Justo Jorge Padrôn – devant l’abîme de la page blanche


  peinture: Yves Tanguy   DEVANT L’ABIME DE LA PLAGE BLANCHE (Hommage à Stéphane Mallarmé.)   Entre la page nue et moi descend la mouette du vertige. Seulement la rumeur de ce futur et le silence et son éclat et la promesse de sa plénitude. Et toutes les questions qui tombent vers sa profondeur égarée. La vie s’accorde maintenant avec son infini. L’œil se noie … Continuer de lire Justo Jorge Padrôn – devant l’abîme de la page blanche

Epaisseurs de silence – ( RC )


Les archéologues ont consulté les archives du temps . Ils ont  décrypté les inscriptions sur les pierres: un langage  s’était perdu, et les intentions  du scribe nous paraissent bien obscures . Les stèles  se sont tues, au crépuscule des idoles, Les arbres ont reconquis le terrain, enlacé les ruines, achevé de démanteler les palais  parcourus par la moisissure, les feux  de l ‘histoire et qui … Continuer de lire Epaisseurs de silence – ( RC )

Joseph Delteil – Poëme pour la Robe future


      À Madame Sonia Delaunay Au commencement était une robe, une robe du soir, Ouverte sur le Paradis, Et qui avait la forme des oiseaux et la teinte des anges. Tout est mystère dans la soie, Dans la laine et dans le coton; L’art de couper une robe Tient du prodige et de la pige. Je chante l’étoffe, L’étoffe aux mille noms et … Continuer de lire Joseph Delteil – Poëme pour la Robe future

Murièle Modély – début


  photo: Michael Solokhin   début je n’ai pas pu relire le livre problème de vue ou de langue l’enfance est illisible les pages indéchiffrables à force d’être mangées par des mains trop fébriles je n’ai pas pu le livre, relire, relier – adieu le cuir, la fibre, le cœur des souvenirs le temps passe, tout devient noir comme ma peau complexe et incompréhensible   … Continuer de lire Murièle Modély – début

Abdallah Zrika – Le linceul de ma grand-mère


dessin F Goya – habits gonflés par le vent  – Quand ma grand-mère est morte, un vieillard est allé chercher le linceul sur une vieille bicyclette. Sa barbe blanche touchait presque le guidon. Je l’ai vu de loin. C’était le vent qui le guidait et non pas lui, le linceul était sur le guidon. Il se faufilait sous le poids du vent, en tournant à … Continuer de lire Abdallah Zrika – Le linceul de ma grand-mère

Béatrice Douvre – L’outrepassante


  image  extraite du film :      le  chemin de la liberté (Rabbit Proof fence )   Habiter la halte brève La rive avant la traversée La distance fascinée qui saigne Et la pierre verte à l’anse des ponts Dans la nuit sans fin du splendide amour Porter sur l’ombre et la détruire Nos voix de lave soudain belliqueuses L’amont tremblé de nos tenailles … Continuer de lire Béatrice Douvre – L’outrepassante

Véronique Olmi – l’impossibilité de l’amnésie


sculpture : idole cycladique C’est pareil pour un amour. Un jour on ne connaît pas un homme. Et le lendemain, subitement, on le connaît. Subitement, en une seconde on le voit et on apprend son prénom, on découvre son visage et après il est trop tard pour oublier cela que l’on nomme « faire connaissance » de quelqu’un. « Défaire la connaissance » est impossible. Et c’est là qu’elle … Continuer de lire Véronique Olmi – l’impossibilité de l’amnésie

Yves Heurté – Magdala 1


peinture:     Eugène Delacroix:       Marie-Madeleine au pied de la croix   1 Je n’ai pas su garder ma vigne pour le profane. A tes mains j’ai donné le nœud de ma ceinture et dans tes yeux se dénouait toute écriture de ma chair. Vérité nue comme la femme il faut qu’amour t’incarne avant le chant grégorien .     Continuer de lire Yves Heurté – Magdala 1

Comme se consument les heures – ( RC )


peinture: Paul Klee — S’il faut laisser passer les heures ; ce sont des images  fugitives, elles se consument,   comme du papier qui brûle, et il n’en reste rien. Même pas un peu de cendre. Alors, justement ,  où est l’empreinte, d’où peut naître la future lumière ? Il faut que je la creuse, que j’y dépose des paroles, que je sème quelque chose pour … Continuer de lire Comme se consument les heures – ( RC )

Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde


peinture:        A Sisley 1874 on n’en fait rien de la neige ( toute l’épaisseur de ce monde dans une fenêtre ) tout juste se demande-t-on comment ce sera une fois que tout aura fondu si la vie sera la même et si c’est bien la neige qui bloque les siens dans le silence #   en rapport :« épaisseur  d’une musique blanche «  Continuer de lire Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde

Rues d’anciens habitants – ( RC )


On se demandera quelle carte consulter, ou plutôt, à quelle époque, et si on peut retourner dans la géographie intime des rues de la ville . Il y a d’anciennes inscriptions, qui cohabitent avec les plaques émaillées et qui disent d’anciens lieux, des noms qui n’évoquent pas ceux d’hommes célèbres, mais l’activité pratiquée, ou ce qui marquait visuellement l’endroit . La ville est un continent … Continuer de lire Rues d’anciens habitants – ( RC )

Un éclair, buvant la lumière – ( RC )


  Il y a eu un éclair, un soleil rapide et pointu, qui est passé à quelques centimètres . On en voit encore sa trace dans l’impact sur le pare-brise . Si je m’étais trouvé sur sa trajectoire, au rendez-vous exact de ma mort je ne pourrai même pas raconter ici la lumière de son rayon métallique, ou au contraire si cet éclair, buvant la … Continuer de lire Un éclair, buvant la lumière – ( RC )

Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage


photo  Norfleet Les rires sont des oiseaux de passage la mémoire une éponge la nuit une dissidente tangue la vie des fuites lentes mascarades sans limites comme un filin d’acier au dessus du vide je revois l’olivier des allées la maison rose sous les cyprès les grands peupliers jaunes d’octobre précipice sans fond sabordage des illusions danse macabre aux sons des tamtams le cri vient … Continuer de lire Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage

Une route perdue – ( RC )


Au bord du son déjà lointain De la cloche fêlée J’ai cheminé sous les brumes Au bord des étangs remplis de nuages, Essuyant leur camouflage. Ce qui avait été une route Traçait sa voie au milieu des sables Fougères et terrains instables, Se morphondait en plaies, Les dents de cailloux sous la surface. Cette voie je l’ai suivie Aussi loin que le regard porte. Elle … Continuer de lire Une route perdue – ( RC )