La joie ( Ile Eniger) – Pluie d’été ( RC )


A partir du beau texte  de Ile Eniger,  ( le premier), j’ai écrit le second…     La joie –   Le pain brûlé des terres La lumière en bras de ruisseaux La perfusion du jour sur les heures de nuit Les veines au cou de la montagne Les vignes lourdes de vin vert Le ciel marine à force de brasure Les oursins de lavandes … Continuer de lire La joie ( Ile Eniger) – Pluie d’été ( RC )

Negin Fallâhi – une barricade dans la tête


les yeux de l’enfant, volés par le dictateurla mère de l’enfant, voléeson père, volésa terre, volée le monde sur ma rétinevidenéantabsurde,sur la page : couleurdans mes yeux : noir et blancun hiver s’ écroule sur un enfantsur la page : couleurdans mes yeux : noir et blancmon obsessionpour un enfant sans espoirIgnorant même le mot désir ! je quitte les abymes de ma peine pour … Continuer de lire Negin Fallâhi – une barricade dans la tête

Echappée belle – I (Susanne Derève)


    Echappée belle vers la solitudeEchappée belle et je ferme le bancentre les bras tendus du cieleaux mortes traitre courant des profondeursd’un jour sans vent On ne lutte pas on ne peutque s’abandonner laisser dériver le tempsjusqu’à la marée basserejoindre les pierres plates mêlées de vasemériter le silence Pierres chaudes des matins d’absenceavec cette légère nausée des jours de grande chaleurce vertige au sortir … Continuer de lire Echappée belle – I (Susanne Derève)

Alejandra Pizarnik – quelque chose sans mot, d’avant les mots


peinture Pierre Mondrian Il y a une odeur de vieilles mélodies.Samedi très très triste.Je voudrais vouloir.J’ai envie d’envies.Voilà un problème de plus,peut-être l’essentiel,qui vient d’affluer à ma conscience. Et partout le vieux manque.Une mélodie très très douce,tendre à en pleurer.Une mélodie qui invite à se jeter par terreet à se mettre à pleurerjusqu’à la mort de l’éternité. Partout une blessure immémoriale,une insatisfaction angélique,quelque chose avec … Continuer de lire Alejandra Pizarnik – quelque chose sans mot, d’avant les mots

Passage de la grâce – ( RC )


sculpture Rogerio Timoteo, Portugal C’est un peu le souffle du printemps,qui se pose là un momentle passage d’un ange qui vientnous prêter un peu sa main: quelques mots à l’équilibre fragilequi sortent de nos esprits malhabilesLes certitudes s’effacent devant la grâce: déjà l’ange est partidisparu, sans faire de bruit,mais le poème en garde sa trace… Continuer de lire Passage de la grâce – ( RC )

Gabriel Celaya – histoire naturelle ( extrait )


peinture:  david c gallup On invoque la nuit. On évoque la nuit.On est à la fois dedans et dehors.On se livre : on vit d’une façon tellequ’on n’est pas un homme, mais moins ou plus qu’un homme,c’est-à-dire l’antérieur et l’immémorialque peut-être nous inventons,puisqu’on ne peut plus dire qu’il soit réellement arrivé ;ou ce que par pure nostalgieon confond avec le toujours possible futur;ou ce qui … Continuer de lire Gabriel Celaya – histoire naturelle ( extrait )

Christophe Sanchez – accoudé au bar


photo – Anders Petersen voir son ouvrage  » bistrot d’Hambourg » Quand je suis entré dans ce bar, j’ai bien senti le traquenard poindre. Ils étaient deux accoudés au zinc en train d’écluser un gorgeon.A leurs yeux bordés de rouge vif et de larmes sèches, j’ai bien vuqu’ils n’en étaient pas à leur première tournée.Un « étranger » qui entre dans un troquet d’habitués, c’est un … Continuer de lire Christophe Sanchez – accoudé au bar

Pierre Vasseur-Decroix – Princesse de la mer


Princesse de la mer, quelles vagues menez-vous dans vos mains en coupelles, dans l’incessant mouvement de vos bras ?Quels coursiers bruns de nuit et surgissant d’écume parcourent vos regards ?Quelle nuit éternelle ou quelle aube éternelle monte dans vos prunelles ?Princesse de la mer, vous êtes née du sable et d’un peu de chaleur,d’un rire sur les eaux…Vous êtes née de ce soleil, disque d’argent … Continuer de lire Pierre Vasseur-Decroix – Princesse de la mer

Blanca Varela – Puerto Supe


L été ramène ce qui est perdu,le monde est cette rue de feuoù toutes les roses tombent et renaissent,où deux corps se consumentenlacés à jamais au cœur noir de l’été. Dans un coin du jardinsous une pierre l’été chante.Au cœur noir,au point aveugle et blanc,où toutes les roses tombent,c’est là que flotte ton visage,fantôme,terrible à midi. Continuer de lire Blanca Varela – Puerto Supe

Sans bagage ni visage – ( RC )


Ayasaki – Crépuscule Je laisse l’éternités’éteindre avec les derniersrayons du soleil, je préfère le présent à tes côtés,tandis que murmurel’estampe grised’un matin de brume. Nous avons parcouru les chemins, même les plus incertains,sans remarquer que les fleurs,nous offraient leurs couleurs. Le printemps est chargé de sève, et le jour se lève sur l’étendue des fougères encore rousses .Mes bras battront l’aircomme pourvu d’ailes légèreset je … Continuer de lire Sans bagage ni visage – ( RC )

Jean Tardieu – étude de voix d’enfant


photo Ara Guler Les maisons y sont là les deux pieds sous la portetu les vois les maisons?Les pavés y sont là les souliers de la pluiey sont noirs mais y brillent.Tout le monde il est là le marchandle passant le parent le zenfant le méchant le zagent.Les autos fait vou-hou le métro fait rraouet le nuage, y passe et le soleil, y dort.Tout le … Continuer de lire Jean Tardieu – étude de voix d’enfant

Au cœur de l’automne, la statue d’un ange brisé – ( RC )


Nous défilerons dans les allées,regardant les mausolées,les tombes se succédant,aux chaînes argentées,les médaillons rappelantles habitants de l’éternité. Ils dialoguent en famille,et ont sans doute tout loisirde se raconter des histoires ,d’enterrer leurs secrets,faire appel à la mémoiredes vivants venus les voir. Quand j’étais enfant,j’allais au cimetièreavec les parents,et ce que je préférais,c’était les graviers blancs,ou les petites colombes de pierre plutôt que les marbres noirsaux … Continuer de lire Au cœur de l’automne, la statue d’un ange brisé – ( RC )

Claude Saguet – Audace


L’escalier tourne autour des heurescloses comme des noisettes.Des formes se dégagent de l’ombre,s’alternent, noires ou dorées.La ville conjugue son ère stridente.Un pas de pluset je te trouve dans ce langagetenant le matin comme une neige,la parole blessée dans sa course,une lumière qui se heurteà la houle des bruits.Un pas de plus et je te nommedans la paix de la flammemouillée au froid du jour. Continuer de lire Claude Saguet – Audace

Marie-Anne Bruch – Apprentissages


photo RC ( non retouchée ) Clermont-Ferrand Il aura fallupasser par mille gouffrespour se retrouverles pieds au solet la tête à l’endroit. Nous aurons dû passerde cahots d’espoirsen chaos d’amourspour apprendre à aimerla légèreté de l’air,l’innocence d’un feuillage. Au cœurtoujours recaléle monde aura donnécomme consolationla beauté ambiguëdes nuages qui passentet des fleurs qui s’inclinent. de la revue Arpa juin 2019 Continuer de lire Marie-Anne Bruch – Apprentissages

Ne pas oublier les nouvelles de Brautigan – ( RC )


Pas besoin d’être si savantpour ignorer l’extrême orient ;l’estampe représentant le Mont Fujin’empêche nullement de déguster du riz collant.Pour ce faire , il faudrait que j’achètetout un lot de baguettes. J’ai bien un reste de sakédans une bouteille brune,une assiette avec quelques olivesmais je vois déjà le volcan qui salivesur l’écran de la télévisionémergeant de la brume… C’est une de ces transitionsqu’utilise la publicité:pour un … Continuer de lire Ne pas oublier les nouvelles de Brautigan – ( RC )

Jean-Luc Sarré – fanfare, tube, clairon


L’éraillure d’un coup de clairondans le silence de l’officeet la bonne empoigne sa jupeavant de franchir en deux bondsla volée de marchesqui délivre de la monotonie des jours. Derrière la grillepasse la fanfareet les couleurs d’un amoureuxdont les joues sollicitentles basses d’un tuba,scrupuleusement. extrait de  » POÈMES COSTUMÉS AVEC ATTELAGES ET BESTIAIRE EN SURIMPRESSION » Continuer de lire Jean-Luc Sarré – fanfare, tube, clairon

Else Lasker-Schüler – Ô, mon plaisir amer


. Mon rêve est un jeune saule sauvage,Qui se languit dans la sécheresse.Tels des vêtements qui brûleraient tout autour du jour …Toutes les terres se cabrent. Dois-je t’attirer à moi avec le chant de l’alouetteOu bien dois-je t’appeler comme l’oiseau des champsTouuh ! Touuh ! Tels les épis d’argent qui frémissent à mes pieds – – –Ô, mon plaisir amerPleure comme un enfant. . MES MERVEILLESElse Lasker-Schüler … Continuer de lire Else Lasker-Schüler – Ô, mon plaisir amer

Trompette, trombone, et majesté des tubas – ( RC )


–La trompette fanfaronne;elle a de ces éclats qui font reluire le cuivre.On l’entend qui défile,en tête de cortège,plus stridente que le peuple des tromboneset la majesté des tubas. Ou bien il s’agit d’un jourplus nuageux. Les reflets se font plus discrets.On imagine que le solistese fond dans l’ensemble.Il a mis la sourdine même s’il faut célébrerla fête funèbre. Les grosses caissess’emparent du balancement des pas, … Continuer de lire Trompette, trombone, et majesté des tubas – ( RC )

Jean Joubert – les bois brûlés


photo Mathieu Rivrin – incendie des monts d’Arrée Les bois qui nous gardaientdu vent et des regards,des maléfices,flambèrent dans l’été, furent coupés, broyés,creusant l’espace. Surgit alors une longue colline,une montagne presque,couchée sur l’horizon et nue, non pas comme une femmetendue vers la lumièreet que lèche le vent, mais comme le gisantblême, dépossédé, sur sa table de pierre,pierre lui-même, cherchant, les yeux fermés,l’ancienne route des ténèbres. … Continuer de lire Jean Joubert – les bois brûlés

Le balcon face à la mer- Susanne Derève


Brest , Port du Château – Juillet 2024 . On est assis sur le balcon face à la merbleue par-dessus les toitscomme un monstre apaisé et limpide De grandes voiles blanches croisent à l’horizondoublant la silhouette des grues-nonchalance des premiers beaux jours Une brise tiède pousse les toiles légèresdes nuages le soleil brûle les peaux claireson rêve déjà de voyage Continuer de lire Le balcon face à la mer- Susanne Derève

rêves de plomb – ( RC )


panneau de Jean Arnaud de sa série « archéologies » (plomb sur bois ) – à signaler que  » rêves de plomb », est justement le titre d’une série de cet artiste L’Autre fera confianceaux rêves de plomble dessin figé pour s’assurerde la prolongation du souffleau-delà du labyrinthe. On n’imprimera aucun mot,car, comment trouver une issuequand on n’avance qu’à tâtons,en cherchant en vainune lumière. Les rêves de plomb … Continuer de lire rêves de plomb – ( RC )

Jean-Claude Pirotte – le ciel de septembre


contemple le ciel pâle de septembreet relis encore et toujours cette page de Tchékhovoù glisse comme un nuage lentla tendresse confuse et mélancoliquegarde-toi de pleurer (car tu pleuresen pensée seulement tu pleures commepasse le nuage impalpable entre lescroisillons de ta fenêtre étroite) regardele jour bleu pâle de septembre et regrettece jour c’est un très ancien jourd’un très ancien passé de douceurde misère de détresse de … Continuer de lire Jean-Claude Pirotte – le ciel de septembre

Laure Gauthier – ma musique


peinture: Mali Ma musique est un mikado des tréfonds, tu comprends, te dis-je,ça décolle insensiblement nos amasÇa fait vibrer nos roncesPas de sons auto-tampons qui vont arracher au corps des mots-minervesNon, rendre sa lumière aux termes clochards, ceux avec lesquels onn’osait plus se montrer et pourtant jadis on les aimait,les faire entrer de nouveau au salon, ridés quand bien même … Continuer de lire Laure Gauthier – ma musique

Bataille de silence à Ouessant – ( RC )


photo Clara Ferrand – Ouessant Nous sommes arrivés,dans une île aux multiples visages,battue par le vent.Nous avons pris notre temps,parcourant les sentiersentre fougères et ajoncsde l’île d’Ouessant. Lors de notre vagabondagenous avons surpris la conférencedes pierres et des rochersqui restent à bonne distancede groupes de maisons . elles se tiennent prudemmentsur leur ligne de front:aucun arbre ne barre le passage ,la lande les sépareet on … Continuer de lire Bataille de silence à Ouessant – ( RC )

Chimère- Susanne Derève


On pourrait croire icique rien n’est arrivé-cette marche vers l’abîme On pourrait croiretant les roses épanouiestant les murets courant tout le long des jardinsl’eau claire des fontaines On pourrait croireaux blanches fleurs de lys aux roses palisséesque la pierre usée des lavoirs le socle des moulinsle foin des grangesjusqu’au lit obscur des forêts garderaient la mémoirede ce que furent les années sombresles charniers Ils rient au … Continuer de lire Chimère- Susanne Derève

Jacques Dupin – grand vent


vignes sur cendres du volcan aux Canaries – photo du site Nous n’appartenons qu’au sentier de montagneQui serpente au soleil entre la sauge et le lichenEt s’élance à la nuit, chemin de crête,À la rencontre des constellations.Nous avons rapproché des sommetsLa limite des terres arables.Les graines éclatent dans nos poings.Les flammes rentrent dans nos os.Que le fumier monte à dos d’hommes jusqu’à nous !Que la … Continuer de lire Jacques Dupin – grand vent

Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers


Mes ruisseaux sont des sentiersJ’écoute les voix d’eau et suis le rayon qui courtUn courant d’air fredonné au-dessus des secretsOù le chant des morts sous les reflets, sourdCouchée par-dessus la pierre millénaireQui refermera la dernière porte, un jourLa main tirée par le fil de l’ondeJ’entre dans la palpitation de l’arbreHoule jade fougèreEncens de chênes et de figuiersJe tombe dans les paumes, à l’enversRêve que je … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers

Sur le terrain de chasse des vautours- Susanne Derève


Sur le terrain de chasse des vautourspauvres moineaux qui prenez votre envoldépouillés du bonheuret des linges brodés de l’amour fuyant d’une aile lasse au long de routesgrises de chemins de hasardsans plus compter vos morts ensevelis dans les suaires blancs du deuil ou sans autre linceul qu’un pan écartelé du ciel Continuer de lire Sur le terrain de chasse des vautours- Susanne Derève

J’ai volé le secret des dieux – ( RC )


J’ai volé le secret des dieuxcomme le fit Prométhée,emportant le feupour se libérerde toute la glacequi fige tout, tout autour de moi.Elle ne nous laissait pas assez de placecomme s’il n’y avait que le froidqui couvre de sa chape, la terre : Comme si l’existencen’était qu’un long hiver,le récit d’une longue absencesans souvenirsoù le sang s’immobilisecomme se figent les désirsdans l’étendue bleue de la banquise. … Continuer de lire J’ai volé le secret des dieux – ( RC )

Marguerite Cèdre – Paume


derrière les mensongesdu tempsles mots transpercent ta paumedérobade ou délivranceabolir ses souvenirsoulaisser la sève de la mains’égarer sur le cahier de nuit renaître sur le chemintracé par le verbe les maux reprennent formetu ne fuis plusfantômes de tes douleurstu les reçoistu les accueilles tu les échangescontre une poignée de lettrestu vis. extrait de l’anthologie de M Bertoncini:  » du corps du poète au corps poétique » Continuer de lire Marguerite Cèdre – Paume