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Instant – (Susanne Derève )


Edward Hopper – Automat 1927

Au lever d’un  jour  incertain,

la vitre me renvoie une  image figée 

que noient   les verts humides du  matin,       

la ligne bleue des toits sagement alignés,

un paysage urbain

On croirait entrevoir un tableau  de Hopper : 

silhouette oisive  accotée au  comptoir

d’un bar ou d’une chambre vide

un mannequin de cire aux prunelles livides

au  regard  orphelin  …

Ce n’est  que mon reflet traquant mes rêves

souterrains,

la table de cuisine  et le pain

une tasse jaunie  où tiédit le café :       

                le même néant  sans objet.

À  tasse vide  coupe pleine,

trinquons aux  instants  qu’on égrène

… comme des pans  d’éternité

La maison de l’ombre – ( RC )


Afficher l’image source

J’ai touché l’ombre de mes doigts,
et elle n’a pas bougé.

La maison était dans une couronne de ronces,
ses fenêtres closes ne parlaient plus .

Ouvertes , elles n’auraient pu qu’être muettes
dans l’oubli des étés et des rires.

Qu’elle gémisse de fatigue dans ses fers

– de rouille – , écrasée par le poids du ciel,
qui n’est qu’indifférence…

J’ai touché du doigt
son triste corps de pierre.
Elle ne m’a pas répondu.

Si j’étais resté plus longtemps,
elle m’aurait mordu
me lançant ses ronces au visage .

RC – nov 2020

Comme chez Francis Bacon – ( RC )


Si c’est la chair abandonnée,
de peine, de joies, de rages,
l’éclairage cru, d’otage,
le sang égoutté
lentement dans la nuit,
cette grande baignoire
où la vie s’enfuit
d’un coup de rasoir.

Difficile ainsi de se représenter
en auto-portrait….

  • plutôt se filmer là,
    devant la caméra :
    machine sans émotion
    oeil indifférent
    où s’installe l’espion
    de nos derniers instants

( Pour ceux qui aurait du mal à le croire
en léger différé – vous pourrez revoir
la vidéo prise ce soir là ) :
une fleur pourpre s’étend
lentement sur le drap ,

  • un bras pend
  • et la lumière s’éteint

Bacon aurait pu peindre
cet évènement sur la toile:
une pièce presque vide

  • un fond bleu pâle
  • une sorte de suicide
    sous un éclairage livide
    cru dans son contour électrique
    une ampoule laissée nue
    ( on dira que cela contribue
    au geste artistique ).

Un corps semblant inachevé
aux membres désordonnés
exhibés comme dans une arène
livré au regard obscène
alors que , pour tout décor
l’air brassé par un vieux ventilateur
tourne lentement encore
dans d’épaisses moiteurs

La peinture a de ces teintes sourdes
comme enfermée dans une cage
On n’y rencontre aucun visage
c’est une atmosphère lourde
de senteurs délétères,
dont elle demeure prisonnière.


Même exposée dans le musée,
elle sent le renfermé …

voir au sujet de F Bacon, cette étude….

Ils ont croqué le jour – (Susanne Derève)


Coquillages, 1920

Raoul Dufy – coquillages

 

 

Ils ont croqué le jour                                                                                 

de leurs  quenottes blanches

et ri jusqu’au-dedans des nuits

 

Mais le matin leur va si bien

– les tartines beurrées et les fruits du matin –

 

et les frasques du jour roulant leur robe

                                                 de turquoise

 

                      

l’air ,  la mer,  le  ciel ,  la conque grise

                                                des nuages

Ont-ils  jamais prêté l’oreille ?

 

De la paume des coquillages

nait  le vent

l’espace infini du vent

bercé du  blanc roulis des vagues

traçant ses roses de sable

jusqu’aux portes de l’océan

 

Eaux vives,  routes de sel

Pressés, ils ont mordu le cœur orange

de midi

de leurs dents blanches

ils ont fini de dévorer la nuit

 

 Prêteront-ils   jamais l’oreille  au murmure 

des jours enfuis ?

 

 

 

A l’heure où reflue la marée – (Susanne Derève)


 

 

lande-bretagne-henri-moret

    Henri Moret – Lande bretonne

 

 

 

Il me reste à brûler  quelques roses flétries

et les hampes rouillées des acanthes

à tailler de grandes coupes dans les blés

 

pour rejoindre les prairies rases de Juillet

la lande rouge  les bruyères

jusqu’à  l’estran  à l’heure où reflue la marée

            

Il me reste à sonder  le ciel sans espérer 

y distinguer rien d’autre qu’un fin brouillard  d’été

–  il tient  lieu ici de beau temps  –      

 

Que le soleil darde enfin  un rayon blanc

alors le voile se déchire

et la renverse du courant dessine des moires                                  

tremblantes  où chavirent les bois flottés 

 

Il me reste  la nuit tombée  à suivre  l’oblique

 faisceau  des phares dans le reflet laiteux

 des vagues pour franchir  la  dune où zigzague  

blafard un  dernier rai de lune

et sonner le départ

 

 

 

 

Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019

Erri de Luca – la brebis brune


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photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

———-

traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 

Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Et si le vent ne contenait aucune promesse (Susanne Derève)


Granville_Redmond_-_Morning_on_the_Pacific     

  Granville Redmond       Morning on the Pacific

 

 

Et si le vent ne contenait  aucune  promesse

S’il fallait rejoindre la mer

–  les rivières ne recèlent qu’un reflet trop pâle

 éphémère   du temps,     

de ce va et vient sur l’estran –

 

 

S’il fallait la rejoindre au-delà des estuaires

quand elle se déleste aux confins du rivage

de son trop-plein d’algues et de pierres

de  bois flottés   de coquillages 

 

 

Lorsqu’on atteint le large,  là est le vent

et sous le vent on largue à la mer 

les derniers repères il n’y a plus trace

de ce que l’esprit formait de rêves et

de chimères

Ou plutôt le rêve est là, il vit, il nous précède

Il bondit plus  bleu que le bleu des

pigments  d’outre-mer

 

 

Et si le ciel blanchit c’est simplement

que la lumière l’inonde

et c’est là que s’abrase la plus petite parcelle

de l’esprit rétif, comme à coup de canifs,

à petits coups de langue, un halètement

plaintif

 

 

Là, la fête commence,   les grandes épousailles

de la mer et du vent, on ne sait plus le dire,

ou peut-être les noces de l’espace et du temps  

pour embrasser le vide   

et d’y plonger on en est plus avide

d’immensité  alors on sait ce n’est pas un vain mot

que la promesse est là  de se couler dans le plus petit

interstice entre deux gouttes d’eau, deux esquilles

de vent sous la peau

comme la vague       toujours plus haut

 

 

 une vague etude PE ROSSET GRANGER

                 Paul Edouard ROSSET-GRANGER  « Une vague, étude »

 

 

 

Ile Eniger – Hors tout


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Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 

Horizons (Susanne Derève)


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         John Joseph Enneking  (Spring Hillside)

 

 

Un dégradé de jaunes et de verts
jusqu’à l’horizon
de genêts, d’ajoncs, de graminées légères
Être là
sans raison
sans autre raison que de se sentir vivre
vivant
 
de l’incroyable élasticité de la mousse
sous les pas
du tronc  lisse    clair
–  l’écorce cède sous les doigts  –
de la respiration profonde  du bois
d’une plume tombée à terre

 

Je sais que la source en est là
enfouie dans le bonheur des mots
Tenter  d’approcher ce qui est
ce qui demeure
et nous survit

 

Tenter de pénétrer l’instant
où l’émotion surgit
sans raison
il suffit d’en rester ébloui

 

Si les étoiles se dispersent
si les désirs d’enfant transpercent
la monotonie des jours
au sortir de l’averse
il y a cette trace lumineuse dans le ciel

 

Où qu’elle mène
j’en cerne  inlassablement le contour
au-delà des jaunes pastels
et des verts chancelants du jour

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

James NOEL (Des poings chauffés à blanc)


Le Paradis Perdu d'Haiti

Ernst JEAN PIERRE    Paradis Perdu de Haïti

                    Sous le manguier des femmes mûres 

Sous le manguier
des femmes mûres
je me mets un plâtre au cœur
maintenant ça bat
tout bas
bas bas bas
pour les jupes volantes
des femmes qui veulent
monter au ciel
au ciel bleu des cerfs-volants

maintenant
elles peuvent
croiser leurs bras
mâcher du chewing-gum
dire je m’en fous
et puis point merde
aux mots d’amour
elles peuvent tout dire
tout se permettre
moi je joue bien
aux mots croisés
elles peuvent prendre
leurs brosses à dents
ces femmes-là
elles peuvent prendre
une cigarette
moi j’aime bien
la mèche des femmes
des femmes qui fument
sans se cacher la chevelure
sans éteindre les feux de joie
elles peuvent jouir
si ça ne dérange
c’est à l’unisson
que naît la chanson
dans le naufrage

                           Confession des formes

La nature est confession de courbes
de montagnes qui se déplacent
à reculons

une femme enceinte a plusieurs veines
plusieurs identités
des densités multiformes
aérées par des respirations profondes
pour prolonger
les mouvements du monde

filles d’orfèvre qui cherchez des rayons d’or
pour vous parer en face du soleil
parcourez la terre dans le parfum du jour
et renvoyez dans le sommeil cette vapeur acquise
allez dire
paix sur les nuages
paix sur les fleuves

s’il pleut du miel
tendez-lui votre bouche

si c’est du sang
dites que vos mains sont bien trop frêles
pour empoigner la cueillette de l’épée
                         
Extraits du recueil  Des poings chauffés à blanc   (Ed Bruno Doucey)
                          James NOEL ( né en Haïti en 1978)

Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 

Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Louisa Siefert – il est des pistes


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peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)

Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


Résultat de recherche d'images pour "open doors open door ontario association"

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 

un furtif passage – ( RC )


visage  street-art  whirlpool     .jpg

Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015

la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 

La chaise rouge – ( RC )


 

Red, Yellow, Red 1969.jpg

peinture: Mark ROTHKO :  1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo: Chris Jones

Résultat de recherche d'images pour "national geographic red chair"

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

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  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

Reflet du toi à moi ( RC )


Afficher l’image source

Il y a bien encore, une ombre furtive ,

Puis cet homme, vu à contrejour.

Au quai voisin passait alors la rame de métro :

Il ne l’a pas prise, et reste debout

devant les sièges vides

aux couleurs acides.

–    A sa tenue, je me suis dit

  • je pourrais être lui –

Et dans le même temps,

Il a hoché la tête,

Et s’est sans doute dit

  • qu’il pourrait être moi .

Nous aurions pu échanger quelques mots,

Chacun sur son quai,

Les rails au milieu,

et même intervertir

ce qui se voit :

Habits , chaussures, lunettes,

Mais aussi ce que nous portons en nous,

La part la plus secrète

notre identité,

ne se limitant pas aux papiers.

Il aurait pu être moi,

Peut-être l’a-t-il été,

quelques instants.

mais sur chacun des quais,

La rame s’est arrêtée,

en un lent chuintement,

nous sommes rentrés dans les wagons,

Dans un même mouvement,

sans nous quitter des yeux.

Avant que les rames ne s’ébranlent,

chacune,

dans une direction opposée,

Et cet autre moi-même,

– Peut-être était-ce,

seulement mon reflet ?

>          Il y a des chances,

…qu’il se pose la même question.

RC-  23 août 2013

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud

Lambert Savigneux – l’amandier


l’amandier

 

des fleurs sur un vieux corps

les traces d’une neige

l’envie apportée par le vent

 

 

 

( extrait  de  « le   Regard  d’Orion »,  beaux  posts  que je continue à parcourir et découvrir )

 

 

Bassam Hajjar – voyages et funérailles


fantasy_islands_fa09_015

Il n y a personne ici,
et ici
on n’appelle pas les tombeaux même
habités par les morts ceux
que les voyageurs laissent derrière eux tombeaux

mais points de repère
pour des voyageurs qui passeront par là
après eux
et laisseront à côté

une gourde, des vivres, des couvertures, et des traces de pas.

les Processions vers eux ne s’appellent pas funérailles
mais voyages,

les tombeaux au bord de la route
-mêmes inhabités ne s’
appellent pas tombeaux
mais mausolées.

(Comme si se présentait l’étranger, le passant, et laissait a
côté d’eux un foulard, un châle, un mégot, ou un caillou qu’il
choisit soigneusement comme souvenir, et puis qu’il jette sur
le tas de graviers et de pierres non pour laisser une trace mais
pour l’effacer car ni le mausolée n’est un point de repère, ni le
caillou ni l’étranger.)

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte. Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table. Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes, les numéros de téléphone,

les adresses postales, la note de l’épicier, la facture
d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons
à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de
dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

de simples signes

celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

ou bien celui qui marche à côté d’eux,
distrait,

pas d’arbres hauts et plaintifs pour les entourer et les ombrager
pas de pierres debout
pas de noms
pas de murailles •
pas d’insignes
pas de sentiers.

Edifice d’un passage fugace ..
lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant
il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe

à tes yeux

avant que ne te dérobe à ses yeux
le carrefour.

Tu n’es rien
et ta parole est passagère, comme toi,
parmi des gens de passage

c’est pourquoi
je parle de moi,
moi,
qui ne passe pas souvent
dans ton horizon.

extrait final de  « tu me survivras »              ed  Actes/sud  2011

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot

Carcasse d’un demi-queue en grimaces ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Leee Plaza Hotel  – Detroit

 

Dans le vaste salle  du Lee Plaza

Les chaises renversées, attendent sans public

Aux arcs à caissons, décoré pour des fastes

Costumés, de bals sur les parquets cirés

 

La lumière s’accroche aux gravats bleutés

Et souligne un décor, quelque peu fortuit

Des fenêtres ouvertes sur courants d’air

Et carreaux qui font en reflets

 

D’un vide  silencieux leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

Les touches d’un clavier tenace

Accrochées à la carcasse

 

Du demi-queue  en grimaces

S’imposant de ses cordes croisées

En témoin hagard, spectre à musiques

D’un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

les photos  de Marchand & Meffre  sont  visibles  sur leur  site , par rapport auxquelles Tikopia ( Tikopia, l’île aux images) a fait quelques variations en textes…

 

cette  esthétique  des ruines  fait  l’objet d’un dossier de presse,  pdf réunissant plusieurs photographes  visible ici

 

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

la maison du lierre – ( RC )


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As-tu laissé le temps
conquérir les murs,
dévaster les planchers,
emporter les volets… ?

Tu es parti si loin,
que, du jardin,
les arbres se sont mis
à pousser en liberté.

Les racines ont soulevé le sol,
la façade s’est couverte de rides,
les fenêtres aveuglées
par des branches conquérantes.

Si tu reviens un jour,
tu ne trouveras plus rien de la maison
écroulée de fatigue :
seulement poutres et pierres

la voûte du lierre
s’appuyant sur la toiture absente
abrite une famille d’oiseaux
qui me parlent des pays lointains

où tu t’es installé.

RC

Ibn Zaydùn – fidélité


phpoto : l’homme à la rose ( 1967 )

photo Roland Michaud 1967 – l’homme à la rose- Afghanistan

Je t’ai évoqué à Az-Zahrâ avec ardeur,
Le ciel était bleu, et la terre
Toute de splendeur vêtue.
Au crépuscule le zéphyr était doux,
Et s’accordait à l’âme,
Comme si, par compassion,
Il s’apitoyait sur mon sort.
Le verger de rosée souriait
Comme s’il portait des perles

Un jour comme tant d’autres de nos jours de plaisirs écoulés,
Nous veillâmes comme des voleurs,
Quand le temps s’assoupit,
Nous jouissions de ce qui séduit l’œil dans les fleurs,
La rosée les inondait jusqu’à les faire frémir sur leurs tiges.
Si ses yeux savaient mon insomnie,
Ils pleureraient sur ce qui m’affecte,
Et les larmes auraient brillé et se seraient écoulées.
Fleurs qui étincelèrent au temps de l’éclosion,
Accordant au matin la radieuse clarté des yeux.
Dans la nuit s’exhalent les senteurs du nénuphar assoupi
Qui dessillent, de l’aube, les paupières.

Tout dans la nature éveille
Le souvenir de notre passion
Au point que le cœur en est oppressé.
Que Dieu fasse que votre souvenir ne s’absente
Ni ne s’envole sur les ailes palpitantes des passions.
Si la brise de l’aube voulait porter mon fardeau,
Quand elle répand son souffle
Elle aurait conduit à vous un jeune homme
Que les coups du malheur ont fait dépérir.
Si un jour exauçait le désir de nos retrouvailles,
Il serait de tous le plus généreux.

Ô femme précieuse, sublime,
Toute pétrie de lumière,
L’aimée de mon âme tu serais
Si je te cueillais comme les amants la rose.
La tendresse était l’aire d’intimité
Que, librement, nous avons longtemps parcourue.
Aujourd’hui je chante, de votre règne, le passé révolu.
Dans l’oubli vous avez enfoui mon souvenir,
Mais l’amour de vous ne m’a pas déserté.

extrait du recueil paru chez  » Orphée » ed la Différence.

c’est un auteur qui a vécu au 10 è siècle

Cacophonie – (Susanne Derève)


Causse de Sauveterre – Photo RC

Cacophonie de chants d’oiseaux :

ce matin comme chaque matin ils occupent tout l’espace sonore

se répondant d’arbre en arbre , de gouttière en gouttière :

rougequeue, mésange, fauvette

et le vol affairé des hirondelles  picorant miettes et rameaux

Le va et vient obstiné des fourmis sous la fenêtre que je déjoue

d’une brindille comme on dévie le cours d’un ruisseau

Vient l’heure où le lézard furtif , pointant son oeil inquiet

rejoint les pierres chaudes , se risque à laper d’une langue hâtive

une flaque déposée par la nuit.

Tandis que le concert des oiseaux s’apaise ,

c’est un long bourdonnement qui monte dans la chaleur :

le chant de basson des insectes saturant le silence.

Au sol l’ombre chemine . Heures indolentes ,

les jours ne passent pas ici , ils nous charrient

comme un long fleuve érodant monts et vallées,

à l’échelle d’un temps démesuré

qui polit doucement causses et dolines ,

croque le calcaire d’une dent gargantuesque

sous nos yeux de petits poucets .

Miroslav Holub – Napoléon


Fox Napoleon | Animaux en costumes, Chien, Animaux en papier mâché

Quand est-ce qu’il est né

Napoléon Bonaparte ?

demande le maître aux enfants.

Il y a mille ans, disent les uns.

Cent ans, disent les autres.

L’année dernière, dit quelqu’un.

Personne ne sait.

Enfants, demande le maître

Qu’est-ce qu’il a fait

Napoléon Bonaparte ?

Il a gagné la guerre, disent les uns.

Perdu la guerre, disent les autres.

Personne ne sait.

Notre boucher avait un chien,

dit quelqu’un,

il s’appelait Napoléon.

Le boucher battait le chien

et le chien est mort de faim

l’année dernière.

Et aussitôt tous les enfants pleurent.

Pauvre Napoléon.

Petits riens – (Susanne Derève)


Mark Rothko, Underground Fantasy 

Je me demandais si la vie

recommencerait *

Je la poussais du pied

en me disant elle fane

comme flétrit la peau des femmes

et l’artifice n’y fait rien

.

Il suffira au matin

d’un peu de soleil sur la vitre

on s’y chauffe puis on rentre vite

vaquer à de petits riens ,

.

– ces petits riens qui nous encombrent

tissent un écran de fumée

ensevelissent les décombres

la flétrissure des années

nous escortent jusqu’à la tombe –

.

Eut-il fallu se saisir

d’un rayon de lune sur l’eau

d’une étincelle sous la cendre 

d’une lueur dans la pénombre ?

Je leur avais tourné le dos.

.

… Croire que la vie recommence

* Jean Claude Pirotte A joie page 132 (Poésie Gallimard)

Je me demandais si la vie
recommencerait chaque fois
que j’entends jouer perdido
au fond d’un canton désert

du pied je battais la mesure
mais la mélodie s’éloignait
pour m’abandonner au silence
bien fait pour toi me disais-je

aurait-il suffi que j’attende
le lent mouvement de la neige
au cœur de la nuit pour que naisse
la chanson de l’inexistence

Désespoir – (Susanne Derève)


Miquel Barcelo – La métamorphose –

Le désespoir

se tient au bord de ma fenêtre

il détourne la tête mais

je le reconnaitrais entre mille visages

grimaçants

Plus de nids d’oiseaux dans l’encoignure

des portes pas un lézard

la pierre est froide sur le seuil

Des cendres grises tiennent l’hiver

sous leur boisseau

Friches jachères et le fourreau glacé du gel

enserrant branches et rameaux

Les violons déchirants de la fête

les archers sombres de la nuit

et toi , passant qui t’enfuis , sans un regard

vers ma fenêtre

Jean-Pierre Balpe – suffit de laisser venir les choses


en fait c’est assez simple n’est-ce pas suffit de laisser venir les choses n’est-ce

pas laisser laisser faire n’est-ce pas laisser être ne pas résister à leurs frémissements pas aller | contre-courant laisser advenir c’est assez simple n’est-ce pas comme ça c’est assez simple c’est la vie la vie des choses qui viennent ou ne viennent pas viennent ne viennent pas vont sont ne sont pas c’est assez simple assez simple suffit de laisser faire se laisser porter par leur rythme leur présence leur être-au-monde pas besoin d’autre chose laisser être laisser venir même si on ne sait pas si on ne les connaît pas les pulsions de vie respirer être respirer être respirer être respirer être inspirer expirer être laisser foire laisser être vivre ou pas c’est selon mais être là au milieu des choses qui vont viennent attendent passent résistent sont

Averses – ( Susanne Derève)


Utagawa Hiroshige – Shôno , pluie d’orage Musée Guimet – Paris

.

Je leur laisserai le soin de brouiller les pistes :

bruines , crachins, averses , rideaux de nuées légères …

.

Rien des pluies écrasantes du Sud ,

de simples rumeurs d’étoiles, un tendre flou de photographie,

le grisé d’une estampe, la fine ondée du jour.

.

Ainsi naissent les larmes aux pétales des roses,

la sueur aux cils fins des trembles.

.

Voiles de printemps, ombelles soyeuses chargées de sève

vouant leurs chevelures au vent,

lâchant des perles de pluie qui glissent au cou nu

des passants . frêles silhouettes taciturnes qui s’évanouissent dans la brume

en frissonnant.

.

Tirer de l’eau du puits – ( RC )


Se pencher par dessus la margelle,
                          tirer sur la ficelle,
au milieu même du petit oeil rond
– découpe du ciel tout au fond -.

Lui,            renvoie mon reflet,
                             jamais je ne ferai
                taire cet éclat de lumière,
même en lui jetant une pierre.

                   Un reflet minuscule
tout au fond du noir
d’où je crois voir
crever quelques bulles

                  Il faut hisser le seau
du puits le plus profond.
Remonterai-je quelques poissons
voulant voir à quoi ressemble en-haut ?

               Que ce seau est donc lourd !
est-ce seulement de l’eau
ou un chargement de lingots,
qui me vient en retour ?

               une eau si précieuse
valant son pesant d’or,
comme un trésor
tapi dans l’ombre ténébreuse.

…         Se pencher par dessus la margelle,
      mais voilà qu’une main invisible
            me fait perdre l’équilibre :
                je bats des bras et chancelle ,

           chute brusquement dans l’obscur,
                                    à toute allure .
… au fond du puits
me saisissent soudain, les griffes de la nuit.

Cathy Garcia – arbre


aquarelle Peter Vilhelm Nielsen

j’aime la grâce du vent

dans tes branches

j’aime ton silence et le battement

de mon cœur contre le tien

Le pont de la chanson – ( RC )


peinture: Man Ray

Il est ce pont,
ce pont fantôme
qui ne mène nulle part,
– des années folles
où l’on danse
au son du galoubet,
une étrange farandole – ,


le pont de la chanson,
qui s’élance
avec panache
                     sans filet
sur les eaux du Rhône.

Le pont St Bénezet


avec sa chapelle,
est une sentinelle
qui a perdu ses arches,
      l’or de ses pierres,
dans le courant impétueux,
des eaux boueuses.


Appelées par la mer,
luisant comme écailles de poissons,
les eaux du pont dont tu oublies le nom.
         Tes fantômes tournant en rond
         quand tes souvenirs s’enfuient,
sous le soleil du midi….

Le pont d’Avignon – ( Susanne Derève)


Man RAY – Le pont brisé

Cette eau qui baigne le contour 
des rives 
Eau vive des chansons

Sous le pont d'Avignon 
dans la chaleur écrasante de midi
les reflets ocres de la pierre versaient 
leur or tremblant

Le courant y jetait des écailles 
d'argent   et moi mes derniers rêves
à l'aune d'une chanson

Sur les arches de pierre abandonnées 
au  Rhône 
mes fantômes menaient en rond 
une étrange farandole
dont j'ai effacé le nom 

Edouard Glissant – La nuit à peine mue –


Photo Ansel Adams (modifiée)

LA NUIT A PEINE MUE, elle mi-close, elle surprend
L’humus : la part de moi qui s’acharne, s’inquiète et crie
Le temps remue de douces ailes, c’est le drap des songes
Tendez-le sur la mer, qu’il apaise, qu’il dissimule.
Il crie: Vous n’êtes que furies sur l’abord de la côte.
Questions voraces, faims, et traces d’oiseaux fous.

(Gabelles.)

Poésies 84
Janvier Février 1984
Revue Bimestrielle dirigée par
Pierre Seghers

James Joyce – musique de chambre – XVI


photo Sylvia Alessi

XVI

Dis adieu, adieu et adieu,
dis adieu à tes jeunes jours,
Vient te séduire l’Amour joyeux
et courtiser ton jeune atour –
le corsage ornant tes façons,
Le filet sur tes cheveux blonds.

Quand tu entendras son nom porté
par les trompes du chérubin,
Pour lui commence à libérer
tout doucement ton jeune sein
Et défais doucement le filet
qui marque la virginité.

XVI


Bid adieu, adieu, adieu,
Bid adieu to girlish days,
Happy Love is come to woo
Thee and woo thy girlish ways –
The zone that doth become thee fair,
The snood upon thy yellow hair,

When thou hast heard his name upon
The bugles of the cherubim
Begin thou softly to unzone
Thy girlish bosom unto him
And softly to undo the snood
That is the sign of maidenhood.

la fuite éperdue du langage – ( RC )


photo Susanne Derève

Ici ce sont des mots
accrochés aux poteaux.
Ils balbutient,
aux orgues du couchant,
et peut-être que le concertiste
a pris les devants
avec mille et une variations,
du cor nu
qui délaisse les bois
pour résonner, ingénu
sous d’autres climats
d’autres lois .

Et ce sont celles de la ville
qui indiquent au passage
la fuite éperdue du langage
emporté par la symphonie urbaine.
Lire ce récit comme une partition
serait bien chose vaine :
Jusqu’aujourd’hui on n’a jamais pu
en faire un poème
à portée de rue :
un cor nu
n’est pas ce corps nu
allongé sur un piano
qui tenterait de lire les mots
accrochés aux poteaux.

Il rêva ce cor nu – (Susanne Derève)


Photo SD – Pancarte de rue – Recouvrance – Brest

Il rêva ce cor nu
l’olifant
un cerf filant sous la ramée
une tendre biche aux abois
et leur fuite éperdue
les orgues du couchant
la mise à mort la curée

Il rêva d’un corps nu
plus pur qu’un corps d’enfant
de la douceur des draps
sur sa peau de son rire ingénu
Il rêva d’être amant

Il rêva d’un cor nu
rêve de concertiste
dans une symphonie
portée par les hautbois
si fervente et si tendre

qu’il s’éveilla tremblant
se demandant
qui de la mort
ou de l’amour
viendrait le prendre

(inspiré d’une des pancartes de rue de Recouvrance )

Julien Bosc – écrire avant de se taire


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écrire
avant se taire
rallumer son feu dès l’aube peler l’orange
raccommoder sa langue et sa peau
compter les gouttes de pluies glissées sous le rameau nu du pommier
laisser venir
offrir un toit au vent  et
si du dedans le papillon frappe au carreau de la fenêtre ou de la porte
lui parler peu sans surtout forcer la voix
le prendre dans le creux d’une main
entrebâiller la fenêtre ou la porte et ouvrir après la main

ainsi
des ocelles rouge et jaune à ras des crêtes et
dans de la nuit bleue
l’éventualité d’un poème
à vingt jours du printemps
offrir un nouvel air à la terre du jardin en
ratissant les feuilles mortes puis
allumer un feu de petits bois et vieux genêts
les y jeter et voir partir en fumée
(penser qu’on pourrait se pendre
allez savoir pourquoi à ce moment-là)
compter les premières jonquilles tel un enfant les pièces au fond de sa poche
et avec huit être riche comme Crésus
rentrer tandis que les pâquerettes hâtives se replient pour la nuit
allumer sa lampe comme d’autres mettent à la voile
faire le vide et
tenter d’en tirer quelques bribes — gagnées sur la mélancolie
——————

La porte étroite – ( RC )


 

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Tu ne regarderas plus sur mon épaule :
trop de larmes ont dévalé les pentes :
mon existence a suivi une courbe lente,
trop d’eau a coulé sous le saule.

J’ai refermé sur moi la porte étroite :
il n’y a plus de place à la lumière ;
ni aux infimes grains de poussière :
je sens déjà l’usure du temps avec ses grosses pattes.

Ma respiration se voile en suspends,
léger sursis à ma lourde peine,
au souffle ténu d’une légère haleine,
avant que se glace mon sang.

RC – août 2020

Armand Silvestre – Nénuphars


Pipercreations Lotus Flower Butterflies Water Nature Seasons Summer Warm GIF

Sur l’eau morte et pareille aux espaces arides
Où le palmier surgit dans les sables brûlants,
Le nénuphar emplit de parfums somnolents
L’air pesant où s’endort le vol des cantharides.

Sur l’eau morte à l’aspect uni comme les flancs
D’une vierge qui montre aux cieux son corps sans rides,
Le nénuphar, nombril des chastes néréides,
Creuse la lèvre en fleur de ses calices blancs.

Sur l’eau morte entr’ouvrant sa corolle mystique,
Le nénuphar apporte un souvenir antique :
— Vénus marmoréenne, éternelle Beauté,

Ton image me vient de l’immobilité,
Et sous ton front poli je vois tes yeux de pierre,
Comme les nénuphars profonds et sans paupière.

Silvina Ocampo – Immortalité –


                                               Georgia O’ Keeffe – Blue morning glories 

 

 

 

Je suis morte tant de fois, o mon aimé,

d’une douleur insolite dans ma poitrine !

Je suis morte tant de fois dans mon lit

d’obscurité, d’amour désespéré,

que peut-être une mort véritable

me méprisera-t-elle comme ce volubilis

qui sans pitié en vain fut anéanti,

et qui resurgit dans la dure solitude

de ses fleurs rouges en détresse,

dans l’ombre furieuse de ses feuilles.

 

 

 

¡ He muerto tantas veces, oh mi amado,

con un dolor insolito en mi pecho !

He muerto tantas veces en mi lecho

de oscuridad, de amor desesperado,

que tal vez una muerte verdadera

me desdene como a esta enredadera

que mataron en vano, sin piedad,

y que surge en la dura soledad

con sus desesperadas flores rojas,

en la sombra furiosa de sus hojas.

 

 

 

Poèmes d’amour désespéré

Traduction Silvia Baron Supervielle

IBERIQUES

JOSE CORTI

Justo Jorge Padron – la visite de la mer


photo perso côte d’Iroise fev 2021

Sur l’oxydation verte des rochers
je me réserve, je le sais, une merveille.
l’eau en images va et vient.
Son écume bâtit des temples diaphanes.
Des régions de diamants
éclatent miettes dures contre le basalte noir
laissant la brise constellée
d’amandiers neigeux et tremblants.
Leurs émaux à peine tournoient
dans le miroir prodigue du soleil
et retournent à l’eau comme pluie fourvoyée.
Reviennent les chevaux en incessants suicides.
Formant une unité parfaite. Un voisinage.
Une haleine les guide, cristalline,
qui s’avance vers moi, ailée et majestueuse.


Toutes couleurs se découvrant elle me dit :
“Moi aussi je t’attendais.
Prenons le temps de nous parler,
mais d’abord rêve et vis pour moi cette journée, la tienne,
chez les hommes… ”

Ophélie de pierre- (Susanne Derève) –


                                                      Paul KLEE – House on the water 

 

Je ne convoque pas les images     

 je les laisse

insensiblement m’envahir                                                                                                     

dériver lentement

comme les voiles gris  d’une Ophélie  

de pierre                                                                              

 

et son visage  est celui des murs

de ma maison 

d’un pot de grès

des fleurs séchées que j’y dépose

de la nappe usée sous le doigt

 

de la lumière que verse à flots par la  fenêtre           

un trop rare soleil

 –  les arbres du jardin  en ployant sous le vent

 y   jettent de grands papillons d’ombre :

l’érable,  ses samares  blondes,

et le charme, obstinément adossé aux embruns –

 

Son visage est pareil aux murs de ma maison

emplie de rires d’enfants et de  nuits

sans sommeil,

de bonheurs et de larmes,

de rêves adolescents,

de veilles inquiètes dans l’ombre mauve des  matins ,

– à  l’horizon luisent encore les phares

dans le  jour incertain  –

 

 

Alors je laisse doucement refluer  les images

Je referme les murs de ma maison

 

Ophélie grise,

elle vogue vêtue des voiles du silence

au gré du hasard et du temps  

et  j’en suis longtemps le sillage

jusqu’à perdre sa trace  

insensiblement

 

Colette Seghers – Ne me cherche jamais


montage perso 2006

Ne me cherche jamais

Tu me cherchais?

Ne me cherche jamais, je suis là,

embrassée du cœur aux chevilles

dans tes mains d’homme et ta mémoire.

Et nouée comme une pièce d’or

dans le trésor confidentiel de ta vie,

brigandée dans l’envers du temps…

Ne me cherche jamais,

je suis là,

la nuit peut bien sécher ses grands

trains d’herbes fauves et lancer

sur ses rails le convoi des saisons,

elle peut bien passer de l’une à l’autre

sur ses passerelles d’orages

ou le ventre sans ciel des froids,

elle peut bien apporter ce qu’elle voudra,

ce qu’elle pourra,

sa rançon de fatigue ou sa ruée de rêves,

je suis où tu voulais que j’aille.

Ne me cherche jamais,

Nous allons là où ceux qui s’aiment

vont ensemble, épaule contre épaule,

dans le vent des solstices…

M.C.Richards – Ils dorment


pp

photo Helmut Plamper – Toscane

THEY ARE SLEEPING

I have painted the female hills
stretched and piled against the sky.
They are sleeping.
I have given them golden haloes.
They are saints.
They are sleeping.
I have painted the gold in clouds and crevices as well,
meaning to say how they too are saints,
how the world sleeps,
how womanly is the landscape,
how a whiskered angel also sleeps, as a field of grain.

ILS DORMENT

J’ai peint les monts aux formes féminines
étirés et empilés contre le ciel.
Ils dorment.
Je leur ai donné des auréoles dorées.
Ce sont des saints.
Ils dorment.
J’ai aussi peint l’or dans les nuages et les crevasses,
c’est dire comment eux aussi sont saints,
comment le monde dort,
combien le paysage a l’aspect féminin,
comment un ange à moustaches dort aussi, comme un champ de céréales.

poème extrait d’un recueil sur les poètes du Black Mountain College.

Tentative de traduction : RC

Zone portuaire – ( RC )


photos & montages perso

montage et photos RC

C’est un jour où l’hiver fait relâche,
au bas de la ville
où dansent les grues
jouant de leurs muscles orange.
Nous avons longé la zone portuaire,
les façades abruptes des entrepôts,
où l’océan pousse et respire l’iode
au pied de la jetée.

Les camions en attente,
derrière les grillages hostiles,
les bâtiments blanchâtres
où s’entassent de vieux pneus,
les containers empilés
se refusant à l’esthétique,
ainsi les odeurs de goudron et d’huile
revêches , comme les réservoirs de carburant.

Pourtant la géométrie sans fioriture des hangars,
le tracé capricieux des tuyauteries
se soumet à une linéarité
que soulignent leurs ombres portées ,
ce jour où les objets dessinent dans leur volume
leur propre contradiction, qui se révèle
au cœur même des flaques,
le bitume et ses plaques soulevées.

Il faudra attendre que le soleil se couche,
que les reflets jouent sur les métaux :
tôles et citernes désaffectées
et qu’un ciel obscurci les combatte ,
pour que la scène se change
en un théâtre flambloyant ,
rempart illusoire contre l’océan
qui patiente derrière la jetée.

Il porte le tragique d’un bûcher
dans un alambic d’angoisse
la couleur s’y déchire ,
les géants s’affrontent :
bras des grues opposés aux cargos sombres :
blondeurs de crépuscule qui font étinceler
les objets communs, des rails de la voie ferrée ,
aux cuves les plus modestes.

Ce n’est qu’un dernier cri,
où se distillent les éclats de lumière,
traversant les vitres.
Ils ricochent sur les poteaux métalliques:
mise en scène tragique
où tout ce qui s’oppose devient silhouette
avant que le faisceau des phares
ne prennent le relai.

photo perso

Francis Jammes – Tristesses


Albert Marquet – La fenêtre aux plantes grimpantes

Je la désire dans cette ombreuse lumière

qui tombe avec midi sur la dormante treille ,

quand la poule a pondu son œuf dans la poussière

Par dessus les liens où la lessive sèche ,

je la verrai surgir , et sa figure claire.

Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux .

Et sa chambre sera prête pour son sommeil,

et elle y entrera comme fait une abeille

dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

Clairières dans le ciel

Tristesses (1)

nrf Poésie /Gallimard

Ivo Fleischmann – Vers


m

Les secrets. Nous en sommes entourés.
Un seul visage, ou deux ?
J’écoute ton souffle et quand tu ouvres les yeux
et que tu me demandes pourquoi je veille
jamais je ne dirai le nom de la rue le nom de la ville
le chiffre de l’année
Jamais je ne dirai que des nuages là-haut filent vers l’horizon
Je te soulève de la rivière où tu dors
et je t’y replonge pour descendre avec toi au fil de l’eau
la nuit, comme un torrent
qui ne remontera jamais vers sa source.


(Quelques feuilles et la rivière )

— extrait du recueil « poésie », la nouvelle poésie tchèque

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