voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Jean Tardieu – au conditionnel


Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler
et je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.


Tristan Tzara – vide matelas


montage RC

Vide matelas
pour ne pas dormir
ni rire ni rêver
le froid aux entrailles
le fer dans la neige
brûlant dans la gorge

qu’avez-vous fait qu’avez-vous fait
des mains chaudes de tendresse
avez-vous perdu le ciel
dans la tête par le monde
dans la pierre dans le vent
l’amitié et le sourire
comme les chiens à l’abandon
comme des chiens


Charles Dobzynski- D’abord d’un arbre


René Chabrière – (base de fromager)
Je suis né juif 
en coup de vent.

Des broussailles s’écartaient 
pour me voir paraître.

Je ne laissais pas de traces 
sur la neige.

En ce temps-là
il n’y avait pas d’étoiles
le ciel était un ventre creux.

Je suis né en apnée 
dans le sommeil du monde.

Des arbres me montraient leur paume 
déjà trouée par la foudre.

Je suis né d’un arbre 
puis d’une feuille 
puis d’une nervure.

De plus en plus minuscule 
j’avais tendance à m’éclipser
infirme dans l’infime.

Mon nom tintait déjà 
comme une clarine 
au cou des chèvres.

Je n’avais pas de langue 
je coulais de source 
j’ourlais ma clairière.



Je est un Juif, roman

nrf Poésie/Gallimard


Du lait sur la table – ( RC )


C’est un rectangle blanc,
qui demeure immobile,
répandu sur la table,
exactement comme neige ;
ainsi j’invente un paysage
où nulle trace ne s’imprime
à la surface du lait.
Le monde se console
de la laideur,
et mon dessin
restera inachevé.


Kenneth White – Labrador (2,3)-


Frits Thaulow – A mountain stream –
                         
            2 

J’ai moi aussi nommé un lieu
un lieu de grands rochers
luisant sous le soleil
un lieu où l'eau bruissait
tourbillonnait et glissait —
je l’ai nommé le Merveilleux Rivage

j’ai vécu là-bas tout un hiver
tout un temps de blanc silence
j’ai gravé sur la pierre un poème
à l’hiver et au blanc silence
les plus belles runes par moi tracées

des hommes aux yeux fins, aux pommettes hautes
sont venus me visiter
nous avons troqué
du drap contre des peaux
nous vivions en paix

et le printemps revint :
tous les ruisseaux ruisselaient de lumière
et la grande rivière reflétait le ciel
j'allai plus loin vers le sud
vers un pays de grandes forêts
où je vis des hommes rouges
parés de plumes d'oiseaux

je sentis sous mes pas une terre nouvelle
un monde nouveau
mais je me refusais à le nommer trop tôt
content de laisser mes sens
m’éveiller et me guider
pas après pas
à travers le réel

je n'étais déjà plus chrétien
sans être pourtant retourné à Thor
autre chose m'appelait
m'appelait au-dehors
autre chose qui peut-être
voulait qu’on l’appelle

une chose sensuelle
et abstraite à la fois
terrible et belle à la fois
une chose qui me dépassait
mais était à la fois
plus moi-même que moi

j’ai songé aux paroles de Norvège
aux paroles des penseurs et des poètes
aux paroles de haut vol des Hébrides
ici pas de place pour le Christ ou pour Thor
ici la terre a réalisé son destin
destin de pierres et d’arbres
d’ombre et de lumière
a réalisé son destin en silence
j’ai tenté d’apprendre
le langage de ce silence
plus rebelle que le latin
que j’étudiais à Bergen
ou que l’irlandais de Dublin.



	 3

Tout un champ nouveau
où travailler et penser
à chacun de mes pas
je sentais en moi une étrange vigueur
l’esprit chaque jour plus vif, plus clair


j'essayai encore quelques noms
(pesant avec soin chacun d'eux
les éprouvant dans ma tête
et sur ma langue):
la rivière de la Grande Baleine, le cap de l'Eskimo
le lac des Huttes sauvages, le col du Caribou

mais toujours pas de nom pour le tout
je voulais bien nommer les parties
mais pas le tout

l’homme a besoin d’arrimer son savoir
mais il lui faut un espace vide
dans lequel se mouvoir

je vivais et marchais
comme jamais encore
devenais un peu plus qu’humain
connaissais une plus large identité

les traces du caribou sur la neige
le vol des oies sauvages
l’érable rouge à l’automne
mordu par le gel
tout cela me devint plus réel
plus réellement moi
que mon nom même

je me surprenais disant parfois
«en accord avec l’esprit de la terre»
mais il n’y avait pas d’«esprit»
c'était la langue du passé
et ce monde était un nouveau monde
et ma pensée aussi était presque nouvelle
rien qui ressemblât à un «esprit»


seulement les traces bleues sur la neige
le vol des oies sauvages
et les feuilles rouges de gel

la religion et la philosophie
ce que j’avais appris dans les églises et les écoles
tout cela était trop lourd
pour cette vie de voyage
seule me restait la poésie
une poésie comme le vent et la feuille d’érable
que je me récitais
en parcourant le pays

je suis un vieil homme à présent
un vieil homme très vieux
j’ai griffonné ces runes sur un rocher
elles seront mon testament
personne ne les lira peut-être
elles resteront sur ce rocher
près des graffiti de la glace
balayées par la pluie et le vent.


Un monde ouvert : Anthologie personnelle

nrf Poésie/Gallimard


Philippe Jaccottet – La voix –


Maxime Maufra – Paysage d’hiver –

 

          Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
          avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
          Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
          jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
          quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
          Ne soyons pas impatient de le savoir
          puisque le jour n’est pas autrement précédé
          par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
          silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
          aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
          sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
          Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
          Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le cœur
          qui ne cherche la possession ni la victoire.

 

Poésie 1946-1967

nrf  Poésie / Gallimard

 


Langston Hughes – Accrochez-vous aux rêves


sculpture Ossip Zadkine : le poète et l’oiseau

Accrochez-vous
aux rêves
parce que si les rêves meurent,
la vie est un oiseau aux ailes brisées
qui ne peut plus voler.


Accrochez-vous
aux
rêves
car lorsque les rêves disparaissent,
la vie est un champ désolé gelé par la neige.


Violette Leduc – sur la neige


Le monde n’est pas étanche, et les regards peuvent se voiler.

Ce que nous voyons est fugace, et la pensée perce violemment l’inconscient conciliabule, sans tête à tête ni préambule, aussi rapide que vorace, ne s’embarrassant pas de volte face, traçant une figure au ciel bleu, qui s’efface.

Recule, je n’ai pas peur. Je vois le fil que tu empruntes.

Il est bien tendu, et il est solide.

Il s’enfonce dans cet espace que tu traces d’un doigt sur la neige.


C’est la nuit que je cherche – (Susanne Derève)


Photomontage RC sur Black Snowman (D Shrigley)

Un train traverse la nuit
C’est la nuit que je cherche
dans son manteau de neige
ses éclisses de gel ses quartiers d’ombre
et de lumière
à la lueur des réverbères tremblant
sous les assauts du vent

et toi bonhomme de neige
qui fanfaronne dans les jardins
blanchis de givre
bénis ma bonne fortune :
demain flottera ton chapeau
avec ton frac entre deux eaux

Je n’aurais plus qu’à les pêcher
dans une flaque
Coiffé de mon chapeau claque
j’attraperai le dernier train
pour rejoindre la nuit en habit de satin
et l’épouser sous la lune


La patience des pierres – (Susanne Derève)


Paul-Emile BORDUAS – Translucidité

S’il demeurait des cendres fertiles sous la glace

qui donc pouvait le dire 

nul ne savait ce qu’ourdissaient les pierres

dans le silence

 J’imaginais  des causses arides sous le manteau

des neiges,

 leurs sinuosités translucides et bleutées

leurs boues fossilisées 

et  côté ombre

réfractant le soleil en lisière des chemins

de blanches cheminées de gel

des éboulis de roches  et d’herbes sèches

gainés de givre

Ce qu’ourdissaient  les pierres dans le silence

qui le savait ?  

est-il un sens à l’éternel recommencement

des rêves et des saisons –

Sans doute attendaient-elles armées d’une infinie patience

qu’œuvre lentement le dégel  

pour éprouver enfin le vertige du vide

répondre à son appel


Gustave Roud – frontière du temps


Chaque nuit,
chaque jour
j’atteins vivant cette frontière du temps
que nul pourtant ne passe
avant son dernier battement de cœur,

nappe de neige trouée à chaque pas,
toujours plus mince,
sa frange extrême enfin fondue
à ce banc de brume ou d’absence
qui est Ailleurs.


Théo Léger – les dieux


ESPACE VEDIQUE: CREATION ET FIN DU MONDE /SCIENCE VEDIQUE
Brahma créateur du monde


Les beaux, les nobles, ce sont eux sans nul doute
qui nous donnèrent le feu et la rapide roue au caisson du char.
Le globe qui traverse en volant la Neige et l’Avril,
à l’Homme et à l’Abeille ils l’ont donné.

Sur le rivage de la mer des Ténèbres où. la Terre se noie
ils édifièrent leur palais. La demeure, ils la bâtirent
dans la flamme et le sifflement des vipères
pour que dansent la danse des masques, les sauvages.

Ils donnent mesure au Temps aérien, ils font rouler les soleils
mais ils ne savent rien des puissants ateliers
enclos dans la goutte de rosée aux ramures de l’Arbre de Mai
qui forgent sans répit la création du Monde.

(Théo Léger- 1960)


Béatrice Douvre – Feu qui ose


Yves Klein, ‘Peinture de feu sans titre (F 80)’, 1961

 

peinture au feu : Yves Klein

Feu qui ose
Achève
Ce peu de bois mouillé
Par l’orage et délivre
Précède-moi, qui ose, précède-moi ,espère
Mars et les affections même sans souvenir
Vois c’est déjà la splendeur
Bleue des trèfles, des pensées
Demeure
Pour celle enfin dont les seuls auront tremblé les yeux
Une dernière fois le dernier passager
Ose
Flamme soudain la sueur
Debout qui saigne
Et la grande odeur du froid
La haute arche de neige
Est-ce enfin le vrai cœur au-delà d’âme et corps
L’ébauche d’un soleil beau d’hiver ascendant ?


Salah Stétié – Se fit une neige


 

Puis se fit une neige.
La lampe qui l’habille est une étrange pierre.
Et qui lui est tombe définitive.
Le feu comme l’épée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils.
Elle tranche dans le vif.
La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit.

… Et seulement les retombées de la neige,
habillée de miroirs et de volutes.
Désir de ce très pur moment quand la main grandira
comme un enfant aveugle
pour cueillir à même le ciel un fruit miré,
et qui n’est rien.

C’est alors que la lumière retournera au sol pour s’endormir,
immense, dans ses linges.
Pour apaiser sa fièvre, et pour,
dans la cascade torsadée, éteindre,
avec la rosée, sa crinière.


Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )


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                   Il y a quelque chose d’indéfinissable,

lorsque ta voix s’empare des mots
et les projette,             haut dans le ciel,
un ciel
qui ne semble être fait    que pour toi.

Et les voilà qui redescendent doucement,
      – ainsi ces graines de pissenlit, légères,
               celles en forme de parachute –
qui s’allient avec le vent    pour se poser
                        comme des fleurs de neige.

Lorsque se forgent des lignes,
      chaque flocon trouve sa place,
      rejoignant leurs semblables
portés par une onde calme
naissant en toi.

        Il y a quelque chose d’indéfinissable,
une évidence qui s’offre
comme les notes dessinent le chant
         ravissant l’oreille de celui,
               prêt à les entendre .

       C’est un cadeau que l’on reçoit,
évident comme l’accord
entre le silence et la musique,
         émanation discrète
         du corps et de l’âme .

         Le poème est une constellation,
et les mots,  des étoiles
qu’un fil invisible relie :
     toi seule en maîtrise ces atomes,
                qui restent insaisissables .

 


RC – mai 2019


Shakespeare – chaque saison


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la neige nouvelle     Edward Munch   1906

 

A Noël,  je n’ai plus envie de rose

que je ne voudrais de neige

au printemps .

J’aime chaque saison pour ce qu’elle m’apporte .


Au-delà des sommets – ( RC )


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Le montagnard connaît la rudesse des roches,
          les failles et précipices,
          les forêts qui s’essoufflent,
et finissent par renoncer,
vers les hauteurs…
         le vent glacial,
         l’aspiration vers les cîmes,
(souvent voilées de nuées),
         les pistes incertaines,
         les plaques de neige.

Toutes les chaînes,
dans leur présence pesante,
accrochant encore le jour,
alors que la vallée s’endort….

Le but affiché est de
« conquérir un sommet » ,
              comme si,
         grâce à ce verbe,
on pouvait se l’approprier .
Ce serait plutôt une métaphore,
pour sa propre vie :
       un parcours d’obstacles,
passer au travers d’épreuves,
éviter pièges et dangers:

       Faire de son existence
une progression pénible,
       s’ouvrir de nouvelles voies,
planter un drapeau tout en haut.

Mais il n’y a pas d’autre alternative
que redescendre,
le vent sifflant dans les oreilles,
fourbu et courbatu,
avec le sentiment de revenir
      malgré soi,
( Gros Jean comme devant) ,
>     ne s’étant rien approprié du tout,
devant,        comme à la montée
affronter les éléments .

Et si la vie se concrétise dans la montagne,
quel que soit le sommet
          on voit bien qu’un jour elle s’arrête,
                     et qu’il n’y a rien au-delà    .


RC – oct 2017


Vesna Parun – dans la montagne des vents immobiles


 

The dreaming stones by stonelantern.jpg

photo importée de StoneLantern

 

Il est passé à travers moi comme une vague
frôlant ceux qui dorment
dans la montagne des vents immobiles.
Il est tombé comme la neige sur ma poitrine
et s’est transformé en silence.


Bernat Manciet – Sonet – Le matin croît en toute chose


 

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aquarelle  W M Turner

 

 

Le matin croît en toute chose

toute chose déclenche un matin
Toi : un matin aux cris de neige
des mouettes pures sur Ambès

je te reconnus à ton rire
piaffé de ciel et de sel
je te reconnais car c’est notre rire
depuis les talons jusqu’au front net

lorsque blanchirent les rives
jusque dans mes paumes ouvertes
je sus que c’était ton jour

jour de mille paupières
blanches tu m’as trouvé à tâtons
tous lendemains ne sont que ce matin


Garous Abdolmalekian – Anonyme


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Anonyme
 
Tu m’as touché à l’épaule
Pour secouer ma solitude
 
Ah! qu’est-ce qui t’amuse?
Secouer la neige
Des épaules d’un bonhomme de neige?
Garous Abdolmalekian est un poète  d’origine iranienne

Eugenio de Andrade – J’entends courir la nuit


J’entends courir la nuit par les sillons
Du visage – on dirait qu’elle m’appelle,
Que soudain elle me caresse,
Moi, qui ne sais même pas encore
Comment assembler les syllabes du silence
Et sur elles m’endormir.
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.
.
« Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps

ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :

lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires. »

 

Eugénio de Andrade, Blanc sur blanc, Gallimard, Collection Poésie


Une esquisse sur une feuille vierge – ( RC )


peinture: Edvard Munch  » nuit blanche »

 

Bien qu’il n’y ait plus un bruit,
tout autour des murs,
ce n’est pas pour autant une nature morte,
          mais seulement une ouate
à peine différente de celle du ciel,
et d’où part le silence.

Il s’est posé, tout en blanc
de partout.
Les arbres sont dans l’attente  ;
ils cherchent leur équilibre,
sous une masse inhabituelle, et résistent
de leur hampe sombre.

Car seuls, ils se détachent
de l’austère étendue,
        où toutes les différences
ont été gommées,
enfouies sur une couche épaisse ,
           tendant vers l’égalité.

Leurs silhouettes sont géométrie
et s’ornent d’ombres violettes,
comme dans les tableaux de Munch :
une peinture pour de vrai,
débordant sur les chemins,
presque effacés, aussi .

L’atmosphère est fraîche,
comme en attente.
Des hommes , au loin, progressent  : 
de signes noirs qui se détachent,
comme leurs paroles,
          sur un fond mat .

On est dans un instant précaire,
que l’on sait fragile .
L’arrivée des chasse-neige
va rayer l’immobile,
comme si on lançait les premiers traits
– une esquisse – sur une feuille vierge .


RC – oct 2017

 


L’indépendance des choses – ( RC )


Image associée

 

 

Comme en strates  .     c’est de la matière qui se dépose…
On pense généralement à de la poussière,
ou bien les flocons de fausse neige
qui retombent lentement , une fois qu’on a posé la boule
après l’avoir secouée.

On ne pense pas que les choses ont  cette indépendance,
comme il est fastidieux de  toujours grouper par famille,
par genre,         –  à la façon des entomologistes,
qui  détectent ,          parmi  les insectes,
leurs caractéristiques communes, et les classent par genre .

Il en est ainsi des papiers.
Tous les papiers administratifs qui s’accumulent,
les factures et les publicités qui s’entasseraient
dans le plus grand désordre,
si on ne venait pas relever la boîte aux lettres  .

Il faut classer par formulaire, par couleurs, par années…
mais il y en a toujours qui s’échappent,
du fait de l’inattention ,
et se retrouvent dans d’autres classeurs,
ou dans un livre fermé par inadvertance.

Aller à la ramasse, ce serait aussi comme
trier les champignons,
les comestibles, et ceux qui ne le sont pas
ceux qui se dissimulent,
et font semblant d’être bons….

J’imagine plutôt
…. quelque chose d’insaisissable   :
Les vrais objets auraient pris la file de l’air,
aspirés par on ne sait quel phénomène,
il se serait créé un vide sidéral.

Il ne resterait que leurs images ,
et celles-ci clignoteraient encore quelques jours,
à la façon d’hologrammes,
avant de se fondre dans l’obscurité.
Un néant ?

Non, pas tout à fait,
mais     >    un monde derrière,        qui existe,
ayant bu les objets
et gommé leur surabondance.
rendant l’air à nouveau respirable .

RC – oct 2017.


Quine Chevalier – Neige conçue 3


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peinture: Andrew Wyeth

 

Neige conçue
impudique au matin
rouge le sang des chiens livrés
sans chaîne
ni raison

Quelle bête épuisée
a pris part au festin

Tu rinces tes rêves
de nuit
dans le vif
éclat mordant de l’âpre
rigueur de chair

mais la neige de toi
en toi


Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde


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peinture:        A Sisley 1874

on n’en fait rien de
la neige
( toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre )
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

#

 

en rapport :« épaisseur  d’une musique blanche « 


Maria Gheorghe – Regard d’hiver


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il neige 
il neige comme dans les contes de fées
tends tes mains et accueille les rêves des étoiles
sirote-les du creux de tes paumes où le miracle
se fond en source de renaissance au printemps .


Quine Chevalier – Neige conçue 4


Image associée

 

Neige conçue
dans la trace dévoilée

l’arbre l’air l’ardent
trois prières
un feu vers lequel
tendre les mains

et l’oiseau me tire
d’un rêve
je blottis ma joue
sous le ventre des nuits

Au hasard du chemin
la prairie démêle
oublié sous la glace
le tison chantant

d’un fruit venu