François Corvol – c’est parti dans les nuages


V peinture Marc Chagall – costume de Zemphira, pour Aleko C’est parti dans les nuagesj’éprouve des bonheurs inconnus et familierschaque jour renouveléchacune de mes journées est merveilleusej’ai peine à y croire VI Cette vie est semblable à un rêvej’en ai tant de ces rêves que je n’y vois plus rienmes yeux distinguent à peine tout ce qu’il y a de réelje les écoute parlerj’ai du … Continuer de lire François Corvol – c’est parti dans les nuages

Ce qui renaîtra sous mes doigts – ( RC )


RC aquarelle 2022 Tout ce qui n’est pasne signifie pas la mort :ce qui renaîtra sous mes doigts,je ne le sais pas encore – ce qu’il adviendraest encore incoloreet me surprendra comme une métaphorede mon ignorance . – Du devenirje fêterai la naissancedes choses sans souvenirs -,où circule de nouveaule sang figéà la pointe de mes pinceaux : un être pas encore né ,se fiera … Continuer de lire Ce qui renaîtra sous mes doigts – ( RC )

Gérard Titus-Carmel – Voici une échappée (De craie) –


. voici une échappée à ce jour dans l’horizon ne ressemblant à aucune autre     il est dit que je m’éloigne à présent        il est dit voilà l’étendue mongole . pourquoi faut-il que le récit de mon rêve s’enchasse à ce point dans le récit de ton rêve . à ce point si exactement qu’à la fin même le compte de nos os ne nous satisfait … Continuer de lire Gérard Titus-Carmel – Voici une échappée (De craie) –

décrire l’impalpable – ( RC )


Volume de poussières et de cheveux par Lionel Sabatté – Qui pourra me décrire l’impalpable ?Tout ce qui règne sur l’absence,brûle les après-midisdans l’immobilité d’un sommeil,les poussières occupant des rayons de soleil. Elles pratiquent le jeude l’extinction des feux.Si légères soient-elles, elles dansentavec le moindre courant d’air,captent une partie de la lumière mais finissent toujours par recouvrirde leurs cendres,les surfaces qu’elles grisentet mes membresqui s’exercent … Continuer de lire décrire l’impalpable – ( RC )

Philippe Delaveau – tout est musique


peinture E Vuillard – les collines bleues 1900 Le soleil au pupitre et sa baguette obliquesur la prairie.Jusqu’aux petits orchestres des sableset des fontaines.Jusqu’aux sous-bois emplis de murmures,de harpes, de cascades. Et la philharmonie de l’océan devant les colonnes d’Hercule :au-delà, c’est Wagner, un mastic incolore.Mais ici, une salle attentive. Ils écoutent passionnément gronderl’express vigoureux de Beethovensur la voie qui tressailledans le cerveau, profond tunnel. … Continuer de lire Philippe Delaveau – tout est musique

Gabriela Mistral – Intima


Toi, ne me presse pas les mains.Il viendra le temps immuableoù le reposerai, les doigts entrelacéspleins d’ombre et de poussière. Et tu diras alors : Je ne peuxt’aimer car déjà ses doigtsse sont égrenés comme des épis mûrs. Toi, ne baise pas ma bouche.Il viendra l’instant pleinde lumière déclinante où je serai sans lèvressur un sol moite. Et tu diras :  » Je l’ai aimée, … Continuer de lire Gabriela Mistral – Intima

Photographie – (Susanne Derève) –


. Photographie qui était nous, que je ranime d’un regard, d’un regret, du battement d’un cœur qui n’est pas chair, sang, mais le nœud lancinant de l’amour. . Désormais perdus pour l’enfance, voués aux éclatantes couleurs du monde et du voyage, ils sont. Ainsi, l’oiseleur rend l’oiselet au vent, surpris de son aisance à gagner les couloirs du ciel, et de la vigueur de ses … Continuer de lire Photographie – (Susanne Derève) –

Jean-Pierre Voidies – feu d’artifice


Oh ! la belle bleue Ah ! comme elle éclate Du grand oiseau bleu, c’est la grande patteGrattant le ciel noir — Gare à nos cheveux ! Le bout de chaque ongle est pointe de feuL’oiseau merveilleux, de sa patte gratteTombant de là-haut, cherchant dans l’espacePeut-être un perchoir, mais alors s’efface La patte dorée du grand oiseau bleu. in « Le Pavillon » (éd. R. … Continuer de lire Jean-Pierre Voidies – feu d’artifice

Gérard Pons – feuilles du repentir


dessin Tristan Lazare Que nous restera-t-ilsur l’autre rivequi attendrisse notre exil ?Sur les rives de nos fleuvesne tomberont à l’automneque feuilles de repentiret sur nos monumentsencadrés par les roncesd’autres feuilles d’oubli. Le vent sans emblèmes,ni drapeaux, ni fanions,ni oriflammesn’agite que rameauxde saules éplorés.Face aux portes closeset aux rideaux tiréssonnent dans la nuitles pas cadencés de la rondeaux ordres des éperviers d’acier. Le lac retiréau-delà des … Continuer de lire Gérard Pons – feuilles du repentir

Mon manège à moi, c’est toi – ( RC )


Tu m’attendscomme sera le retourde l’oiseau bleu,qui traverse le silenceun jour pluvieuxla corolle de ta jupedu dimancheaccrochée à tes hanches . Tu serascheveux au vent,emportée par le manège,solitaire,au son de l’orgue de barbarie,sur un cheval blancà pompons rouges. Tu m’appelles souvent,murmures de lasure,une voix très doucetraverse le téléphone,et le temps tourne sur son axe,je te devinecheveux au ventdans le manège. Tu ne me vois pas … Continuer de lire Mon manège à moi, c’est toi – ( RC )

Béatrice Douvre – matin d’un vent


peinture Henri-Edmond Cross – la forêt – 1906-07 Les jardins étaient nus, l’herbe était irréelleTu allais éveillée, heurtant les orgues vertsJe touchais l’eau de ta douleurEt tu fus la patienceLe vin dans les demeuresUn vent régnaitJ’était le sel et les mains vivesUn vent régnait presque noirÔ musiqueUn sol menaçait ton visage d’amanteEt je songeais, ma face épriseInfidèleÔ demeurée dans l’ombre sombre étincelanteA ces oiseaux, fermée … Continuer de lire Béatrice Douvre – matin d’un vent

Rabindranath Tagore – les yeux m’interrogent


photo – détail de fresque murale Malacca Malaisie Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée;de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan.J’ai mis à nu devant toi ma vie tout entière, sans en rien omettre ou dissimuler.C’est pourquoi tu ne me connais pas. Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux et t’en faire un collier que … Continuer de lire Rabindranath Tagore – les yeux m’interrogent

L’angoisse des saules – (Susanne Derève) –


. Etait-ce l’angoisse impérissable qui ployait les branches des saules, – l’éternelle frayeur de vivre – ou bien la mienne, nomade, cherchant à poser quelque part l’encombrant bagage des mots ? . Car les mots vaguaient sans ambages, sans nul autre chemin que celui du souvenir, et le souvenir en d’étranges contrées cherchait sa route, gréait de vieux rêves au passage, rapiéçait de laine son … Continuer de lire L’angoisse des saules – (Susanne Derève) –

Une habitation vivante – une énigme pour l’architecte – ( RC )


L’habitation est ce corps creux,qui, à l’instar des coquilles,se développe et s’agrandit sans que l’on s’en aperçoivede façon très consciente.La nuit, les cloisons se déplientpour correspondre au videqui se modèle sous le support des rocheslui servant de fondations. Le matin, on a du mal à faire coïnciderson parcours avec celui de la veille,car les escaliers ne sont pas à la même place, les étages se … Continuer de lire Une habitation vivante – une énigme pour l’architecte – ( RC )

Nathaniel Tarn – tout tremble dans les trois créations


photo perso – îles Penrentian – Malaisie Front de nuage dans lequel nous glissons,lèvre bleue en bas qui fait saillie dans la mer,nez d’une île qui pointe, gigantesque proue,atterrissage à la surface de la lèvre comme un baiser –hélices au ralenti, bienvenue des palmes –en un mouvement de vent qui ne saurait cessertant que nos mains soulèvent les montagnes.Île languissant dans l’air moite,orage qui monte … Continuer de lire Nathaniel Tarn – tout tremble dans les trois créations

Carl Norac – le goût de traverser


Sur le fleuve, sur les canaux, nous n’avonsnulle autre frontière que la brume.Devant, il n’y a que des pontsqui relient ces gens que l’on voittraverser et dont certains parfois,étrangement à nos yeux,rêvent seulement de murs.Bien sûr, voilà l’écluse, cet ascenseurau vieux refrain qui suinte,où les oiseaux jacassent,le temps de regarder un paysagemoins mouvant, de célébrerle crépuscule ou le point du jourqui, aujourd’hui, se rêve en … Continuer de lire Carl Norac – le goût de traverser

Lespugue – une Vénus parmi nous – ( RC )


Fragile et endormie,peau d’ivoire lisse,à quelle magie as tu présidé,toi la veilleuse d’ambreaux amples formes ,qui a confié tes secretsaux ombres des visagesqui t’ont vénérée ? Dix mille ans ou davantagenous séparentdu destin de ceux qui t’ont tenue,de ceux qui t’ont sculptée:tu as la patiencede ceux qu’on aimeau-delà de l’épidermeet garde silence… Jusqu’où ira- t-on chercherla nuit infiniequi se dépose en stratesdans l’obscur abri de … Continuer de lire Lespugue – une Vénus parmi nous – ( RC )

Jacques Mer – L’inexorable ( extrait )


dessin Martin Beek – msée d’histoire naturelle d’ Oxford Ô FedericoDix mille tonnes de silence pèsent sur ta poitrineTa vie un désert de feu signé d’absenceTes regards remontent les foudres à la renverseMétropolis de songe et de sangRegards tournant à mille tours minuteSous le couperet de l’angoisseVisage comme on crie au feuTon corps est transparent d’attenteTorrentiel tocsin de secondesL’instant éclate soudain comme un œufDe fous … Continuer de lire Jacques Mer – L’inexorable ( extrait )

Tout semble immobilisé – ( RC )


photo : netfolk.blog.hu Sur un chemin banalencombré de flaquesdéjà tourbillonnentles feuilles veinées d’automne.Sous le miroir des nuéesje devine les graviers. Le dialogue du gelétire ses filamentssous les rafales de vent.Un insecte traverse prudemmentquittant les herbes follespour un abri incertain. Les oiseaux ont disparu du cielpour des régions plus clémentes.Il s’est perduparmi les branches nues ;les arbres sont dans l’attenteet ne sont plus que bois. Soudain, … Continuer de lire Tout semble immobilisé – ( RC )

Jean-Claude Vallin – fleurs de peaux pour Norge


Les riens du tout qui nous habillentont les poches bourrées de trésorsdes bouts de ficelle des billesnos épices notre Pérou l’orque charrient les yeux des filles Au dehors nous paraissons normauxcomme cloches pour la messemais à Pâques qui perd le nordpour qui les bordées les kermessesqui vient de loin qui va-t-à Rome ? Au dehors nous sommes des hommessociaux comme les zosiauxmais l’en-dedans curriculumnous sauve … Continuer de lire Jean-Claude Vallin – fleurs de peaux pour Norge

René Maria Rilke – Le livre d’heures 1899-1903 (extrait)


. – Tu vas et viens. Les portes se refermentavec plus de douceur, et sans un souffle presque.Tu es de tous le plus silencieux,qui vont par les maisons silencieuses.On peut si bien s’habituer à toiqu’on ne relève plus les yeux du livrequand ses images s’embellissent,bleuissant sous ton ombre;car les objets te font écho sans trêve,mais tantôt en sourdine et tantôt à voix haute. Souvent quand … Continuer de lire René Maria Rilke – Le livre d’heures 1899-1903 (extrait)

Ce qu’il reste derrière l’image – ( RC )


photographie Cato Lein C’est en progressant dans une pente grise,où les ombres se confondent,que l’on devine une présence invisible,image subliminale derrière l’image.Nos pas soulèvent la cendre :elle s’accroche aux rochers,et aux troncs d’arbres que l’on distingue à peine.C’est un brouillard aux formes diffuses ,tel un buvard de poussières,qui recouvre inexorablement toute surface.C’est une chose étrange, ….on la suppose liée à la photographie.Tout ce qui entoure … Continuer de lire Ce qu’il reste derrière l’image – ( RC )

Un lumineux avril – (Susanne Derève)-


. Ce dont je m’émerveille, en ce lumineux Avril , c’est de m’émerveiller encore,   des papillons juvéniles du feuillage et de la profusion des tulipes, une traîne vivace dans l’herbe du jardin, brodée de rouges et d’ors par une main ancienne.   Main inconnue, qui agenças habilement les formes et les couleurs de ce jardin champêtre, nous voici liées, à travers les années,    par … Continuer de lire Un lumineux avril – (Susanne Derève)-

Je reviendrai – ( RC )


Effacé dans la nuit fugitive du théâtre,personne n’ira chercher des indices de mon passé.Car je ne suis plus d’ici.Certains diront que je ne suisqu’un tigre de papier… Les archéologues pourront mettre à jourceux qui prétendent tenir de moi,je ne les contredirai pas. Nul ne sait que la vénérationdont s’entoure mon souvenirn’a pour objet qu’une tombe vide. Je suis toujours ailleurslà où on m’attend pas.On se … Continuer de lire Je reviendrai – ( RC )

Patrick Cauvin – huit jours en été – extr 1


peinture Gérard Schlosser  » avec un autre » 2013 En tout cas, c’est fini pour les méditations, je n’ai plusqu’à m’équiper joyeusement et les rejoindre.Enfilade du premier maillot de bain.J’ai l’approximative couleur de l’endive de saison.Bien sûr, je vais me tailler ma part de ricanementsau milieu des foules hâlées. Je me demandecomment les gens font, à croire qu’ils sont hâlés enpermanence, qu’ils passent leur vie dans … Continuer de lire Patrick Cauvin – huit jours en été – extr 1

Nicolas Deleau – Epiphanies (extraits) –


1.Et il lui dit :Nous irons dans le Tigré.Ce sera le matin ; la lumière baignera cruenos gestes engourdis et l’on sentira, imperceptible,ce frémissement que prennent parfois les paysagesfamiliers : un départ ! Nous embarquerons, chacun se calera pour la route. Nous quitterons ensemble ces collines au flancdesquelles se mêlent les échos perdus de la villeet des hyènes. Nous longerons les routes,interminablement, jusqu’aux plaines arides. … Continuer de lire Nicolas Deleau – Epiphanies (extraits) –

Aujourd’hui, j’ai repeint les rideaux – ( RC )


Aujourd’hui j’ai repeint les rideaux,de bleu et de vert d’eau:les murs ont les mains ouvertes,les fenêtres sont des tableaux de maître, les volets se sont ouverts sur l’été,ils ont délaissé leur grischangés en vert anisennemis de l’obscurité. C’est un nouveau paysageenvahissant la maison :que dirais-tu d’un vert céladonpour laisser passer les nuages ? L’ombre accrochée aux branches,la mer, verticale sous un petit bateauavec sa voile … Continuer de lire Aujourd’hui, j’ai repeint les rideaux – ( RC )

Prémices – (Susanne Derève) –


. Ce qui importait était le voyage ventre du futur autre temps autre lieu qui nous réunirait               ** Les noms des villes empreints de douceur claquaient parfois la langue la nôtre était impuissante à en reproduire les inflexions alors que sa musique d’autrefois chantait encore à nos oreilles              ** Retrouver les bruits les voix                                  les klaxons le vacarme et le ton de … Continuer de lire Prémices – (Susanne Derève) –

Colette Daviles-Estinès – trop noir – trop blanc


montage RC avec sculpture de Germaine Richier( musée de Fontevraud ) Trop noirtrop blancce tout poèmeson écriture barbeléeLes mots lacèrentcalcinent Beaucoup de phrases rabotées– un carnet entieravant de jucherhautl’éternité recluse dans la beauté du soiret du matin recommencée Faire ce que je dois :aquarelleret juste retenircomme floue, inachevéeune sérénité ivre Laisser filer les rivesla rivièreles passeurs de comètes 10 avril 2014 Extrait de L’or saisons … Continuer de lire Colette Daviles-Estinès – trop noir – trop blanc

Jean-Claude Goiri – Complètement sorti de chez moi


Un jour, je suis complètement sorti de chez moi. Je n’ai rien laisséderrière. Tout habillé d’outils et d’avenirs, je marchais sans comptermes pas, le corps à découvert, à portée de tout regard. Je traversais laroute sans arrêt, d’un trottoir à l’autre, bien décidé à me rendrepartout. Et, malgré la grande absence de soleil, je remarquais que jetraînais devant moi mon ombre. Aussi concrète que mon … Continuer de lire Jean-Claude Goiri – Complètement sorti de chez moi

Gérants de la fortune du roi – ( RC )


peinture G Rouault – Ubu Roi. Le roi chantait nos louangesen négociant notre chair contre notre salutcar tout l’or du monde affluait,se convertissait en papier monnaie. Nous étions gérants d’une fortunequi se compte en places réservéespour être au premier rang au paradis,plus près de l’arc-en-ciel. Froides banquises et coffres-forts,nous comptions les liasses,et l’argent se figeait entre nos doigts,graissant la patte à Saint-Pierre. Nous nous sommes … Continuer de lire Gérants de la fortune du roi – ( RC )

Autre printemps – ( Susanne Derève) –


. Autre printemps.Les couleurs claquent, violentes, comme une toile au vent,le jaune racoleur du colza et le vert pimpant des prairies : pas besoin de soleil. Sous le bleu implacable du ciel, seul un fin nuagede poussière, dans le sillage des engins,vient troubler le parfait agencement des cultures :la puante odeur du lisier. Les pâles fleurs des églantiers portent déjà leur fin.Les fruits rouges leur … Continuer de lire Autre printemps – ( Susanne Derève) –

Marceline Desbordes-Valmore – Le beau jour


J’eus en ma vie un si beau jour,Qu’il éclaire encore mon âme.Sur mes nuits il répand sa flamme ;Il était tout brillant d’amour,Ce jour plus beau qu’un autre jour ;Partout, je lui donne un sourire,Mêlé de joie et de langueur ;C’est encor lui que je respire,C’est l’air pur qui nourrit mon coeur. Ah ! que je vis dans ses rayons,Une image riante et claire ?Qu’elle … Continuer de lire Marceline Desbordes-Valmore – Le beau jour