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Joseph Brodsky – lettre à un archéologue


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Citoyen, ennemi, fils à maman, ventouse, prononçant
Ordures, mendiants, porcs, « réfujuifs » , gens de mépris ;
Un cuir chevelu si souvent écorché avec de l’eau bouillante
Que le cerveau insignifiant se sent complètement cuisiné.
Oui, nous avons habité ici: dans ce béton, ces briques , ce bois
des décombres où vous arrivez maintenant pour les tamiser.
Tous nos fils ont été croisés, barbelés, enchevêtrés ou entrelacés.
Aussi: nous n’avons pas aimé nos femmes, mais elles ont conçu.
le son de pique-paille qui heurte le fer mort est tranchant;
Encore, c’est plus doux que ce qu’on nous a dit ou que nous nous sommes dit.
Étranger! Passez prudemment dans notre charogne :
Ce qui vous semble être la libération pour nos cellules.
Laissez nos noms seuls. Ne reconstruisez pas ces voyelles,
Consonnes, et ainsi de suite: ils ne ressembleront pas à des alouettes
Mais un limier dément dont la gueule dévore
Ses propres traces, les excréments et les écorces et les écorces.

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Citizen, enemy, mama’s boy, sucker, utter
garbage, panhandler, swine, refujew, verrucht;
a scalp so often scalded with boiling water
that the puny brain feels completely cooked.
Yes, we have dwelt here: in this concrete, brick, wooden
rubble which you now arrive to sift.
All our wires were crossed, barbed, tangled, or interwoven.
Also: we didn’t love our women, but they conceived.
Sharp is the sound of pickax that hurts dead iron;
still, it’s gentler than what we’ve been told or have said ourselves.
Stranger! move carefully through our carrion:
what seems carrion to you is freedom to our cells.
Leave our names alone. Don’t reconstruct those vowels,
consonants, and so forth: they won’t resemble larks
but a demented bloodhound whose maw devours
its own traces, feces, and barks, and barks.


L’ivre ( RC )


photo: Irving Penn

Décrire le vide, à l’échelle des secondes,

et puis des heures et des jours.

Ce qui finit par tout envahir, jusqu’au bout des doigts

Du parfum et de la douceur,

Il n’en reste qu’un souvenir,

Tu finis par être spectateur d’un autre toi,

Que tu ne connais, qu’à travers l’ivre,

Et t’enveloppe, en force corrosive.

Ta chanson sort alors par un cri,

Et des regards, sur toi, le mépris,

Même le tien, sous le balancier patient

De la pendule, qui ne romp pas le silence

Et ton reflet – que vit le liquide

Absent

Au fond d’un verre ,           vide

RC –      2 avril 2013

photo Anders Petersen

A noter  que ce photographe  (  Anders Petersen) est l’auteur  de photographies, le plus souvent orientée s  sur le monde des marginaux  et de la solitude:   voir  ses  photos  sur Soho, et sur le café Lehmitz, dont je me suis procuré l’ouvrage.

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et je complète  avec un très  beau texte  de TK.Kim :  qu’elle  a bien voulu me transmettre

Il y avait dans chacune de nos gorgées des promesses infinies et des souffles d’ambroisie. Et la nostalgie de passés amblyopes que nous avions envie de connaître.

Nous étions seuls.

Seuls face à nous mêmes, seuls éperdus au milieu de vagues chanteurs de rue, à siroter des cépages improbables au noms plus exotiques que réellement Russes.

La nouvelle était là, bien réelle, danseuse fragile, presque spamée dans la corbeille, avant que je me rende compte que…Non!

Il ne fallait surtout pas la jeter. Ce mail était important. Le conserver. Répondre…

Alors, on a vidé nos verres, et nos reflet nous ont semblé plus limpides.

Le vide encore?

Oui, partout, et tant mieux, le vide jusque sous les ongles.

Le laisser.

Il sera à nous alors.

Le vin était immonde et attaquait nos lèvres enfumées.

Mais peut nous importait : la formation de  mots laissait sur nos rétines une image claire , bien plus focalisée que toute réalité face à face…