Des clefs pour compter les minutes – ( RC )


As-tu toutes les clefs pour compter les minutes,les changer en années ?Les heures sont de retour.Ce sont peut-être les mêmes qui reviennent,si, comme le pense Patti, il n’y a peut-être,ni passé, ni futur. Juste un passage,un éclairage, passant de l’ombre à la lumière, ainsi le soleil, qui réapparaîtaprès s’être dissimulé derrière un nuage.En chevauchant une parcelle de temps,tu n’en perçois qu’une étincelle,pas ce qui en … Continuer de lire Des clefs pour compter les minutes – ( RC )

Azem Shkreli  – Le baptême du Verbe


peinture :Ilya Repin – la fille du pêcheur (1874) Je n’ai pas fait de toi une poupée mais conçu un enfant Sous le fouet de ta peine étant peut-être torturé moi-mêmeTu béniras comme une offrande la soif et la faimQue te donna un messager attardé, roulant sans amertume J’ignore les caresses car je t’ai tiré d’un sangAcre, ce qui rendait vaines les sages leçonsA présent, … Continuer de lire Azem Shkreli  – Le baptême du Verbe

Anthony Phelps – le veilleur


sculpture : Germaine Richier ( Montpellier ) Veilleur je vis dans cette patrie de poètesau-delà de toute perception physiquedans la laine violette des songes Un être en moiqui né de moi est plus que moite parleteintant sa voix des couleurs de l’aurorecoulant ses mots dans des moules d’oiseauxafin qu’ils soient légers et purssimplesà la façon des fleurs Continuer de lire Anthony Phelps – le veilleur

Un Janus en état de marche – ( RC )


Janus                              ( sculpture  de Max Ernst )      – Janus est là, qui nous regardede ses yeux ronds.On ne saura jamaissi le double de son visageapparaît derrière son dos.Son corps de rectanglea plutôt l’aspectd’une planche à découper.Incrustées à la verticaledeux coquilles Saint-Jacquespour le voyage initiatiquequi l’emmèneraplus loin qu’on ne le pense,( … Continuer de lire Un Janus en état de marche – ( RC )

Robert Vigneau – la laitue


La laitue ouvre des ailesQui ne veulent pas volerMême bien débarbouilléesDe leur terre originelle.On la met dans un panier,On la secoue vers le cielÀ grands élans aviateurs.Elle a si peur quelle pleure.Alors on a la pitié :On la blottit de bonheurDans le nid d’un saladier. Et quand on veut la tournerTu découvres quoi? une aileSoudain prise de regretQui s’envole en sauterelleSur la nappe du dîner. Continuer de lire Robert Vigneau – la laitue

Retirer son nez de la rose – ( RC )


Celui qui plonge son nez dans une rosene s’attend pas à ce qu’elle se referme sur lui. Quand je me mets à la peinture,il en est un peu ainsi:je n’ose les couleurs franchesque pour précipiter les autresà leur rencontre .Il m’est difficile de laisser les choses en l’état.Car tout semble s’organiseren combat de brosseset caresses de pinceaux . Chaque geste veut donner de la voix,mais … Continuer de lire Retirer son nez de la rose – ( RC )

Carl Norac – Chansons pour Robert Walser 2


J’écris sur des bandes de papier dit-ilje n’enfile pas les perles toute parole digitalele passé rôde où on l’enterre il y ades visages à compter des cibles à contenterje viens gâcher mes yeux en signes minuscules qui me lira tomberasur la paroi d’un grain de sable( Walser ainsi va au clocherau merle à l’arbre à la rivièreil a perdu cent noms cachéssait comment peser sur … Continuer de lire Carl Norac – Chansons pour Robert Walser 2

Raymond Queneau – leçon de choses


Venez, poussinsasseyez-vousje vais vous instruiresur l’œufdont tousvous venez, poussins L’œuf est rondmais pas tout à faitIl serait plutôtovoïdeavec une carapaceEt vous en venez tous, poussins Il est blancpour votre racecrème ou même orangéavec parfois colléun brin de paille mais çac’est un supplément A l’intérieur il y aMais pour y voir faut le casseret alors d’où – vous, poussins – sortiriez ? Raymond QUENEAU « Le … Continuer de lire Raymond Queneau – leçon de choses

Ces fleurs molles des eaux – ( RC )


Un ciel nocturne,et cette masse sombrequi semble dormir : pour elle, on dirait que c’est déjà la nuit. Comme elle boitce qui reste de lumière,les moindres particulesdérivent lentementmarquées de points fluorescents. S’épanouissent les fleurs mollesaux formes délicates,à la bouche vorace :comme ces parapluies ouvertsne craignant pas les flots. Ce serait presque le monde à l’envers :les ombrelles se laissant porterpar le moindre courant,comme le font … Continuer de lire Ces fleurs molles des eaux – ( RC )

Jean-Pierre Balpe – Solo de flûte narh Rajastan


Là regarde elle elle a l’air fragile si fragile la regarde voudrait la toucher savoir si elle est de chair et de sang comme lui ou d’une autre matière voudrait la toucher ne cesse de la regarder toucher son cou son pied son ventre ses seins ses lèvres la toucher rien que la toucher pour voir pour être sûr sûr de ce quelle est être … Continuer de lire Jean-Pierre Balpe – Solo de flûte narh Rajastan

Bernat Manciet – dans la bruine de l’étang


Différents de ceux-là qui dans le Purgatoire s’étant reconnuss’écartèrent et s’en allèrent tête bassenous nous sommes étreints dans la bruine de l’Etangqui nous inonde jusqu’aux os du charme bruissant Car nous venons d’une brume de froid sans pareilnotre commun lignage de peine et d’ahances aïeux de lande et de mer de mouette et de corbeauqui trimèrent toussèrent et nulle grâce n’a ruisselé par les hasards … Continuer de lire Bernat Manciet – dans la bruine de l’étang

Catherine Pozzi – Lotus


Sur le lac pâle inondé de lueurs,Sur le lac triste où l’eau froide frissonne,Bien loin des bords où le chant monotoneDes grillons noirs, égrène sa douceur, Seul et divin, planant sur l’eau dormante,Eblouissant, pur, et mystérieux,Un lotus blanc, magique , radieux,Etale au ciel brumeux sa splendeur languissante. Tu t’ouvriras peut-être ainsi, une nuit sombre,Ô Fleur de mon amour suprême et désolé !Et tu endormiras mon … Continuer de lire Catherine Pozzi – Lotus

Marcel Thiry – Qui était Fête ?


Qui était Fête ? était-ce elle ? dis-tu.Je sais seulement que fête est passée.Pourquoi veux-tu douter qu’il y ait euFête, Fête ainsi connue et pensée ? Je sais des noms de femme ; mais le sien,Demande au miroir ancien de Venise,Mis très haut, sans plus de mirante admise,Le nom de l’âge où il fut vénitien. Je sais que depuis que ce n’est plus FêteSe donnent … Continuer de lire Marcel Thiry – Qui était Fête ?

Rafael Alberti – Laisse ton rêve


Laisse ton rêve.Enroule-toi, blanche et nue,dans ton drap. On t’attend làderrière les murs du jardin.  Tes parents meurent, endormis.Laisse ton rêve.Vite, allons, vite.Les murs franchis, on t’attend avec un couteau.  Repars chez toi, presse le pas.Laisse ton rêve.Vite, allons, vite.Dans la chambre de tes parentsentre, nue et blanche, en silence.  Cours vite, vite, jusqu’aux murs.Laisse ton rêve.Saute. Viens. Quel rubis flambe dans tes mainset brûle d’un … Continuer de lire Rafael Alberti – Laisse ton rêve

Un long chemin depuis les Landes – ( RC )


Un long chemin serpente entre les arbres,irrégulier, parsemé d’ornières et de flaques.semé de pierres ,comme le fit le Petit Poucet,et depuis le temps,couvertes de mousse. Loin est le pays auquel j’appartiens;il monte insensiblementdepuis les Landes :je le sais en allant vers l’amont,suivant ruisseaux et cascades,sous l’arche du vent. Je quitte les fougèrespour des herbes plus maigres,des buissons de ronce,des asphodèles,et marche sous le regard immobiledes … Continuer de lire Un long chemin depuis les Landes – ( RC )

Boris Vian – C.P.R.


Le soleil se cachait derrière la nuée.L’ombre étendait son voile aux jardins obscurcis.Le fantôme des joues tristement raccourcisS’éloignait de la ville en un enfer muée. De lumière la multitude dénuéeCommençait de gronder. Déjà d’âpres soucisSe frayaient un chemin sous les fronts indécis.La peur montait, blafarde, et ce fut la ruée Vers les dieux de métal sanglants des sacrificesEt l’envahissement des vastes édifices.Mais les dieux ne … Continuer de lire Boris Vian – C.P.R.

les grands ifs – ( RC )


ifs de la place de l’église d’Hurigny — Regrettes-tu de n’êtrepas immortel ?Où tu pourrais côtoyer peut-êtreau milieu des cieuxles demi-dieux ,les voir de prèssi tu décollais de terresi , aussi, tu t’élancesau-dessus des cyprès et redoubles de patience – Les grands ifspuisent leur sangdans la terre…ils ont le tempsde balayer la lumière,de leur tête verte. Leur règne est végétatif ,leur vie est ouverteà tous … Continuer de lire les grands ifs – ( RC )

Yehuda Amichai – Un long trajet


​ Qui ferme les yeux pendant un long trajet la voiture roule en lui et il devient le paysage des deux côtés de la route comme qui rêve contient le rêve et est contenu par lui. ​ L’été j’ai aperçu près de la mer un bébé qui voyait la mer pour la première fois et un vieillard qui la voyait pour la dernière fois assis … Continuer de lire Yehuda Amichai – Un long trajet

André Bay – dérives blanches


En « avant-propos » Le Blanc m’obsèdeLe Blanc me tourmenteLe Blanc me poursuit, m’aveugleCouleur des limbes crépusculairesSuaire des résurrections mortesCompagnon des crépuscules du soir et du matinCandidat de blanc vêtuBlanc qui es-tu ?Mort poursuivant la vieVie poursuivant la mortRideau de ma vie morteJour tissé de nuitBlanc de l’amour iciEt de la mort Là-basBlanc de l’absence remplie de videComplice du temps qui passeLe Blanc m’envahit doucementEt … Continuer de lire André Bay – dérives blanches

le vieux manteau, au square du jardin de ville – ( RC )


Je suis resté immobileavec mon vieux manteaucouvert de feuilles mortesau square du jardin de ville :je suis venu chaque jour d’hiver,j’attendais ta chanson:le froid fut sévère,mais n’eut pas raison de ma passion…. Ce ne fut qu’au printempsque le gel libérant les sèves,fit que toi, ma fontaine,retrouvas tes eaux…Ta sculpture au regard fier,tes jupes de pierreretrouvant leur souplessealors j’ai quitté mon bancet laissé mon manteau,qui, de … Continuer de lire le vieux manteau, au square du jardin de ville – ( RC )

Mario Benedetti – des mots qui n’existent plus


Combien de mots n’existent plus.Le présent repas n’est pas la soupe.L’eau qui reste ici n’est pas la mer.Une aide c’est trop demander.Il n’y a rien à vivre et il n’y a plus rien, sauf mourir, quand on m’enlève les mots .Et pas de sauts à la corde, de mains qui ensemble se tiennent, sourires, caresses, baisers. Le lit de la maison est une lande imprononçable … Continuer de lire Mario Benedetti – des mots qui n’existent plus

Marcel et Robert sont en vacances – ( RC )


S’habiller en marcel,pour faire circuler l’airau creux des aisselles…voila qui devrait plaireà tous les âges( les adeptes du bronzagese retrouvent sur la plage ,comme les roberts )…car les seins nusne sont plus tenus:la poitrine prisonnièrereconnaît la température saisonnière…Il faudra se faireà cette tenue légère… Nous serons les pieds dans le sablequi tient lieu de solsous le soleil ardent( un plus serait le parasol,mais le plus … Continuer de lire Marcel et Robert sont en vacances – ( RC )

Le terme du voyage (sur une peinture de N De Staël ) – (RC )


C’est au sommet de la montéeque se joue le terme du voyage .L’horizon nous est caché,mais on peut le devinerderrière la pente.La colline se divise en deux partiesnettement opposées :le couteau d’ombre a tranchédans les plages de lumière,et les arbres, dont on ne voit que la têteopposent au vent leur silhouettejuste avant la descente. Si j’emprunte ce cheminplus aride que le ciel désertsans savoir où … Continuer de lire Le terme du voyage (sur une peinture de N De Staël ) – (RC )

Anthony Phelps – fleur-soleil


Au plus vert de la viema voix est sur ta voixet ta pensée double la mienneTu es ma meilleure partle matin de mes yeuxMa plus pure émotionEt ton sourire est dans mon cœurun talisman contre la peur Passe le temps sans toi plus lent si videPleuvent à tout instant les confettis du souveniret l’écho de tes mimes se profile en silhouettesur le blanc de l’absence … Continuer de lire Anthony Phelps – fleur-soleil

L’envers et l’oubli – ( RC )


Cet endroit ne se visite pas,on n’a aucune raison de faire le détour,car il ne nous verra ni naître, ni mourir.Je ne l’ai entrevu que lors d’une exposition,de photographies ternes, annotéesen mots d’allemand, rajoutés en blanc. On devine que s’y est joué là quelque chose,maintenant hors de portée du regard,où celui qui a saisi ces portions de paysage,se couche contre son passé enfoui,les souvenirs gris … Continuer de lire L’envers et l’oubli – ( RC )

Albane Gellé – coeur galactique


coeur galactique et nos nuages d’après-guerrenous prononçons blentôt matinet au galop ce qui résonneplus d’embarras (enfin)pour les cadeaux donnés reçus au coeur le vastepressentiplus loin que Terrecorps avec Jambes tête coeur et mainsou corps planète années lumièrealler-retour, nous fermons las yeuxet nous dansons dans un vertigeautour d’étoiles (Inexpliquées)est-ce qu’immobile reste possible la vent rafales comme si traversant l’atmosphèreJe tu il nous très trop légers et … Continuer de lire Albane Gellé – coeur galactique

Philippe Delaveau – marcher


Marcher parfois longtemps dans la prairie du vent. Ses bottes malmènent les fleurs, l’herbe aux rêves de voyage. Puis le petit village près d’un bois. L’harmonica d’une eau rapide qui se cache pour voir le ciel et l’ombre, et les cailloux entraînés de ferveur, sur leurs genoux qui brûlent. Entendre alors la persuasion très tendre et douce d’un oiseau qui solfie les mesures d’une clairière. … Continuer de lire Philippe Delaveau – marcher

Yeux recousus – ( RC )


Il n’y a pas trop de choix,dans la fuite du regardquand les paupières se fermentpour la dernière fois . Le corps devenu froidprolonge jusqu’à son termele secret de ce qu’ils ont vuet que l’on ne connaît pas. Leurs yeux recoususregardent en-dedans.On n’en saura pas plussur ce qu’ils voient. C’est en dedans qu’ils s’égarent,et leur nuit devient pâletout scintillantsde la lueur des étoiles. – « Où vont … Continuer de lire Yeux recousus – ( RC )

Une mélodie, une trompette ( qui ne m’est pas inconnue ) – ( RC )


Au retour du matin,la solitude est déjà une habitudeon est déjà demain,et dans le lointain,l’épaisse fumée des usines,la silhouette bleue des buildings,– une mélodie, une trompette,qui ne m’est pas inconnue –je reconnais celle de Chet : la voix de veloursde l’ange déchurésonne dans ce barde la 7è avenue,« My Funny Valentine » ,cette chansondevenue standardqui me parvient toujourspar la fenêtre ouverteavant que je ne change de rue,…progressivement … Continuer de lire Une mélodie, une trompette ( qui ne m’est pas inconnue ) – ( RC )

Thomas Pontillo – carnets pour habiter le jour – écrire


Pourquoi écrivons-nous? Question qui nous laisse au bord de la route. Pour habiter, peut-être. Oui, pour habiter le rapport aux autres, à nous, au monde. Enfin, écrire pour avoir confiance. ♦ Ou peut-être écrivons-nous car la langue commune est desséchée. Commune et courante. Que faire avec ces pauvres mots du quotidien? Nous ne pouvons pas respirer. Elle n’a pas d’autre horizon qu’elle-même. Or, nous désirons … Continuer de lire Thomas Pontillo – carnets pour habiter le jour – écrire