Le jardin d’écriture – ( RC )


Le jardin est d’écriture,les mots tanguent sous l’effet du vent,comme se courbent les irisdans la peinture de Van Gogh.Les notes mauvesen teintent les phrasesde langage printanier: on dirait que déjà chantele prunier en fleursavec la danse des abeillesqui travaillent elles aussileur poème de miel. On attendra l’éclosion des lyspour compléter le tableau,le vocabulaire strident des oiseauxpour traduire en quelques lignes,le parfum de la terredans mon … Continuer de lire Le jardin d’écriture – ( RC )

Domenico Modugno – ma terre amère


Du soleil dans la valléeet le soleil sur la colline.Dans la campagneil n’y a plus personne.Adieu, adieu l’amour,je m’en vais.Ma terre amère, Amère et belle…Des cieux infinisEt des visages de pierre.Les mains se sont endurciessans espoir.{de retour}Parmi les oliviers, déjà la lune est née.Un bébé pleure,tétant un maigre sein. – AMARA TERRA MIA Sole alla vallee sole alla collina.Per le campagnenon c’è più nessuno.Addio, addio … Continuer de lire Domenico Modugno – ma terre amère

Lucie Taïeb – s’éveiller


Edward Munch – nuit à St Cloud en Normandie s’éveiller la nuit ne pas être éveillé ne pas savoir se réveillerseul, dans un lit différent dans une configuration différente des ombres et du noir et d’une voix qu’on ne se connaît pas dire dans la nuit au corps qui devrait être là« j’ai peur » puis frôler du dos de la main non ce corps … Continuer de lire Lucie Taïeb – s’éveiller

Petit astre – ( RC )


      dessin J Pierre Nadeau   Je joue à cache-cache avec la nuit, je disparais quand elle arrive, car elle étend des draps noirs, pour que la terre se repose. Moi, je continue de l’autre côté sans jamais me lasser, Vénus et les autres voudraient s’approcher, et se dorer à mes rayons, mais comme on le sait les planètes attendent qu’on les invite, … Continuer de lire Petit astre – ( RC )

Stève Wilifrid Mounguengui – tu t’en vas


Tu t’en vas comme naguère les naviresJe n’ai que la nuit pour miroirEt mes rêves pour naviguer jusqu’à toiLa pluie viendra pour nourrir la terreLa mélancolie des toits traverse le tempsQue restera-t-il des songes enfantés sur la route ?Les jours passent et s’allongent Ma cabane est un cloître de brume au milieu du silenceJe dessine des perles avec la pluie pour orner les heuresDis-toi qu’à … Continuer de lire Stève Wilifrid Mounguengui – tu t’en vas

Enrico Testa – des temps concordants


dans des temps concordants, l’été, bien qu’en des lieux différents du même Apennin, nous avons essayé, enfants, de remonter les torrents pour en trouver la source. Il y avait une obscurité de sous-bois, des fougères, un vert à peine plus intense, un peu de mousse et des pierres ruisselantes et rien d’autre : la déception de l’origine elle suit un mouvement fluide et vertical cette … Continuer de lire Enrico Testa – des temps concordants

En vrac ( le défilé des anniversaires) – ( RC )


En vrac, nous aurons réunidans un carré de taille modestequelques restes de printemps,le pelage d’un vieux chat gris,le souvenir affadi du vent d’ouest , un de mes dessins d’enfant ,l’odeur de la terre après la pluie,le rouge pâli du jardin aux rosiersle vol furtif des hirondelles,un paquet de timbres de toutes nations,qu’on n’a pas eu le temps de classer sans oublier les chatons du noisetierle … Continuer de lire En vrac ( le défilé des anniversaires) – ( RC )

Alessandra Frison – Le repas attend


– Je me laisserai déborder aujourd’hui sur la route jusqu’à chez moi jusqu’au repas qui attend comme chaque soir ses bouches ce que l’on appelle vie est de se reconnaître doucement dans les comptes de toujours dans les poches ou les couloirs arrachés aux visages, après que même le train aura rendu amers les souvenirs avec les voix brisées aux téléphones les assauts de noir … Continuer de lire Alessandra Frison – Le repas attend

William Ernest Henley – Invictus


.Dans les ténèbres qui m’enserrentNoires comme un puits où l’on se noieJe rends grâce aux dieux, quels qu’ils soientPour mon âme invincible et fière. Dans de cruelles circonstancesJe n’ai ni gémi ni pleuréMeurtri par cette existenceJe suis debout, bien que blessé. En ce lieu de colère et de pleursSe profile l’ombre de la MortJe ne sais ce que me réserve le sortMais je suis, et … Continuer de lire William Ernest Henley – Invictus

Maurice Fickelson – pratique de la mélancolie – soir de mai


SOIR DE MAI Ils s’étaient assis tous les trois à l’une des tables que l’on sortait dès les premiers beaux jours, seuls encore, à cette terrasse, devant l’auberge, à la sortie du village. La fraîcheur venait dans les derniers rayons du soleil de mai. Un peu avant, il avait plu et l’on entendait l’eau s’égoutter dans les bois tout proches : une brève et vigoureuse … Continuer de lire Maurice Fickelson – pratique de la mélancolie – soir de mai

La porte de la nuit – ( RC )


photo- auteur non identifié La porte de la nuitne s’habille plus de noir :une fois franchie, elle se dira miroirprécédant la lumière: qu’elle soit et je la suisimaginée ou réelle : que la peinture la révèle :il n’y a plus de frontièred’intérieur ni d’extérieurde la pesanteur de la terreà la légèreté du ciel la diffraction des couleursest une psalmodie,comme un nouveau langagequi s’empare de l’esprit: … Continuer de lire La porte de la nuit – ( RC )

Jean-Pierre Lemaire – les planches


La terre en peu de temps s’est couverte de tréteauxde galeries, de gradins, d’estradesNous y avons transporté nos meublesnos maisons, nos rues, nos paysageset nous y vivons continuellementdu lever au coucher du soleilOn dit qu’en-dessous, sur le sol ancienoù tombent les tickets, les journaux, les bouteillesvivent d’autres hommes accroupis dans l’ombremais nous n’entendons rien pendant la journéeCertains soirs seulement, quand le ciel est rougenous nous … Continuer de lire Jean-Pierre Lemaire – les planches

Salah Stétié – chant égorgé d’alouette


Dans les filets du ventIl y a des étoilesElles ne servent à rienQu’à mesurer le temps Il écrit pour l’espritSon histoire étemellel y a beaucoup d’idolesMalaxées et meurtriesBrisées et rebriséesSous le sabot du vent Dans les filets du ventIl y a les mots des hommesLeurs mots d’amour leurs motsDe sang leurs mots de rêveEt parfois le vent tendrementSe désaltère à leurs syllabesMots de sable, de … Continuer de lire Salah Stétié – chant égorgé d’alouette

La rose trémière garde ma solitude – Susanne Derève


La rose trémière garde ma solitudeelle a poussé si haut devant le grand portailque n’entre pas qui veut Rouge chiffonnée de pétalesseules les ombres veillent sur nous à présentelles bruissent sous l’écorce par les jours de grand vent -tel cet essaim de cigales échoué dans le tilleulaprès l’orage à peine le temps d’une aubadeet sitôt envolé – Elles pleurent deux mille ans de batailles passéesdeux … Continuer de lire La rose trémière garde ma solitude – Susanne Derève

Resté trop loin de mon enfance – ( RC)


Trace incertaine,l’image trouble incrustéedans la mémoire des jours,les pensées se déplacent et n’ont de limiteque la lisière des souvenirs.Pourtant les contrastess’emparent de grisqui finissent par envahirle paysage familierqui nous devient étranger. Les haies d’arbresne sont plus à leur place,des maisons ont été démolies,le bitume s’est craquelé,le vent a tout bousculé, même les lignes blanches qui délimitaient la chaussée, ne sont plus où elles étaient.Beaucoup de … Continuer de lire Resté trop loin de mon enfance – ( RC)

A propos d’un poète égaré à Ouessant- Susanne Derève


Ouessant -Porz Doun -Juin 2024 (photo retouchée) Bleuets rampants ajoncs bruyères-Ventvent agilequi saute court vole en lièvre effarouchéen crave noir dessus la landedessus la mer-corne de brume dans la brume –et fouaille les dunesgenets callunes silènes rousses Qui vague sur la brandeun jour de mauvais temps et que le vent détrousse ? –un poète égaré sur la lande d’Ouessant Continuer de lire A propos d’un poète égaré à Ouessant- Susanne Derève

Jeanine Baude – Si Venise en hiver …c’est un toit de tuiles rouges


Si Venise en hiver et c’est un toit de tuiles rouges qui m’ouvre le jour, regardant depuis le balcon de ma chambre l’aube scintillante aux arceaux des fenêtres, leurs colonnes torses et qui se croisent en fines tresses, j’accède à la faim d’une beauté spectrale sertissant les façades au-dessus des canaux, aussi limpides et sombres que l’eau courant du golfe de Trieste au bassin de … Continuer de lire Jeanine Baude – Si Venise en hiver …c’est un toit de tuiles rouges

soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )


gravure Terry Winters Noir comme un désir d’encre,le soleil est le négatifdes sourires et de l’été.Je le couche cependant sur le papier. C’est un crépuscule avec ses rayonsaussi obscurs que mon écriture,mais qui rassemble ces couleurs,qu’on ne voit qu’avec le miroir des yeuxde ceux qui n’auront pas peurde se confronter à leur chaleur, seraient elles aussi éphémèresqu’un rêve qui s’étire encore un peuau réveil, et … Continuer de lire soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )

Brigitte Broc – vêtu d’éclairs


Vêtu d’éclairs,le verbe s’immisceau plus noir de la nuit.Foisonnement de matière en délire,éclatement de bourgeons ardents,l’infini afflue,soulevant des myriadesde rêves et d’envies.La main incandescentedessine des alcôvesoù blottir l’invisible.Page pure, immense,se déroule au beau milieu des sphères,sur ma peau endormie,étendard brandidans la démesure d’aimer.La vie trace ses signes,alphabet rutilantqui respire et se dresse,abolissant blessures et lourdeurs.Je suis nue de tout désir,habitée seulementdu vaste universet de ses … Continuer de lire Brigitte Broc – vêtu d’éclairs

Jean Joubert – l’eau noire


photo sur site de Billy Plummer Ce lac serré dans le profond du corpsentre des rives invisibles,invisible lui-même, réduità son murmure, à son odeurde tourbe, de feuillage, ce gouffre d’ombre médusé, une lueur de biais soudain le frappe, et c’est l’immense quisurgit, le feu liquidefrôlé par des oiseaux de brumequi le fuient. Toi-même prisonnier de ton balcon de lune,les mains sur les genoux, les yeuxfermés, … Continuer de lire Jean Joubert – l’eau noire

Du bleu dans nos bagages – ( RC )


image modifiée: l’auteure et chanteuse Nawel Ben Kraïem, habillée de rouge par mes soins On veut du ciel bleu,et en emporter si on le peutdans nos bagages. Je regarderai pousserles plantes piquantes à même le rivage,sur les pentes. du courage Cela pèse un poids de souvenirau-delà des frontièresen accostant sur ta terre Y aura des étoiles par millierssur ton corps qui bouge:c’est là où j’irai … Continuer de lire Du bleu dans nos bagages – ( RC )

Rubén Darío – Oraison pour Antonio Machado


Mystérieux, silencieux,sans cesse il allait et venait.Son regard était si profondqu’on le pouvait à peine voir.Quand il parlait, il avaitun accent timide et hautain.Et l’on voyait presque toujoursbrûler le feu de ses pensées.Il était lumineux, profond,car il était de bonne foi.Il aurait pu être bergerde mille lions et d’agneaux à la fois.Il eût gouverné les tempêtesou porté un rayon de miel.Il chantait en des vers … Continuer de lire Rubén Darío – Oraison pour Antonio Machado

un corps cartographié – ( RC )


photo DEAKIN John: le peintre Francis Bacon et des pièces de viande – vers 1960 Le corps a t il besoin d’être cartographié,pour qu’en ses routes on le parcouresuivant ses pistes incertaineset ses vaisseaux ouvertssans sutures apparentes pour qu’y circule le sanget les flux qui y palpitent ?Quel secret s’y dissimule ? La leçon d’anatomie se continue dans la découpe,on a tranché les ligaments, détaché … Continuer de lire un corps cartographié – ( RC )

Linges – Susanne Derève


Un seul endroit où se réfugier aujourd’hui -dans la fraîcheur des draps qui sèchent à l’ombredu noyerJuilletLes juillets d’autrefois avaient un grand lavoirluisant d’eau savonneuse qui filait en rigoles clairesjusqu’au ruisseaudans un coin du jardin une bassine de zincoù blanchissait le linge à petit feuauprès d’un vieux water de planchestout infesté de mouchesqui nourrissait mes terreursenfantines . et pour le plaisir du partage : Helene Schjerfbeck … Continuer de lire Linges – Susanne Derève

Else Lasker-Schüler – mon piano bleu


Mein blaues Klavier Ich habe zu Hause ein blaues KlavierUnd kenne doch keine Note. Es steht im Dunkel der Kellertür,Seitdem die Welt verrohte. Es spielten Sternenhände vier –Die Mondfrau sang im Boote. – Nun tanzen die Ratten im Geklirr.Zerbrochen ist die Klaviatür. Ich beweine die blaue Tote.Ach liebe Engel öffnet mir – Ich aß vom bitteren Brote –Mir lebend schon die Himmelstür, Auch wider dem … Continuer de lire Else Lasker-Schüler – mon piano bleu

juste au bord de la soif – ( RC )


photo Cyril Ruchet – salins de Provence – Aigues-Mortes Un leurre liquidemaintient le cieljuste au bordde la soif,où le sel se prélasse.Etangs rougisà l’opposé des pins. Y aurais tu plongé tes mains,et laissé ton sang,il y a très longtempsdans la poussièredes coquillages,pour que le sel,avale un peu plus de lumièrequ’il ne convient à la terre voisine,encore trop sèchede l’été défunt…? Continuer de lire juste au bord de la soif – ( RC )

Wadih Saadeh – Il dit


Il dit qu’il allait reconstruire sa vie pour qu’elle ressembleà la briseEt qu’elle s’adapte à toutes les formes et tous les volumes,Il se débarrassa de membres, d’idées, de parents et de lieuxIl se débarrassa d’un corps et de chemisesIl déroula ses propres fils et boutonna sa vieAvec un bouton de ventIl glissa dans des trousIl glissa dans une obscuritéEt ne sut plus commentSe recoudre. Choix … Continuer de lire Wadih Saadeh – Il dit

Silke Scheuermann – Le jour où les mouettes chantèrent à deux voix


Tandis que l’eau se retire et que des méduses gisentsans que le sell’oxydation et le soleil ne les importunenttu envies la sécurité des enfants qui fouillentle sable avec leurs talons à la recherche de coquillagesavec une violence qui te stupéfie complètement Ton œil nettoyé a maintenant des pupilles plus perçantestandis que le déferlement de la houle dans la mer se refoulequelque chose te manquequelques annéespar … Continuer de lire Silke Scheuermann – Le jour où les mouettes chantèrent à deux voix