
ces femmes-là
elles peuvent prendre
une cigarette
moi j’aime bien
la mèche des femmes
des femmes qui fument
sans se cacher la chevelure
sans éteindre les feux de joie

 

elles peuvent jouir
si ça ne dérange
c’est à l’unisson
que naît la chanson
dans le naufrage

 

 

                           Confession des formes

 

La nature est confession de courbes
de montagnes qui se déplacent
à reculons

 

une femme enceinte a plusieurs veines
plusieurs identités
des densités multiformes
aérées par des respirations profondes
pour prolonger
les mouvements du monde

 

filles d’orfèvre qui cherchez des rayons d’or
pour vous parer en face du soleil
parcourez la terre dans le parfum du jour
et renvoyez dans le sommeil cette vapeur acquise
allez dire
paix sur les nuages
paix sur les fleuves

 

s’il pleut du miel
tendez-lui votre bouche

 

si c’est du sang
dites que vos mains sont bien trop frêles
pour empoigner la cueillette de l’épée
                         
Extraits du recueil  Des poings chauffés à blanc   (Ed Bruno Doucey)
                          James NOEL ( né en Haïti en 1978)

 

Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 

Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)

Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


Résultat de recherche d'images pour "open doors open door ontario association"

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 

un furtif passage – ( RC )


visage  street-art  whirlpool     .jpg

Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015

la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 

La chaise rouge – ( RC )


 

Red, Yellow, Red 1969.jpg

peinture: Mark ROTHKO :  1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo: Chris Jones

Résultat de recherche d'images pour "national geographic red chair"

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

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  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

Reflet du toi à moi ( RC )


Afficher l’image source

Il y a bien encore, une ombre furtive ,

Puis cet homme, vu à contrejour.

Au quai voisin passait alors la rame de métro :

Il ne l’a pas prise, et reste debout

devant les sièges vides

aux couleurs acides.

–    A sa tenue, je me suis dit

  • je pourrais être lui –

Et dans le même temps,

Il a hoché la tête,

Et s’est sans doute dit

  • qu’il pourrait être moi .

Nous aurions pu échanger quelques mots,

Chacun sur son quai,

Les rails au milieu,

et même intervertir

ce qui se voit :

Habits , chaussures, lunettes,

Mais aussi ce que nous portons en nous,

La part la plus secrète

notre identité,

ne se limitant pas aux papiers.

Il aurait pu être moi,

Peut-être l’a-t-il été,

quelques instants.

mais sur chacun des quais,

La rame s’est arrêtée,

en un lent chuintement,

nous sommes rentrés dans les wagons,

Dans un même mouvement,

sans nous quitter des yeux.

Avant que les rames ne s’ébranlent,

chacune,

dans une direction opposée,

Et cet autre moi-même,

– Peut-être était-ce,

seulement mon reflet ?

>          Il y a des chances,

…qu’il se pose la même question.

RC-  23 août 2013

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud

Lambert Savigneux – l’amandier


l’amandier

 

des fleurs sur un vieux corps

les traces d’une neige

l’envie apportée par le vent

 

 

 

( extrait  de  « le   Regard  d’Orion »,  beaux  posts  que je continue à parcourir et découvrir )

 

 

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot

Carcasse d’un demi-queue en grimaces ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Leee Plaza Hotel  – Detroit

 

Dans le vaste salle  du Lee Plaza

Les chaises renversées, attendent sans public

Aux arcs à caissons, décoré pour des fastes

Costumés, de bals sur les parquets cirés

 

La lumière s’accroche aux gravats bleutés

Et souligne un décor, quelque peu fortuit

Des fenêtres ouvertes sur courants d’air

Et carreaux qui font en reflets

 

D’un vide  silencieux leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

Les touches d’un clavier tenace

Accrochées à la carcasse

 

Du demi-queue  en grimaces

S’imposant de ses cordes croisées

En témoin hagard, spectre à musiques

D’un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

les photos  de Marchand & Meffre  sont  visibles  sur leur  site , par rapport auxquelles Tikopia ( Tikopia, l’île aux images) a fait quelques variations en textes…

 

cette  esthétique  des ruines  fait  l’objet d’un dossier de presse,  pdf réunissant plusieurs photographes  visible ici

 

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

Claude Ber – à Bagatelle –


à Bagatelle je suis allée
ce Dimanche à la roseraie
et … mais à quoi bon te raconter
mais si raconte à Bagatelle au mois de mai

le parfum des buis le goût de lait sucré des fleurs de
chevrefeuille
la nuit brutale des bambous à la cascade aux carpes
et … cette rose changeante au vieillissement de ses
chairs
comme corps devenant dans la mort

à Bagatelle ce mois de mai
t’en souvient-il comme on s’aimait
ton corps … là-bas … qui se défait

un jour la chair quitte les os
les mots les emmaillotent
et . .. berce leur momie au psaume du poème

La mort n’est jamais comme
Editions de l’Amandier

Armand Rapoport – sur une route blanchie par la lune froide d’hiver


photo Graeme Mitchell

Et femme et homme sur une route blanchie par la lune froide d’hiver
Portant aux épaules un enfant légendaire qui n’était pas de leur chair
Marchant dans la campagne nocturne comme si le son lointain d’un clocher
Accompagnait leurs pas résonnant sur la chaussée durcie par gel récent
Comme si la route pavée berçait l’enfant dressant la tête vers la galaxie
D’Orion où le balancement des étoiles emportait son regard tout ébloui
Par la nuit d’hiver comme s’il eût quitté un village un récit inachevé
D’une vieille grand-mère bredouillant près d’un feu à peine enflammé
Passant d’une épaule à l’autre sans dire mot la tête appuyée à la nuit
Les yeux toujours rivés aux étoiles comme si chaleur dût venir de si loin,
Réchauffant ses petites mains agrippées nerveusement au cou de celle celui
Qui allongeait le pas vers un autre village où joyeuses lumières dansaient.
Quand le matin trop clair rendait vaine toute impatiente longue vue
Sombres-Voyants, Clairs-Aveugles, Sourds-Entendants, Rêveurs si courts
L’Astronome les emportait dans son sommeil comme des valises-Optiques
Sucres ou Vergers trempés de pluie enfouis sous récits pauvres d’ici
Sans renier les malaises trop décrits ou gommés dans le Sous-Entendu
Le Trop-Su, comme si la planète tournait autrement dans l’incomparable
Hiver, loin des vareuses béates poudrées de gel de soleils trop fades
Comme si le rire d’une matinale musicienne égayait l’enfant-Orphelin
Par jeux ou ruses par gammes taquines quasi humaines afin que nul être
Ne soit ici montré du doigt comme surplus d’indifférence oeuvre pieuse
Où Absence de grâce se rattrapait en ricanements gras en défi charitable
Rendant la ville si inhabitable comme si des vents acides la corrodaient.

Une navigation entre les pôles – ( RC )


photo brookeshaden

Je navigue entre les pôles,
sans apporter mon corps.
Il y a entre eux toute la rotondité du monde.
Une fois que j’en ai touché un,
je continue pour atteindre le suivant.
Je franchis par l’esprit des océans,
ou des cordilières,
tout dépend où je passe…
mais je reviens toujours à mon point de départ,
comme si progresser était tourner les pages
d’un calendrier perpétuel.

Alors, je décris ma marche,
mes aller-retours ,
j’en ai rempli quelques cahiers,
mais, si je les consulte
j’aurai peut-être la surprise,
de voir que les pages s’effacent la nuit,
un va-et-vient constant
entre désir et réalité,
là où les questions que je pose,
n’ont pas de réponse :

ce seraient des choses presque vues,
car je désire toujours les apercevoir .

Jean-Claude Pirotte – la mer ne dort pas


photo perso – Lanildut – Finistère

Vous avez remarqué dit-il
que la mer ne dort pas
elle est depuis toujours sujette
à l’insomnie c’est le vieil
Hésiode qui l’observe
la mer et moi nous ne cessons
de nous défier sous le ciel noir
quelquefois je joue à l’aveugle
au paralytique je joue au mort
elle en profite pour répandre
du sable et du temps sur mon corps

Yann Fulub Follet –  Baie d’Helgoland


James ENSOR – Rêves de nacre- Marine grise

 

 

 

Et au loin la mer…

Miroir au fond de toi

Cœur d’oiseau qui se débat

Dans les brumes laiteuses

Dont je peux épier les rêves

Sur le visage des dieux qui ne se lèvent pas

 

Dès l’aube

Je t’entends planer au-delà

D’abruptes falaises de craie rose

Pauvre clarté de ton visage mouillé

Je t’envie de n’avoir point connu

L’Hiver et les îlots déserts

 

Je t’envie de n’avoir souvenance

De ce squelette de bûcheron

Foudroyé par l’orage

Émergeant des trembles blancs

Sacrifié de solitude aux sourcils noirs

Et au loin la mer…

 

Eté 1872

 

Lettres de Carélie

éditions des orgevaux

 

 

 

Anne Salager – Le grand sommeil


Afficher l’image source
peinture: Max Ernst : l’oeil du silence

Des roches liquéfiées balbutient
pour elle d’anciens mythes grecs
pour son troisième œil de sphinx

&

Elle vient d’épouser les dernières
lueurs du couchant où s’affirme
la brève embellie des passages

&

La voilà nue seins d’hirondelles
au naturel de sa pâleur
Je sens qu’elle va s’endormir…

Avec l’ombre de Jupiter – ( RC )


montage perso

Je photographie toujours ton ombre,
et la nuit surgissant de tes yeux .

Les planètes se confrontent à l’avenir
quand les chandelles s’éteignent
dans un souffle, sous le regard sombre
des statues des dieux.

Ceux qui sont descendus de l’Olympe
ont délaissé leur empire,
les métamorphoses d’un univers
qui leur échappe.

L’ombre est celle de Jupiter,
qui rit encore sous cape .

Elle a grandi dans mon souvenir,
davantage qu’une sage imagerie
des héros de la mythologie
que la mémoire invoque .

Diane a les yeux fermés.
Son tombeau restera ouvert .
Il suffir que je l’évoque,
pour me retrouver dans d’autres lieux,
entouré de colonnes romaines .

C’est un site où règne le mystère,
où de ta bouche jaillit une fontaine,
l’argent des oliviers centenaires.

La nuit surgira de tes yeux .

Départ – ( Susanne Derève)


BREST – PHOTOMONTAGE RC

 

 

Un ciel de nuit

mais les nuages à l’horizon blanchissent déjà

Tu pars

les lanternes des grues rougissent comme des phares

 

silence   ensommeillé

qui sonne doucement de l’ébranlement des trains

du chuintement régulier des essieux  

de leur halètement sourd 

 

du chant atone des sirènes 

– voix de basse des cornes de brume

émergeant du brouillard

du claquement des toiles   au  vent

 

sonne d’un au revoir  et   d’un baiser mouillé

d’une écharpe qu’on noue

et d’un bonnet serré autour des yeux

 

Sous la  pluie qui noie les lumières de l’aube

Tu pars

 

 

La patience des pierres – (Susanne Derève)


Paul-Emile BORDUAS – Translucidité

S’il demeurait des cendres fertiles sous la glace

qui donc pouvait le dire 

nul ne savait ce qu’ourdissaient les pierres

dans le silence

 J’imaginais  des causses arides sous le manteau

des neiges,

 leurs sinuosités translucides et bleutées

leurs boues fossilisées 

et  côté ombre

réfractant le soleil en lisière des chemins

de blanches cheminées de gel

des éboulis de roches  et d’herbes sèches

gainés de givre

Ce qu’ourdissaient  les pierres dans le silence

qui le savait ?  

est-il un sens à l’éternel recommencement

des rêves et des saisons –

Sans doute attendaient-elles armées d’une infinie patience

qu’œuvre lentement le dégel  

pour éprouver enfin le vertige du vide

répondre à son appel

Wladyslaw Slzengel – loin ( conversation avec un enfant )


Afficher l’image source


Conversation avec un enfant

Mille neuf cent quarante deux.
La mère et l’enfant.
Un atelier, un bloc…
L’enfant au visage de lys
La mère aux cheveux de lait
Dis moi mère, demande le petit,
que signifie : loin…


Loin, c’est au-delà des montagnes,
des forêts et des rivières…
Loin c’est les rails…
Loin, c’est un voyage en mer,
des bateaux et de grands espaces livides,
et des montagnes au soleil pourpre…
Loin, c’est des îles dorées
et le souffle des brises parfumées,
une verdure éclatante
et le sable doux et sec.


Mais comment expliquer à l’enfant
le sens du mot : loin…
quand il ignore ce qu’est une montagne,
ou à quoi ressemble une rivière…
et n’a pas comme sa mère… et n’a pas comme moi
ces images plein les yeux,
alors comment expliquer à l’enfant
le sens du mot : loin …
Loin, mon enfant chéri
(une larme frémit sur les cils)
loin, c’est comme de notre bloc

jusqu’au bloc Toebbens…

Et dis-moi maman chérie
que signifie : autrefois…
Autrefois, c’est une soirée en ville,
des lampes qui brillent, des néons…

C’est le calme d’un appartement tranquille et un poêle bien chaud
Autrefois, c’est des gâteaux de Ziemianska
autrefois, c’est un déjeuner avec la radio autrefois,
c’est chaque matin Notre Revue »’
et le soir le cinéma Palladium.

Autrefois, c’est un mois à la mer, autrefois,
c’est…des photos d’une excursion
et une photo d’un mariage sous le voile
et du pain blanc sans paille…

Mais comment expliquer à l’enfant
ce passé clair et glorieux
quand il n’en sait rien… absolument rien…
comment expliquer : autrefois …

Tu vois, mon enfant chéri, déjà triste et vieux,
autrefois, ça signifie quand autrefois…
ils ne nous rationnaient pas le miel

et dis-moi, maman, dis-moi
C’est quoi, ce que j’entends la nuit…
ces longs sifflements… au loin…
qu’est-ce qui siffle, et pour quoi faire….

Comment expliquer à l’enfant,
quel exemple quel motif prendre,
pour expliquer le sifflement nocturne
et lointain des locomotives…
comment expliquer les rails
et la longue route vers l’infini
la joie de filer en sleeping
dans des express fous.

Gares, signaux, aiguillages,
nouvelles villes, rues,
billets, correspondances, bagages,
journal, buffet et porteur.

Le miroitement de petites lumières la nuit
les trainées lilas des fumées.

Comment expliquer… et pour quoi faire,
qu’il y a encore un monde quelque part au loin ça,
veut dire, mon petit garçon,
toi qui tords tes doigts de chagrin,
que ça peut s’étendre plus loin que Toebbens…
et encore plus loin que le miel…

notice biographique sur l’auteur ( poète du ghetto de Varsovie )

Jean-Michel Maulpoix – le bleu ne fait pas de bruit


peinture: Richard Diebenkorn – Ocean Park 129

Le bleu ne fait pas de bruit.

C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas
brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi,
l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce et
se noie sans se rendre compte de rien.

Le bleu est une couleur propice à la disparition.

Une couleur où mourir, une couleur qui délivre, la couleur même de l’âme après qu’elle
s’est déshabillée du corps, après qu’a giclé tout le sang et que se sont vidées les
viscères, les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de
ses pensées.

Indéfiniment, le bleu s’évade.

Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance
spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi
changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux.

L’air que nous respirons, l’apparence de vide sur laquelle remuent nos figures, l’espace
que nous traversons n’est rien d’autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et
fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre,
tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie.

Jean-Michel Maulpoix. extrait du livre » Une histoire de bleu »

W.H.Auden – Funeral blues


photo J Marc Rocfort

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Donnez un os au chien, qu’il cesse d’aboyer;
Faites taire les pianos; au son sourd du tambour,
Faites sortir le cercueil, faites venir le cortège.

Que tournent dans le ciel des avions en pleurs;
Qu’ils y griffonnent les mots IL EST MORT.
Qu’on mette des nœuds de crêpe au cou blanc des pigeons;
Des gants de coton noir aux agents de police.

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest,
Ma semaine, mon travail, mon dimanche, mon repos,
Mon midi, mon minuit, mon dire, mon chant;
Je croyais que l’amour était pour toujours: j’avais tort.

A quoi bon les étoiles à présent? Eteignez-les toutes!
La lune, qu’on la remballe! Qu’on décroche le soleil!
Videz-moi l’océan! Déblayez-moi ces arbres!
Car rien de bon jamais ne peut plus arriver.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Yves Le Disez.

Louis Calaferte – LONDONIENNES (extraits)



André DERAIN – Londres Westminster

Pendant que j’allumais une autre cigarette

tu as quitté tes bas

assise au bord du lit

et maintenant tu n’oses pas

dans cette chambre où nous n’avons jamais dormi

lever les yeux sur moi

 

C’est soudain comme si le temps meurt ou s’arrête

un long alinéa

je m’approche du lit

et viens te prendre entre mes bras

dans cette douceur triste et qui nous engourdit

j’ai aussi peur que toi

 

Il y a au-dehors des rumeurs vagabondes

nous ne nous en irons que pour un autre monde

 

A Londres c’est l’automne il est presque minuit

 

 

                    *

 

C’est vrai qu’il pleut à Londres

et que les ponts s’ennuient

 

 

Le ciel mourant et hypocondre

aux nuages noués de suie

 

A Londres il pleut à Londres

paillettes de la pluie

 

On voyait la ville se fondre

comme irréelle comme enfuie

 

Un peuple imprécis correspondre

sous les dômes des parapluies

 

Nos ombres allaient se confondre

dans l’ombre grise de la pluie

 

C’est vrai qu’il pleut à Londres

et que je t’ai suivie

 

 

                *

 

Je ne crois pas te l’avoir dit

lundi mardi ou mercredi

ou quelque jour de la semaine

 

Et pour autant qu’il m’en souvienne

tes dents blanches la bouche ouverte

tu mangeais une pomme verte

 

J’ai rencontré dans Fetter Lane

au bras de la sombre Mary

le fantôme de Frankenstein

 

Et pour autant qu’il m’en souvienne

le jade était surnaturel

dans tes longs yeux de caramel

 

Il y avait aussi Boswell

Milton et puis Dickens aussi

et d’autres ombres magiciennes

 

Mais pour autant qu’il m’en souvienne

le blanc le jade et le vert pomme

je ne voyais que toi en somme

 

Qui réellement me surprennes

lundi mardi ou mercredi

et tous les jours de la semaine

 

 

Ragtime

 

Anthologie de la poésie française

Du XXè siècle

 nrf

Poésie Gallimard

 

 

  
André DERAIN – Londres Westminster

Les clefs de la maison – ( RC )


Des générations se sont succédé,
dans la vieille maison.
Imagine alors les décennies,
où des portes se sont ouvertes et closes,

les secrets scellés,
derrière le silence
ou les coffres muets
aux serrures bien huilées.

On a perdu bien des choses,
comme les arômes des roses,
et des outils
dont on ne connaît plus l’usage.

Dans un fond du tiroir du vaisselier,
se sont entassées toutes sortes de clefs,
qui ont résisté au passé,
mais ne permettent plus de l’ouvrir.

J’en ai trouvé de toutes sortes:
des lourdes et des longues,
des fines et des plates,
de toutes petites aussi.

J’ai pensé que certaines s’adaptaient
à un cadenas, une autre à un coffret à bijoux.
Clefs rouillées, clefs égarées,
qu’est-ce qui vous rassemble ?

Aucune d’elles n’a plus d’utilité :
je les imagine dans un tableau de Magritte,
ne permettant d’entrer
que dans les nuages .

Je trouve, parmi toutes ces clefs,
celles que des amis m’avaient confié,
avant qu’ils ne déménagent
pour leur dernier voyage….

Peut-être trouverai-je parmi
celles qui me restent
la clef du paradis
( on m’y aurait réservé une place ).

Reste à savoir laquelle
aura des ailes ,
quand ce sera mon tour
un petit tour, et puis s’en va ….

Faut s’en faire une raison :
je n’aurai pas besoin , pour la maison
de la fermer à double tour ,
( je garderai toujours la clef de ton amour ) .

Armand Pierre Fernandez
Art : accumulation de Arman
clefs spirales
ou bien en idée de mobile…

Jacques Tournier – un son pur, sans attache


Comment pouvez-vous croire qu’une mort se raconte ?

Elle se vit, jour par jour, pendant des semaines, […]

C’est votre douleur qui vous trompe.

J’emploie les mots comme ils me viennent. Derrière ce que vous m’écrivez, derrière votre ironie, votre mépris, votre insolence, je sais qu’il y a la douleur.

Vous parlez de votre maison comme d’une maison double. J’y vois plutôt un labyrinthe où vous tournez en rond à la recherche d’une issue que votre douleur, – j’y reviens – vous empêche d’apercevoir.

Contrairement à ce qu’il redoutait, cette musique ne réveille rien du passé.

C’est un son pur , sans attache, qui déroule son propre chant hors du temps et de la mémoire, et l’émotion qu’il fait naître ressemble si fort au plaisir que Jean s’effraie de l’avouer.

Il augmente le son. La chambre devient lumineuse.

Il s’oblige à fermer les yeux pour que cette lumière ne soit qu’intérieure, liée à sa seule écoute, la première frontière entrouverte. Les trois mouvements de la sonate dissipent les dernières ténèbres et s’achèvent sur trois accords. Il les laisse sonner longtemps avant d’éteindre l’appareil. […] Sur la dernière note, il sait qu’il y a quelqu’un dans la chambre. Il écarte les mains vers ce qui pourrait être une présence. Il s’entend dire : « – Toi ? »

Il parle à Julia. Il essaie, du moins. Il apprend. – Parler seul, c’est facile.

Quand tu ne vois personne et que l’envie te prend, autant te parler à toi-même, d’un fou à un autre, et alors ? Ricane qui voudra.

Mais te parler à toi, après un tel silence… Il hésite. – Nous avons parlé du silence à New-York, après l’enterrement de Serge. Tu t’en souviens ? Tu m’as dit que c’était simple de se taire lorsqu’on était deux. Un voyage qu’on faisait ensemble, à partir d’un bruit, d’une odeur, en se regardant simplement pour être sûrs de faire le même.

( extrait de Jacques Tournier : A l’intérieur du chien ( Ed. Grasset – 2002 )

Bornéo – ( SD/RC )


Raoul Dufy – Le cargo noir

et une version plus récente du texte de R C

Jean Dufy – Port du Havre

JeanPierre Balpe – A


Commence par regarder s’arrête puis ferme les yeux imagine se dit que ce n’est pas possible que ce soit ainsi qu’il a vu ce qu’il a vu préfère croire le monde que le voir rouvre les yeux regarde à nouveau n’y croit pas ça va pas comme ça ça va pas question de patience d’apprivoisement de surprise de peur ne sait pas ne sait pas n’a jamais su rester les yeux ouverts commence par regarder mais ça ne dure pas ne peut pas durer ses regards le blessent le monde est trop différent fait un pas s’arrête ouvre un œil le ferme ne veut pas voir ce qu’il ne peut pas ne pas voir ne veut pas voir ça et le reste se dit qu’il rêve ou cauchemarde que tous ces mouvements browniens ce chaos ces fatras de choses et d’autres de regards perdus sourires niais papiers gras visages usés ça ne peut pas être le monde que ça ne peut être qu’une erreur une supercherie rien ou tout c’est selon ferme les yeux met de la couleur des parfums dans sa tête respire s’arrête s’arrête ferme les yeux les ouvre les ouvre les ouvre et ça suffit comme ça ça suffit comme ça ça lui suffit comme ça comme ça

Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement , coupées de leurs racines,
les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?

d’après un texte de Marina Tsvétaieva


RC – août 2016

Jean-Pierre Rosnay – À Tsou l’Egyptienne


Par-dessus le toi des guitares
Ses yeux et son sourire bleu
La nuit mêlée à ses cheveux
Chaque train oubliait sa gare
Le flux et le reflux de la mer intérieure
Qui animait mon coeur à la cause du sien
Me faisait ressemblant à ces ombres de chien
Qu’on voit laper la nuit des restes de lueurs
Mon égyptienne ma mythique
Quand nous baignerons-nous à nouveau
Au port d’Alexandrie entre ces vieux rafiots
Dont la voile crevée donnait de la musique
Du haut de la plus haute pyramide
Léchée par des millions de regards touristiques
Entre Son Lumière légendes et cantiques
Je t’apporte ces mots de sang encore humides
Ces inhumains versets d’amours supra-humaines
Quand le poète écrit d’amour à son aimée
Il charge son stylo d’encre à éternité
Puis lui dit simplement Madame je vous aime
Et je vous saurais gré de l’avoir remarqué

Une halte sur le chemin de saint-Jacques – ( RC )


auberge du Sauvage, Hte Loire photo editions de la Martinière

Emprunter par les temps
de neige et de grêle
le chemin de St Jacques
de Compostelle :
voila que l’on comprend
qu’une halte s’impose:


certains en auront leur claque,
faute d’aller à la plage,
après la marche, on se repose
dans l’outre-lumière de Soulages….

Non, mais rendez-vous compte
que pour un homme
mieux vaut s’arrêter à Conques
qu’aller jusqu’à Rome !

de toute façon,
le chemin est encore long- ,
mais on dit même,
qu’à Rome tous les chemins y mènent.

Tant pis pour Compostelle
ce sera pour une autre fois,
je me brancherai des ailes,

dès que j’aurai la foi. –
Je demanderai aux saints
un peu de patienter
( eux qui n’ont pas d’ampoules aux pieds),
je leur confierai mon bâton de pèlerin…

Sûr qu’ils iront le planter dans le jardin de l’abbatiale,
là, juste derrière le choeur :
mon bâton vaut bien une cathédrale :
voyez donc comme y poussent des fleurs !
Le miracle vient des terres que j’ai foulées,
arrosé des pluies du Jugement dernier –
( après pesée des âmes, on m’a pris en pitié …)

  • j’aurais dû être jardinier –

On me demandera de passer l’arrosoir,
jusqu’au purgatoire ,
le pape m’enverra un carton d’hosties.
Vous comprenez maintenant pourquoi je reste ici.
Sur les églises du coin y a marqué
qu’en ce lieux
c’est la maison de Dieu
( moi, je ne l’ai jamais vue habitée)

peut-être ai-je tort – ou bien raison –
mais tant qu’à visiter l’Aveyron
autorisez-vous un détour : ce serait dommage
de ne pas vous arrêter déguster un peu de fromage
de Roquefort,
sans pour autant tomber raide mort…
Si vous en trouvez au Mont-St Michel
vous aurez de la chance…

il reste quand même un peu de distance,
jusqu’à Compostelle !
Je pense à tous ces pénitents
qui vont, sac au dos,
par monts et par vaux
( et rien à se mettre sous la dent )
on parle bien des fruits de la Passion…
continuez donc dans cette direction !

Bernard Vidal – Zeus


Zeus

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Zeus a dans ses mains tous les dés et toutes les cartes
S’il n’était le dieu suprême
Cela ne s’appellerait-il pas tricher
Zeus a créé le monde et l’humanité en six jours
Il a ouvert toutes les portes Il peut toutes les fermer
Pourquoi s’ennuyait-il au point qu’il ait besoin de régner
Tout puissant sur des êtres infimes
Quel est ce dieu suprême qui a besoin de créer
Quel est ce dieu suprême qui a besoin de repos
Et de tricher

Nathaniel Tarn – les sternes


Toute la nuit sur nos têtes en attente du sommeil
grattements et clabauderies de sternes fuligineuses
au sommet des palmiers (du point de vue cosmique
quelle est la question que se posent les autres espèces ?
Comment pensent-elles ce monde : où va-t-il,
avec nous – ou bien sans nous ?)
Ensuite, sommeil dans les bras de la mer
recouverts de ses épaules d’un bleu insondable
nous protégeant des étoiles incendiaires –
« tout cet or et ce soleil, en joie » dis-tu –
féroces planètes nôtres, nos demeures.

carcasse et abandon – ( RC )


photo Hans Proppe

Ce matin très lumineux,
cette route qui ne va plus nulle part,
un mur et cette carcasse d’un bâtiment blanc
et le vent qui secoue les buissons maigres,
souligne l’abandon sous un azur très pur
après un long détour.
Le soleil a tordu l’ancien climatiseur,
le temps a cuit les pierres,
la route défoncée s’éloigne dans la poussière .

( texte créé à partir de la photo jointe )

dec 2020

Aude Courtiel – des jours des semaines entre un sourire et l’esquive


photo Kathia Chausheva

J’ai guetté les plis sur ta peau.
Des jours des semaines entre un sourire et l’esquive.
Des centimètres de nuages à boire.
Et la peur d’échouer.
Parce que rien ne remplace l’absent.
Que tout pourrait s’arrêter au silence.
Que tu pourrais contourner le vent.
Fermer les fenêtres.
Tapisser l’être.
Pourquoi ne pas enfiler la tombe.
La mort n’est pas le silence.
Tu pourrais aussi passer par les trous dans la porte.
Remettre à plat les plis.
Nommer l’espace.
Du dehors du dedans.
Tamiser le temps.
Avant, maintenant.
J’ai plongé un papier entre tes doutes.
Qui sait si tu l’enveloppes comme un rêve.
Femme à la mer
Combien de temps elle flotte ?
Combien de peaux ?
Des couches
Des plus ou moins vraies
Des plus ou moins fausses
Des promesses
Des effluves
De fauve
Des chiens des chiennes et du velours
À un poil près pointait le bruit du vent
Silence
Encore du temps
À la surface de la lune
Pour soutenir le foutre
Pour dilater la blessure
Prendre le large
À l’horizon qui sait, le chant des sirènes
Combien de temps flotte avant les sirènes ?
Femme marine à deux queues
Envie d’être en soi
En vie d’un toi
Bruit de peaux entre les flammes
Pas de larmes consumées
De cris à l’aveugle
Mais le murmure d’un ruisseau qui fume
Jusque dans la bouche Jusque dans l’iris
Chance
Incandescence
Le désir dilatait le rêve
Est-il encore chaud ?
Bruit de peaux entre les flammes
Pas de larmes consumées
De cris à l’aveugle
Hais le murmure d’un ruisseau qui fume
Jusque dans la bouche
Jusque dans l’Iris
Chance
Incandescence
Le désir dilatait le rêve
Est-il encore chaud ?
Bruit de peaux entre les flammes
Pas de larmes consumées
De cris à l’aveugle

Mais le murmure d’un ruisseau qui fume
Jusque dans la bouche Jusque dans l’iris

Chance
Incandescence

Le désir dilatait le rêve
Est-il encore chaud ?

Françoise Sagan – la fourmi et la cigale


Cigale murale - Bons plans de Décembre 2020 - BornToBuzz

La fourmi ayant stocké
Tout l’hiver
Se trouva fort encombrée
Quand le soleil fut venu :
Qui lui prendrait ses morceaux
De mouches ou de vermisseaux ?
Elle tenta de démarcher
Chez la cigale, sa voisine,
La poussant à s’acheter
Quelques grains pour subsister
Jusqu’à la saison prochaine.
« Vous me paierez, lui dit-elle,
Après l’oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La cigale n’est pas gourmande :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps froid ?
Dit-elle à cette amasseuse.
-Nuit et jour à tout venant
Je stockais, ne vous déplaise.
-Vous stockiez ? j’en suis fort aise ;
Et bien soldez maintenant. »

Françoise Sagan

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