voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Sonia Branglido – Une étrange lumière jaune 


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Une étrange lumière jaune 
Surgie de la page froissée 
D’un très vieux livre 
Dessine sur le mur aux oiseaux 
L’ombre d’un chant mystérieux 
Rêve éveillé sous un bel arbre 
L’écorce d’un jeu de mots dits 
Le silence se fait mélodie 
Pour donner des couleurs aux voyelles 
Écrire la musique des larmes de l’automne 
Entre mémoire et des espoirs 
La poésie au cœur des arts 

Amelia Rosselli – Impromptu


 

Nord de la france.jpg

ph  Yves Lecoq

 

 

L’esprit de la terre m’anime

Un instant ; étendue ou assise je ne regarde

pas ma montre ; la tâte 

et que je replace à côté de ma tête, 

mais sans sommeiller  non plus

Pensant s’adresser à son dieu

Comme s’il était dans les nuages ! Affaiblie

L’enfance emmurée de ces vers

sans être autre chose qu’une  imagination pictural

Si dans le champ de blé je demeure

longuement étendue à y penser .

 

 

Lo spirito della terra mi muove

Per un poco ; stesa o seduta guardo

Non l’orologio ; lo tasto e lo

Ripongo al lato della testa, che

Non sonnecchiando ma nemmeno

Pensando, si rivolseal suo dio

Come fosse lui nelle nuvole ! Rinfiacchita

L’infanzia muraria di questi versi

Non sono altro che pittorica immaginazione

Se nel campo di grano rimango

A lungo stesa a pensarci sopra.

Georges Perec – (A Franck Venaille)


 

Metropolis Paul Citroen

                 Paul Citroën – Métropolis 

 

        A Franck Venaille

 

cela ne l’effraiera ni ne le fera rire

              la ville à l’infini

il la reniflera il la flairera

            la ville fécale la ville effarée

il ne rêvera à rien      il avancera

le café-calva en face  le ciné l’avenir vicié  l’air calcaire

           la ville en vacance     la ville vaccinée

il ne vérifiera ni l’affre ni la faille

Flânerie. Errance.

 

la ville écaillée la ville varicelle la ville calvaire

la ville avariée

 

il verra venir la ville carnaval le financier affairé à la

cervelle nickel

 

                         la vieille fille avinée le créancier vénal  la fiancée  le fakir

                         la reine enfarinée  la flicaille

 

                        avarice  vieillerie  vilenie  féerie facile  féerie fanée

                        rafle civière Vive la France

 

                                      

 

                        L’éclair vrille le ciel calciné

 

                        Fièvre : Revenir en arrière. En finir avec ce rêve à la flan.

                        Écrire à la craie frêle la villanelle effacée

 

vienne le navire à la carène effilée

la fière caravelle

vienne l’île vicinale

arrive enfin l’avenir enraciné

 

                       en ce livre ancien vacille la vie vieille

 

 

Beaux présents belles absentes
Poésie Points

Aucune conclusion – ( RC )


 

 

Ristretto (les petits matins ordinaires) 15762087416.jpg

 

Je ne tire  aucune  conclusion,

des lendemains qui s’annoncent .
Ils ont  le côté gris des réveils après la cuite.
J’ai du mal à rassembler quelques idées,
à déceler le vrai du faux
dans ce qui passe à la radio .
Il y a un horizon bouché
par des barres d’immeubles .
Le corps semble peser plusieurs tonnes:
J’ai du mal à le rendre concret .

La matière s’oppose à moi, inerte
comme le grand réfrigérateur blanc
qui me barre la route .
Il va falloir que je le contourne .
Je pense à tous ceux
qui ont pris des chemins de traverse ,
les parfaits anonymes
convoqués à heure fixe au bureau
( et ceux qui ont sauté par la fenêtre … )

RC  –  juin  2018

Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )

Sanguine – (Susanne Derève)


 

Henri Le Sidaner couchant

     Henri Le Sidaner – Les maisons sur la rivière

 

 

 

Te souviens-tu d’un certain soir

où la pierre comme une sanguine

luisait des derniers feux du jour  

 

Où blottie dans tes bras

j’aurais voulu te dire l’amour

pareil à ces façades

 

comme un visage offert

au regard de l’amant

et qu’alentour tout semble fade 

 

Mais déjà tu lâchais négligemment

ma main tu remontais l’allée

empruntais le chemin

sans plus te retourner

 

Je refermais sur mes genoux

le livre ouvert qui disait que tout passe

qu’il faut être jaloux d’en conserver la trace  

brûlante  comme un fer

 

 

 

 

Michel Seuphor- Onze essais de voix pour un chant du soir (6)


 

Marina-Apollonio-_-

        Marina Apollonio, « Dinamica circolare »

 

 

il  y  a  un  art  de  la  pirouette

et il  y  a  un  art  du  silence

 

une  pirouette  un  silence

une  pirouette  un  silence

 

dose

ose doser

 

si  tu  mets  l’accent  sur  silence

une  hirondelle  passe  dans  le  ciel

si  tu  mets  l’accent  sur  pirouette

c’est  le  grand  retour  des  neiges  d’antan

 

sème  sème   sème

sème  des  deux  mains

pour  récolter  cortège

 

 

 

Le jardin privé du géomètre

Suivi de
Onze essais de voix Pour un chant du soir
ROUGERIE

André Spire – CLAC ! CLAC!


Panorama 1.JPG

photo perso – Vaucluse

Les cornes de la vigne
Se balancent, se balancent.
Les cornes de la vigne
Se balancent, se cherchent.

Touche, touche, la corne !
Approche, frôle, touche !
Un jour, deux jours de danse,
Saluts et révérences.

Touche, touche, la corne !
Frôle un peu, touche, touche !
Le vent souffle plus tiède,
Et clac ! entrelacées !

Mais pfut ! le vigneron
Avec son gros soufflet,
Avec sa fleur de soufre,
Qui vient pour vous poudrer.

Mais frout ! le vigneron
Avec son tablier,
Sa ceinture de corde
Et ses liens de jonc.

Et clac ! le vigneron
Avec ses grands ciseaux
Qui font clac ! clac ! plus fort
Que le bac du corbeau.

Et clac ! le vigneron
Qui aime le raisin,
Qui aime mieux le vin
Que les cornes, les feuilles,
Les danses, les révérences…
Clac ! Clac !

Candice Nguyen – dans l’intervalle le silence


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photo Michael Kenna  –  Campo de Criptana, Espagne, 1996

 

 

il y eut un battement. puis un autre
la scansion d’un mouvement

dans l’intervalle le silence ou le silence partout hors de lui qu’importe

c’est un cri inévitable retenu, au bord trop près que le cœur semble si serré qu’il va se défaire et couler
à tes pieds
une fêlure au-dessous se dessine se creuse quand la nuit devient noire que les murs fissurent retombent elle ne dit rien
guette la césure de la nuit son silence
vaste si plein

tout autour

la lenteur
tout s’étire se retire se dilate
t’engloutit

remplir les espaces,

du Temps,

de cette pièce

— il commencera par cette pièce
ça n’est pas grand chose mais c’est déjà ça : un début ; il recommencera la nuit d’après et celle encore d’après et ainsi de suite, le jour il oubliera, il tentera, il attendra,

il n’y a pas d’absence dans le silence

il l’attendra,

dans le silence de la nuit

sans lequel le premier battement et tous les suivants depuis les siècles passés ne peuvent naître

il n’y a pas d’absence dans le silence

que
la possibilité de la vie

de ces battements
écoute
ce que le silence permet

les portées se dessinent s’envolent les pieds se dérobent

et toi

ils elles elle n’existent que par lui
à l’intérieur de lui,

dedans c’est par lui que tu respires
en dehors c’est lui seul que tu rencontres

lui encore lui
et le jour l’oubli

d’harmonies dissonantes en contrepoints
les corps happés appelés le sien, le mien se retiennent dans un dernier geste d’amour
ta main
écoute
`
`
accueille’
reçois
dans ce mot contenu

 

voir  le blog de C Nguyen 

Le peintre et son modèle – (Susanne Derève)


 

Éva Gonzalès (Artiste peintre impressionniste française, 1849 - 1883 ) Le chignon

    Éva Gonzalès – Le chignon

 

 

 

Ces roses compassées,   les desseins de la chair

le matin qui pâlit   aux entrées de l’hiver

Ce long sommeil sous votre peau

et cette nuit les oripeaux

que j’abandonne   pour vous plaire

Ce plaisir près de la souffrance

et cet aiguillon de l’absence

 

Je vous espère

 

Ne laissez pas le jour effacer la pénombre

quand je vous rejoindrai

les parfums amassés adouciront les ombres

Je vous devinerai   rien qu’avant de vous voir

abandonnée,

comme l’opale réfracte la lumière du soir

 

Serez-vous,       alanguie,

et prendrez-vous la pose

Je suis le peintre au chevalet

Je suis celui qui ose

vous croquer dans le noir  

 

Cette clarté laiteuse                                

de votre hanche entre les draps

le doux éclat de votre bas

jeté négligemment à terre

 

Ah de n’être pas Courbet

je désespère

 

 

Rainer Maria Rilke – Portrait intérieur


 

Jean Fautrier Femme douce

      Jean Fautrier – Femme douce

 

 

 

Ce ne sont pas des souvenirs

qui en moi t’entretiennent ;

tu n’es pas non plus mienne

par la force d’un beau désir.

 

Ce qui te rend présente,

c’est le détour ardent

qu’une tendresse lente

décrit dans mon propre sang.

 

Je suis sans besoin

de te voir apparaître ;

il m’a suffi de naître

pour te perdre un peu moins.

 

 

 

Vergers

et autres poèmes français

nrf  Poésie/ Gallimard

De la sueur des hommes- (Susanne Derève)


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              Pierre Péron – port de commerce  Brest

 

 

 

Que sait-on de la poussière des grues

et de la sueur des hommes 

 

Que sait-on des derniers relents de la nuit

quand l’humidité ronge insinue

coule sous les paupières

la sève brûlante du sommeil arraché                                           

au café du petit matin         

 

                       

Muscles gourds sous les bleus de chauffe

corps durcis endurcis muets

corps las

du cliquetis des bielles

de l’aigre stridulation des essieux                                                                      

de leur implacable giration de chronomètre

 

                                                                           

Métal glacé des crevasses profondes

gerçures plaies immondes 

 

 

Que sait-on de l’asphalte                                                        

suintant de graisse et de cambouis            

flaches saumâtres

de ces navires à quai

gueules béantes

dont les entrailles grondent

réclamant leur  tribut

de fournaise et de bruit

épaves moribondes

 

 

étoiles nues

absentes ensevelies

 

 

Mais aussi

que sait-on des aubes légères

du  pavois d’or de la lumière                               

dans le ciel encore blanc de pluie

 

                         

Que sait-on de la tendresse des hommes

entre leurs mains rebelles

 

Que sait-on de la vie ..

 

 

 

Alfonsina Storni – Je vais dormir (Voy a dormir)


 

Diego Rivera. La rivière Juchitan, 1953-1955

                              Diego Rivera – Vendeuse d’arum

 

                 

 

Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.

Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.

Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes

pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

 

 

 

Dientes de flores, cofia de rocío,
manos de hierbas, tú, nodriza fina,
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.

 

Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera;
una constelación; la que te guste;
todas son buenas; bájala un poquito.

 

Déjame sola: oyes romper los brotes…
te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases

 

para que olvides… Gracias. Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido…

 

 

 

Sources :

Alfonsina Storni et la poésie  

espaces-instants

 

 

 

 

Chúc Mừng Năm Mới – Bonne année (Susanne Derève)


 

NGUYEN NAM SON Paysannes du Tonkin

      Nguyen Nam Son – Paysannes

 

 

                    ORIGINES

 

 

Je pars rejoindre le pays des origines

Doux pays de fleuves et de rizières

Aux petits matins de brumes légères

 

Je pars, je rejoins le pays du Levant

Ses  barques de bambou ses jonques ses rivières

Ses fleurs de lotus roses fleurs altières

 

Ses chemins de terre de poussière et de pluie

Le vert tendre du riz les mains agiles les mains fières

Qui repiquent sans fin le dos courbé à terre

 

Je pars rejoindre le pays de mes racines

Ses digues ses ruelles serpentant au hasard

Des champs et des villages ses buffles paresseux

 

La pluie chaude et le vent, le cycle des moussons

Rouges  tamariniers et le fruit du dragon

A la chair fade et veloutée

 

Je pars rejoindre le pays de ma naissance

Ses gongs ses pagodes ses bonzes ses reliques

Ses enfants aux yeux sages  ses filles aux longs cheveux

 

Les rues embouteillées la cohue et le bruit

Marchandes ambulantes porteuses de palanches

Aux lourds plateaux chargés de fruits

 

Je pars rejoindre les rives du lac Hoan Kiem

Dans la douceur du soir sous le feu des lampions

Je pars rejoindre Hanoi, Hanoi est ma maison

 

Les restaurants de rue et les marchés couverts

Le Pho brulant et le thé vert

Et la maison de mes amis et mes amis si loin d’ici

 

Je pars rejoindre le pays du Têt

Les fruits d’or et les pêchers en fleurs

Le riz gluant et le bonheur

 

Je pars rejoindre mes racines

Le pays de mes origines

 

 

 

PABLO NERUDA – Tes pieds (Tus pies)


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               LEBADANG- Femme et enfant

 

 

 

 

                                                    TES PIEDS

 

Quand je ne peux regarder ton visage

je regarde tes pieds.

 

Tes pieds. Leur os cambré.

Tes deux petits pieds durs.

 

Je sais bien qu’ils te portent

et que sur eux se dresse

le doux poids de ton corps.

 

Et ta taille et tes seins,

le pourpre jumelé

de leurs pointes dressées

et l’écrin de tes yeux

envolés depuis peu,

le grand fruit de ta bouche,

ta rousse chevelure,

petite et mienne tour.

 

Mais je n’aime tes pieds

que pour avoir marché

sur la terre et aussi

sur le vent et sur l’eau

jusqu’à me rencontrer.

 

 

 

       

            TUS PIES

 

Cuando no puedo mirar tu cara

miro tus pies.

 

Tus pies de hueso arqueado,

tus pequenos pies duros.

 

Yo sé que te sostienen,

y que tu dulce peso

sobre ellos se levanta.

 

Tu cintura y tus pechos,

la duplicada purpura

de tus pezones,

la caja de tus ojos

que recién han volado,

tu ancha boca de fruta,

tu cabellera roja,

pequena torre mia.

 

Pero no amo tus pies

sino porque anduvieron

sobre la tierra y sobre

el viento y sobre el agua,

hasta que me encontraron.

 

 

 

Vingt poèmes d’amour

et une chanson desespérée

nrf   Poésie/Gallimard

 

 

Le temps passe, indifférent sur toutes les guerres – ( RC )


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gravure : Félix Valotton

Hier il pleuvait des hallebardes ,
on se parfumait au gaz moutarde ,
au-dessus des corps pèle-mêle ,
les obus pleuvaient comme grêle
aujourd’hui c’est plein soleil ,
mais le sang est toujours vermeil…
le temps rit encore comme il riait naguère ,
et passe indifférent sur toutes les guerres .


RC – nov 2018

Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Blossom of Water Hyacinth 2, late 1920's

              Imogen Cunningham – Jacinthes d’eau

 

 

 

Je ferai d’aujourd’hui

un jour sans mots

un jour pour  rien

un jour d’oubli

 

Le gel a brodé de ses noires dentelles

mes roses de Noël 

mes roses vertes

mes roses sève

Elles    qui fleurissaient

mon cœur de vase bleue

empli  de tourbe et de fumée                                                     

 

J’ai refermé les mots de la souffrance

avec une clé de métal froissé

Il faut prendre garde à l’errance

 

J’ai tant rêvé     n’en reste

que le silence comme un vide

propice    rayon de miel

du miel des mots   ceux

dérobés à la conscience

 

Je n’irai pas les soustraire au matin                                            

au brouillard      à la nuit

je n’irai pas les puiser à  la mer                

 

la mer fait relâche aujourd’hui

c’est marée basse   l’estran dévoilé

comme on dévoile un cœur de tourbe

et de fumée      sans pudeur

 

et le chanfrein de l’heure bleue

où la lumière bascule

celle où le jour recule

voix sans timbre  grain de vie

étouffé

 

chuchotements  le froid

devers la nuit soudain tombé

et sur mes hellébores

cette noire dentelle

ce mortel  baiser

 

 

 

Albert Camus – l’envers et l’endroit


un petit  extrait poétique  significatif …

 

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« Ce jardin de l’autre côté de la fenêtre, je n’en vois que les murs.
Et ces quelques feuillages où coule la lumière.
Plus haut, c’est encore les feuillages.            Plus haut, c’est le soleil.
Mais de toute cette jubilation de l’air que l’on sent au-dehors,
de toute cette joie épandue sur le monde,     je ne perçois que des ombres
de ramures qui jouent sur mes rideaux blancs.
Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum d’herbes séchées.
Une brise, et les ombres s’animent sur le rideau.
Qu’un nuage couvre, puis découvre le soleil, et de l’ombre émerge le jaune éclatant de ce vase de mimosas.
Il suffit : une seule lueur naissante, me voilà rempli d’une joie confuse et étourdissante.
C’est un après-midi de janvier qui me met ainsi face à l’envers du monde »

Guy Levis Mano – Images de l’homme immobile


jean-paul-riopelle-la-forêt-ardente

          Jean-Paul Riopelle  La forêt ardente

 

 

     

Les taches noires serpentines

des locomotives sur la neige

Le ciel est fumée de charbon

dessus les toits sans palmes.

 

Si c’était Heidelberg — ou Nuremberg —

les araignées grises de mon cerveau

tisseraient des vieilles réminiscences romantiques.

 

Mais c’est petite ville neuve — dormante — noire.

Noire avec ma vie bloquée

entre les baraques de sa gare.

Et tous les rails mènent ailleurs.

 

Nettoyeur de locomotives — « putzer » je suis.

Dans les roues hautes aux rouges boueux

sur les plaques aux noirs lisses des tenders

se mire mon inertie

de n’être pas ce que je suis.

Mon inertie imbibée de pétrole et d’huile.

 

Pendant ce temps, immobiles eux aussi,

empoussiérés eux aussi

les Plantin — les Garamond et les sveltes Elzévir

de mes beaux poèmes

vivent en tribus séparés dans leurs casses.

Sur  une galée doit s’effriter la composition

inachevée

du «Promenoir des Deux Amans».

C’était du Garamond romain — corps 24.

 

                                  *

 

Petite rue de Paris que j’animai.

Montparnasse poussait ses hurlements d’art

tout autour

pas dedans.

 

Mon crâne métallique comme une chaîne.

Chaque maillon a sa nuance.

Et  le premier moment blanc

tient au noir d’aujourd’hui.

 

 

Attendre — attendre.

Mais bruits de chaînes quand même.

 

Il me faudrait une promenade

sans vertes sentinelles

même dans un bois de sapins.

 

 

 

In Les poètes prisonniers (Seghers)

voir aussi  Association Guy Levis Mano
http://www.guylevismano.com/spip.php?rubrique1

 

 

Plus fort que le métal – ( RC )


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Plus fort que le métal,         sans qu’on le voie
mais cela ne pèse pas , de sa masse de fer,
et s’il faut déchirer les chairs ,
on trouve devant soi un mur de bois .

Le gel se répand en silence      et va tout durcir ,
tu peux taper de toutes tes forces,
c’est à peine si tu entames l’écorce ,
( et la hache, de rebondir …).

De l’arbre, tu n’en feras pas souche,
et  stères de bois,
Tu te heurtes au froid ,
et sa résistance farouche ….

C’est une faculté de la nature,
de défendre ses lois,
( ne s’en prendre qu’à soi ,
si le geste assassin      te revient en pleine figure )…


RC – dec 2018

Brouillard – (Susanne Derève)


arbres vies silencieuses

               Alexandre Hollan – Arbres, vies silencieuses

 

 

Brouillard       juste sentir

ne pas écarter le rideau

ne pas voir

 

ou c’est un abîme

qui s’ouvre

 

comme si les mots avaient pris chair

que devant la chair tout s’efface

la vie   un puzzle   

une nasse

 

Qui pourrait croire qu’on raconte

une histoire linéaire

qu’on tait  les fausses routes

les impasses

 

avec ce qu’elle ont pesé de leur poids

de pierre

d’amours déchues      

de guerres lasses 

 

de celles qu’on a perdues

sans même porter le fer

sans combattre  

qu’on panse comme des plaies                                                                 

vivaces

 

Brouillard    amère ritournelle                                                                        

huis clos d’une pluie d’été

les notes virent  sur elles-mêmes

avant de s’effondrer

 

dans un dernier  sanglot

d’où renaîtrait le  rire

 

un  accord qui s’éteint

un  rideau que l’on  tire

 

 

 

 

 

Dyane Léger – faire danser le cœur du monde


Homer, Huntsman & dog.jpg

peinture  Winslow Homer

 

 

Dis-moi,        toi qui sais tenir le monde dans ta main
sans lui faire mal,             sans le faire pleurer,
pourrais-tu m’expliquer, à moi qui suis
à peine capable de transplanter un rosier
sans déchirer ses racines,       à moi qui peux
à peine raconter une histoire sans la déformer,
à moi qui ne peux sourire à un vieillard
et à son chien sans les faire fuir,
          pourrais-tu me dire comment,
si l’on me le demandait,
comment pourrais-je arriver
à faire danser le cœur du monde
sans lui marcher sur les pieds?

Bernat Manciet – Sonet – Le matin croît en toute chose


 

TR00331B.JPG

aquarelle  W M Turner

 

 

Le matin croît en toute chose

toute chose déclenche un matin
Toi : un matin aux cris de neige
des mouettes pures sur Ambès

je te reconnus à ton rire
piaffé de ciel et de sel
je te reconnais car c’est notre rire
depuis les talons jusqu’au front net

lorsque blanchirent les rives
jusque dans mes paumes ouvertes
je sus que c’était ton jour

jour de mille paupières
blanches tu m’as trouvé à tâtons
tous lendemains ne sont que ce matin

Evadé de l’enfance – (Susanne Derève)


oiseau bleu francois xavier lalanne

               FX Lalanne    Oiseau bleu

 

 

 

On voudrait encore en démêler l’écheveau

quand il faut simplement s’en défaire

 

de ces visages aux yeux fermés

qu’on abandonne      qu’on remise 

aux champs clos du passé 

 

des portes qu’on referme

et de ces puits murés

secs

– le sont-ils tout à fait –

 

Il y a un seau jeté

dans l’herbe

qui tinte contre mon pied

et l’éclat du fer blanc

 

un sourire  évadé

de l’enfance                            

la courbe d’un bras nu

le halètement d’une gorge,  

ténu

le chemin de la corde usée

 

le treuil grince   je l’entends 

gémir au-delà des années

 

Il y a ce matin un bouvreuil perché

sur la margelle

à pépier s’ébrouer d’un œil vif

et sitôt envolé

 

moi qui ne savais plus hier

que ce verbe éculé, ces mots blancs

je me surprends à fredonner

l’instant

 

comme l’éveil se déleste des rêves

comme fondent les neiges

au printemps

visages

que j’abandonne aux étoffes du temps

 

 

 

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