Gaston Miron – Plus belle que les larmes


Jeune fille plus belle que les larmesqui ont coulé plus qu’averses d’Avrilbeaux yeux aux ondes de martin-pêcheuroù passaient les long-courriers de mes désirsmémoire , ô colombe dans l’espace du cœurmes mains sont au fuseau des songes éteintsje me souviens de sa hanche de navireje me souviens de ses épis de frissonset sur mes fêtes et mes désastresje te salue toi la plus belleet je chante … Continuer de lire Gaston Miron – Plus belle que les larmes

Nayim Smida – Paysage


assemblage Matt Gonzalez Un matinUne vieille fenêtre un cheminIl n’y a personneUne tête qui fume un souvenirAtoneUn amour qui se noie comme en un miroir narquoisUn regardMonotoneUne histoire qui ne finit pas ou qui finit bien ou qui finit malUne touffe d’espoir ou de désespoir une vieNormaleJe t’aimerais pour toiPour cette nostalgie vaste et viveVers l’ouverture froide sur l’indifférence humaine Continuer de lire Nayim Smida – Paysage

Toutes les pierres et leur visage – ( RC )


Toutes les pierres et leur visage,le secret enfermé dans la matièrestatues figées de calcaire,plateaux basculés de ventabîmes et pas de géants… la montagne encore m’attend….sa façade altièreoù ne s’ouvrent les portesqu’avec la force telluriquemoi qui ne connais pas encorela formule magique. Le dédale des grottesne se résume pas à un « Sésame ».Il s’agrandit sous nous piedsLa lumière s’y enterredans les galeries de l’âme. Quelques animaux hantentles … Continuer de lire Toutes les pierres et leur visage – ( RC )

Ledo Ivo – sonnet de la conciliation


artiste non identifié Que l’amour ne me trompe pas, comme la brumeretient une sécurité imprévue.Avant tout, maintenez le sol sur lequel reposece qui sera perdu comme l’écume. Je vois que j’ai été élu mais sansraison pour le faire, et sans mémoirepour juste profiter et éviterque l’amour ne s’en aille vers nulle part. Cela aussi ignore précisémentle motif réel de l’offre,Alors rassemblez l’essentiel et l’accessoire. Avant … Continuer de lire Ledo Ivo – sonnet de la conciliation

Lignes de rêve – au delà du visible – ( RC )


art graphique W Kandinsky : courbes libres Il est de ces lignesqui jamais ne se réconcilient.Elles se croisent et s’écartent,découpent l’azur et parfois s’y perdent. Les suivre est une tentation,mais on ne sait où elles se dirigent.Veulent elles dire quelque chose,dans leur calligraphie en fuite permanente ?Elles débordent du cadre, de la vision,suspendues, insolentes.Les plus soumises s’expriment en pointillés,sur les routes, interrompues par les caprices … Continuer de lire Lignes de rêve – au delà du visible – ( RC )

Alain Duault – le sourire de Mây


peinture – May Trung Thu – artiste vietnamienne Que reste-t-il du grand puitsDe l’éclat céleste près duquel j’ai reçu le sourire de MâyElle avait dans les yeux la lumière de dix mille lanternesEt le ciel était posé sur ses lèvres Je ne l’avais jamais rencontrée et je l’ai pourtant aussitôt reconnue. Petite, menue, en large pantalon de soie noire, corsage crème à col droit sur … Continuer de lire Alain Duault – le sourire de Mây

Ondine – ( RC )


Frémissements du matin,rides sur l’étang,une barque posée sur son reflet,soleil levant. Le jour s’éveillecontourne la petite îleun oiseau traverse le ciel…solitaire quelques accords subtilsglissent avec Ondine…les doigts sur le clavierjouent de leur dentelle Gaspard de la nuitunivers limpidedans sa mélodie,transcrite par Maurice Ravel… ( Ondine est le nom d’une pièce pour piano composée par Maurice Ravel dans « Gaspard de la nuit » par rapport à des … Continuer de lire Ondine – ( RC )

Quand Orphée jouait de sa lyre – ( RC )


          peinture                  Franz Von Stuck           1891 –Quand Orphée jouait,c’était de sa lyre :les animaux les plus sauvageslui prêtaient oreillecharmés par l’instrumentet des harmonies que l’on ne peut décrire. Le murmure des forêtstout à coup cessait….et les planètes de se taire:même les plus sévèressuspendent leur course,à l’orbite parfaitede leur désir de … Continuer de lire Quand Orphée jouait de sa lyre – ( RC )

Antonia Pozzi – Chant sauvage


J’ai crié de joie, au crépuscule.Je cherchais les cyclamens entre les ronces :J’étais montée aux pieds d’un grosrocher rugueux, brisé par les buissons.Sur le pré criblé de blocs de pierre,sur la tête blonde des marguerites,sur mes cheveux, sur mon cou nu,le vent se délitait des hauteurs célestes.J’ai crié de joie, dans la descente.J’ai adoré la force hérissée et sauvagequi fait bondir mes genoux avides ;la … Continuer de lire Antonia Pozzi – Chant sauvage

Veronique Joyaux – poème à Salah


J’écris aussi pour toiprisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleursPour toi que l’on fait taire que l’on tortureJ’écris pour toi qui n’as pas de motsParce que tout enfant déjà tu travaillaisJ’écris pour les femmes cachées dans leurs voiles et leurs maisonsJ’écris pour ceux qui n’ont pas la parole pour leur donner existence et dignité J’écris pour ouvrir les portes Je m’immisce dans les interstices.Si je … Continuer de lire Veronique Joyaux – poème à Salah

Bien au-delà de ce qui s’écrit – ( RC )


peinture : Vasudeo Gaitonde Je ne sais où s’arrête la vieet où commence le rêve .Peut-être que c’est au bout de tes lèvresque commence la chanson .Et sans doute avec tes motsque j’attrape la lumière. Au bord de la nuit,les couleurs apparaissent ,et je les regarde qui dansent ,comme le passage d’un ange,quand avec toi j’échangeun peu de notre vie. Il y a des écritsque … Continuer de lire Bien au-delà de ce qui s’écrit – ( RC )

Robert Frost – octobre


peinture Camille Pissarro : Automne à Eragny O douce matinée d’octobre,tes feuilles ont mûri jusqu’à leur chute ;Le vent de demain, s’il est sauvage, devrait toutes les dévaster.Les corbeaux, au-dessus de la forêt, appellent ;Demain, ils peuvent se rassembler et partir. O douce matinée d’octobre,Commencent lentement les heures de cette journée,Faites que le jour nous semble moins court. Aux cœurs qui n’ont pas peur d’être … Continuer de lire Robert Frost – octobre

Jorge Luis Borges – La biche blanche


D’où me vient-elle? du vieux fonds de nos destins?D’une planche persane? agreste et légendaire,De quelque ballade de la verte Angleterre,La biche blanche dont j’ai rêvé ce matin?Faite d’un peu d’oubli et d’un peu de mémoireJe la vis, et l’instant fut ténu comme un fil,Qui traversait le pré, et son léger profilAlla se perdre en l’or d’un couchant illusoire.Les dieux de qui ce monde étrange suit … Continuer de lire Jorge Luis Borges – La biche blanche

Ronny Someck – le piano ardent


peinture S Dali pour Matiah Eckhard Éloignez les nuagesdirigez le projecteur du soleilsur le moment de la rencontre entreles doigts de Matiahet les touches du clavier ardenten haut des marches du jardin d’Éden. La prochaine fois que vous entendrez le tonnerre,imaginez que ce sont des applaudissementsde Dieu en son honneur. 17 janvier 2014 Continuer de lire Ronny Someck – le piano ardent

Adèle Nègre – cigognes aussi sûrement


cigognes aussi sûrement surprisesdans le couloirmon corps petit est un objet terrestreorbitant autour du motiftourbillonnant (avec lui ce corps fragiledont les émissions – vocables poussièreslittérales apostrophes b a ba de la logiquevocative vocationsappels appels – Hé ! attendez-moi ! Je vous suis !se mêlent à son système)petit corps consentantplus exactement dépendant de l’ensemble -conscient de l’être –le mouvement général est son optique(son bien vivre).Abandon de … Continuer de lire Adèle Nègre – cigognes aussi sûrement

Claude Vigée – Bonsoir petite Evy


Passant près d’un banc videBonsoir, petite Evy, bonsoir comme autrefois,toi qui, depuis de si longs jours déjà,demeures loin de moi.Bonsoir dès que je passe à côté de ton bancdans le parc étranger où nul ne va s’asseoir,où personne dans le noir ne dresse les oreillesquand le silence sur nous s’étend dans les buissons,et que, très lentement, avec la nuit qui tombe,s’éteint dans la pénombre le … Continuer de lire Claude Vigée – Bonsoir petite Evy

Chanson de l’indicible bleu – Susanne Derève


Je viens vers vous je marche dans le parfum des rosesl’étreinte odorante des rosesune étroite passerelle m’emporte vers le bleu-les jardins de la merm’éloigne inexorablement des roses Ainsi de votre souffle de votre sommeilde l’éclat de vos yeuxje les croyais perdus perdus vos riresqui ricochaient des portes aux fenêtres-vos rires qui m’habitaient et me tenaient debout Dans l’ombre de la pentela ruelle sinue doucement jusqu’au portdéroule … Continuer de lire Chanson de l’indicible bleu – Susanne Derève

L’écriture a laissé place à d’épaisses lignes noires – ( RC )


peinture : Jean-Pierre Pincemin L’écriture a laissé placeà d’épaisses lignes noiresqui se voulaient parallèlesmais se rejoignent pourtantsans attendre l’infini.Le récit est caché sousla matière des phrases .Elles se retournent dans un récitqui se heurte aux bords de la page.Le fond beige respire à certains momentsquand on aborde le silenceen contrepartie des accents soulignés ,des instants raturésqui confondent les idées les plus communes,le repentir prend trop … Continuer de lire L’écriture a laissé place à d’épaisses lignes noires – ( RC )

Benjamin Péret – portrait de Max Ernst


peinture Léonora Carrington – portrait de Max Ernst 1939 Tes pieds sont loinje les ai vus la dernière foissur le dos d’un cheval-jumentqui était mou qui était moutrop mou pour être honnêtetrop honnête pour être vrai Le cheval le plus vrain’est jeune qu’un momentmais toitoi je te retrouvedans les rues du cieldans les pattes des homardsdans les inventions sauvages extrait de l’anthologie des écrits de … Continuer de lire Benjamin Péret – portrait de Max Ernst

Christophe Sanchez – qui de sa main glisse


photo auteur non identifié J’écoute le vacarme du mondeque l’on jette à tous les balcons, le bruit incessant des voixcomme des bottes sur le pavé mais j’entends aussi l’enfant,la bille qui de sa main glisse, ce petit rebond sur les carreaux,cette harmonie infinie dans le chaos. voir le site de l’auteur  » Fut-il » Continuer de lire Christophe Sanchez – qui de sa main glisse

Serais tu né au pied des Andes – ( RC )


Serais-tu né au pied des Andesqu’il te faudrait franchirjuste pour changer d’endroittu porterais ton destincomme tu portes une pierre.L’autre pays est à portée de mainderrière la montagne altière.C’est tout droitpar la voie des airs.Être d’ici ou d’ailleurs,quelle importance.Désincarné pour passer les frontières,c’est ici ou là:on ne t’attend pasen terre étrangère.Aucun passe droitsur mer ou sur terreil ne te resteraqu’à traverser la matièrede part en part.Tu … Continuer de lire Serais tu né au pied des Andes – ( RC )

Lionello Fiumi – rire dans le sommeil


peinture Chaim Soutine Du fond de son sommeil, à quoi donc riait elle ?Quels essaims fugitifs de légères gaietésPouvaient bien transmigrer dans ses ténèbres closes ?De quels cieux venaient-ils, à moi-même inconnus ?Vers quelles grèves sans aucun écho pour moiAllaient-ils se perdant ? Courbé, l’oreille au guet, le sourire suspendu,Je me sentais au seuil d’un monde prohibé,Équilibre d’enchantement,Et pareil à celui qui voit à fleur … Continuer de lire Lionello Fiumi – rire dans le sommeil

Jean Orizet – Novembre


Novembre oublie ses grappessur la terre prête au sommeil.Bonne la vendange et clair le vin.Chaque soir, l’homme caresse le flancde ses doux monstres à la richesse murmurante. l’hiver – pense-t-il –serait simple à franchir s’il ne semait,de calcaire en silex,les claquements de sa patiente dislocation.et chaque matin, parce que des millions d’annéeslui ont peut-être enseigné la prudence extrait de la revue « poésie première » n 45 Continuer de lire Jean Orizet – Novembre

Ana María Rodas – que j’agisse comme un cyprès de cimetière


peinture H Matisse D’accord,je suis emportée, jalouse,versatileet pleine de luxure.Qu’est-ce qu’ils voulaient?Que j’ai des yeux,des glandes,un cerveau, trente-trois anset que j’agissecomme le cyprès d’un cimetière ? De acuerdo,soy arrebatada, celosa,volubley llena de lujuria.¿Qué esperaban ?¿Que tuviera ojos,glándulas,cerebro, treinta y tres añosy que actuaracomo el ciprés de un cementerio ? Ana María Rodas (1937) extrait de ce pdf sur les poétesses d’Amérique latine ( amérique centrale … Continuer de lire Ana María Rodas – que j’agisse comme un cyprès de cimetière

Charles Dobzynski- vers ce futur


peinture Jean Bradley J’irai là où le sort refuse que l’on soitrien d’autre que le squatter des rencontres hasardeuses,-le marginal des jours bâtards, laissés à quai,le nomade des trains manqués, des transits sans issue.J’irai où l’on se perd. Les yeux à mauvais port,je sais comment les regards s’y sabordent.J’irai là où l’espoir mendie sa propre image,là où les éboueurs collectent les emballages perdusde notre mémoire, … Continuer de lire Charles Dobzynski- vers ce futur

Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu


photo Ed Boubat … Moi aussi, je suis une femme seuleà la veille de l’avènement du néant,assise sur une tombe froide qui est ta demeure. Te souviens-tu que tu avais fait un rêve ?Le rêve de celui qui ne ressemblerait à personne ?Heureusement, tu n’as pas vu se réaliser ton rêve ! En effet, quelqu’un est venuqui n’avait pas de nomet qui ne ressemblait à … Continuer de lire Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu

Alfonsina Storni – La caresse égarée


peinture Pierre Bonnard – la femme à la rose 1908 La caresse sans cause s’en va de mes doigts,Elle s’en va de mes doigts… Dans le vent, en passant,  la caresse qui erre sans destin et sans but,la caresse égarée qui la recueillera ? Je pus aimer ce soir d’une pitié infinie,je pus aimer le premier qui vint à passer.Personne n’arrive. Les sentiers fleuris sont … Continuer de lire Alfonsina Storni – La caresse égarée

Claude Vigée – la Grande Passacaille


Écoute le roulement des galets dans la mer ! Hors les murs nus de l’être prolongeantla hantise de la musique muette,soudain murmurent en nous les flûtes du crépuscule.Dans le passage de notre souffle mortelles mots tracent le sens que nous espérions rencontreren explorant du regardchaque soir chaque matin qui hennit en plein ciel – la bouche ouverte boitle vent pluvieux toujours resurgissant,le vent qui vient … Continuer de lire Claude Vigée – la Grande Passacaille

Valeriu Stancu – dans la pourpre de l’ombre


peinture Cian McLoughlin Je ne suis qu’un crienchaîné dans les épines J’ai un pas, la blessure d’un pasjusque dans l’abîme de ma propre existence Un seul refletenveloppé dans la pourpre de l’ombre juste une âmepour la souffrance seulement le fardeau d’un volpour les aiguilles de l’aile un seul versque je n’ai pas encore écrit Oui, je n’ai qu’une mort,une seule mort… Valeriu Stancu « Autoportrait avec … Continuer de lire Valeriu Stancu – dans la pourpre de l’ombre

Nicolás Guillén – Ballade des deux ancêtres 


Ombres que moi seul j’aperçoismes deux ancêtres m’accompagnent.Javeline d’os aigutambour de cuir et de bois :mon ancêtre nègre.Collerette autour du cou large,grise armure guerrière :mon ancêtre blanc. Pieds nus, torse minéralde mon nègre ;pupilles de vitres antarctiquesde mon blanc. Afrique de forêts humideset de gros tambours sourds– Je me meurs !(Dit mon ancêtre nègre)Caïmans des troubles marigotsVerts matins des palmeraies– Je suis las !(Dit mon ancêtre blanc)Oh voiles de vent amergalions … Continuer de lire Nicolás Guillén – Ballade des deux ancêtres 

la belle allemande – ( RC )


sculpture Max Ernst  » la belle allemande » Lors d’un voyage à Londresn’aurais-tu pas vu la femme blonde,celle dont les épaules rondescachaient une partie du monde ? Je n’aurais pu lui donner un âge,ou compter sur mes doigts les ansqu’elle portait comme autant d’enfants…De profil, une queue de coquillage J’ai compté jusqu’à onzeses petits pas menusquand elle se promène à demi nue,entr’ouvrant sa robe de bronze … Continuer de lire la belle allemande – ( RC )