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Nouveau

Une toute petite étoile, à leur portée – ( RC )


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Photo: Etsy

 

 

S’il se développe, et se ramifie,
On dirait, qu’il se divise à l’infini,
Jusqu’à ce qu’il se fasse
Le support des étoiles.

Les feuilles cachent bien ce secret,
Elles portent même de l’ombre,
Que l’azur ne traverse
Que les jours de pluie.

Et puis la naissance des branches,
Se fait en silence.
Rien ne se laisse deviner
De leur élan.

Là aussi c’est un secret,
Dissimulé dans l’aubier.
C’est une puissance qui veille
Et travaille en siècles.

A l’envers,          c’est la même chose.
Non :    les arbres ne s’agrippent pas au sol,
Ce sont eux     qui supportent le monde :
comme une toute petite étoile

A leur portée.

Raymond Penblanc – Comme sur la photo


photographe non identifié: rencontres  d'Arles  2012

photographe non identifié:            rencontres d’Arles 2012

 

( extrait de  parution  de la revue « Secousse « , n°9 )

Comme sur la photo    Je vois bien qu’elle me reproche quelque chose, sans parvenir à saisir ce qu’elle dit.

D’après le dessin de ses lèvres il pourrait s’agir de « je », ou alors du « ch » de « chéri », qui n’est pourtant pas un mot de son répertoire. Qu’est-ce que ce mot viendrait faire ici d’ailleurs, surtout si c’est à moi qu’elle s’adresse ? Ses petits chéris sont debout à côté d’elle, Violaine sur sa gauche, Paul sur sa droite. Entre eux et moi il y a ce large parterre de fleurs qu’il faudrait que je franchisse pour pouvoir les rejoindre. Elle ne devrait pas être irritée contre moi. Non seulement je n’ai pas piétiné ses fleurs, mais je n’ai toujours pas bougé. Et si c’était mon immobilité qu’elle me reprochait ? En principe je devrais me trouver avec eux, mais où exactement ? Sur sa droite ou sur sa gauche ? Sur sa droite bien sûr, ça équilibrerait, Paul rejoignant Violaine sur sa gauche. Violaine, revêtue de cette petite robe claire qui lui va si bien, tenant glorieusement sa petite ombrelle de papier crépon dans ses deux mains, Paul toujours très raide, avec ses cheveux blonds toujours aussi sagement peignés,

séparés par cette immuable raie à gauche, qui est également le côté où il cligne de l’œil, clignement qui lui tire la pommette vers le haut en le faisant grimacer.

Il ne dit rien, ni Violaine non plus. Il n’y a qu’elle qui parle, dont la lèvre inférieure, légèrement retroussée semble exprimer une petite moue de réprobation. Il ne peut donc s’agir d’un « ch », mais plus vraisemblablement d’un « u », ce qui me laisse à nouveau perplexe, car je ne vois pas quelle phrase s’adressant à moi pourrait commencer par un « u ». Est-ce à moi qu’elle s’adresse d’ailleurs, et pas plutôt à Violaine et à Paul ? Et pour leur dire quoi ? Qu’ils ont beaucoup de chance de se trouver du côté où ils se trouvent, et pas de celui où je me situe, moi, comme dans un autre monde, étrange, obscur, incertain, et dangereux surtout. « Voyez », tel est sûrement le mot qu’elle prononce. « Voyez », insiste-t-elle, sans trop appuyer, (il ne faudrait surtout pas les effrayer.)

Elle ne sait comment disposer ses mains, qu’elle laisse retomber maladroitement, une sur chaque hanche, le long de cette robe d’été que je me rappelle lui avoir toujours vue. Une robe blanche à fleurs bleues, serrée à la taille par une ceinture de même couleur et ornée des mêmes motifs, qui lui descend assez bas, juste au-dessus des chevilles. Son bras droit m’apparaît plus détaché du corps que le gauche, signe qu’elle pourrait s’en être servie pour me désigner à Violaine et à Paul, avant qu’eux-mêmes me découvrent à travers cette pénombre qui recouvre progressivement le jardin, de mon côté du moins, alors que ça ne devrait pas être le cas du leur, car je les distingue parfaitement dans cette lumière presque irréelle qui pourrait laisser croire que c’est encore le matin pour eux, et sans doute aussi l’été. Cependant il y a quelque chose qui me gêne.

Est-ce le sourire de Violaine, cette façon nunuche de brandir sa petite ombrelle de geisha ? Est-ce la raideur de Paul à la raie trop sage, cette tension qui lui tire sur la joue comme s’il me faisait de l’œil ? Leur sourire n’en est pas un, c’est une grimace de circonstance, celle qu’on s’inflige en présence des morts, cet affreux sourire que les vivants accrochent à leurs visages compassés, y compris les enfants dès lors qu’on les y oblige, ce sourire qu’ils adressent aux grandes personnes devant lesquelles on les force à s’incliner.

Pour Violaine et pour Paul je suis un grand, je suis l’aîné. Celui qui s’est séparé d’eux très tôt, qui est parti, dont ils ont entendu parler de loin en loin et toujours à demi-mots, comme d’un étranger, comme d’un malade aussi, qui reviendra peut-être, quand devenus grands eux-mêmes ils auront perdu, elle ses préciosités de petite fille, lui ses raideurs de petit garçon mal dans sa peau. Ils doivent sûrement me reconnaître. Je n’ai pas tellement changé. J’ai juste un peu moins de couleur sur les joues, et mon visage doit être terriblement figé.

Cependant mes yeux sont encore bien ouverts puisque je les vois. Eux attendent sans doute que je me manifeste par un mot, ou par un geste qui contribuerait à détendre l’atmosphère. Ils espèrent ça de moi, et elle aussi, qui ne peut accepter de les avoir préparés à me découvrir couché sur ce lit si je ne m’explique pas un peu. Certes, ils ont très peur. Pourtant ils savent déjà, ils connaissent mon secret.

C’est pour ça que Violaine a apporté son ombrelle, et c’est pour ça que Paul est resté tête nue, sans sa casquette, et qu’il cligne de l’œil. Comme sur la photo. En tout cas c’est ainsi que je me souviens d’eux, et pour cause, c’était toujours moi qui les photographiais.

Se couvrir la tête dans des circonstances comme celles-ci ne se fait pas, même à cet âge. Elle les a bien dressés. Elle leur a certainement recommandé de ne pas s’agiter, de ne pas bâiller, de ne pas soupirer, de ne pas sangloter. Et ils ne devront pas se sauver non plus. Mais voilà que tout se précipite et que je cesse brusquement de les voir. Des pas, nombreux, résonnent en se dirigeant vers moi.

Je me croyais pourtant en sécurité ici, au cœur de ce jardin, dont je me serais bien gardé de fouler l’herbe, de piétiner les fleurs. Quelqu’un vient de fermer un rideau sur mon côté droit, tandis qu’on en ouvrait un autre sur mon côté gauche. Le bruit de fleurs écrasées proviendrait-il donc de là ? En tout cas il m’apparaît brutal. Moins que cette lumière qui m’aveugle à présent, avant même que j’aie eu le réflexe de me plaquer les mains devant les yeux.

En un instant je suis emporté. Je sens que le mouvement du chariot se transmet à tout mon corps. Puis la voix retentit. « Préparez le bloc. C’est pour un lavage d’estomac. »

photographe  non identifié

photographe non identifié

Raymond Penblanc a publié 3 romans aux Presses de la Renaissance et publie aujourd’hui des nouvelles, essentiellement dans la Revue des Ressources et aux Éditions de l’Abat-Jour ainsi que dans des revues (Brèves, l’Ampoule, Népenthès, Le Livre à Disparaître, La Femelle du Requin)

Préférer les sandales aux bottes de cahoutchouc ( RC )


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-fresque  de la Villa Farnèse  – Raphaël

 

Au confort exotique,
le corps  s’étale
dans la vie locale
aux aléas climatiques…

Convoquée ,      manucure
Ne craint pas scandale
Et dessine , démarche bancale
Les pieds,       ailés      de Mercure

Trouver meilleure chausse
A son pied   servile ….
Il est toujours plus facile
De célébrer des noces

En sortant de son chapeau
Un soulier de cristal
       Plutôt que sandale
Aux temps hivernaux.

Au sortir de l’aéroport
Si tu as le pied fin,
C’est soulier de satin,
Garanti grand confort

Aux pays  du soleil
Sans être momie,      aux bandelettes
Es tu bien dans tes baskets
Les ampoules vissées aux orteils ?

Trouver chaussure à son pied,
Le grand amour  rêvé…
Cueilli au pied levé,
Des temps expatriés.

Des bottes  de sept lieues
Permettent, avec quelque  chance
De franchir grandes distances
Pour agiter,   mouchoirs des adieux.

La soif d’idéaux
Fait de toi            la reine
– Un jour couverte  d’étrennes
Portée au plus haut…

C’est oublier, que la terre  est dure,
Même de l’autre côté           – obtuse
Et que les semelles   s’usent
Avec la distance, et le pas sûr…

Il n’y a pour rêver, pas d’age…
Aux vols d’altitude
La chute peut être rude
En quittant les nuages.

Laissant de l’amour,    le mystère
J’en connais,    qui préfèrent des souliers
–        De milieux hospitaliers
Accrochés à  la terre.

Se bouchant les oreilles, Ulysse
Pour éviter ,      des sirènes, les voix
Fit ainsi son choix
–         Et sur lui, elles  glissent.

Quittant le paradisiaque,
Le voila, laissant le boubou
Pour des bottes  de cahoutchouc
Bientôt en vue d’ Ithaque …

Pénélope,….        pour l’accueillir,  est venue,
        Portant ses escarpins
        Au creux de ses mains,
Et elle,                       elle est pieds nus…

RC    – 14  janvier 2013

La porte du sommeil ( RC )


photo : opéra de Wagner:            l’anneau des Nibellungen


La porte du sommeil


Lorsque la lourde porte s’entrouvre
Et que se glissent les rêves
Les brumes des légendes,
Les nymphes flottantes,
Aux bruits                      de la forêt,
Laissée,            nocturne à la mousse
Et aux sommeils sauvages,
Juste effrités,               par les images
Furtives des biches, venues s’abreuver
Aux sources de la nuit.

Il y a dans nos mémoires,
Toutes les histoires,
De chevaliers errants,
Les étangs fumants,
Les poussières fuyant en rayons de soleil,
Lorsque, justement, on sombre dans le sommeil.
Les fées sont d’exquises danseuses  *
Les plantes, aux tentacules vénéneuses,
Se liguent ,               hantant, en errance,
Nos souvenirs d’enfance.

Dans nos rêves, se glisse la tempête,
Si on soulève la tête,
C’est tout un monde fantastique,
Qui bascule toute logique
Le désert des tartares
Les griffes du cauchemar,
Les épées qui tranchent
Les arbres qui se penchent
La brume filtrant des puits
Les nains qui s’enfuient…

Un cercle de feu ,              où s’inscrit
—             La chevauchée des Walkyries,
L’écho renvoit,             et répète
Les sonneries des trompettes…
—  Dans la tête aussi , les peintures d’Odilon Redon
Et s’envolent aussi                    le char d’Apollon,
Et d’autres                              animaux sauvages,
Quittant la terre pour un voyage,
Tutoyant l’irréel
Dès que leur poussent des ailes.

RC  –  4 décembre 2012

illustration: l’or du Rhin

* «  les fées sont d’exquises danseuses » est le nom d’une pièce pour piano de Claude Debussy,   ( préludes)             voir lien DailyMotion

Claude Chambard – transformation


                       estampe japonaise – averse

 

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

Retour des enfants dans la maison vide ( RC)


maison abandonnée à Detroit – où on sait que depuis la crise, de nombreuses maisons ,immeubles, bâtiments officiels,hôtels… sont laissés dans un état d’abandon « avancé »… bien sûr assez éloigné de ma vision du Vaucluse

 

 

 

Ce poème fait écho – avec d’autres  couleurs –  à la publication précédente  ( de Marie Hurtrel )

 

 

J’ai aimé les parcours des échos, dans la maison vide, ce qui fut la chambre.

Et le lumière rebondissait sur les murs chaulés, du soleil de décembre.

La raison s’égare, et aspire peut-être au vertige  de l’ombre

De l’abri généreux , de la main tendue, jusqu’aux  décombres

 

Si le soleil s’est voilé,    et tendu d’un ciel sans désir,

C’est, dans la portée,       la parenthèse, d’un soupir,

L’espace , un instant d’années, délaissées, le pardon

Des jours brisés,                         un parfum d’abandon

 

S’en allant doucement, si les jours s’agrandissent

Comme bien sûr, ceux-ci, ont fait peau lisse.

Les petits enfants, sont revenus dans la maison du Vaucluse

Ont révélé, aux murs silencieux d’avant, cette parole  recluse,

 

Ouverts,         les  chants du printemps, aux oreilles sourdes,

Et laissé                      aux  cimetières les pierres trop lourdes

 

Aux phrases retrouvées, portées d’ailettes

Le vocabulaire,  a retrouvé  de belles lettres

Le jardin, ses insectes  , coccinelles, et sauterelles

En lumière de renouveau, elle, zébrée  d’hirondelles…

 

RC         20 mai 2012

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

passé cette zone, nous ne garantissons pas votre sécurité – ( RC )


Afficher l'image d'origine« passé cette zone, nous ne garantissons pas votre sécurité »

oups la ! ( voila bien le péril qui se dessine ! ) .
Il y a l’enclos         où paissent les bêtes tranquillement,
–         et puis l’extérieur où d’autres rodent.
L’espace connu       et celui qui plonge dans les brumes .
La civilisation          et ce qui se trouve en dehors.
Mon corps                 et ce qui ne l’est pas.

La surface autorisée, et celle où on peut pas rentrer.
–       Ou alors sous condition…
On a vu ces temps-ci           beaucoup de clandestins,
         des personnages interlopes,
des étrangers, faisant appel aux passeurs,
de nouveaux Stalker..

Montrer patte blanche,           décliner son identité,
porter la tenue adéquate,       et le badge assorti.
Délimiter le territoire,             installer une clôture,
puis une muraille,                      enfin, une frontière.
On ne mélange pas les torchons et les serviettes,
le bas et le haut,                        la droite et la gauche…

– Décrivez le motif de votre voyage,
– Montrez vos papiers , votre autorisation,
– Avez-vous votre mot de passe ?
êtes vous vacciné ?
– Quelqu’un se porte-t-il garant pour vous ?
– Quelles sont vos origines ethniques ?

C’est une zone réservée :
on y reçoit les V.I.P
C’est une zone top secret,
on procède à des expériences.
C’est un endroit très bien situé,
le stationnement y est payant…

« passé cette zone, nous ne garantissons pas… »
           Ce sont des cercles bien fermés,
qui s’entortillent sur eux-même,
obsédés par la surveillance,
ce « nous  » qui porte son regard partout,
      ( et qui exclut les « vous » ).

La légalité sait dessiner des traits sur les cartes,
couper des pays en deux,
définir qui respecte les règles
et qui est clandestin…
et « out » ( comme au tennis ).
il y a même une zone marquée « ciel » dans les marelles


RC – juin 2016

Yves Prié – Obsidienne


Klavdij SLUBAN 9  9.jpg

photo: Klavdij SLUBAN ( rencontres  d’Arles  2011 )

 

Pour  saluer Caillois  et Guillevic          (  extrait )

 
Attendre la mort
et sa dureté minérale
Nous ne traverserons pas
Notre vie se brise là
L’obsidienne en détourne le reflet

Paul Vincensini – Des paniers pour les sourds


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Peinture:  JF Millet : paysans bêchant

 

L’âcre odeur de sueur
Qui monte de la terre
A dissipé l’encens
Et ronge les suaires
Les mains durcies fermées par le labeur
Et les mains sans limites
S’effilochant en rêves
Se cherchent et se crispent
Dans la même douleur.

« Des paniers pour les sourds », 1953.

L’aspra adori di sudori
Chì cresci di a tarra
Hà alluntanatu l’incensu
È runzicheghja i fossi
È i mani induriti è senza fini
Chì si starpiddani in sonnia
Circhendusi stantarati
In un stessu dulori

Créatures de l’enluminure – ( RC )


Afficher l'image d'origine025-2r.+Texto+ilustrado.jpg

manuscrit  enluminé:  Heures  de Catherine  de Clèves

 

Si le moine s’ennuie
au coeur de l’abbaye

il peut laisser voyager
songes et pensées.

Son imagination
ne doit rien à la dévotion.

Penché sur le manuscrit,
le voila qui décrit

avec une grande minutie
l’enfer ( c’est ce qu’il a choisi ). :

Le combat du bien et du mal ;
le héros à cheval

qui lance sa monture
sur une sale créature

quelque peu imaginaire,
telle qu’il pense trouver en enfer.

C’est un regard halluciné,
digne de terribles bandes dessinées,

où se multiplient les aventures,
dans les recoins des enluminures.

Il y a le monstre noir
gardant le purgatoire :

un ciel peuplé de nuages noirs,
barrant tout espoir.

On voit que le peintre s’est fait un plaisir
de manier la poële à frire,

d’envisager avec délice,
une déclinaison de supplices

Excusez du peu ….
   ce ne fut qu’un jeu

de rendre souhaitable
que des petits diables

vomissent des bouches de feu ;
——->   Nulle part on ne voit Dieu

        ( honni soit, qui mal y pense …
–      il est parti en vacances) .

RC- juin 2016

 

 

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reproduction moderne   d’icône…

Sylvie Durbec – Notes pour mon père


NightShot_6_2048.jpgUne pluie parfumée à mes pieds:

le vent est dans l’acacia.
Un vol de voix au-dessus de moi:
je cherche des yeux les anges.
Un vent riche, profond
palpite dans l’arbre long,
puis aventure des formes
en jouant avec le ciel.
C’est l’odeur d’un boulevard
de papier buvard
où marche joyeux le nom
de mon père mort.
J’ai un seul mort
dans la mémoire.
Il me donne de la joie
et envie de marcher, vite.
Ce mort, jamais
ne m’a enterrée
sous le poids
de la terre.
Mon père, c’est vrai
sur l’eau courait
en me tenant par la main
pris dans sa distraction.
( retranscrit du site « la petite librairie des champs » )

Creuser un peu du passé – ( RC )


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photo :restes archéologiques engloutis ( Phare d’ Alexandrie )

Difficile  d’expliquer,ce qui se passe,
Et continue,  de guerre lasse…

Comment traverser, les forêts, les déserts,
Les étangs, puis les îles et les pierres.

Il n’y a pas de  guide,
Pour écarter l’insipide.

L’eau  n’a plus le goût du sel,
Et les feuilles  s’amoncellent..

Comme un vent  de délire…
Personne n’a plus le temps  de les lire,

Avec toute cette horde,
C’est un trop plein qui déborde,

Ou bien le tonneau des écrits,
Qui toujours se remplit  :
Celui des Danaïdes,
Ignore pourtant le vide,

Va se remplir en même temps se vider,
Au crépuscule des idées…

Les mots accumulés  sur la table,
Se confondent  comme les grains de sable,

On ne voit plus les limites
( il doit y avoir des fuites)

La ronde des chapitres,
Se convie en hectolitres,

Et sitôt publiés,
Bientôt oubliés,

Supplantés par les nouveautés,
Juste une valse d’été,

Ceux qu’on appelle  best sellers,
Bientôt happés par l’hiver,

Il n’y a de l’actualité,
Qu’un souvenir délité,

A peine esquissé,
Le présent est déjà du passé…

Et pourtant, à tout accumuler,
Des temps les plus reculés,

La mémoire  collective,
Se retrouve en archives,

De l’iceberg, la partie qui dépasse,
Est une bien petite masse

A cheminer sur  de longues pistes….
Encore faut-il que subsiste,

Bien dissimulés, sous l’ ombre,
De tout ce qui encombre,

La volonté de découverte,
D’anciennes terres vertes,

Que rien ne cadenasse…
Mais l’épaisseur de la glace,

Conserve bien au frais,
Des écrits restés secrets,

Et peut-être les ramener à la surface,
Extirpés        de toute cette paperasse,

Un trop d’abondance créant l’oubli,
– les décombres du phare d’Alexandrie –

Creuser un peu de passé,  donnerait à lire,
En lui,  ses morceaux d’avenir.

RC- février  2014

Alberto Giacometti – nous n’avons pas le choix


theparisreview: Self-portrait by Alberto Giacometti. James Lord writes in his introduction, “He works in a state of intimate excitement with his materials, his long strong functional hands never still, never quite clean of contact with his work … The figures and objects are seen by the artist not as pretexts but as ends in themselves and are to be seen similarly by us.”

 

Self-portrait by Alberto Giacometti.

« Nous nous intéressons à certaines choses, et à celles-là plutôt qu’à d’autres parce que notre constitution nous y oblige, parce qu’il nous serait bien impossible de penser, d’agir autrement. Comme nous n’avons pas le choix de la longueur de nos jambes, de nos maladies, nous ne l’avons pas de notre manière de penser, de notre manière de nous exprimer, et cette manie de s’exprimer est bien du même ordre, rigoureusement du même ordre, que le jeu des mouches autour du globe d’une lampe éteinte au matin. »

— Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007

Reina Maria Rodriguez – L’île violette


vue  bord fra  arch -0481.JPG

VIOLET ISLAND

…j’ai connu un certain homme, un homme étrange.
il gardait jour et nuit la lumière de son phare
un phare ordinaire qui n’indiquait pas grand-chose,
un petit phare pour embarcations de fortune
et peuples obscurs de pêcheurs, là, sur son île,
il échangeait avec son phare les sensations
attendant jour et nuit cette autre lumière
qui ne surveille la persécution d’aucun objet,
cette autre lumière réflexive, parcourant vers l’intérieur
la distance entre le port sûr de l’endroit
et l’œil qui voit revenir, d’en haut et transparente,
l’illusion provisoire qui s’éternise :
cette courbe de l’être tendue tout contre le phare
sans précaution ni limite, pour être ou avoir
ce qu’imparfaitement nous sommes, rien d’autre
que rêver ce qu’il veut bien rêver et être où il est
au-dessus des eaux tranquilles et éteindre tout dans le tableau
d’un jour et redevenir nouveau au petit matin
près du petit phare perdu d’Aspinwoll
sans même imaginer qu’il pourrait exister le moindre désir
ne serait-ce que celui de désirer la petite lumière qui tombe,
avec la nuit,
sur les eaux tranquilles et les sons déjà morts
de ces vagues, de jouir et souffrir, un refuge sincère.
Comme le gardien du phare d’Aspinwoll, seul sur son phare,
je me suis endormie malgré la lumière intense qui tombe
et se détache au-dessus du temps, malgré la pluie
frappant le miroir des poissons blancs,
malgré cette lumière spéciale qu’était son âme,
je me suis endormie entre le port et la lumière,
sans comprendre : je voulais, je voulais seulement
un peu plus de temps pour recommencer à apprendre,
pas sur le ressac de la commisération
où les désespérés attachent leurs mâts;
pas l’authentique bonheur de vivre sans savoir,
sans se rendre compte; pas la lumière provisoire qui s’éternise
et feint d’être
ce que nous serons
ni la peur de posséder la réalité opaque, immanente,
je ne voulais la vie qu’à cause du plaisir de mourir,
sur les eaux tranquilles,
en compagnie des poissons blancs, et j’attendais impatiente
qu’arrive encore la répétition de mon inconscient
afin que quelqu’un y trouve l’intouché, l’autre voix,
pas de cet être intermédiaire, un corps
pour mesurer les criques basses : un corps pour le viol
d’un moi impraticable :
je me suis endormie, inconséquente, dans l’imagination
de cet être différent dans la distance, suffisamment avancée
pour avoir ma propre illumination à Aspinwoll, mais
fracassée et obscurcie, comme le gardien du phare
au-dessus des eaux tranquilles
de ce qu’imparfaitement nous sommes, dans la petitesse
d’un phare qui n’indiquait pas grand-chose,
à travers la pluie chaude
et réelle de l’impossible.

(poème  extrait d’une  anthologie  de la poésie  sud-américaine)

Janos Plinszky – Estaré mirant-ho


Mathieu Grymonprez   état de Kerala Inde.jpgphoto:     Matthieu Grymonprez        état de Kerala Inde

 

Je regarderai l’eau couler

les chemins hésitants et tendres ,

l’écriture où se mêlent  douleur  et hasard ,

leurs longs dessins,

  • sur des pierres mortes

sur des visages vivants –

Je les regarderai avant

de mériter l’oubli .

Vaincre la paroi de verre – ( RC )


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installation extérieure:  Anish Kapoor – Brighton

 


Il n’y a pas dans la nature
le choix de version portable :
une écriture       au vert
où les arbres se transportent,
mais sont coupés par le cadre.

Plus haut       le pastel des nuages
bouge brusquement,
le paysage         se déhanche
tout l’équilibre bascule,
les papillons exultent .

Ils suivent leur double,
qui imite exactement
le moindre de leur mouvement .
Au point que leur métamophose
se confond en anamorphose.

On sait bien que l’eau s’étale
puis renvoit au regard
ce qu’elle interprète,
mais même le lac le plus calme
n ‘est pas une paroi verticale.

C’est qu’il n’est pas dans sa nature
de répéter à l’identique
ce qui lui fait face
et qui se transforme
à mesure que je le déplace.

Bien entendu , se prolongent ainsi
de façon artificielle
les horizons divers,
tout ce qu’il y a de ciels,
mais qu’on n’emporte pas avec soi.

Ce n’est pas sur la photo
qu’il faut compter
pour que la glace se souvienne
de l’été dernier.
C’est une surface froide :

La lumière ne la traverse pas.
Le temps la délaisse
car rien ne s’incruste
dans le miroir :
                   Il a mauvaise mémoire.

L’oiseau de passage
stoppé par l’espace devenu plan
donne du bec et de la tête .
Il voit son vol s’arrêter net,
aplati contre l’illusion

Tout cela est bien fugace .
Cela ne trompe qu’un instant :
C’était un mirage , à la place
qui part en morceaux …

quand il se brise,            en multiples éclats.

RC – juin 2016

 

Boissets  8965-ss a.jpg

 

photo perso  – domaine  de Boissets   Nissoulogres  – Lozère

Véronique Bizot – l’odeur de la prison


Matthew Saba - Breathing [2015].jpg

peinture: Matthew Saba – Breathing – 2015

Dans la maison arrive, sans prévenir et pour quelques jours, un journaliste de radio assez connu.
La maison étant pleine, il dort, comme tous ceux qui font escale ici, sur un canapé du salon, et ne semble pas souffrir de la chaleur, ni de la promiscuité, ni de rien.

Agités comme nous le sommes, nous apprécions son élocution tranquille, son timbre posé, la texture de sa voix,       le son apaisant qu’elle produit –         l’apaisant son France-Culture -, nous le faisons donc parler,        prêts à entendre n’importe quoi de cette voix,         un bon vieux conte de Noël,          un récit de pêche,          et, en écoutant, nous apprenons qu’il a autrefois fait un peu de prison – ce que ses auditeurs en principe ignorent.

Nous le faisons donc parler de la prison où aucun de nous n’est allé, et dont il se rappelle essentiellement les bruits et les résonances métalliques.
Ainsi que l’odeur.             L’odeur de la prison – où, nous dit-il, il écoutait déjà France- Culture – est très proche de l’odeur des studios de la Maison de la radio – où il retrouve celle de la prison.

La preuve en est les anciens prisonniers, désormais écrivains ou scénaristes, qu’il lui arrive d’inviter dans son émission.

Il les voit, à peine assis, renifler l’air du studio, parcourir du regard les murs capitonnés, s’attarder sur la vitre fumée qui sépare les gens de la technique, approcher leur nez de la mousse du micro, avec le résultat qu’ils deviennent nerveux.
Il est en effet, nous dit-il, impossible de se débarrasser tout à fait de l’odeur de la prison qui resurgit çà et là à l’improviste alors même qu’ayant purgé notre peine nous sommes supposés avancer dans l’existence d’une âme tranquille et dans nos habits neufs.

En aucun cas naturellement nous ne conservons à l’extérieur nos habits de la prison, nous laissons ces habits à l’intérieur de la prison, à la disposition de nos camarades encore détenus, ou bien nous les fourrons dès notre sortie dans la première poubelle que nous rencontrons, après quoi nous n’avons en tête que de nous frictionner la peau sous une interminable douche.
Mais les jours passant, jours de supposée liberté, nous finissons par comprendre qu’il est parfaitement illusoire d’espérer la disparition de cette odeur dont nous sommes en réalité infectés jusqu’à la moelle de nos os, et qui, où que nous allions sur cette terre, est comme un signe d’appartenance par lequel nous nous reconnaissons entre nous.

De sorte que, dit-il, pour ce qui est de ces anciens prisonniers que je reçois à la radio, vient le moment où c’est moi qu’ils se mettent à scruter, quelques secondes à peine, et les voila tranquilles.

 

extrait de  « Une île ».                V Bizot   Actes/sud  2014

Jérôme Lhuillier – La pie et le gibet


Bruegel          la pie et le gibet --.jpg

P Brueghel:  La pie et le gibet

Autour du portique vide d’un gibet
une pie glousse sur la traverse
des paysans ameutés par un joueur
de cornemuse dansent une joyeuse

Ronde et des Privatdozenten dagues
à la ceinture regardent la cigogne

Une croix de bois déjetée s’accroche
à ce coteau un crâne de bœuf
en ronge la glaise entre les ramages
le cours sinueux d’un fleuve porte

Une eau verte qui finit de jaunir
à son embouchure loin une cité
liquéfaction de trésor Bruegel

Le peintre a choisi un homme
qui chie courbé entre des racines
au départ de l’oblique majeure
de son tableau Grand Testament

Papier, une ombre blanche opposée à la nuit – ( RC )


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Je suis loin du pays de la connaissance.
Il est de l’autre côté du continent,
dont j’ai perdu, quelque part,
le fil :       un sentier qui pourrait m’y conduire .
Certains parlent ainsi d’inspiration …

Il y a le jour.
Mais celui-ci est caché derrière la terre.
Une moitié est soumise à l’épreuve de l’ombre.
Comme un poumon qui se relâche,
–       ce serait plutôt expiration…
Ce qui est , demeure  ;  – bien entendu – ,
mais tout est indistinct .

Je ne saurais pas reconnaître les arbres entre eux,
sans voir leur feuillage,    et le port des branches  :
Il faudrait que je tâte leurs troncs,
que je colle mon oreille sur l’écorce pour écouter leur message.
Et chacun me murmure une chose différente ,
une histoire soumise à l’épreuve des saisons,
du bois qui se tend,  gémit sous le vent,
se rompt parfois sous le poids de la neige,
résiste comme il le peut aux tempêtes
et à la morsure des flammes .

Ils ont été la patience ,         ont abandonné
des parties de corps aux tronçonneuses,
pansé malgré tout      leurs blessures,
et développé leurs cernes,
Jusqu’à digérer les barbelés,
et infiltrer leurs racines entre les fissures des rochers,
jusqu’à se nourrir des charniers
                 pour les ressusciter en âmes végétales.

Je vais me réfugier parmi eux.
J’enduirai mon corps de leur sève
et danserai dans leur chanson.

Ils me prêtent déjà,       pour écrire,
le papier qui est leur ombre portée,
une ombre blanche,    opposée à la nuit ,
et mon écriture pourra peut-être,
avec le récit retrouvé,
refaire naître d’une certaine façon,
              le jour.

RC – avr 2016

Denise Jallais – Les Couleurs de la Mer


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12522-silh  dsante  -transpa   rue.jpgphoto d’actualité modifiée RC

 

Assise sur la dune
Je regarde les feux du carrefour

Rouges pour arrêter ton cœur
Jaunes pour t’ensoleiller
Verts pour te permettre

Et les voitures roulent sous la pluie
Comme dans une brume jaillissante
Vers l’odeur mêlée de la plage et des chênes verts

Je regarde les feux du carrefour
Sages comme des phares de mer
Et ton ombre changeante
Qui grandit lentement
Du fond de la route .

 

 

Denise JALLAIS « Les Couleurs de la Mer » (Seghers, 1956)

Arseni Tarkovski – Stalker


Afficher l'image d'origineStalker  ( photo extraite du célèbre film du même  nom d’ Andrei Tarkovski – son fils)

—-

Comment ne pas aimer tes yeux
Et leur reflet étincelant,
Quand tu les lèves, malicieux,
Et traces un cercle miroitant
Tel un éclair venu des cieux…

Mais il est d’autres souvenirs,
Encore plus beaux : des yeux lassés.
Des baisers fous, l’âme en délire.
Et à travers les cils baissés
La flamme confuse du désir.

Arséni Tarkovski
A. Tarkovski. « Le Miroir ».

Rétrécissement – ( RC )


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C’est une région qui s’éloigne, se rétrécit.
Le sol a commencé par se déssécher, se fendiller,
puis des failles plus profondes se sont ouvertes,
des arbres ont basculé, créant un moment
des ponts entre les lèvres de plus en plus écartées.
Des morceaux de terre se sont séparés,
comme lorsque la banquise se libère de la tenaille du froid.
Parfois la moitié d’un immeuble se poursuit
sur l’autre rive.
Il y a eu des effondrements,
suivant la calligraphie des fissures.

et le caprice des coutures –  petit à ,petit, elles lâchent ,

Les rivières se sont vidées, se perdant entre les écailles
des collines, et leurs pierres usagées.
Des groupes humains en regardent d’autres,
massés sur les berges, qui s’éloignent inexorablement.
Personne n’essaie de les rejoindre,
comme si c’était dans l’ordre des choses.
Il se peut que ce soit un voyage
qui nous emporte de l’autre côté du monde,
non pas derrière l’horizon,
mais vers une destination où tout se recompose.
Déjà la lumière vibre à travers les têtes.
Nos voix ne sont plus les mêmes.
On oublie vite le langage,
et on s’accroche à ce qu’on peut.


RC – mai 2016

 

 

Din Mehmeti -L’heure de résistance


 

(texte  tiré de l’anthologie « Kosovo dans la nuit  » ed de l’Aube 1999)

 

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photo Ibazela  voir site

Au détour des escarpements,
face à elle, surgissent des glaciers.

Rien n’arrête son mouvement

D’abord, elle rencontre le feu,
et en dernier lieu la mort…

Ses aiguilles allument d’un feu ardent
les vertus de l’amour.
Tout lui cède
quand elle cavalcade
vers le cœur de la terre.

Elle néglige les grâces, les dépouilles mortelles
rien ne l’arrête.
Elle éclaire la rue
comme l’étoile du matin,
et nul ne la maîtrisera.

 

Din Mehmeti né en 1932 près de Gjakova. Il est avant tout poète – une dizaine de recueils – mais a publié des nouvelles et aussi des pièces de théâtre.

Florence Noël – branche d’acacia brassée par le vent ( 1 )


Premier mouvement : Presto

branches  floues bougé.jpg

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied – nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs

suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape

je sais l’enjambée dessus ce pont – profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue

hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence

La nuit a juste oublié la lumière – ( RC )


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Tu ignores tout de la nuit .
Elle a juste oublié  la lumière,
Les belles saisons  s’enfuient

Sous des manteaux  de poussière,
Qui s’étendent  en rideaux,
De latérite

Sur les  routes d’Afrique    :
Ces fils tendus entre des pays,
Dont beaucoup mordent la misère,
A pleines dents .

Car la nuit  s’étale en plein jour,
La population ne connait d’amants,
Que les dieux  de l’enfer .

Ce sont eux  que l’on prie :
On dirait que le passé d’esclavage,
N’a pas suffi,

Toujours on se décide,
Pour le choix  du fer,
Le goût du sang ,
Et ses ravages.

Ce ne sont pas les luttes fratricides,
Qui résoudront les  choses :
Les groupes  de fanatiques,

En répandant la terreur  ,
Augmentent encore la dose,
Avec le rideau de la nuit .

Malgré la chaleur,
Le soleil reste  extérieur
Bien loin  de la terre ,
Et des démons de la guerre  .

RC – mai 2015

Marina Tsvetaieva – La maison


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Maison – épaisse verdure,

Vigne vierge et chèvrefeuille,

Maison peu familière.

Maison si peu mienne !

Maison – au regard sombre

Aux âmes lourdes,

Le dos tourné à la cité,

Les yeux fixés sur la forêt,

Gaie, aux cornes de cerf,

Joyeuse, comme une ourse,

Chaque fenêtre – un regard,

Et dans toutes – une personne !

Le fronton dans la glaise

Chaque fenêtre – une icône

Chaque regard – une fenêtre,

Les visages, des ruines,

Les arènes de l’histoire,

Marronniers du passé

Moi j’y chante et j’y vis.

Les chemises aux bras longs

Se lamentent dans le vent,

Liberté du passé,

D’un combat dans ces murs.

Lutte pour vivre et survivre,

Chaque instant, chaque volée,

Lutte à mort de ses bras,

Mort pour vivre et chanter !

Sans odeur de richesse,

Sans confort de fauteuil,

Le méchant, la pauvresse

S’y retrouvent à plaisir.

Le bonheur des oiseaux,

Dans les niches et recoins,

Temps pour nous – de nos comptes,

Des vengeances populaires,

Une maison dont je n’aurai pas honte.

 

(Entre juillet et septembre 1935.)

Thomas Vinau – Manoeuvre


shoot  versio12_0110  tuyaux.jpg( dédié  à Thierry Metz )

 

La lumière va à la pelle

manoeuvre de nos yeux

de nos creux   de nos bosses

la lumière tient la pelle

je creuse

On ne peut se saisir de l’horizon ( RC )


Djuno Tomsni - jus de citron.jpg

 

Bien sûr, on ne peut se saisir  de l ‘horizon,
Et si quelqu’un le peut,
ce n’est pas notre affaire.
Plutôt que  convoquer Dieu,
Ce sont des mille feux de l’astre,ses rayons,
prodiguant leur lumière,

Ils se posent, si légers,
Que , même l’atmosphère les tolère
Et s’en émeut,
Jusqu’à les prolonger,
Comme  en une  serre
Et en devient bleue.

La planète poursuit sa route,
Se montre  sous ses meilleurs  atours :
Les îles et les continents,
Une terrestre  croûte,
Parsemée, tout autour
De mers  et d’ océans….

Il est vrai que la distance
enjolive les choses,
et que , sur place, demeurent,
beaucoup de différences…
Il y a des vallées  moroses,
où des lacs se meurent.

Des forêts  profondes,
perdues dans l’humidité
Des déserts de pierres
A l’autre bout du monde,
Dont l’aridité
Ignore  le moelleux de la terre.

Eparpillés à la surface,
Les pays ne reçoivent pas le soleil
De la même façon,
Si les nuages  s’amassent,
Dans leur zone de ciel,
Et leur procurent frissons.

C’est une  sorte  d’injustice,
diraient  les grincheux
mais il s’en faut faire  raison,
( Tout n’étant pas lisse,
On peut émigrer  sous  d’autres  cieux,
Pour autre  acclimatation….)

Pour ceux  que  ça  agace,
Si le chaud  s’éternise,
Et toujours, choque
On peut retrouver la glace,
Ou patiner sur la banquise,
Là où vivent les phoques.

Le soleil n’en a cure
Il distribue beaucoup,
Même par dessus les nuages
A travers  l’azur,
( et même par-dessous),
il y a de l’éclairage .

Et en cas de pluie,
Ça va pas changer la face du monde…
Ni la chute brutale de cet orage,
On n’va pas s’enfoncer d’un coup dans la nuit,
Vu qu’avec la surface ronde,
On garde  toujours un peu d’courage..

Il suffit que la planète,
Se tourne du bon côté,
Et présente son côté face,
Pour un demi-jour de fête,
C’est quand même  générosité,
Avant qu’on ne passe

Au lendemain.
Une nouvelle  révolution,
Qui encore  s’invite,
Suivant le destin,
Du jour,           l’éclosion,
En suivant son orbite .

Excusez  du peu
De ce que capte la terre.
Le reste s’évanouit dans l’espace.
Notre étoile  fait ce qu’elle peut,
De son explosion nucléaire,
Jamais elle ne se lasse.

Supposons, qu’un jour tenu en laisse,
Se perturbent les réactions
Le procédé  s’inverse,
Et voilà le retour d’une  couche épaisse,
Que l’on appelle  glaciation
Les rayons  rétrécissent  et se dispersent

Comme  l’ont vécu les dinosaures,
Trop habitués à se dorer la pilule,
A piller  et à tuer .
Ce changement leur  a causé du tort,
Car privés de canicule,
Ils n’ont pu s’habituer…

Nous  voilà dans l’utopique,
Mais si cette  période
pas si lointaine,
oubliait le réchauffement climatique,
Il faudrait, à cette  nouvelle mode,
Se couvrir d’habits de laine.

De peaux de bêtes,
De la plus grande élégance,
de bonnets de fourrure :
– Les voyages  en jets,
On s’en balance,
Car les temps  sont durs…

Et puis  ce serait partout pareil,
Une planète blanche  et morne
Qui sommeille et patiente….
Rien de nouveau sous le soleil,
Dit-on— le sol uniforme
Décomptant des années  lentes….

Ah ça —        c’est  l’égalité…
Plus de « quand-même », et se « si ».
pour tout le monde un bol d’air pur
( et de la même  qualité) :
Ça c’est la démocratie…
Plus de privilégiés sur la côte d’Azur

Si ça peut  vous  rassurer,
On a l’temps de voir venir,
Nous n’en sommes pas encore là…
Vous avez encore quelques étés,
Et un peu d’avenir,
Pour repenser à tout ça…

RC –  oct 2015

Henri Pourrat – Le clos au levant


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Lorsque le soleil se lève,
Il se lève sur un clos :
La fraise y vient sous la fève,
Le cassis sous le bouleau.

Loin des fumées du village
Et des jardins en casiers,
Un clos qui sent le sauvage,
Plein d’ombre et de framboisiers.

J’entends le vent des collines
Qui m’apporte son odeur
De cerfeuil et de racine,
Son goût d’herbe de senteur.

Juste un toit pour notre couette
—    Les nuits sont fraîches, l’été —,
Et puis, comme l’alouette,
Y vivre de liberté.

 

Henri POURRAT « Libertés » in « Anthologie des Poètes de la N.R.F. »

Jean Sénac- les belles apparences


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Le cœur à l’étroit
mes amis sommeillent
ils ont froid et les abeilles
feront un miel amer

Mon pays sourit aux touristes
Alger la Blanche dort en paix
vont et viennent les cars de police
la lèpre au cœur est bien gardée

Qui donc ira dénoncer
la grande amertume des ruches
le corps à l’étroit
les pauvres trichent avec le froid

Belle peau de douce orange
et ces dents de matin frais
la misère donne le change
ne vous fiez pas à tant de beauté
Ici on meurt en silence
sans trace au soleil épais
mais demain le soleil amer
qui voudra le goûter

Sous les jasmins le mur chante
la mosquée est calme et blanche
ô flâneur des longs dimanches
il y a grande merci

À la surface de la nuit
tas d’ordures sac et pluie

 

In Œuvres poétiques,  Actes Sud, 1999

D’où partaient les navires – ( RC )


02062010 copie
Il y a un port d’où partaient des navires,
(    en tout cas, on voit une jetée
qui s’avance, en briques descellées,
d’un timide assaut vers le large,
où le gris s’étale,           indifférent     ) .

L’endroit est déserté,
de gros anneaux sont rouillés.
Peut-être est-ce le reste d’une ville
se prolongeant au-delà,
engloutie petit à petit,
malgré son orgueilleuse suffisance,
colosse aux pieds d’argile,
dont le corps plonge aussi
dans le sommeil de ce qui a été.

Seules veillent les mouettes.

Il y a un port d’où partaient des navires,
on peut le penser.
Mais ,         attirés par le lointain,
derrière la ligne pâle de l’horizon ,

ils ne sont jamais revenus,
emportant les derniers habitants
de la cité délaissée,
peu à peu lézardée.
Elle finit par sombrer
comme un de ces vaisseaux
mal entretenus,
où l’eau finit par se faufiler
partout entre les rues .

Seul, un promeneur ,       venu de nulle part …


RC – mai 2016

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