Catherine Pozzi – Ave


manuscrit enluminé Atelier de Jörg Breu le Jeune mi XVIè siècle Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais, Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez … Continuer de lire Catherine Pozzi – Ave

Mario Luzi – Ne pars pas


photo Javier Molina Ne pars pas,ne laisse pasl’éclipse de toidans ma chambre.C’est le soleil qui te cherche,il n’a aucune pitié pour ton absence,le soleil te trouve même dans les lieuxfortuitsoù tu es passée,dans les endroits que tu as quittéset dans ceux où tu esallée sans t’en rendre compte,il brûleet réduit à néanttoute ta journéebrûlante.Et pourtant, elle a été,elle a été,aucune heure n’a été vaine. Non … Continuer de lire Mario Luzi – Ne pars pas

Gérard Pons – le ciel


peinture Eugène Boudin, musée du Havre Le ciel vierge de toute mémoirelaisse courir les nuages.Le solitaire démentcompte les étoilesdans sa douce euphorieet recommence chaque soirson festin de désir.Exils La mer dans son rôlepromenait les rêvesjusqu’au pied des remparts.La citadellecomme un poing fermé sur une tablepriait le cielde ses créneaux inutileset de ses meurtrières sans âme.Au milieu des roseauxagenouillée dans le tempspierres sur pierresérodées par les ventsne … Continuer de lire Gérard Pons – le ciel

Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé


photo ioan nicolae Tout est froid dans son présent noir :Lui, qui tenait tant à la flammeSon dieu vivant, le feu de boisSuce pour rien ses arbres morts. Son œil est resté fixe, ouvertLa terre est nue sur sa prunelleHypnotisée par une nuitPlus aveuglante que le blanc Masquée de viande crue, la joie du CarnavalMet des feux sur la neige Il s’en allait, sautaitPétrissait du … Continuer de lire Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé

Alessio Brandolini – Seaux de lumière


SECCHI DI LUCE (Seaux de lumière) Depuis des mois, on vivait dans la villedans l’obscurité la plus totale.Comme il était désagréablede rester dans le froidet surtout dans le noir !De ce tuyau d’évacuationsortaient à flotsles rayons cuivrés d’un soleil mûr.Je les sortais un par unet chaque jour, je remplissaistrente-trois seaux de lumièrequi étaient immédiatement vendus au marchéà un prix élevé, je l’admets,peut-être un peu indécent,mais … Continuer de lire Alessio Brandolini – Seaux de lumière

Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil


saute-mouton dans les coulisses du soleilà la santé de la mort et des buveurs de ventmauvais penchant félicité du videil se jette à genoux dans l’obscurité du sommeil commeun oiseau dans le mensonge de ses ailesil reste là puis il tombetête tranchée dans le panier garni d’un numéro gagnantl’entonnoir dans le fin fond du ventre de la terrela mort épongée en basdans une flaque invisible … Continuer de lire Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil

Nâzim Hikmet – Tous les bassins de la ville de Rome


fontaine de Rome – Le Bernin Je me suis trempé dans tous les bassins de la ville de Romeavec les gamins des ruelles les pièces de cuivre les touristeset Lucrèce Borgiaentre les navires de pierre et les poissons de marbreje me suis trempé dans tous les bassins de la ville de Rome J’ai enfourché tous les chevaux de la ville de Romeses chevaux de marbre … Continuer de lire Nâzim Hikmet – Tous les bassins de la ville de Rome

Jean Tardieu – la sainte Réalité


photo Mikhail Maiofis Quand bien même je verrais de mes yeuxles ancêtres peints sur les tableauxdescendre de leur cadre et marcher dans l’épaisseur du mondeQuand bien même je verrais de mes yeuxles routes de la terre se lever dans le cielgracieuses et penchées comme des jets d’eauQuand bien même j’entendrais le soleil(comment, lui ? oui le soleil le soleil )me parler a voix basse m’appeler … Continuer de lire Jean Tardieu – la sainte Réalité

Denis Smith – Arles, cinq minutes d’arrêt


Les criquets redressent les torts, une truite tourne dans le reflet d’un arbre comme dans une toute petite chambre. Il sera bientôt midi. Bookman se réveille avec la certitude d’avoir murmuré quelques phrases justes. Le soleil lui chauffe la tête. Un mouvement et tout peut s’évanouir. Il serre les mâchoires avec l’idée qu’un grain de sable venu d’un désert sans bord ni mesure va éclater … Continuer de lire Denis Smith – Arles, cinq minutes d’arrêt

Jung Shiwei ( dit Mangke ) -crépuscule


Déjà sur la terre le frottement des griffesdu soleils’effacedéjàtout devient sombrecrépusculepeau de fauveécorchéeau couchantque le vent sèche Les gens que je croisesont encore attentifsau moindre geste de l’airleur méfiance me gagnepassé le crépusculeles yeux d’un fauveplus cruelpourraient surgir… – extrait de « le ciel en fuite » ( anthologie de la nouvelle poésie chinoise – ed Circé 2004 ) Continuer de lire Jung Shiwei ( dit Mangke ) -crépuscule

Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )


Allons savoirce qui se passe ailleursdans nos parcelles quotidiennes…Je ne te connais qu’un peu,( pas assez pour savoirde quel soleil tu te nourrisà l’autre bout de la terre ). Nos méridiens sont trop écartés,le monde est trop incompletpour tenirdans un seul esprit,( même notre regardne porte passur les mêmes étoiles ): les angles de vuepeut-être pittoresquesn’élargissent qu’un peunos connaissances,qui d’une rive,qui d’une montagne escarpée…chacun dans … Continuer de lire Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )

Jacques Imbert – soleil inquiet


Est venue la descente en caddievers l’observatoire des profondeurs chaudes.Escrime prisonnière d’une douleur de lame.Soufre des couloirs, des verrous. Qui sur le seuil prépare l’offertoire ?Je donnerais l’assemblée de tous mes arbrespour que m’attende la mer et sa neuvième vague.(Ma fille marche à mes côtés,comme au temps du chien fou.Soleil inquiet, lionne tendre. L’ai-je jamais autant aimée ?)Une cour traversée, quelques tilleuls.Les yeux se consument.Je … Continuer de lire Jacques Imbert – soleil inquiet

Gregory Djanikian – un instant sans objet


Soudain, j’ai eu l’impression que quelque chose avait été oublié.et je suis allé de l’armoire à la table de nuità la tasse à café et au bureaupour trouver ce à quoi je pensais qui avait disparu de ma viecomme si je pouvais le trouverlà où je passais le plus clair de mon temps. J’ai taillé un crayon, j’ai pincé une corde de guitare,mais rien ne … Continuer de lire Gregory Djanikian – un instant sans objet

La chair du fruit se pare d’un soleil où l’ombre ne pénètre pas – ( RC )


sculpture – masque ventral Makonde – Afrique ( Tanzanie ) La chair du fruit se pare d’un soleiloù l’ombre ne pénètre pas. Une peau de pêchevante son velours…qui n’a d’équivalentque celui de la tienne. Tombent rubans et parurespour que mes mains s’y réfugient,accompagnent la peau découvertecontre les ciels d’été. L’herbe vive chantetoute la douceur des baisers.Le soleil n’est plus à conter… cf Gaelle Josse « et … Continuer de lire La chair du fruit se pare d’un soleil où l’ombre ne pénètre pas – ( RC )

Bleu d’oublies – ( SD + RC )


Le ciel est ce soir d’un bleude pervencheavant de chuter dans la nuitbleu  de pétalesbleu d’oubliles chiffons d’une vieau hasarddispersés à tous ventscomme un vieux rêvequi s’égare SD  » un vieux rêve qui s’égare » Bleu  de pétalesbleu d’oublies,tu me souris,d’un air pâle :c’est sans doutela course du soirque tu me donnes à voir ,comme cette routequi se perd dans l’infini :–  le soleil ayant fini par sombrer … Continuer de lire Bleu d’oublies – ( SD + RC )

Aveuglé par les étés – ( RC )


Le soleil est si grand,Qu’il tendra ses bras,Et si à midi je meurs,Ce sera bien au chaud,Je lui rendrai ma vie,J’oublierai la misère,Ses jardins desséchés,Et les côtés sombres,Qui tentent d’échapper,A la coulée de lumière,Mais le soleil est si grand,que , de la terre rebelle,Il ne fera s’il le veut,Qu’une bouchée,           maisJe ne serai plus là,pour le voir,Aveuglé par les étés. RC … Continuer de lire Aveuglé par les étés – ( RC )

Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas


J’arpente routes et sentes sans plan, la main ouverte à l’inespéré, comme on la tend vers une comèteJe marche à la volette, au gré d’un caillou, d’un bois flotté, d’un air qui passe, ce que la vie invente loin des horaires et des lignes tracéesJ’en ai manqué des trainsJ’ai attendu longtemps sur des quais aveuglés de soleilSur un banc où le ciel implacable prononçait un … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas

Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline


photo soeur Eliane – Aubrac – Puech du pont Laisse; laisse,les pierres sont lentes sur la colline et, parmi les bruyères. on ne meurt plus que de l’inconsolable chagrin de quelques fleurs. Tout est si gris, si sombre et si totalement nu que l’on croirait marcher par ces déserts que je vis, il y a si longtemps, entre deux mondes.On s’y confronte à des mirages, … Continuer de lire Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline

Premier homme sur la terre – ( RC )


Si j’étais le premier hommeà marcher sur la terre,– venant d’une autre planète – ,je progresserais avec prudence,sur les berges sablonneuses, laissant des traces  en creux.        Je m’enfoncerai dans les forêts tropicales,où le soleil n’y pénètreque par effraction,          j’apprivoiserai les animaux,qui m’accueilleront sans méfiance,comme si j’étais des leurs : un peu étrange, sur ses deux pattes,      … Continuer de lire Premier homme sur la terre – ( RC )

José Marti – deux patries


J’ai deux pays : Cuba et la nuit. Ou n’en font-ils qu’un ? A peine se retire la majesté du soleil que, vêtue de longs voiles,un œillet à la main,Cuba m’apparaît comme une veuve silencieuse,  Je sais ce qu’est cet œillet taché de sang dans sa main. Ma poitrine est vide. Elle est ensoleillée et vide à l’endroit où était le cœur  jadis. Il est temps de commencer à mourir. … Continuer de lire José Marti – deux patries

Sarah Laroche Villemont – quand je ne sais plus très bien si tout à fait je vis


Quand je ne sais plus biensi tout à fait je visqu’autour de moi tout dortà se sentir seuleaussi fort qu’il est possible de l’être quand le gardien des souvenirs a fui avec l’oiseau de nuit quand pas une scène ne survit à ses disparitions Quand une petite chanson me distrait un instantmiaule aux coins de la pièceoù poussière la cendrequand des larmes tombent idioteset roulent … Continuer de lire Sarah Laroche Villemont – quand je ne sais plus très bien si tout à fait je vis

La nuit ne serait pas la nuit – ( RC )


La nuit ne serait pas la nuitsans qu’elle ait revêtusa robe obscuresitôt le jour a disparu: elle confisque la lumièrepetit à petit endormiesuivant le rotation ordinaire( quelques heures sans azur…on n’y voit goutteà cause d’un petit tour de terrequi trace sa route…elle continue comme d’habitude ). Mais la nuit est provisoireelle s’en va toujourssans faire d’histoireseffacée par le jouret ses certitudesdès que le soleiljoue de … Continuer de lire La nuit ne serait pas la nuit – ( RC )

Baktash Abtin – la tasse de café


Le brun de tes yeux,ce sont les taches sur la tasse de café,cette lune inachevée etles vagues contre le corps de la tasse.Si je suis cette ligne,est-ce que j’atteindraile crayon de tes yeuxou un miroir brisé dans lequel le soleil brille ? Ce volume blancdoit être une présence vide du miroir,qui ne répète pas ta beauté !A perte de vue la nuitflotte sur l’eauet ce … Continuer de lire Baktash Abtin – la tasse de café

Matthieu Baumier – dans un pays de cendres et de neige


dessin Tigerbeefly Je suis nédans un pays de neigeset de cendres Pays où l’on n’arriveJamais. Et que jamais,on ne quitte ni ne connaîtPays d’où personne ne vient,oùle soleil croîten larmes de cendres,débris de neiges noircieset d’âmes engloutiesdans l’étincelledes silences enfuis Je suis né – ici,ainsi que naît la peur. MB – poème dédié à Rose Ausländer, provenance Revue Alsacienne de Littérature n°121 – juin 2014 Continuer de lire Matthieu Baumier – dans un pays de cendres et de neige

Lent rapprochement – ( RC )


———aquarelle RC Il faisait froid,tu es venue te blottir contre moi.Nous avions entre nous l’épaisseur de la nuit,tout le temps  de nous approcher sans bruit, et mon souffle  dans ton cou,petit être  sauvage, fallait-il oser,chercher nos mains, de mille feux,connaître les volumes et les  creux, ou laisser quelque distance,ne pas franchir la zone franche,où se tend le désir :un bord de soleil que l’on ne … Continuer de lire Lent rapprochement – ( RC )

Jorge Guillén – Cime de nos délices


Max Ernst – les noces de la terre et du ciel Cime de nos délices !Dans l’air tout est oiseau.L’immédiat se dévoileUnique en un lointain. Bataillons, forces légères !Quel enjouement de gaminSur l’espace désinvolte,Fou de présence, comblé ! Le monde a la profondeurNaïve de quelque miroir.Les distances les plus clairesRêvent d’une vérité. Ô les années irréparables,Et leur douceur ! Et plus tard,les noces avec l’histoire,Jour … Continuer de lire Jorge Guillén – Cime de nos délices

Claude Saguet – chaque énigme a sa lumière


peinture – > Andrew Crocker  » this time » Un désir de beau tempsParti nu vers le fleuve,différencie le jourde ce côté du ciel. L’heure se teinte de bleupour fêter le soleil ;d’un bleu qui balbutiesur les chemins d’octobre. Le plomb des routesen cascade jusqu’à nous ;la vrille des cigalesdans l’ornière du rebus. Un vent triste parfoisinvestit l’horizon,éteint ce bruit de fêtedans l’espace du soir,mais chaque énigme a … Continuer de lire Claude Saguet – chaque énigme a sa lumière

Alexis Bardini – comment écrire


peinture Léonora Carrington Comment écrire quand les doigts vous brûlentComme un champ de bléQu’aucune eau ne saurait éteindre ?Comment respirerL’air que chaque mot enflammeQuand nos poumons sont de flanelle ? Chaque oiseau dessine un accentAu lever pourpre du matinLe soleil s’entaille à nos fenêtresSa blessure nous guetteEt nous trempons le pain du jourTels des enfants de paille aux doigts de soie extrait de « une épiphanie » Continuer de lire Alexis Bardini – comment écrire

Mylène Charrier -Dansaient les hommes -dansaient les femmes


image : Taras Haida Dansaient les hommesDansaient les femmesIls avaient donc fait çaEnsembleDu tempsOù le cœurSerait Les choses à dire sur la plénitudeToutes les choses à direComplètementFais du bruit et fais du silence avec moiFaisons tinter nos oreillescomme de l’or dans le noir Là où tu commencesEt là où je finisViensTout au milieu du cheminViens Faire tout ce que tu ne sais pasTu sais bienAvec … Continuer de lire Mylène Charrier -Dansaient les hommes -dansaient les femmes

L’oeil de l’ange – Caobang – ( RC )


photo RC – Cao Bang – nord Vietnam- la montagne Mat Than Des monts en triangleposés comme des pionssur le damier des rizières.Un vert franc, au pied d’un vert sombrequi s’accroche comme il peutsur la roche.Un géant, un joura transpercé la collinepour y installer un bouddhaqui a préféré s’en aller.Le trou foré dans la pierreest resté en placeon peut voir le jourde l’autre côtéet même … Continuer de lire L’oeil de l’ange – Caobang – ( RC )

Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )


–La laine de l’airaccrochée aux branchesce duvet impalpablequi plane sur l’étang . Des rayons de lumièrese risquent parfoisdans les déchirures de brume,-disparaissent, furtifs comme si leur règnen’était qu’au-dessusdes choses matérielles là où les montagnesprennent leur élanpour affronter les verticales chapeautées de neigepresque incandescentesous le soleil. Continuer de lire Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )

Ruth Fainlight – Numineux


La terre tourne sur son axe ;le long du jour je ressens que la pièce,la maison, la rue, glissentIentement sur le côté,dans le sens- des aiguilles d’une montre.du nord vers le sud.de l’est vers l’ouest ;avec la dignité d’un paquebotdont la quille tend l’eau écumantequi retrouve son élément. Presque impossible d’ignorerdès que je ressens le mouvement de la planètecette inarrêtable girationCette pensée dorme le vertigeMes … Continuer de lire Ruth Fainlight – Numineux