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Répandre des étoiles – ( RC )


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L’origine des temps
se perd dans le lointain,
et la nuit clignote
de myriades d’étoiles,
qui nourrissent les rêves.

Tu as arpenté les terres nues,
les chemins creux,
en recueillant dans tes bras,
comme tu le souhaitais,
les moissons du ciel.

As tu réussi à capter
l’un d’entre ces astres
lors de tes dérives buissonnières,
qui t’emportent
loin de la lourde glaise des jours ?

La bonne étoile te suit alors,
et la bonne fortune
te précède dans le parcours des dunes
même dans la nuit la plus noire
juste quand tu t’endors…

Tu confies tes espoirs
en traçant un bout de route
dans les figures de zodiaques,
qui se reflètent ( on s’en doute )
dans des flaques.

Mais le lendemain
fait pâlir les rêves,
comme si des branches,
se retirait la sève
au petit matin…

Crois-tu que c’est lui qui les a tués 
et que les étoiles s’enterrent,
de façon que la journée,
ne puisse les toucher,
ni personne les atteindre ?

En fait ils ne vivent que la nuit,
lorsque disparaît le soleil
et il n’y a rien qui les remplace
jusqu’à ce que le sommeil
arrive pour les repeindre 

mais l’étoile que tu as choisie
va te guider sur ton destin
même si on ne la voit pas,
tu répands des fleurs avec tes mains
et la glace fond sous tes doigts.


Chevalet triste – ( RC )


peinture: Alice Rotival – Chinghetti 2012

 

C’est cet endroit
suspendu dans le temps
qui semble se refermer dans le sommeil ,
où la poussière se dépose
lentement
et finit par tout recouvrir .

L’atelier est désert
depuis la mort du peintre.

Il y a encore des tubes
aux couleurs incertaines .
Ils voisinent une palette éteinte,
quelques pinceaux raides,
et une ébauche qui attend depuis longtemps
sur ce chevalet triste .

Les odeurs de térébenthine
ne sont qu’un lointain soupir .

Vernis fossilisés,
essences évaporées,
tout est déserté ,
sauf les toiles d’araignées
ayant occulté complètement
les fenêtres de l’atelier .

Le deuil se pare d’un voile épais,
juste propice à l’attente .

Le silence même
est à l’image de ces insectes ,
desséché,        vide de sa substance
prisonnier de l’immobilité .
Le sommeil de la peinture
aux gestes arrêtés, voué à l’éternité .


RC- juin 2019

 

voir aussi  une parmi les nombreuses  aquarelles de David Chauvin


Tristan Tzara – Le temps laisse choir de petits poucets


 

alexander-calder-composition-au-papillon

    Alexandre Calder – composition au papillon

 

 

 

le temps laisse choir de petits  poucets derrière lui

il fauche les fines molécules sur les prairies  d’eau

il dompte les poches d’air  traverse leur jungle

il coupe le ver de  la vague et de chaque moitié

s’illumine un papillon

dans le volcan il se faufile le long  d’une note de

violon

il boucle le cours filant du verre  dans les fines heures

de transparence

là où nos sommeils bousculent la chantante nourriture

de lumière

 

 

L’Homme approximatif

Poésie/ Gallimard

 


Sommeil de la déraison – ( RC )


cesar-biojo---alejandra_1.jpg

Du sommeil de la déraison,
des rêves chavirent ,
fruits de la passion …

                           Faut-il s’appesantir ,
                           sur l’aube du réveil
ou laisser le miroir décider à sa place ?

Prolonge indéfiniment le sommeil      ,
si ton image s’extrait de la glace ,
sans que tu t’en rendes compte ,
et qu’avec ton corps ,
                                       tu affrontes
         d’autres volutes, et un décor ,
        qui partage celui de mes rêves .

Ils sont toujours en partance ,
et parfois la brume se soulève
assez pour qu’ils s’élancent
                             à travers le miroir,
        ( il suffit, pour cela, d’y croire )

RC – sept  2018


De la nuit – (Susanne Derève)


 

 

                                                   Tom Thomson – Northern lights

 

 

Dans la dernière heure bleue de la nuit

celle qui précède le jour

avec ses bouquets d’arbres nus

ses cheminées de gel

irai-je dire mes voyages

 

Irai-je les dire dans la dernière heure

de la nuit qui chasse le sommeil

aligne les années

celle où  je peux faire mentalement le compte

des rêves avortés  des attentes  futiles

des étreintes passées un vieux calendrier inutile

à jeter au panier 

 

avec  le rideau qui masque la fenêtre

pour retrouver l’instant de dire les  

peut-être

 

cette heure où tu parlais de voyages lointains

du fracas de l’absence

 

celle où je naviguais dans le faisceau  

des phares à travers un rideau de pluie

une simple trouée  au hasard                                                    

 

Si je tapais du pied pour faire basculer

la dernière heure bleue de la nuit

dans le gouffre du matin  

loin de l’éveil figé d’attente

si je disais n’essaie pas de la retenir

 

le jour éclairerait  les premiers

nids aux arbres et je dessinerais

à l’horizon des voiles blanches

temps d’insouciance  mer étale

je dirais tu es revenu

 

je dirais  je n’écrirai plus

mais  voilà que les mots se pressent  

les mots en avalanche

comme la neige fraiche

plein la bouche  et les yeux

 

et dans les  yeux

ces failles où la couleur gommée

resurgit au soleil

rouge grenat   entaille

de sang vif

pour dissoudre la dernière heure 

de la nuit

cette heure où tu sommeilles

 l’heure bleue qui s’enfuit

 

 

 


Alfonsina Storni – Je vais dormir (Voy a dormir)


 

Diego Rivera. La rivière Juchitan, 1953-1955

                              Diego Rivera – Vendeuse d’arum

 

                 

 

Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.

Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.

Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes

pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

 

 

 

Dientes de flores, cofia de rocío,
manos de hierbas, tú, nodriza fina,
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.

 

Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera;
una constelación; la que te guste;
todas son buenas; bájala un poquito.

 

Déjame sola: oyes romper los brotes…
te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases

 

para que olvides… Gracias. Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido…

 

 

 

Sources :

Alfonsina Storni et la poésie  

espaces-instants

 

 

 

 


Ezra Pound – La rose éclose pendant mon sommeil


peint  peche au lamparo Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid   Fànos.jpg

peinture: pêcheurs en barque    Codex Skylitzès Matritensis

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII –


Je ne sais exactement où mon corps penche – ( RC )


Jitka Válová  01.jpg

dessin:  Jitka Válová

 

Je ne sais pas exactement où mon corps penche :
et c’est sur des rives
aussi lointaines que je fréquente,        solitaire,
que va ma préférence
les pieds décollés de la terre .

C’est un univers fantastique,
où je doute fort qu’on me suive :
il y a les démons qu’on dérange ,
des corps aux formes étranges ,
– quelque peu fantomatiques

des arbres comme des mains larges
surgis d’une autre atmosphère ,
que l’on devine bien plus légère ;
j’en parcours la marge,
mais je suis incapable de la décrire,

ou bien,            si j’essayais de le faire,
vous auriez du mal à le comprendre :
il faudrait faire le parcours à l’envers
et tout désapprendre
pour traverser la glace du sommeil,

…un voyage au long cours,
offrant de singuliers détours
entre des nuits de soleils
qu’on ne peut même pas imaginer
avant de les avoir traversées.

RC – oct 2018


Nuit bleue, nuit blanche (Susanne Derève)


Mother and Child Study 1904 Pablo Picasso

                   Picasso- Mother and child (study) 1904 

 

 

Nuit bleue  nuit blanche

nuit jaune de la lueur des lampes

fermée sur le  silence 

alourdie de ce corps qui repose

                                                                                  

Est-ce le tien

Est-ce celui de l’enfant                                               

Est-ce la fièvre

la trace d’un baiser déposé

sur son front   une larme séchée

un souffle qu’on retient

 

 

On retire la main

on voudrait s’en aller

à peine si on l’ose

sur la pointe des pieds

mais sa main est crispée

à la dérive du sommeil comme une bouée

 

 

Lassitude grise des nuits de veille

sous les paupières un carrousel

d’or et de rose

Dormir  se glisser sous les draps                       

près du corps qui repose

sentir son cœur qui bat en suivre

le refrain

 

 

l’étreindre quand chantent les lumières

de la ville au matin

et sous mes doigts l’aube légère

de tes bras qui  m’enserrent    

me hissent vers  l’éveil

mais déjà l’enfant babille et m’appelle

 

 

 


Pendant que tu dors – ( RC )


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soleil et lune: tableau de fils Huitchol ( Mexique )

 

Pendant que tu dors,
le jour s’ouvre comme un éventail,
les légendes se concrétisent,
le vent remue l’or des feuilles,
déplie les fleurs sortant de leur sommeil.

Chacun s’affaire et traverse l’ordre du monde.
L’herbe même, a troué l’asphalte;
les abeilles se chargent de pollen,
les voitures suivent une destination
qui doit avoir son importance.

Mais tout cela ne compte guère :
ni le parfum des lys et des roses :
c’est bien peu de chose,
puisque tu es absente
derrière tes paupières :

tu suis , dans tes rêves
les étendards d’argent :
tu t’imagines en marbre rose
dialoguant dans le silence
avec la statue du commandeur .

Il a brisé son bouclier de bronze,
et son ombre s’étend
même sur celle des oiseaux .
Elle a même effacé le temps .
– Il semble immobile , à ta conscience .

Comme le sang ,
Il pourrait refluer , arrêter sa course ,
t’emporter vers des ailleurs
– ce seraient des jours meilleurs –
au-delà de la Grande Ourse…

pendant que tu dors…


RC   – juin 2017


Bassam Hajjar – Ils recouvrent de blanc ton absence


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Lorsque tu la quittes
ses murs se rapprochent
la maison qui, délaissée,
trouve son âme dans un coin
et devine, depuis un instant seulement,
la toile d’araignée qui pend
dans le familier
devenu vacant.

S’éloigne-t-elle maintenant ?

Ou bien la fais-tu basculer dans le vide

de tes yeux mouillés

dans tes mains

dans le grand air

des lieux éloignés

comme si la fenêtre derrière toi

regardait vers le dedans

et s’éloignait à son tour

tandis que t’absorbent la rue et le tournant
avec une boule dans la gorge
de la taille de l’océan.

Elle ne te voit plus maintenant
la maison qui se blottit dans les entrées désertes de son âme
comme si dans le silence de ceux qui restent, là-bas,
elle baissait la tête et prêtait l’oreille
à l’écho des pas d’hier

à l’écho du rire ou du chuchotement dans les salles de séjour

et les chambres

dans la cuisine

sur les étagères et la table
dans les coeurs étincelants des bouteilles d’eau et de cognac.

Comme si elle devinait
que la petite femme
habitait toujours son coeur
et marchait pieds nus pour ne pas troubler la quiétude
dans son esprit brisé,
comme un murmure
qui s’élèverait en elle, .

et de ses flancs
coulerait l’aigreur de l’attente.

Comme si, quand nous partons, c’était la maison qui nous
quittait,

les tableaux et les étagères descendent des murs
les récipients s’en vont
les meubles aussi
la couleur quitte la maison
tandis que les rideaux restent tirés sur son secret
ainsi que les amantes.

Comme elle est nomade, la lumière
et comme l’ombre est sédentaire

Et les maisons dans la mémoire sont des chambres obscures
des couloirs
la respiration tranquille des draps endormis
réfugiés dans la béatitude de leur bleu
seuls et lisses
seuls et creux comme les veuves
les veuves que sont les maisons
lorsque nous nous éloignons d’elles,
que nous faisons signe de loin
et qu’elles font signe de loin.

Puis la trame de l’horizon se relâche

et l’air se tend,

ni l’oeil ne voit

ni les fenêtres ne clignent

et entre eux la distance commence à se remplir, le temps
commence à creuser.

Ma fille distribue-t-elle en ce moment les rôles du soir ?

Discute-t-elle avec sa voisine la poupée ?

Fait-elle manger Snoopy avec sa petite cuiller ?

Trouble-t-elle l’esprit tranquille de la maison ?
Ou bien dort-elle ?

Et quand la mer passe dans sa nuit
elle se retourne, comme sur l’écume d’une vague,
et son visage s’éclaire, halo de sommeil.

La somnolence c’est aussi les maisons
leur apanage et leurs fantômes cachés
lorsque l’air, alourdi par la fumée et les lampes du soir,
endort la petite femme sur le canapé
tandis que se noie la table du bureau
dans le flot des néons
que bâillent les papiers et les livres
que s’arrête le poème.

Lorsque tu la quittes
ses murs s’écartent

La maison, vaste,
imite le désert des livres
le hurlement des loups au loin
tandis qu’un écho s’écoule de ses flancs.

Qui est l’absent ?

Les choses sont à leur place, sauf toi
les choses sans toi
te cherchent là où tu n’es pas.

Ils te voient là où tu n’es pas.

L’absent est avec eux
dans la photo, sur la chaise, derrière la table,
derrière la fenêtre,

ou bien tu avances, sous leurs yeux, dans la rue
les pieds exilés et le torse maigre.

\


César Branas – Confession du jaloux


peinture :  Ilia Rubini

 

Jaloux je suis
de la folle tendresse du vent
qui te caresse.

Jaloux je suis
du jour sur ton front endormi :
il ne te quitte pas.

Jaloux je suis
du chant qui ne retourne pas,
volage, vers ta gorge.

jaloux je suis
de la journée qui te serre et de la nuit
qui te délivre.

Jaloux je suis
de ton sommeil, insaisissable rival
qui te possède.

Jaloux je suis
de toi, de moi et de mon amour même
parce qu’il t’aime !

César BRANAS « Jardin Muré » (1952-1956) in revue « Europe », septembre 1968


Une géométrie modifiée – ( RC )


(c) Rodney Smith

 

photo:  Rodney Smith

 

 

Tu peux tirer le rideau sur le théâtre du jour,
>   cela coïncide avec la géométrie des lieux :
chaque chose est à sa place,
dans un repère orthogonal.

La plage est silencieuse,
la mer grise,           d’un calme sournois.
Effectivement le plancher de la maison
reste parallèle à l’horizon ,
           comme si c’était fait exprès:

C’est compter sans le ciel endormi,
qui joue avec le vent,
              une partition,
où souvent, les choses basculent
dans leur sommeil.

Bois et charpentes gémissant,
supportent les éléments,
qui parfois
pèsent plus lourd           qu’on ne pense :

le drap des nuées secoué en tous sens,
ne modifie pas la perspective,
             mais introduit des obliques ,
toutes dans le même direction,
mais sans qu’on puisse désormais
les corriger .

( sur une photo de Rodney Smith )

RC – dec 2017


Fouad El Etr – Dans le sens du sommeil


01 chiromancie.jpg
Je m’approche d’elle pendant qu’elle dort
Pour mieux me regarder
Je la caresse dans le sens du sommeil
Entre l’âme et le corps
Ses rêves sont tissés des lignes de mes mains


Bassam Hajjar – des maisons ( fin )


Image associée

aquarelle  :  Paul Klee  –  vue  de Saint-Germain

 

 

T’éloignes-tu à présent ?

Et ceux qui sont debout là-bas recouvrent-ils de blanc ton absence ?

 

La poussière trouve-t-elle son chemin vers toi ?

Le soleil de l’hiver abîme-t-il tes vêtements ?

 

Pleures-tu ?

 

Alors ne laisse pas les pleurs changer quoi que ce soit en toi

 

ni le rouge dans tes yeux

ni la barbe qui pousse.

 

Ainsi tu t’orienteras dans le sommeil,
si tu le peux,

car les maisons que nous quittons

délaissent leurs murs

leurs seuils, leurs entrées surpeuplées de vide,

et les maisons nous quittent,

et nous revenons habiter leur absence.

 

(Lyon, octobre-novembre 1985)


Jean-Pierre Schlunegger – Clairière des noces (extr)


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photo Lydia Roberts

 

 

Je dis: lumière,

et je vois bouger de tremblantes verdures.

Je dis: lac,

et les vagues dansent à l’unisson.

Je dis: feuille,

et je sens tes lèvres sur ma bouche.

Je dis: flamme,

et tu viens, ardente comme un buisson.

 

Je dis: rose,

et je vois la nuit qui s’ouvre à l’aube.

Je dis: terre,

un sommeil aveugle, un chant profond.

Je dis: amour,

comme on dit tendre giroflée.

Je dis: femme,

et déjà c’est l’écho de ton nom.

Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres

Un message auquel il manque des mots – ( RC )


 

8114724.jpg

image retraitée: RC – nov  2017

Avec cette atmosphère cristalline,
la nuit s’étirait, lumineuse ,
et je me suis levé,
ne trouvant pas le sommeil.

La lune brodait autour des nuages,
une dentelle claire,
le centre restant opaque et sombre ,
–            une sorte d’omission     – .

( comme si c’était une phrase ,
dont le message était interrompu ) .
Il y manquait des mots ,
et tout le paysage balbutiait.

C’était sans doute juste un oubli ,
tout retrouverait sa place dans les rêves ,
on n’aurait même pas à demander la traduction :
et demain je me souviendrai de tout .

RC – juill 2017

 

Mel Bochner - Rules of Inference.jpg

art: Mel Bochner


Antonio Reis – Mes mains


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Il n’est pas
en mes mains
que désespoir.

Il n’est
pour mes mains
que travail
et sommeil

Il n’est que
gel
et brûlure

Il n’est
découragement
ni abondance

Il n’est qu’os
muscle
sang

Pores aussi
par où je transpire

Mais il n’est pas
de possession.

Antonio REIS revue« Action Poétique * (mars 1960) 11


Bernat Manciet – Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore


Red-figured lekythos  depicting Paris and Helen attributed to the Painter of the Frankfort acorn  Gr 481973724.jpgvase grec lekythos Pâris & Hélène

 

XVIII
Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore

et de mon pouce naît ce psaume
rare éclaircie de ma journée
mon été tient dans cette paume

je les regarde sans étonnement
et sans plaisir et sans raisonnement
sans nul regret :

ils sont ce qu’ils sont la nuit arrive sérieuse et calme

pourtant je te les donne
pour l’amour du jeune malade
qui m’a guéri d’être un homme accompli

et qui ressemble tellement à ton sommeil
pour le dédain qu’au soir tombant je porte
et pour la honte aussi d’avoir aimé


le livre est trop pesant – ( RC )



Si le livre est trop pesant,
et la lumière faible,
alors, je ferme les yeux
sur le défilé des pages.

Ce qui se passe dedans ?
j’ignore encore
ce que réservent
les détours de l’histoire.

Elle se déroule sans moi.
Ce sont des récits secrets
auxquels d’autres
pourront accéder.

En attendant me voila reparti
derrière le rempart du sommeil,
avec l’âme qui s’invente
tout un parcours.

C’est comme un insecte
prisonnier dans une boîte
dont les elytres
heurtent les bords.

Il en cherche la sortie,
et le rêve, de même
voudrait repousser les remparts,
en écarter les limites

pour vivre sa vie aventureuse,
détachée du corps,
et des cieux intérieurs
pour s’élancer au-dehors

hors de la conscience,
avec beaucoup de choses
encore inconnues ici :
de la musique, des odeurs

et une couleur de l’arc-en-ciel
qu’il faudrait inventer,
car on ne peut pas la saisir :
elle s’échappe comme le temps

elle est toujours en fuite,
traversant le noir
avec ses propres images
que l’on retrouve en désordre

quand par quelque hasard
on en trouve des traces,
éparpillées au petit bonheur
lorsque le réveil sonne.

Le livre est fermé,
tout à côté,
et on pourrait penser
que des idées ont filtré

dans l’espace nocturne,
comme un joute silencieuse,
une sarabande où les astres
se combattent

et rusent avec l’esprit :
la logique est abolie,
tout est alors possible,
et juste quelques bribes

se retrouvent au matin.
Il faut faire attention
car ces traces fragiles
disparaissent rapidement

– ainsi des bulles éphémères,
lorsque la lumière
commence à filtrer
à travers les volets .

RC – oct 2016


Des desseins laissés inachevés – ( RC )


Afficher l'image d'origine

Tiré de AAARG

Il y a des desseins que j’ai laissés inachevés ;        

ils me saisissent par le bras,
m’habillent de signes du zodiaque , qui se repèrent sur mes épaules, coude et genoux,
et se mettent à clignoter.
Des nuages qui se forment en un manège duveteux,
sont des licornes, des lions et des serpents. 

Tout le monde a l’air de bien s’entendre ;
ils me convient avec eux , pour partager les restes du buffet,
habiller les piétas de goudron et de plumes,
sortir les balais des sorcières des profondeurs de l’histoire

comme ceux cachés derrière les portes grises des placards des vestiaires ,
remplacer les hommes politiques par des héros bien connus de bandes dessinées:
je désigne aussi Bibi Fricotin, Felix Le Chat , Mandrake comme gagnants des épreuves olympiques
et les télés repeintes en noir mat.

Cela ne trompe pas:             c’est un clin d’oeil du destin    :
–         je vais me présenter à ma propre succession  !       ,
juste avant de me diluer dans un sommeil en deux dimensions
dont je n’apprécie même pas la superficie.
J’ai dû sortir, par inadvertance , de la case prévue à mon intention…

RC – mai 2016


Georges Séféris – Santorin 03


peinture  en cours  2012  06peinture perso, en cours

 

Penche-toi, si tu le peux, sur la mer obscure, oubliant
le son d’une flûte sur des pieds nus
qui parcourent ton sommeil dans l’autre vie, l’engloutie.

Sur ton dernier coquillage, écris, si tu le peux,
le jour, le nom, le lieu
et jette-le dans la mer, qu’il y disparaisse.


Sur le sommeil du Gange – ( RC )


 

Edelhoff  Varanasi 9193 feet and sari refl--

photo  Ellie  Edelhoff

 

Le regard glissé sur l’horizon jaune
suit l’étale liquide
froncée de vaguelettes.

Des marches s’enfoncent dans l’eau.
Elles mênent peut-être
à un temple submergé

où les couleurs safran
se diluent
comme dans un soleil.

On a quitté la terre.
Les berges déjà loin .
Et dans le contre-jour

une femme ruisselante
au sari rouge,
hypnotise le crépuscule

sur le sommeil du Gange .

RC – mai 2016


D’où partaient les navires – ( RC )


02062010 copie
Il y a un port d’où partaient des navires,
(    en tout cas, on voit une jetée
qui s’avance, en briques descellées,
d’un timide assaut vers le large,
où le gris s’étale,           indifférent     ) .

L’endroit est déserté,
de gros anneaux sont rouillés.
Peut-être est-ce le reste d’une ville
se prolongeant au-delà,
engloutie petit à petit,
malgré son orgueilleuse suffisance,
colosse aux pieds d’argile,
dont le corps plonge aussi
dans le sommeil de ce qui a été.

Seules veillent les mouettes.

Il y a un port d’où partaient des navires,
on peut le penser.
Mais ,         attirés par le lointain,
derrière la ligne pâle de l’horizon ,

ils ne sont jamais revenus,
emportant les derniers habitants
de la cité délaissée,
peu à peu lézardée.
Elle finit par sombrer
comme un de ces vaisseaux
mal entretenus,
où l’eau finit par se faufiler
partout entre les rues .

Seul, un promeneur ,       venu de nulle part …


RC – mai 2016


A pertes de vues – ( RC )


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– Qui connaît le milieu
d’une mer ? : elle se referme sur mes yeux,

>           Je n’en situe pas le centre,
ni ce qui les hante…
bien étanches à des sensations…
autres que celle du glissement de l’eau..
C’est peut-être que ceux-ci deviennent poissons,
et se cachent comme ils peuvent sous les flots,
en fuyant mon visage,
( comme si j’écrivais :  fuyant le rivage… )
La peau en serait la surface,
Elle se ramollit et s’efface,

On n’en saisit plus          les bords
Les yeux fuient bien plus au nord :
On voit bien qu’ils plongent
à mesure que les jours s’allongent,
et le regard se fait plus flou,
en échappant aux remous,
et aux mouvements de l’onde :
>         on dirait qu’ils fondent

ils se dissolvent dans le liquide
en délaissant les rides
accrochées aux paupières :
il y a de moins en moins de lumière
quand on s’écarte du soleil :
>       C’est la porte du sommeil :
Plus rien ne les anime,
au plus profond de l’abîme:

l’eau ruisselle et glisse,
mais sur une face,         désormais lisse :
il n’est pas sûr qu’ils émergent de l’océan :
désormais perdus dans le néant:
Il n’y a plus d’ailleurs
que pour le regard intérieur
comme s’il s’en était allé
dans une immensité d’eau salée…

C’est ainsi que du lointain se dilue
ce que l’on imagine  » à pertes de vues « .

RC – fev 2016