Gustave Roud – mais je ne veux que mon silence


photo S Hantaï – toile peinte détendue – mais je ne veux que mon silence, le même cercle de pensées dévorantes, mon pas toujours seul sur toutes les routes et qu’un soir je meure aboyé par les chiens de village, sans qu’on ait voulu répondre à mon seul bonsoir, et parce qu’il est mortel de faire de sa vie un immense miroir de toute vie … Continuer de lire Gustave Roud – mais je ne veux que mon silence

Paul Gravillon – Un feu d’artifice suspendu


Un feu d’artifice suspendus’enfonce dans le passé de la nuitet l’illumineil jette des pièces d’argentqui ont toutes les couleurs de la nacretous les mariages de la nuit et du jourauxquels font contrepoint les bassesdes mains entr’ouverlesaux gris diaphaneset des doigts demi jointsaux velours mauveles bois s’estompentà la lisière du soiret tu t’avancesderrière ton masque de dentellesfroisséeston œil pervencheta joue ambréeta moiteur crépusculairedeux gouttes blanchesjaillissent de … Continuer de lire Paul Gravillon – Un feu d’artifice suspendu

Thomas Pontillo – liturgie du fragile


photo RC – depuis Ensérune – Hérault -Le visage du promeneur est plus libre que l’air et son corps est obéissant, délivré de la nécessité d’agir. Mains négligemment glissées dans les poches, sourire apaisé de l’acquiescence, il compte les flocons dans le blanc torturé de l’absence. Plus il fait silence, plus il s’approche de ses rêves. Liturgie du fragile, blocs de neige pure, pratique de … Continuer de lire Thomas Pontillo – liturgie du fragile

L’oeil de l’ange – Caobang – ( RC )


photo RC – Cao Bang – nord Vietnam- la montagne Mat Than Des monts en triangleposés comme des pionssur le damier des rizières.Un vert franc, au pied d’un vert sombrequi s’accroche comme il peutsur la roche.Un géant, un joura transpercé la collinepour y installer un bouddhaqui a préféré s’en aller.Le trou foré dans la pierreest resté en placeon peut voir le jourde l’autre côtéet même … Continuer de lire L’oeil de l’ange – Caobang – ( RC )

Anachronismes – ( RC )


Je reviens,traverse le temps,encore graciépar l’immobilisme . Seuls des objetslui ont échappé ,rassemblés iciun peu au hasard . Ils se voisinentsans se reconnaître,sous le lustre à pendeloques :quelques chapeaux,et des lampes en tulipe . Ces témoins des vies passéessont les signaturesdes années mortesque récupèrent les brocanteurspeu soucieux des anachronismes . Les photos jaunies restent muettes,le miroir se ternitmalgré les lumières électriquestrop crûes pour être éloquentes,…la nostalgie … Continuer de lire Anachronismes – ( RC )

Passacaille – Susanne Derève


Île, île qui demeuretandis que mon étrave fend l’eauvers un ailleurspeuplé des reflets capricieuxde la mer. L’amour est-il un glaive qu’émousse la douleur,une cotte trop fine taillée pour la mitrailleet que vient emporter le souffle des batailles ? Tient-il entre ses paumes ouvertes l’innocenceou l’infinie candeur de ce reste d’enfancequi m’habite où que j’aille ? Ile, île qui tressailledans le vent aquilin,aube des blancs matinsaux tendresses … Continuer de lire Passacaille – Susanne Derève

Ibn Zaidùn – oraison funèbre


A toi nous nous vouonsSi le malheur était nuéesToi tu t’y lèveraisComme l’astre de la nuitDissiperait les brumes.N’es-tu pas de ceux qui, dans l’épreuve,Gardent le sourire et fleurissent les cœurs.C’est Eve que tu pleures, dont nous sommes les enfants,Et quelle femme du siècle la vaudrait ?Les femmes du prophète, l’élu de Dieu, ont passé,Depuis des siècles leurs demeures sont proies de l’abandon. A ta mère, … Continuer de lire Ibn Zaidùn – oraison funèbre

Vinicius De Moraes – Elégie lyrique


Un jour, ayant brusquement entendu l’appel de l’amieinconnueJe me suis mis à descendre heureux la route blanche du sudEt c’était en vain qu’étaient tristes les rivières ettroubles les eauxDans les vallées il y avait plus de poésie que dans mille années. Je devais être comme le philosophe cherchant l’image dela VieLe rire me portait sur les ailes vertigineuses deshirondellesEt c’était en vain qu’étaient tristes les … Continuer de lire Vinicius De Moraes – Elégie lyrique

Tô Thùy Yên – la veuve


L’oiseau tombe mort de soif sur le seuilLa porte se referme pour mille ans sans bruitComme l’amulette enchantée a scellé le vieux tombeau.Pourquoi le briseur d’enchantement ne vient-il pas encore chanter ?Je te cherche en courant dans le royaume des vents,Le feu cruel joue à effrayer l’âme en riantLe cri brise la roche et vibre dans l’éternitéLe sable tourbillonne à l’infini, effaçant la trace de … Continuer de lire Tô Thùy Yên – la veuve

le cœur à l’as, qui toujours bat – ( RC )


peinture allégorie des joueurs de cartes sur le berceau- Johannes van Wijckersloot –enjeu de hasardcache bien ton jeule cœur emporte la couronne,le sept masqué par le trois,la dame par la pique,le valet embrasse le trèfle:devine qui a le roide l’autre couleurla main tremblantecartes en éventailseras tu maître du destin,éphémère du carreauinstants précairesoù tout se décide,sur un carton peintun mauvais choixla botte secrète de l’adversaireannoncerait la … Continuer de lire le cœur à l’as, qui toujours bat – ( RC )

Murièle Modely – filles encloses


Les filles enclosess’excitent, toujours sur le bleu de ta cuissepressent, polissent trente-deux perles rondesblanches bien aiguisées elles grattent, sculptentdes tatouages, des mots trente-deux perles blondesqui crissent dans le dos il fait froid, l’hiverenfonce ses couteaux elles vont vite, la nuitle vent écarte ton manteau voilà(regards furtifs)la danse de ta cuisse la peau grenue orangesous l’œilqui plisse Continuer de lire Murièle Modely – filles encloses

Ossip Mandelstam – Enveloppée ta bouche comme une rose humide,


   peinture Edward Munch 1896 - le lit de mort Enveloppée ta bouche comme une rose humide,Tenant entre tes mains les ruches des églises,Tout le matin des siècles aux confins du mondeTu es restée debout, en ravalant tes larmes. Tu détournais la tête avec douleur et honteDes cités toujours barbues de l’Orient —Et tu gis maintenant sur un lit de couleurs,Et sur ton visage on moule un masque funèbre ( … Continuer de lire Ossip Mandelstam – Enveloppée ta bouche comme une rose humide,

Lambert Savigneux – et mâcher la machette – Utopia


EMILY KAME KNGWARREYE et mâcher la machette quand la pression du monde est si violente, que sur les tempes le monde appuie avec des barres de fer qui écrasent la pensée même est t »il simplement possible de vivre et qu’est ce vivre  ? se dire c’est dire je suis et faire abstraction de la pesanteur, se délaisser du monde qui enserre prendre la plume et … Continuer de lire Lambert Savigneux – et mâcher la machette – Utopia

parabole galactique – ( RC )


Quand le vent repose ses paroles,la nuit s’empare du silence,le temps suspend son vol-comme le dit Lamartine-. Lentement sur l’eau la barque avance: dans l’atmosphère cristalline l’éparpillement fantasque des lucioles,ne se décrit pas par les mots . Ce sont des étoiles avec des ailesdétachées de l’arc-en-cielqui rendent la nuit magique : petits points phosphorescentsau détour d’une boucle du temps…instants d’une parabole galactique. Continuer de lire parabole galactique – ( RC )

Edgar Bayley – cette richesse abandonnée


dessin Egon Schiele 1912 Cette main n’est ni la main ni la peau de ta joieau fond des rues tu trouves toujours un autre cielderrière le ciel il y a toujours une autre herbe des plages différenteselle est sans fin cette infinie richesse abandonnéejamais tu n’imagines que l’écume de l’aube s’est éteintederrière le visage il y a un autre visageaprès le départ de l’être aimé … Continuer de lire Edgar Bayley – cette richesse abandonnée

Nathalie Bouchéré – fantôme


Pas un souffle glacéEt pas même une absenceJuste un frisson légerComme un reflux des sens On parle d’envoûtement, On dit Que le temps la disloque On parle d’une étrange osmoseEt de rêves embourbés Flétris aux quatre vents Pas la moindre lumièreDe flamme qui vacilleJuste une ombre sorcièreUn sanglot de résille On parle d’enchantement, On dit Que son cœur est en loque On parle d’un début … Continuer de lire Nathalie Bouchéré – fantôme

Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )


–La laine de l’airaccrochée aux branchesce duvet impalpablequi plane sur l’étang . Des rayons de lumièrese risquent parfoisdans les déchirures de brume,-disparaissent, furtifs comme si leur règnen’était qu’au-dessusdes choses matérielles là où les montagnesprennent leur élanpour affronter les verticales chapeautées de neigepresque incandescentesous le soleil. Continuer de lire Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )

Ruth Fainlight – Numineux


La terre tourne sur son axe ;le long du jour je ressens que la pièce,la maison, la rue, glissentIentement sur le côté,dans le sens- des aiguilles d’une montre.du nord vers le sud.de l’est vers l’ouest ;avec la dignité d’un paquebotdont la quille tend l’eau écumantequi retrouve son élément. Presque impossible d’ignorerdès que je ressens le mouvement de la planètecette inarrêtable girationCette pensée dorme le vertigeMes … Continuer de lire Ruth Fainlight – Numineux

Baktash Abtin – un ange ( extrait )


Je suis une pierre tombale!Je vis toujours dans les lamentationset chaque jour,les doigts d’un homme victorieuxprononcent une prière de mort sur mon corps !Chaque allusion, c’est moi !J’ai mille noms, je me tournevers tous ceux que j’entends !Je suis le clair de lune, l’étoile,l’aurore, le sommeil jusqu’au matin,je suis la nuit, !Je suis aussi mille autres noms !Ce n’est que parfois,sur la carte d’identitéet dans … Continuer de lire Baktash Abtin – un ange ( extrait )

Ramiro Oviedo – le vrai poète est un éboueur


Le ramasseur de mouchesNe se pique pas de faire des textes tout mignonsPour des lecteurs sages A la place des gants il porte des marteauxDe temps en temps, il lâche des crochets Il n’est pas impossible de tomberSur un malin renard – un vieux lecteur –Muni d’une tronçonneuse pour mettre le poète au tapisFaisant glisser le livre quand il le veutA tout momentDès les premiers … Continuer de lire Ramiro Oviedo – le vrai poète est un éboueur

Claire Ceira – Images – 1


photo Emilio Jimenez elle est assise dans l’étonnante lumièrequi découpe sur son visage un souvenir d’orageou d’énigmeelle regarde ses mains que la lumière déforme aussi.baisse t elle les yeux pour les protéger des zébrures blanchesqui devant ellecourent sur un mur ? un portrait si absent, méconnaissablel’abstraction d’une présence : une robe sombredes cheveux sombresoù la lumière met des flammèches.et cette lumière violente et douce, froide … Continuer de lire Claire Ceira – Images – 1

Claire Ceira – Images – 2


collage Sarah Jarrett mon enfant s’est enfoncé dans la haie, il cherche quelque chose. mon enfant dans la haie, au fond de la haie, sous les feuilles petitesn’a laissé dépasser que sa jambe et son pied. de ces lieux que les enfants explorent, avec les insectes grisdans le secret, l’ombre,ils laissent à la portenos corps maladroits, trop grands. on s’arrête, on n’appelle plus, saisi de … Continuer de lire Claire Ceira – Images – 2

Claire Ceira – images – 3


la nature a créé l’herbe et la terre,la mer comme miroir, les graviers les roches,mais l’homme a créé l’asphalte. sous la pluielui vient cette beauté que personne n’a prévuequi luit et ruisselle, soyeuseou bien elle s’étend dans sa poussière sèchebrûlante sous un ciel d’été. l’homme marche sans le voirsur sa souplesse rugueuse, souilléeignorant le dessin hasardeux des fissures,les bosses des racines ou des herbesqui cherchent … Continuer de lire Claire Ceira – images – 3

Claire Ceira – Images – 4


le grand chien noirsur la neige blancheressemble à un chien du moyen-âgeavec ses oreilles pointues, son ventre avalé– quand on savait encore dessiner les démons. comme un présage, un émissaireses griffes sur la grille, sa tête tordue. promenant tout seul sa quêtepar ce jour de neigedans le parc de mon enfancelà où je passais des heures à rireà courir. il ne court pas ne joue … Continuer de lire Claire Ceira – Images – 4

Quelques indices de notre cécité – ( RC )


C’est  être  debout sur le sol,regarder l’herbe ployer sous le vent,écouter le bruit froissédes feuilles du marronnier,fatiguées de l’été,et dont la rouillesous les pas, roule…. Ainsi, le cours des choses,lié aux saisons …mais s’arrêtent- lles,là où se porte  le regard  ?Le chant de la sève est silencieux,qu’elle  se recroqueville dans le froid,qu au printemps, éclate de joie… Sous le sol tout existe autrement.les rongeurs creusent … Continuer de lire Quelques indices de notre cécité – ( RC )

Marine Giangregorio – le chant de la rivière dans la bouche


sculpture Gerhard Demetz  J’ai le chant de la rivière dans la boucheet le feu de la lumière sur la peauTout ne cesse de couler et brûler dans ma mémoireles racines de ce temps croissent dans mes oset les os se souviennent m’a dit la terre du vieux saulequi murmure à l’oreille d’une ferme en ruineLe sang de ce beau afflue, par toutes les veines du … Continuer de lire Marine Giangregorio – le chant de la rivière dans la bouche