La patience des pierres – (Susanne Derève)


S’il demeurait des cendres fertiles sous la glace qui donc pouvait le dire  nul ne savait ce qu’ourdissaient les pierres dans le silence  J’imaginais  des causses arides sous le manteau des neiges,  leurs sinuosités translucides et bleutées leurs boues fossilisées  et  côté ombre réfractant le soleil en lisière des chemins de blanches cheminées de gel des éboulis de roches  et d’herbes sèches gainés de givre … Continuer de lire La patience des pierres – (Susanne Derève)

Wladyslaw Slzengel – loin ( conversation avec un enfant )


Conversation avec un enfant Mille neuf cent quarante deux.La mère et l’enfant.Un atelier, un bloc…L’enfant au visage de lysLa mère aux cheveux de laitDis moi mère, demande le petit,que signifie : loin… Loin, c’est au-delà des montagnes,des forêts et des rivières…Loin c’est les rails…Loin, c’est un voyage en mer,des bateaux et de grands espaces livides,et des montagnes au soleil pourpre…Loin, c’est des îles doréeset le … Continuer de lire Wladyslaw Slzengel – loin ( conversation avec un enfant )

Jean-Michel Maulpoix – le bleu ne fait pas de bruit


Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pasbrusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi,l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce etse noie sans se rendre compte de rien. Le bleu est une couleur propice à … Continuer de lire Jean-Michel Maulpoix – le bleu ne fait pas de bruit

W.H.Auden – Funeral blues


Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,Donnez un os au chien, qu’il cesse d’aboyer;Faites taire les pianos; au son sourd du tambour,Faites sortir le cercueil, faites venir le cortège. Que tournent dans le ciel des avions en pleurs;Qu’ils y griffonnent les mots IL EST MORT.Qu’on mette des nœuds de crêpe au cou blanc des pigeons;Des gants de coton noir aux agents de police. Il était mon … Continuer de lire W.H.Auden – Funeral blues

Louis Calaferte – LONDONIENNES (extraits)


Pendant que j’allumais une autre cigarette tu as quitté tes bas assise au bord du lit et maintenant tu n’oses pas dans cette chambre où nous n’avons jamais dormi lever les yeux sur moi   C’est soudain comme si le temps meurt ou s’arrête un long alinéa je m’approche du lit et viens te prendre entre mes bras dans cette douceur triste et qui nous … Continuer de lire Louis Calaferte – LONDONIENNES (extraits)

Les clefs de la maison – ( RC )


Des générations se sont succédé,dans la vieille maison.Imagine alors les décennies,où des portes se sont ouvertes et closes, les secrets scellés,derrière le silenceou les coffres muetsaux serrures bien huilées. On a perdu bien des choses,comme les arômes des roses,et des outilsdont on ne connaît plus l’usage. Dans un fond du tiroir du vaisselier,se sont entassées toutes sortes de clefs,qui ont résisté au passé,mais ne permettent … Continuer de lire Les clefs de la maison – ( RC )

Jacques Tournier – un son pur, sans attache


Comment pouvez-vous croire qu’une mort se raconte ? Elle se vit, jour par jour, pendant des semaines, […] C’est votre douleur qui vous trompe. J’emploie les mots comme ils me viennent. Derrière ce que vous m’écrivez, derrière votre ironie, votre mépris, votre insolence, je sais qu’il y a la douleur. Vous parlez de votre maison comme d’une maison double. J’y vois plutôt un labyrinthe où … Continuer de lire Jacques Tournier – un son pur, sans attache

Ludovic Janvier – voyez le matin


Voyez le matin comme il me prépareet l’herbe du pré si elle m’attendvoyez l’eau du lac comme elle me penseet le bleu du ciel s’il donne à vouloir voyez le chemin comme il part de moisi l’eau du ruisseau promène ma soifvoyez comme l’ombre a choisi mes motset si le caillou me ramène au temps voyez l’horizon comme il me rattachesi les vols d’oiseau m’apprennent … Continuer de lire Ludovic Janvier – voyez le matin