Marcello Comitini – fuite


photo Fan Ho – Hong Kong Des murs gris devantmes yeux.Taches de couleur les imagesdans des fins cadrescomme des cages infranchissablesà l’imagination.Seule fuite la blessurequi jaillit du sang et lumièreau mur.Automne des feuilles.Bouillonnantde vert printaniersur les arbres.Les saisons changentse répètentdans mes yeux.Immuablele gris sur les mursde ma seule saison. Fuga Grigie mura davantiai miei occhi.Macchie di colore le immaginiin esili cornici invalicabilicome gabbie alla fantasia.Sola … Continuer de lire Marcello Comitini – fuite

Ossip Mandelstam – poèmes en miettes


1 L’an trente et un de ce siècleje revenais… (lis plutôt : on me ramena de force)dans Moscou-la-bouddhique. Nonobstant j’avais eu l’heur de voirl’Ararat nanti de sa nappe bibliqueen deux cents jours passés au pays sabbatiqueque l’on nomme l’Arménie. Là-bas, si tu as soif, il est une eau,une eau qui sourd en pays kurde d’Arznisèche, rocailleuse, délicieuse,la plus véridique de toutes les eaux ! 2 … Continuer de lire Ossip Mandelstam – poèmes en miettes

André du Bouchet – Ce feu comme une aile blanche


Ce feu comme une aile blanche, partout où l’air souffle. Par cette trouée. Je traverse l’image de la maison.Je ne m’imagine pas réduit aux murs.À l’étendue de la chambre.Ailleurs, le feu s’est resserré.La distance nous répare. Comme le corps de la terre que l’étendue répare. Nous sommes aérés, dispersés, séparés. Extrait de « Dans la chaleur vacante » Continuer de lire André du Bouchet – Ce feu comme une aile blanche

Je ne prends tes mots qu’avec le bout de mes lèvres – ( RC )


Je ne prends tes motsqu’avec le bout de mes lèvres;le silence est de la partie,je ne l’aime que du bout des doigtsposés sur ma bouche. Les mots sont déjà repartisvers une autre fête.Nous les reverrons demain,si demain est peut-être ( et la trace de tes lèvres sur mes mains )comme mes mots pourraient être les tiens,quand ils se croisent dans ma tête… Continuer de lire Je ne prends tes mots qu’avec le bout de mes lèvres – ( RC )

Gili Haimovich – Laïque ratée


C’est mon père,qui a chassé la douleurde la même manière que je fuis le plaisir.Je ne sais lequel de nous est allé le plus loin.Si je plante ma main dans la gorge de mon père,comme un poussin tentant de se nourrir,Je n’en tirerai pas un grand NON.Pourtant, je ne peux me nourrir d’approbation.C’est de plus noirs minerais que je désire.Je me suis détachée de la … Continuer de lire Gili Haimovich – Laïque ratée

José Le Moigne – Nocturne


C’était une nuitaffriolée de fête et de flambeauxpeut-être la Saint-Jean J’apportais un panierde fraises du jardinaux enfants éveillés le vieux gneiss épuisépar les pluies d’équinoxeluisait comme du marbre d’Athènes Adieu mon acropolequi sentait la tomate écraséeet le vin répandu Que passe-t-il des autresdans les mots que j’arracheà ma conscience fatiguée loin du passeur d’étoilespeut-être ne suis-je en véritéqu’un pâle historiographe de moi-même texte issu du … Continuer de lire José Le Moigne – Nocturne

Dans un temps suspendu, indéfini- ( RC )


Les plaies du sol saignent de leurs veines:des précipices, des abîmesdes roches qui les surplombentde gardiens du temps,inamovibles. Les vautours s’en font refugesurveillent les vallées profondes,les minces filets d’eaubrillant comme argent. Tout celà se passe de paroles,qui de toute façon,ne trouveraient pas d’échoaux extrémités opposées des causses,désaccords de nue solitude. Il n’y a que la neigepour lui donner une unité:l’un après l’autre, les reliefs en … Continuer de lire Dans un temps suspendu, indéfini- ( RC )

Marche – Susanne Derève


Marche Hier tu égaillais joyeusement les caillouxdu chemin aujourd’hui il t’absorbe il te happedans la torpeur de l’après-midi il t’abatdans la débandade des ombresil est la douleur que tu portes et le ciel une étuve C’est seulement cela que tu veux marcher dans l’hébétudedu zénith et suivre la rivière – impétueuse encoreau mi-temps de l’été accorder ton pasà la mesure du flot – non plus … Continuer de lire Marche – Susanne Derève

Michel Baglin – à peine un peu d’écume


peinture Léon Spillaert Une vie,  à peine un peud’écume dans son sillage,   guère plus de tracesque l’oiseau n’en laissedans l’air qu’il fend. Une vie, ce qu’il en reste,cette traînée d’imagesdans les mémoires amiess’évaporant avec les ans. Un vie, une voile, un vol ,un grain de lumièredans les sillons du vent. Continuer de lire Michel Baglin – à peine un peu d’écume

Tristan Klingsor – Squelettes fleuris


Un homme sans amour est un dormeur sans rêve »,Dit-elle ; il posa son bonnet de Syrie,Ôta sa pipe de ses lèvresEt sourit. Il avait déjà dans sa barbe d’orDes fils d’argent, mais ses yeux étaient commeCeux des rois mages qu’on adorePour avoir cueilli le bonheur des hommes. Son manteau de soie et ses manchesÉtaient brochés de chimères agrifféesAvec des revers d’hermine blancheEt des dentelles … Continuer de lire Tristan Klingsor – Squelettes fleuris

De l’absinthe et des anges – ( RC )


De l’absinthe et des angesc’est un jardin propice.Il rappelle celui d’édenque rien ne dérange.Mais qui souhaiterait une chair lissesans une coupurepour glisser un poèmelà où l’attente est une esquisse,une neige aux douceurs exquises,qui fond déjà sous mes doigts,tiédeur qui surprend sous le froiden annonçant l’épure… il s’agit ici d’une « réponse » à un texte de Pat Ryckewaert ( qui suit ) – Regarde-moi dans le bleuau … Continuer de lire De l’absinthe et des anges – ( RC )

Fabio Pusterla – Esquisse en poudre de gypse


photo Mustapha DedeogLu L’oreille qui écoute ne voit pas la voix qui parledans la nuit, perdue ; elle guette le bruissementde l’air, par les ruesoù quelqu’un marche peut-être. La voix qui parle n’attend pas qu’on l’écoute,elle espère pourtant que son soliloque n’est pas vain,que s’ouvre pour elle une porte en silence,offrant une lumière, une branche de forsythia. . Traduit de l’italien par Béatrice de Jurquet … Continuer de lire Fabio Pusterla – Esquisse en poudre de gypse

André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel. Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre. Elle a du souffle et pas de frontières. Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues. Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire. Si elle est vécue, elle change la vie. – André Velter – extr  de  … Continuer de lire André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré

Andréa Dietrich – Cela n’a pas d’importance


Plane ici,      une lune opaque,obscurcissant les sentiers de montagne que j’emprunte.Aucun autre être vivant n’apparaît.Une lune opaque. . .   plane ici. Je continue le long d’une corniche ;au-dessous du bord d’une rivière tourbillonnante.Devant moi, le bâillement du canyon.Le long d’une corniche, je continue. Je ne vois aucune teinte quand le brouillard se fige.Ô malheur à celui qui ne ressent plus !La lune s’est enfuie,   toi aussi.Quand le … Continuer de lire Andréa Dietrich – Cela n’a pas d’importance

Entrer dans un livre, comme on entre dans la mer – ( RC )


Tu es rentré dans le livrecomme on rentre dans la mer:d’abord avec un pied,puis le corps entier,porté par les courants,riant de ses vagues,bavardant à longueur de pagesd’embruns, d’écume…tu sais où elle commence,mais jamais où elle finit. Plongé dans les feuillets,chapitre après chapitre,tu as vu la source des motsse transformer en rivière,puis te transporterdans les phrases longuescomme le flux permanentdu courant de l’ondejusqu’à la meret ses … Continuer de lire Entrer dans un livre, comme on entre dans la mer – ( RC )

Camille Saint-Saëns – A Mr Gabriel Fauré


A M. GABRIEL FAURE Ah ! tu veux échapper à mes vers, misérable !Tu crois les éviter.Ils sont comme la pluie : il n’est ni Dieu ni DiableQui les puisse arrêter.Ils iront te trouver, franchissant les provincesEt les départements,Ainsi que l’hirondelle avec ses ailes mincesBravant les éléments.Si tu fermes ta porte, alors par la fenêtreIls te viendront encor,Etincelants, cruels, comme de la PharètreSortent des flèches … Continuer de lire Camille Saint-Saëns – A Mr Gabriel Fauré

Bleu – Susanne Derève


Tourbe genêts bruyères nainesles champs bleus de la mer et du ciel Dedans le bleu chercher le bleu encorel’aigue-marine des fonds de sablele bleu de perle des anses solitairesle céladon du large où le vent sourdaprès avoir battu les blés les landes le ressaccourbé le vol incertain des oiseauxbalayé le cours vagabond des nuagesdans son ivresse dans sa fouguese fait bleu à son tour Et … Continuer de lire Bleu – Susanne Derève

Nathalie Dhenin – lettre à l’eau de Lou ( extrait )


photo Saul Leiter ….Hier, j’ai retrouvé ta lettre.Tu écrivais ton entière et pleine acceptation à faciliterle passage de Lou de sa courte vie à l’éternité. Cher esprit de l’eau, la larme que tu as déposé sur sa jouedéjà fraîche, l’a enveloppée d’un linge de brume.Ainsi déposée dans les bras de ses parents, elle ne pesait plus que le poids de leur amour.La brume distillée en … Continuer de lire Nathalie Dhenin – lettre à l’eau de Lou ( extrait )

Anthony Phelps – masques et piqûres


Masques et piqûresvapeurs oniriquestrente milliards d’annéesont passé sans bruitdepuis ce matinet du plafond bleuune corde lisse pendvers le lit blanc Masques et piqûresvapeurs oniriquessur ses pas de sablele sommeil me laisseavec la lumièretrop crue de l’étéet la corde lissetorons de silencequi du plafond bleupend toujours plus bas Masques et piqûres vapeurs oniriques une corde lisse me conduit vers toi Continuer de lire Anthony Phelps – masques et piqûres

Louis Brauquier – coups de soleil


peinture Paul Signac – Marseille le vieux port Le tramway, blanc de soleil,Glisse dans la rue fournaiseEt solitaire. Une anglaiseEntre dans le Grand Hôtel. Les maisons chaudes s’écartent,Les persiennes aux balconsSont fermées. De grands yachts blondsLèvent les voiles et partent. Garçon ! un demi glacé.Oh ! la brasserie est fraîcheDans l’ombre comme une pêcheA mes lèvres écrasée. Les femmes ont la chair nue.Sous des corsages … Continuer de lire Louis Brauquier – coups de soleil

Sur les chemins de poussière – ( RC )


Qui donc comprendra ce que nous chantons maintenant que nous avons perdu l’alphabet, bu le sirop noir de l’exode pour rejoindre de sombres printemps où l’ombre recouvrira nos enfants ? Aurais-je encore la force d’embrasser ma terre, elle que j’abandonne comme une mère dont le lait sec ne peut me nourrir ? Je passe devant des maisons, qui sont comme un reproche. Je doute qu’un jour nous … Continuer de lire Sur les chemins de poussière – ( RC )

Nelly Sachs – temps vide


Le temps vide est toujoursaffaméde cette épitaphe de l’éphémère –Dans l’étendard de la nuitenroulé avec tous les miraclesnous ne savons riensi ce n’est que ta solituden’est pas la mienne —Peut-être qu’une couleur verte réalisée en rêveouun chantd’avant-naissance sauront luireet du pont-des-soupirs de notre languenous entendrons le murmure secret des profondeurs – Continuer de lire Nelly Sachs – temps vide

L’enfant ( Vietnam 2023) – Susanne Derève


L’enfant et son horizon de montagnede manioc et de rizde chèvres de troupeaux l’enfant qui saute à cloche-pieddans l’eau boueusedu ruisseau l’enfant aux lourds ballotsd’herbe fauchéepeinant sur les chemins de terre l’enfant qui glane le bois mortl’enfant qui joue dans la rivière l’enfant juché à dos de buffledans l’ombre mauve du murier a le regard empli de fièvre et ses yeux me demandent pourquoi les ailes … Continuer de lire L’enfant ( Vietnam 2023) – Susanne Derève

Mattia Filice – En tête de mon dernier train


Deux modes de pensée s’affrontent à la relèvequand il s’agit de concilier deux sciences de la conduitecomme réunir la relativité généraleet la mécanique quantiquePas tout à faitmais un peu quand mêmerésume AdamaÇa roule ?R.A.S.t’as juste défaut anti-enrayeur qui est allumémais tu as tous bogies bloquésEt pendant ce temps, des usagers tendent leur couentre curiosité et questionnementdu qu’est-ce qui se passe ? pour les novicesdu il … Continuer de lire Mattia Filice – En tête de mon dernier train

Créatures de l’onde – ( RC )


– Créatures de l’onde,vous voilà donc dans un paysqui commence làoù finissent les côtes,avec quelques soubresautsécueils et rochers,frontière incertaine,soumise aux flux et reflux. Un pays qui s’étendet déroule sa nappe,en deçà du visible.Bien entendu on penseaux horizons lointainsqui courent jusquesous le soleil des tropiqueset au-delà. L’ensemble des eauxse tient sans quel’on n’en sépare des morceaux.Elles ont leurs voies secrètes,les courants obscursleurs fosses profondesqu’on ne peut … Continuer de lire Créatures de l’onde – ( RC )

Jorge Luis BORGES – Elégie de l’impossible souvenir


Que ne donnerais-je pas pour la mémoired’une rue de terre bordée de muretset d’un grand cavalier emplissant l’aube(le poncho est long et râpé)un jour quelconque de la plaine,un jour sans date.Que ne donnerais-je pas pour la mémoirede ma mère regardant le matinà l’estancia Sainte-Irènesans savoir qu’elle allait s’appeler Borges.Que ne donnerais-je pas pour la mémoirede m’être battu à Cepedaet d’avoir vu Estanislao del Camposaluer la … Continuer de lire Jorge Luis BORGES – Elégie de l’impossible souvenir

William Carlos Williams – l’attente


peinture PIERRE-ERNEST PRINS 1889 Quand je suis seul je suis heureux.L’air est frais. Le ciel esttacheté, éclaboussé, lacéréde couleurs. Les phallus cramoisisdes feuilles de sassafrase serrent en foule devant moiaccrochés aux lourdes branches.Quand j’atteins le pas de ma porteje suis accueilli parles cris de joie de mes enfantset mon cœur s’effondre.Je suis brisé. Mes enfants me sont-ils moins chersque les feuilles qui tombent oufaut-il devenir … Continuer de lire William Carlos Williams – l’attente

W.B.Yeats – Il désire posséder les étoffes du ciel


gravure Franklin Booth – ideal golf links – shoreline 1909 Si j’avais les étoffes brodées des cieux,Ornées de lumière d’or et d’argent,Le bleu et l’obscur et les sombres étoffesDe la nuit et la lumière et la demi-lumière,J’étendrais les étoffes sous vos pas ;Mais, pauvre, j’ai seulement mes rêves ;J’ai étendu mes rêves sous vos pieds ;Marchez doucement parce que vous marchez sur mes rêves. Continuer de lire W.B.Yeats – Il désire posséder les étoffes du ciel

Terre incandescente sous soleil d’été – ( RC )


photo plateau de Valensole auteur non identifié La terre incandescentes’ensemence de soleil.Il faut que les pins se penchentpour que suivent les doigts finsdes aiguilles d’ombre.Un peu de fraîcheurau déluge de lumièretandis que les herbes brunissent,que les blés courent sur l’horizonque les lavandes répandentleur parfum mauveet qu’au loin le sol s’élèvedans un mouvement continupour s’adosser aux contreforts.Les montagnes presque clandestinesémergent d’une brume légèreles nuages les contournent.Le … Continuer de lire Terre incandescente sous soleil d’été – ( RC )

Paul Gravillon – plongeon


Au bout du petit chemin il y a la mertous y vontje suis seul à voirson joli corps accroupiécarlateaveuglant tous ces vieux qui pirouettentavant l’ultime plongeonleur œil s’éteint quand ils jouissentcomme on meurtelle ne fait pas de cadeau la camardeil n’y a qu’avec les enfants qu’elle est douceelle les tue d’un coupen tournant un peu la têteles vieux elle les achève à petit feu ils … Continuer de lire Paul Gravillon – plongeon

Chronos, dieu du temps – ( RC )


Personne ne sait que je représentela première veille de la nuit,– avant donc , qu’elle ne soit – . J’arrive, en étoile filante :les heures de minuit à l’aubese sont compressées si fort , que l’humanitévieillit en une minuteautant que pendant un siècle . Un petit tour, et je suis repartivisiter une autre galaxie,là où le temps n’a pas de commencement Là-bas, le jour ne … Continuer de lire Chronos, dieu du temps – ( RC )