Tarjei Vesaas – que la neige se pose sur moi


La neige ne peut pas se poser sur moi, pensait-elle, et si elle le fait, tant mieux.Pendant ce temps-là, les flocons mouillés se posaient, denses et lourds, sur ses épaules et sur sa casquette de garçon rejetée sur la nuque – ainsi que partout où il y avait une petite place pour s’accumuler. Elle était déjà couverte de petits tas çà et là. Bien sûr, … Continuer de lire Tarjei Vesaas – que la neige se pose sur moi

les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )


Dans la tiédeur des mers des tropiquesles roses de corail prolifèrentet les animaux marinsse glissent entre les vaguescomme des éclairs d’argentque même le regardne parvient à saisir,c’est un festival de couleurssous nos piedsdans la transparence de l’ondeoù la vie se multiplie. L’attrait turquoisedu bénitier à la coque entr’ouvertey est plus à sa placequ’au sein d’une cathédrale engloutiedans le sable aussi finqu’une farine collant aux pieds: … Continuer de lire les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )

les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)


ce texte prend pour base un extrait d’un long poème de Jacques Réda ( qui suit ), et qui provient du recueil  » la nébuleuse du songe » Tu me sais bien trop lourdpour flotter sur le dosde la trajectoired’une comète…à la rigueur un cachalotaurait fait un détourjuste pour aller me voirdans l’espace sidéral: cette idée me trotte dans la tête,( aller assister à la naissancedepuis … Continuer de lire les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)

Ted Hughes – lumière parfaite


Lumière parfaite Tu es là, dans toute ton innocence,Assise parmi les jonquilles, comme sur un tableauOù tu aurais posé pour illustrer « l’innocence ».La lumière parfaite sur ton visage l’illumineComme une jonquille. Comme pour chacune de ces jonquilles,Cela devait être ton seul mois d’avril sur terreParmi tes jonquilles. Dans tes bras,Comme un nounours, ton fils tout juste né,À quelques semaines seulement de son innocence.Mère et … Continuer de lire Ted Hughes – lumière parfaite

Robert Vigneau – le poireau


Reniflé l’obscur hurlementDu poireau, grand faiseur de soupe,Quand on l’étripe, qu’on le coupe,Qu’on l’ébouillante tout vivantEt autres tourments cuisinés. Ce hurlement fait d’odeurs fortesDe toute vie qui tombe morte,Ne s’écoute qu’avec le nez. À l’agonie, le poireau sentLa peur des cuivres herbivoresOù passent les vents du tocsinSoufflés par les bouches des morts.Il sent ce que mange la faimQuand elle se repaît d’humains.Il sent le musc … Continuer de lire Robert Vigneau – le poireau

Edwin Thomas – aux frontières du sommeil


peinture Mihail Halin Je suis arrivé aux frontières du sommeil,à l’insondable profondeurForêt où tous doivent perdreleur chemin, tôt ou tardmême s’il est droit, ou sinueux, ;Ils ne peuvent pas choisir. Beaucoup de routes et de cheminsqui, depuis la première lueur de l’aube,Jusqu’à la lisière de la forêt,ont trompé les voyageurs,se brouillent soudainement,Et ils s’y enfoncent. Ici l’amour prend fin,le désespoir et l’ambition s’arrêtent ;Tout plaisir … Continuer de lire Edwin Thomas – aux frontières du sommeil

Un paysage en suspension – ( RC )


Derrière les arbres, une sève blanchâtre , laitance de brumerenvoie à la distance, à la sobre ébriété des collines, pensives…. La lumière est diffuse… elle vient d’un ailleurs, d’autres bordsoù la clarté se dissipe.Heures indolentes frappées d’immobilité, l’impatience n’est pas de misel’écho des voix se cherche, au détour de chemins incertains : On apprend le paysage en suspension, comme nous le montrentles peintures chinoises à … Continuer de lire Un paysage en suspension – ( RC )

Nuées – ( RC )


Après avoir navigué dans un fragment de matin, j’ai emporté un morceau de tulle dans lequel je me suis enveloppé : impalpables clairières, indécises brumes de lumière où s’égarent tous repères…. Je me suis posé sur un paysage aux allures paisibles et tranquilles; j’ai joué avec l’infini, rapproché les collines, immobilisé les aigles, dérobé les portes de la nuit. A tous les apatrides, j’ai offert … Continuer de lire Nuées – ( RC )

Tomas Tranströmer – Madrigal


art : Edvard Munch 1897 J’ai hérité d’une sombre forêt où je me rends rarement.Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place.Alors, la forêt se mettra en marche.Nous ne sommes pas sans espoir.Les plus grands crimes restent inexpliqués,malgré l’action de toutes les polices.Il y a également, quelque part dans notre vie,un immense amour qui reste inexpliqué.J’ai hérité d’une sombre forêt, mais je … Continuer de lire Tomas Tranströmer – Madrigal

Jean-Claude Valin – garde-fou


Les oiseaux de l’enclosOnt cousu la journée.Pas une brindille de tempsQui n’ait tissé l’espaceoù je m’abandonnai.Les arbres protégeaientMa folie avec leurs bras,Bonne vieille familleAu bord du ciel profond.Je faisais semblant de tomberDans ma mémoire.Sans risque ; le présentavait pelouses, allées et parterres. – extrait de « la mort née » Continuer de lire Jean-Claude Valin – garde-fou

Lionel Bourg – Vasières d’ombres


Vasières d’ombres, le soir; on ne distingue bientôt que l’étroit tremblement des lignes de rupture ou de fuite et cette flamme d’eau entre les pierres, précipitant dans le vide.Le froid. La peur. L’impalpable ivraie des choses mortes et des heures déchues, cependant qu’attelés à la noria des nuits nous puisons l’eau saumâtre où blêmissent des songes. extrait de « où patiente la lumière » ( Cadex ed … Continuer de lire Lionel Bourg – Vasières d’ombres

Aveuglé par les étés – ( RC )


Le soleil est si grand,Qu’il tendra ses bras,Et si à midi je meurs,Ce sera bien au chaud,Je lui rendrai ma vie,J’oublierai la misère,Ses jardins desséchés,Et les côtés sombres,Qui tentent d’échapper,A la coulée de lumière,Mais le soleil est si grand,que , de la terre rebelle,Il ne fera s’il le veut,Qu’une bouchée,           maisJe ne serai plus là,pour le voir,Aveuglé par les étés. RC … Continuer de lire Aveuglé par les étés – ( RC )

Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas


J’arpente routes et sentes sans plan, la main ouverte à l’inespéré, comme on la tend vers une comèteJe marche à la volette, au gré d’un caillou, d’un bois flotté, d’un air qui passe, ce que la vie invente loin des horaires et des lignes tracéesJ’en ai manqué des trainsJ’ai attendu longtemps sur des quais aveuglés de soleilSur un banc où le ciel implacable prononçait un … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas

Harmony Flavigny – ermite


J’avance la lanterne à la main et des lucioles plein les doigts. Le front ceint d’une barbelure de dentelle, je joue à celle à qui les animaux traqués viennent quémander conseil. À pas de loup, je m’approche des arbres dormeurs pour m’engloutir dans leurs nœuds. Ma langueur se fait plus accablante encore à mesure qu’en songe mes tendres disparu·es m’accueillent et me fêtent. Oh, le … Continuer de lire Harmony Flavigny – ermite

Pierre Lieutaghi – cristaux et fossiles


À la lampe de poche, on explorait le rocher au-dessus du niveau des bernicles, on éveillait des lueurs dans les fentes du schiste, là où la silice s’est condensée en quartz, c’est comme des mâchoires aux dents imparfaites, parfois complètement soudées en masse blanchâtre, mais parfois aussi, translucides, distinctes, écartées sur un vide qui pourrait laisser passer un souffle. On avait tôt fait, à coups … Continuer de lire Pierre Lieutaghi – cristaux et fossiles

Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline


photo soeur Eliane – Aubrac – Puech du pont Laisse; laisse,les pierres sont lentes sur la colline et, parmi les bruyères. on ne meurt plus que de l’inconsolable chagrin de quelques fleurs. Tout est si gris, si sombre et si totalement nu que l’on croirait marcher par ces déserts que je vis, il y a si longtemps, entre deux mondes.On s’y confronte à des mirages, … Continuer de lire Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline

Angèle Paoli – du vent dans les palmes


. tu te souviens du vent dans les palmesavant la neigela violence de la rafalecoups de butoir dans les folioleschaque aiguillon secoué tordudans son affrontement avec la pique voisinel’ensemble pris dans un tourmentde basses de tambours se chevauchantdans le désordre discontinumouvement tournant inépuisable Continuer de lire Angèle Paoli – du vent dans les palmes

Jean-Jacques Dorio – à ta guise


image Yuko Hosaka À ta guisedans le suspens du réveilentre la nuit et le jourtu reprends le chantierles sentiers qui bifurquentattendant un signe des dieuxou d’un modeste oiseau du matinpour parcourir le jourl’étirer ou le condenserle composer enfinhors destinÀ ta guise extrait du recueil  » une minute d’éternité » Continuer de lire Jean-Jacques Dorio – à ta guise

Sarah Laroche Villemont – quand je ne sais plus très bien si tout à fait je vis


Quand je ne sais plus biensi tout à fait je visqu’autour de moi tout dortà se sentir seuleaussi fort qu’il est possible de l’être quand le gardien des souvenirs a fui avec l’oiseau de nuit quand pas une scène ne survit à ses disparitions Quand une petite chanson me distrait un instantmiaule aux coins de la pièceoù poussière la cendrequand des larmes tombent idioteset roulent … Continuer de lire Sarah Laroche Villemont – quand je ne sais plus très bien si tout à fait je vis

Arbre mort – ( RC )


Les feuilles sont au printemps,le soupir de l’été à venir.Elle ont bu la lumière,résisté au vent.Maintenant c’est fini.Elles ne sont plus que parcheminstombés au sol, oubliées. J’ai atteint le socle,la colonne de bois,l’écorce, puis l’aubier,enfin la porte d’où la sève s’est retiréene laissant que l’ombreet la matière. Coup fatal de l’hiverarbre aux racines inutilescœur refermé sur le passé ses branches noires leur écriture illisibleoù le … Continuer de lire Arbre mort – ( RC )

Quelques mots déposés dans ton nid – ( RC )


Une poignée de motssuit l’empreinte de tes pas. J’écris en interprétant les signes;certains diraient > un jeu de pistes où je recueille les indiceslaissés par un oiseau un peu de duvet, quelques plumes je les ramasse et mes doigtsforment avec ces quelques lettresqu’accueillent les pages comme le grand arbre rouxd’où l’on peut voir d’ici à quelque hauteur, le nid où mes mots iront se déposer … Continuer de lire Quelques mots déposés dans ton nid – ( RC )

S’adresser aux fleurs des marais – ( RC )


S’adresser aux fleurs des marais,approcher le fil de l’eau,voir son reflet où passe rapidementle fil argenté d’un avionentre les nuages.Peut-être ce souvenirqui se faufileentre les feuilles étalesdes nénufars,les fleurs insolentes des lotusdevant les falaises de pierre. L’idée même de la viequi résisteaux vicissitudes de l’histoiresi on se rappellede celle du Vietnamoù les eauxn’ont pas toujours été calmes… Continuer de lire S’adresser aux fleurs des marais – ( RC )

Ada Limón – sauvetage


Au sommet du Mont Pisgah, sur le versant ouest des Macayamas,se trouve un arbousier.sur le versant ouest des Macayamas, il y a un arbousierà moitié brûlé par le feu, à moitié vivantpar le besoin naturel de se répandre.D’un côté est un frêne noir, et à sa racineil y a ce qui ressemble à une cavitépercée par la flamme. De l’autre côté, des pousses vertes argentéesde … Continuer de lire Ada Limón – sauvetage

En témoin immobile – ( RC )


photo Mathieu Sang Quartenoud En témoin immobile,Personne ne crie,Et dans l’attente,Le mouvement de la terreSe poursuit,          jusqu’aux collines,Sans tester la distance,qui m’en sépare,          Puisque je suis soudé à elle . Cette terre , avec sa vie propre,Qui glisse sur elle-même, Avalant l’impact sourd Des météorites,Et des ères salutaires,Courues d’espèces,Dont on retrouve les fossiles,Eux, même englués dans la … Continuer de lire En témoin immobile – ( RC )

Le poids du ciel et des nuages ( RC )


peinture : J Constable La musique se répand,c’est sur le sol comme une partition,une peinture où se multiplient les touches,les notes et les couleurs, où se mêlent la dentelle du hêtre,et les plumes blanches,la chevelure de la neige,et les branches élevant leur chant, Jusque vers les nuages,courbées d’air pur,ces nuées,dessinant , selon les vents,de curieuses géographies, et Au sol autant de tableaux,filtrés de lumière,doigts voyageurs … Continuer de lire Le poids du ciel et des nuages ( RC )

Juste quelques couleurs sur ma palette – ( RC )


peinture – Andrew Wyeth La découpe d’un coin de cielentre les rideauxun vent qui course les nuagesà en faire un tableauoù la lumière se fait un jourchangeant sur les collines,les arbres déjà dénudéspoussent en silenceleur cri d’impuissanceleur parure d’automne déjà tombée,on y peindrait bientôt la neigeet le rideau des conifèrespour que l’ensemble soit plus austère,réduite à quelques couleurssur ma palette…. Continuer de lire Juste quelques couleurs sur ma palette – ( RC )

Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )


–La laine de l’airaccrochée aux branchesce duvet impalpablequi plane sur l’étang . Des rayons de lumièrese risquent parfoisdans les déchirures de brume,-disparaissent, furtifs comme si leur règnen’était qu’au-dessusdes choses matérielles là où les montagnesprennent leur élanpour affronter les verticales chapeautées de neigepresque incandescentesous le soleil. Continuer de lire Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )

Ruth Fainlight – Numineux


La terre tourne sur son axe ;le long du jour je ressens que la pièce,la maison, la rue, glissentIentement sur le côté,dans le sens- des aiguilles d’une montre.du nord vers le sud.de l’est vers l’ouest ;avec la dignité d’un paquebotdont la quille tend l’eau écumantequi retrouve son élément. Presque impossible d’ignorerdès que je ressens le mouvement de la planètecette inarrêtable girationCette pensée dorme le vertigeMes … Continuer de lire Ruth Fainlight – Numineux

Toutes les pierres et leur visage – ( RC )


Toutes les pierres et leur visage,le secret enfermé dans la matièrestatues figées de calcaire,plateaux basculés de ventabîmes et pas de géants… la montagne encore m’attend….sa façade altièreoù ne s’ouvrent les portesqu’avec la force telluriquemoi qui ne connais pas encorela formule magique. Le dédale des grottesne se résume pas à un « Sésame ».Il s’agrandit sous nous piedsLa lumière s’y enterredans les galeries de l’âme. Quelques animaux hantentles … Continuer de lire Toutes les pierres et leur visage – ( RC )

Jean-Michel Maulpoix – à la saison froide


peinture Claude Monet – la pie La saison froide fléchit sous le poids de la neige et les assauts du vent.Ce ne sont pourtant que de pauvres cheveux et de soudaines bourrasques de souvenirs.Corps et pensée ont leurs saisons qui n’ont lieu qu’une fois.L’hiver qui survient n’est suivi d’aucun printemps.Cœur et mémoire se décolorent !L’intérieur de la tête, lui aussi, se couvre de neige !Elle … Continuer de lire Jean-Michel Maulpoix – à la saison froide

Créatures de l’onde – ( RC )


– Créatures de l’onde,vous voilà donc dans un paysqui commence làoù finissent les côtes,avec quelques soubresautsécueils et rochers,frontière incertaine,soumise aux flux et reflux. Un pays qui s’étendet déroule sa nappe,en deçà du visible.Bien entendu on penseaux horizons lointainsqui courent jusquesous le soleil des tropiqueset au-delà. L’ensemble des eauxse tient sans quel’on n’en sépare des morceaux.Elles ont leurs voies secrètes,les courants obscursleurs fosses profondesqu’on ne peut … Continuer de lire Créatures de l’onde – ( RC )

Sans bagage ni visage – ( RC )


Ayasaki – Crépuscule Je laisse l’éternités’éteindre avec les derniersrayons du soleil, je préfère le présent à tes côtés,tandis que murmurel’estampe grised’un matin de brume. Nous avons parcouru les chemins, même les plus incertains,sans remarquer que les fleurs,nous offraient leurs couleurs. Le printemps est chargé de sève, et le jour se lève sur l’étendue des fougères encore rousses .Mes bras battront l’aircomme pourvu d’ailes légèreset je … Continuer de lire Sans bagage ni visage – ( RC )