voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky

Eugenio de Andrade – J’entends courir la nuit


J’entends courir la nuit par les sillons
Du visage – on dirait qu’elle m’appelle,
Que soudain elle me caresse,
Moi, qui ne sais même pas encore
Comment assembler les syllabes du silence
Et sur elles m’endormir.
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.
.
« Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps

ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :

lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires. »

 

Eugénio de Andrade, Blanc sur blanc, Gallimard, Collection Poésie

Il y avait , sur le dessin – ( RC )


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 Brooklyn Street-art

 

 

Il y avait sur le dessin

des ombres, mais aussi des couleurs

qui sont venues habiller le mur.

A travers les grilles,

je le voyais

avec ses fleurs blanches et pourpres,
mais aussi le ciel plombé

d’un proche orage,

Il faisait ce contraste au bonheur
et aussi le mettait en valeur .

Il y avait ,

—– ( car un jour de colère,
quand le cœur se déchire,

j’ai voulu effacer les clématites
avec un chiffon et de l’essence ).

Quand le regard s’y pose,
on voit que tout a dégouliné :
Ce n’était pourtant pas suite à l’averse :

tout n’est pas complètement gommé:

je ne repars pas d’une toile vierge :
on devine bien des choses,

malgré le repentir

on y voit des restes de bonheur

que je n’ai pas pu

( ou pas voulu )
complètement effacer …

 

 

RC – août 2018

La buée que fait la nuit- (Susanne Derève)


 

 

Helen Frankenthaler 'Draft' 1969, St. Louis Museum of Art, St. Louis Missouri

Helen Frankenthaler ‘Draft’ 1969  

 

 

Dériver   ce soir

à  la  remorque des nuages,

 

suivre leur course  grise,

ponctuée d’un  vol d’oiseaux  

 aile ivre qui  s’élance                                   

sur l’horizon des champs pâlis

s’éparpille et s’enfuit

au-delà des coteaux 

 

Attendre qu’il fasse tout à fait noir

poser les lèvres sur la vitre

pour  y goûter la buée que fait  

la nuit

y écouter le bruit qu’elle fait

en s’engouffrant  par la fenêtre

 

avec ses échasses de vent

et ses éclats de mandoline

ses bras qui se referment                                                   

sur un air d’accordeone

 

Peut-être  te rejoindrai-je alors

qui sait               

ce n’est que la musique

d’une nuit rompue à l’absence      

où les mots ne disent plus rien de nous                

que cet éveil où ils nous tiennent

                                                                                                                    

 

à la remorque de l’aile immense

de l’oiseau

un chant qui tait son nom

se nourrit du silence                                                  

et brûle ses vaisseaux

 

 

James Joyce – musique de chambre – IV


photo  Chris  Wage

 

IV
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue

S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère ;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré –
Avec le sombre bleu persistent

Quelques lumières améthystes

 

 

NB  ce texte de James Joyce extrait de  « musique  de chambre »  a été publié aux  éditions « le Bousquet- la Barthe »

Sylvia Mincès – empoisonnement


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Un peu de concentré d’amour
pour aromatiser votre vie ?
eh bien, je ne dis pas non ; la chicorée, voyez-vous,
c’est délicieux mais son usage reste limité…
cependant, je désirerais en choisir le parfum !

Rien de plus facile : consultez votre cœur
puis traduisez-m’en le vœu, car vous savez,
je ne suis que vendeur !..
…D’une part, outre-océan d’une autre :
coloré à l’angoisse (it’s my favorite flavour !)

Parfait, cela vous sera livré au début de la semaine prochaine,
accompagné d’un mode d’emploi
dont vous devrez respecter les dosages sévères
et la consigne stricte.
Je suis morte il y a deux jours.

 

ThomasPontillo – Ce qu’a dit la beauté – 01


Pentti Sammallahti : Frog by Pentti Sammallahti
photo    Pentti Sammallahti

Je veux dire, avec l’humilité d’un ciel qui se propose,
la lumière qui n’est que du présent qui pense,
l’avancée du rêve parmi les vagues discrètes d’un jour,
plus beau à mesure que l’air sur mes lèvres
délivre l’hiver qui hésite au loin dans le chant des brumes.

Dire, et avec ce qui tremble au plus profond de l’âme,
célébrer la voix mêlée de nuit claire,
intensifier le geste qui accueille un corps.
Oui, dire et célébrer – encore – le pays où les pas
sur la neige sont un testament pour la beauté.
Dire, et avec les mots, augmenter en nous
la vibration secrète de l’émoi.

Lueurs immobiles sur l’éternité des eaux,
que votre majesté soit mon identité,
que mon souffle vienne mourir dans les plis de vos soupirs.
Mais est-il vrai que déjà nous ayons goûté
le temps où l’on voit monter, de larmes en larmes,
l’espoir d’un monde retrouvé ?

Jean-Pierre Andrevon – Élie


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photo Ayashok

 

 

Élie

 

Mon ami

le petit Élie

juif

est mort à Paris

cet été

dans son lit

le petit Élie

n’était plus si petit

il avait mon âge

à peu près

je l’avais connu

en mille neuf cent quarante-quatre

nous avions trois ans

ou quatre

nous habitions

la même maison

moi au premier

lui au dernier

une seule pièce

sous les toits

une chambre de bonne

comme on disait

avec sa mère

et pas de père

sa mère qui était bonne

précisément

il m’avait dit

un jour dans la cour

où nous jouions

aux billes en terre

sans soucis

des rumeurs et des tremblements

de la ville au-dehors

il m’avait dit

tu sais je suis

juif

mais il ne faut le dire

à personne

juif je ne savais pas

ce que c’était

on n’en parlait pas

chez moi

ou alors à mots couverts

avec des drôles

de regards

mais pour faire plaisir

à mon ami Élie

je n’ai rien dit

à personne

surtout pas

à mes parents

qui sont morts

depuis longtemps

juif

j’ai appris plus tard

ce que c’était

quand j’ai grandi

quand j’ai appris

quand j’ai lu

quand on m’a dit

et Élie

comme moi a grandi

loin de cet hiver-là

loin de ce temps-là

d’Auschwitz et de

Treblinka

et puis

il a mené sa vis

jusqu’à sa mort

dans son lit

une vie ordinaire

qui ne vaut pas la peine

d’en faire une histoire

que j’écris quand même

ce soir

parce que

cet hiver-là

qui peut toujours

revenir

il ne faut pas

cesser

de s’en souvenir

 

Jean-Pierre Andrevon (né en 1937) in Obstinément des femmes des chats et des oiseaux, éditions Le pédalo ivre, collection poésie, 2016

Raymond Queneau – Quand les poètes s’ennuient


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 Alberto Giacometti 

 

                                                        

 

Quand les poètes s’ennuient

 

 

Quand les poètes s’ennuient alors il leur ar-

Rive de prendre une plume et d’écrire un po-

Ème on comprend dans ces conditions que ça bar-

Be un peu quelque fois la poésie la po-

Ésie

 

 

Ousqu’est mon registre à poèmes   

           

                     

Ousqu’est mon registre à poèmes

moi qui voulais…

pas de papier pas de plume

plus de poème

me voici en face de rien

de rien du tout

du néant

ah que je me sens métaphysique

sans feu ni chandelle

pour la poétique

 

 

                          Un train qui siffle dans la nuit 

 

 

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Georgia O’Keeffe. Train at Night in the Desert. (1916)

 

Un train qui siffle dans la nuit

C’est un sujet de poésie

Un train qui siffle en Bohême

C’est là le sujet d’un poème

 

Un train qui siffle mélod’

Ieusement c’est pour une ode

Un train qui siffle conme un sansonnet

C’est bien un sujet de sonnet

 

Et un train qui siffle comme un hérisson

Ça fait tout un poème épique

Seul un train sifflant dans la nuit

Fait un sujet de poésie

 

Les flaques – ( RC )


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Le sol semble creusé d’espaces,
        qu’occupent des flaques
        où les nuages passent ,
glissant sur ces plaques .

Elles brillent comme des yeux
penchés sur une rambarde
       ( du voile plombé des cieux :
      le monde d’en haut me regarde ) .

De légères ondes
rident la surface :
il y a dessous, un autre monde
qui,    parfois , s’efface

quand mon reflet me trahit :
la lumière rebondit sur mon dos ,
( mon ombre n’est pas l’amie
que souhaitait l’eau )

Je vois l’image de mon double ,
          qui me copie à l’envers :
si je mets le pied dans le miroir,
         celui-ci se trouble :

Je sens que je le dérange
          dans ses pensées :
la lumière attend celles des anges .
                  Ils ne sont pas pressés :

Juste quelques traces éphémères
d’oiseaux qui les frôlent :
         c’est une sorte de prière,
         qui se passe de paroles .

RC –      oct- 2018

Tempête d’Iroise – ( Susanne Derève)


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  Bernard BUFFET – Tempête en Bretagne

 

 

Ces nuages qui courent entre ciel et mer au-delà des grues immobiles,

nuages porteurs de la nuit qui s’annonce, poussés par un vent d’Ouest

qui charrie les feuilles mortes par brassées

 

Morne solitude des tempêtes d’hiver

 

La rade comme un pinceau de moire grise sous les rayons rasants

 

et tout là-bas, au loin, les Tas de Pois, petits cailloux semés par l’Ogre gigantesque

qui souffle sans relâche ce vent de tempête noyé de sel,

éructe son écume sale à la frange des vagues

et déchaine la mer, molosse aux dents d’ivoire à l’assaut du rivage,

charriant les galets et le sable jusque dans les bas-fonds glauques des profondeurs

 

Cadavres de bois flottés jonchant les plages et les grèves

charognes aux orbites vides rongées par les mouettes avides

pluie de givre que balaie dans la nuit de son œil inlassable

le faisceau mécanique des phares

lumineuse étincelle de vie bouée de lumière dans les ténèbres grises

 

l’hiver

 

 

 

 

 Sylvie Durbec – Un désir de soie blonde


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la main retient la colline

et les jambes entrouvrent le fleuve

on le distingue à peine à cause que

sa chevelure empêche de voir

si elle est faite d’oiseaux mouvants

ou de pins balancés par le vent

 

on dit de lui que son corps est de soie blonde

moi je crois que sa peau a la douceur

de ce qui s’en va doucement de soi

emporté par le temps et qui – parfois –

nous revient aux lèvres

un baiser une caresse et tout aussitôt

s’emporte au loin et chavire

la main ne retient rien

les jambes se déprennent

reste le chant

celui d’un désir de soie blonde

 

 

 

 Sylvie Durbec

 

La vie devant nous- (Susanne Derève)


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 Tollef Runquist-  Landscapes

 

 

On a la vie devant nous

les matins de branches mouillées

les clés du temple      les aurores

la chair dorée des prunes d’Ente

les  chaises qu’on laisse dehors

qu’il fasse soleil ou  qu’il vente  

 

On a la vie devant nous

le  petit kiosque à musique

et le piano désaccordé

près du vieux banc  mélancolique

des roses  aux premières gelées

 

On a  la vie devant nous

et du bois dans la cheminée

Dans  la serrure du temple

suffit  de tourner la clé 

pousser la porte et qu’on  y entre

pour  rêver

 

qu’on a la vie devant nous

et pour peu qu’on soit somnambule

ou que la raison bascule

on y croirait

 

 

 

 

 

Murièle Modely – soleil en perfusion


 

 

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peinture  Toulouse-Lautrec   M Boileau au café   1893

 

 

Assise face au miroir, tu t’enfiles une kro
il est trois heures, et personne à cette heure
et dans ce café-là, ne boit autre chose
c’est l’été
tu as le soleil en perfusion dans le ventre
sous ta robe grise
le grain de peau bleu mordoré
tu ne parles à personne, tu écoutes vaguement
des hommes batifolent au bout du comptoir
tu avales ta bière, tu bois ta propre histoire

 

texte  de M M  tiré  de son recueil   » sur la table »

Louis Aragon – Elsa au miroir


LEONARD DE VINCI ETUDE DE TETE

 

                              LEONARD DE VINCI    Etude de tête

 

 

 

C’était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d’or  Je croyais voir

Ses patientes mains calmer un incendie

C’était au beau milieu de notre tragédie

 

Et pendant un long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d’or  et j’aurais dit

C’était au beau milieu de notre tragédie

Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire

Pendant tout ce long jour assise à son miroir

 

Elle peignait ses cheveux d’or  et j’aurais dit

Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire

Pendant tout ce long jour assise à son miroir

A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie

Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit

 

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire

C’était au beau milieu de notre tragédie

Le monde ressemblait à ce miroir maudit

Le peigne partageait les feux de cette moire

Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

 

C’était au beau milieu de notre tragédie

Comme dans la semaine est assis le jeudi

 

Et pendant un long jour assise à sa mémoire

Elle voyait au loin mourir dans son miroir

 

Un à un les acteurs de notre tragédie                   _

Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

 

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits

Et ce que signifient les flammes des longs soirs

 

Et ses cheveux dorés quand elle  vient s’asseoir

Et peigner sans rien dire un reflet d’incendie

 

       

La diane française – Seghers  Poésie d’abord

Marc LE GROS – Mémoires de basse


BORD DE MER AU POULDU

    Paul Sérusier – Bord de mer au Pouldu

 

 

                                           II

 

Puisque rien n’est écrit

D’avance et

Qu’il ne reste que des restes

Après tout

Quelques couleurs à mettre sur le jour

Un peu de voix à faire entrer

Dans le bond des grèves

On est là

Dans la fraicheur qui déteint sur nos mains

Nos yeux ne prennent plus l’eau

Depuis longtemps

Et quand l’un après l’autre les oiseaux

Passent au blanc

Le vent seul nous donne l’heure

On ne répond plus

 

 

 

LXVII

 

On arpente le bas flot tous les deux

Les yeux frottés

Aux mues vives des marées

De ma pâleur à ton visage d’ailleurs

Il n’y a plus très loin

C’est ma mémoire que tu blanchis

Et quand au bord le plus léger

Le plus mince de nous-mêmes

La lumière doucement touche

A sa fin

On est comme ces anomies

Sur les grèves

Ces fines pelures nacrées

Transparentes à peine comme l’air du temps qui passe

On y passe aussi on court même

Chaque fois

On y laisse sa peau

 

 

MEMOIRES DE BASSE – Calligrammes –  1987

 

 

 

Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Histoire de rangement – ( RC )


 

 

 

 

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brookenshaden favorites  :  Homunculus Stock

 

Parfois, je ne sais plus vraiment où je suis rangé.
On me retrouve dans les endroits les plus divers

( dernièrement sur une étagère ),
…y pendait un tissu frangé .

Autrement, ce fut une fois avec les assiettes,
dans le buffet de la salle à manger :

mais ma vie devait être en danger,
car voisinaient les verres aux multiples facettes.

La bibliothèque m’accueille dans les rayonnages,
généralement c’est en été,

les portes restent fermées,
et j’ai mon lit de pages.

Mais mon corps est en plusieurs parties ,
car tout cela manque de place

( certainement pas assez d’espace
pour y installer un lit ).

Cette histoire de rangement
n’est pas le premier de mon souci ,

je me découpe, je me déplie
tout à fait naturellement .

Des fois il n’y a qu’un pied, qu’une main
qui s’égare par erreur.

Je n’ai pas essayé le congélateur :
ce n’est pas un endroit très sain

on y côtoie de la viande en sachets
des légumes et du pain durci :

je ne fréquente pas ces lieux ci ;
on dira que je ne suis pas prêt….

Il me faut un minimum d’air
pour que je subsiste quand même :

c’est ça le petit problème
de ma présence sur terre.

J’ai égaré mes poumons , mais je respire:
et même tiré en multiples exemplaires,

je sais qu’il ne faut pas trop s’en faire :
…….          comme situation, il y a pire…


RC – aout 2018

Octobre – (Susanne Derève)


Joan Mitchell Two Pianos

                     Joan Mitchell   ‘Two Pianos’

 

 

Il n’y a pas d’ombres

Il n’y a que la tendre lumière d’Ouest

au soir

 

Octobre avec son parfum de fraises écrasées,

les dernières au goût de terre et de noix,

Octobre au goût de prune violette,

 

le scintillement du soir entre les branches

à la fenêtre

feuille morte qui s’égare, portée par

un vent chaud,  qui craque sous le pas

 

Et là emmitouflées dans le sous-bois

les ailes roses des cyclamens

comme l’ultime sursaut     

d’un automne aux abois

 

 

 

Perrine Le Querrec – les nuages


extrait de   » la Patagonie « J'ai jamais foutu les pieds en Amérique 7989688370.jpg

Les nuages

Quitter le rivage de terre et de cailloux, s’avancer vers
les nuages. D’un pied tâter la matière, y entrer d’une
jambe, d’un corps, d’un coup. Plonger dans la mer,
s’en recouvrir, crèvent les gouttes contre la peau nue,
les jambes s’alourdissent, les cheveux, la bouche pleine
déchirer les nuages. Un ciel d’eau sur les épaules,
disparaître.

Leon Felipe – Don Quichotte est un poète prométhéen – 2


 

peinture  Serge Plagnol    La verte et rouge 2002 - Huile et pigments sur toile.JPG

 

 

Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…

le mouvement,même, contre l’inertie des choses – ( RC )


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photo: Andrew John

 

C’est comme une couleur intense

arrachée au mur.

Un mur brun de pierre,


posé à même le sol, rugueux,

et il y a cette forme rouge …

 

 

Souple, elle coule, légère…

elle ne s’accroche à rien,

soulevée par le vent ,


à la façon d’une flamme,

que seul le regard peut saisir … ( ! ) .

 

 


Elle se gorge d’une lumière,


que la rocaille refuse ,

et suit la silhouette d’une danseuse ;


le mouvement même ,

contre l’inertie lourde des choses…

 

 

RC – aout 2018

Cristina Alziati – mon arbre


 

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photo LPC

 


Je suis venue vers toi cette nuit.
Mais j’avais été déjà dans la pleine
lumière sur les champs où tu es endormi,

déjà j’étais le corps immense
sous ton ombre, inter ligna silvarum,
des herbes immobiles tremblées,      mon arbre …

 

 

texte tiré du site  » une autre poésie italienne »

Ezra Pound – La rose éclose pendant mon sommeil


peint  peche au lamparo Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid   Fànos.jpg

peinture: pêcheurs en barque    Codex Skylitzès Matritensis

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII –

Renée Vivien – un éclair qui laisse les bras vides


 

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Ta forme est un éclair qui laisse les bras vides,
Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir…
Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides
T’implore, ô mon Désir !

Plus froide que l’Espoir, ta caresse est cruelle
Passe comme un parfum et meurt comme un reflet.
Ah ! l’éternelle faim et soif éternelle
Et l’éternel regret !

Tu frôles sans étreindre, ainsi que la Chimère
Vers qui tendent toujours les vœux inapaisés…
Rien ne vaut ce tourment ni cette extase amère
De tes rares baisers !

____________(Études et préludes, 1901)

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