Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


– Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ? Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps. La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants … Continuer de lire Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?

Petite chronique brestoise (4)- Susanne Derève


-étrange fluorescencedans la nuitle halo vert d’un monde sous-marininonde la fenêtre d’en face pendant que les effluves doucereuxdu soja s’infiltrent dans la chambreenvahissent les drapsimprègnent jusqu’aux rêvesdans le demi-sommeil L’amour loge au seconden tenue d’Evepas de mystère-ni rideaux ni voletsun double hamburger et la télé sur grand écran Troisième solitaireelle fume chaque soirdans l’ombre du balconserre frileusementsur ses maigres épaulesla laine trop légère et chaque … Continuer de lire Petite chronique brestoise (4)- Susanne Derève

Alain Paire – Mantegna et la mort de la Vierge


.. J’ai souvent regardé La Mort de la Vierge,les grandes palmes sombres de l’Ange de Mantegna,l’écume d’un chemin nacré parmi les eaux de la lagune. Peut-être n’était-ce pas ce tableau que je contemplais.Mais plutôt, dissipant lentement les ombres du labyrinthe,sans envers ni lointains, sans même l’espace d’une voix ,le miroir de l’absente qui appelle encore, qui revient près de nous. Et toujours les mêmes signes … Continuer de lire Alain Paire – Mantegna et la mort de la Vierge

La journée du peintre – ( RC )


Je ne saisquand les journées s’allongent : je suis pieds et poings liésà la chanson du pinceau,et j’en oublie les heures,jusqu’à ce que je plongedans l’oubli des choses,ainsi mon ombre me devancesur la toile ébauchée. Et chante aussi la rivièresous le pont de pierres… J’ai confondu ce que j’ai peintavec une journée d’été. Je dépose la lumière par petites touches ,qui se rassemblent contre l’obscurité.Je … Continuer de lire La journée du peintre – ( RC )

Pierre Béarn – seule en sa marche


photo Polykrom Seule en sa marcheelle entraînait sur un pont Mirabeau brumeuxma présence amusée par sa chanson sourde… Elle chantait pour étoufferdes voix crédules dans sa chairqui plaidaient pour les yeux fermés. Dans un cinéma de quartiersous la chevauchée des imagesj’ai déchiré l’écran du rêve. ( extrait du recueil  » les passantes » ) Continuer de lire Pierre Béarn – seule en sa marche

La machine à coudre les sourires – ( RC )


La machine à coudre les souriresest en pièces détachéesC’est là que s’égarent les souvenirs que je lui ai arrachés.Le ruban des soupirs n’a plus de fenêtre ouverte sur l’avenir. J’ai égaré les lettres avec le défilé des ansmaintenant il faut les remonterouvrir le tiroir des tempsoù les écrits se sont effacésdans la mémoire. En cherchant bienon reconstituera les histoiressans appeler le mécanicienpour les sourires d’hierpalpitant … Continuer de lire La machine à coudre les sourires – ( RC )

Rainer Maria Rilke – Pièta


Pietà Gregor Podgorski – Pièta Maintenant ma misère à son comble portéem’emplit sans nom. Mon œil est fixe icile regard interne de la pierre.Dure comme je suis, je ne sais qu’une chose:tu es devenu grand —…et tu devins si grandque tu te dresses comme une douleur trop grandehors de l’atteinte de mon cœur, infiniment.Maintenant te voilà couché en travers de mes genoux,maintenant je ne pourrai … Continuer de lire Rainer Maria Rilke – Pièta

Nicole Mersey Ortega – les dents de ma mère


Dans mon rôle de petite épicièrederrière mon casteletarchitecture éphémère des conserves, cartons et rouleaux de papier culje regarde les gensleurs visagesleurs vêtementsleurs chaussuresje me concentre sur leurs courseset je sais déjà ce que les plus habitués vont prendre selon les jours de la semaine j’arrive à savoir s’ils ont de la visiteet si la visite est importante ou pas. Je me concentre aussi sur leurs … Continuer de lire Nicole Mersey Ortega – les dents de ma mère

Mario Benedetti – Ce rien que nous ne serons pas


Ce rien que nous ne serons pasemporte avec soi et efface tout. Je dois le tenir par la main,je ne vois personne tenir par la main les enfants.Près de la manche longue du brasses yeux libres, et tant de mères,tant de chiots de chiennes et des vaches avec leurs veauxqui dorment comme les enfants.À présent ils sortent des murs des maisons, entrentdans la main sans … Continuer de lire Mario Benedetti – Ce rien que nous ne serons pas

Oiseau découpé sur ciel nocturne – ( RC )


C’est ,           avec l’arrivée de la nuit,un paysage où les ombres se fondent :          je regarde un autre monde,d’où le jour s’est enfui : une chouette monte la garde :on la distingue entre les branches,et ,      de l’eau,       le reflet se penche,  Fais attention,         si tu le regardes   ! Il … Continuer de lire Oiseau découpé sur ciel nocturne – ( RC )

Nataneli – mélodie mélancolique


Musiciens yiddish – La musique Klezmer – Une complainte s’élève d’outre-tombe. J’entends au loin le souffle d’une clarinette qui vagabonde. Plus émouvante qu’une photo, plus parlante que des mots, cette mélodie ranime en quelques notes toute ma mémoire. Un flot de souvenirs, du fond de ma jeunesse, ressurgit et les mains pleines de tendresse, sur les genoux de papa , je chante et il sourit. … Continuer de lire Nataneli – mélodie mélancolique

Bernard Noël – dis moi qui


dis-moi quime dira ce qu’il faut fairede toute cette vie réduite à une foiset le temps aura la douceur d’un vieux lingemalgré la gâchette et le dernier baiserpuis il ne sera plus jamais trop tardqu’attendions-nous un nuage est passéle temps futur est devenu le présenttu as dit ma conscience n’a pas bougéet j’ai vu ton visage être cette pierredont j’aurais voulu faire ma maisonoù mettrons-nous … Continuer de lire Bernard Noël – dis moi qui

S’adresser aux fleurs des marais – ( RC )


S’adresser aux fleurs des marais,approcher le fil de l’eau,voir son reflet où passe rapidementle fil argenté d’un avionentre les nuages.Peut-être ce souvenirqui se faufileentre les feuilles étalesdes nénufars,les fleurs insolentes des lotusdevant les falaises de pierre. L’idée même de la viequi résisteaux vicissitudes de l’histoiresi on se rappellede celle du Vietnamoù les eauxn’ont pas toujours été calmes… Continuer de lire S’adresser aux fleurs des marais – ( RC )

Diane Regimbald – Corps du poème pour corps transmuté


pict – Wolfgang Moyes je ferai cela le corps dans le corpsfusionné à son langagede chair et d’effractioncomblé par ses trous oùpassent les naviresdu berceau du mondesur l’eau des gestescomme une enveloppe en succionbascule franchie à son indulgencele corps grandit respire la faveurque lui donne tous ses sensce don de veille et d’appétitd’une danse où tout chaviredans une altitude somptueusela grâce en mouvement perpétuelpour traverser … Continuer de lire Diane Regimbald – Corps du poème pour corps transmuté

Tahar Bekri – Corps céleste


peinture : S Dali – Galatée des sphères 1952 Tu le saisCe corps céleste qui vient reposerSa course sur ton litParmi les pierres et les steppesT’apporte mes feuxRavivés de mille étoiles filantesNul sablier pour attendre la pluieMais les savates parmi les coloquintesPrises au dépourvu Tu le saisCe cœur comme une météoritePétri des érosions répétéesBat au rythme des cruesLes fleuves irriguent ses vaisseauxLa montagne le déshériteLa … Continuer de lire Tahar Bekri – Corps céleste

Ruth Fainlight – Où as-tu dormi la nuit dernière ?


photo Lauren Rabbit Quelque part autrementOù as-tu dormi la nuit dernière,où as-tu dormi ? Il me semble quenous avons passé la nuit ensemble,mais quand je m’éveille, toujoursavant que le réveil sonne,tu n’es jamais là.Etrange, le lit vide. J’interroge les autres pièceset bien que je me rappelle, semble-t-il,un soir semblable à des centaines d’autressoirs passés ensemble —tant d’années ensemble —des soirs paisibles, chacunà son bureau, la … Continuer de lire Ruth Fainlight – Où as-tu dormi la nuit dernière ?

Mains de poètes , mains de peintres – Susanne Derève et René Chabrière (écho)


Susanne Derève : Je ne sais pas si les mains des peintreset les mains des poètesse ressemblentLes unes tachées de couleursles autres d’encreEt quand elles se confondentdans la lumière ou la pénombreen sont-elles plus légères ouplus tendres ? René Chabrière : Comment  savoirsi les mains  des peintresressemblent à celles des poètes ? Les unes  voyagent sur la toile,les autres  sur le papier,elles  appartiennent à des corps … Continuer de lire Mains de poètes , mains de peintres – Susanne Derève et René Chabrière (écho)

Salvatore Quasimodo – Chevaux de la lune et des volcans


– CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS à ma fille Îles que j’ai habitées vertes sur des mers immobiles. D’algues sèches et de fossiles marins les plages où galopent fous d’amour les chevaux de la lune et des volcans. Au moment des secousses, les feuilles, les grues assaillent l’air : dans la lumière des alluvions brillent des ciels chargés ouverts aux astres ; les … Continuer de lire Salvatore Quasimodo – Chevaux de la lune et des volcans

Blanc sur blanc – ( RC )


La lune fait sa propre peinture,Quand tu es réveillée,au parcours de ton corps. C’est l’esprit de la nuit,Qui te repeint en blanc,Blanc sur blanc, Et seule l’ombre sur les draps,Dessine ta présenceLorsque tu sors des rêves. Le souffle de la mémoire,Prend une craie blanche,Pour s’inviter, Dessiner sur ta bouche ,Des souvenirs blafards,Infiltrés d’entre nuages — Faux témoins,Du parcours des heures,Traversant la nuit… –RC – août … Continuer de lire Blanc sur blanc – ( RC )

Constant Tonegaru – compte-rendu d’automne


Messieurs,j’ai voulu écrire quelque chose au sujet de l’automne aussi,mais cet automne a été banalcar tous les automnes sont identiques                             et je vous assure :Aucun n’a de thème original. J’habite près du cimetièreet je vois la ville de loin.             Depuis des tuyaux de radiateurou peut-être même depuis les usines             la fumée ressemble à de l’encens brûlé ;quant aux morts, ils ne viennent plus ici depuis un an             et les miséreux perdent leurs aubaines. Les … Continuer de lire Constant Tonegaru – compte-rendu d’automne

Dormir tout en étant un autre – ( RC )


Dormir tout en étant un autre,trébucher sur sa voix,se rappeler de toutsans prédire l’avenirnaître plusieurs fois en pensée,inverser le sens du mondepour un de ces futursoù le jour transparentvivra d’autres couleurs,mettre les compteurs à zérocomme si la mort n’existait que sur papierles yeux éparpillésdans un kaléidoscope,un univers interactifoù tous les choix restent possibles, tessons colorés de souvenirsqui n’ont pas encore eu lieu,verroterie de la nuitoù … Continuer de lire Dormir tout en étant un autre – ( RC )

Rabah Belamri – matin de départ


à Monique, à Jean-Claude Bluet matin de départpeut-être d’appelarc-bouté sur le cielen terrasses de fertilitésoleils et blés mouillés de rose – une sonateroulée sur un visage d’innocencenous touche à l’épaulerumeur d’une eau amicaleà la halte des chevaux – sur la poussière de la routel’ombre de notre soif répèteun rituel de célébration – la source creusepasse la porteremue le musc de la nuit – du recueil … Continuer de lire Rabah Belamri – matin de départ

Vagabond des étoiles – ( RC )


C’est tracer un chemin,Le doigt posé sur la carte,Passant de collines en villages,Puis décider de le suivre,Avec de bonnes chaussures,Juste avec quelques ronds en poche,Un carnet de notes,Un appareil photo en bandoulière. Juste travailler d’étape en étape,Pour pouvoir manger,Et poursuivre sa route ,A travers le monde,Sous les azurs et les pluies,Et faire d’une cabane sa maison,Le temps de reposer le corps,Et continuer sur la voie … Continuer de lire Vagabond des étoiles – ( RC )

Colette Klein – ce que me dicte l’absence – 01


À Pierre 30 juillet 2014 C’est la terre qui marche sous mes pas et qui frémit de tout son corps, qui mesure le temps qui me sépare de la forêt, puis de la mort.Mes lèvres tremblent au premier contact avec la lumière, fait bouger le chemin qui s’effrite et qui roule, grain à grain, sous les hautes herbes.Le vide, échoué, recueille tes plaintes et les … Continuer de lire Colette Klein – ce que me dicte l’absence – 01

Louba Astoria – constellations de naufrages


Après avoir joué à saute-cailloux sur les miettes du quotidienAura-t-elle trouvé la Mer de la Tranquillité ?Elle verra sans doute comme nous sommes restés terre à terreLes pieds ancrés sous les nuagesLa tête peut-être ailleursNous ne pourrons l’atteindreIl y a trop de creuxDe bossesDe poussières d’étoiles et d’univers glacésTout autourNous attendrions une étincelleComme la traînée blanche d’une comètePour la sentir revenirComme une fusée de sa … Continuer de lire Louba Astoria – constellations de naufrages

Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )


  J’ai erré dans des contrées, où les plaines endormies, tiraient des draps gris . Ce n’était ni l’hiver,  ni le printemps, et le chemin de la falaise, chuintait d’une pluie fine, semblant sourdre à travers les cailloux, devenus glissants. J’ai pensé aux oiseaux véloces, qui allaient venir bientôt strier le ciel, et plonger d’un coup, vers le Rhône, tout en bas . Il passait … Continuer de lire Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )

Aquarelle – Susanne Derève


L’aimeriez-vous, cette aquarelle singulièreoù les ocres et les bruns s’étalent, on jureraitqu’un ogre de buvard y croque la lumièreet l’absorbe ; pas de vert aux futaies ou si peu, pas de lavis de rosesrien que ce grand ciel mauve embrouillé de nuagesdont le grain se délie peu à peu sur la pageet la lande déserte où le pinceau dépose deux arbres sentinelles dans les bruyères d’étéOn … Continuer de lire Aquarelle – Susanne Derève

Baktash Abtin – la tasse de café


Le brun de tes yeux,ce sont les taches sur la tasse de café,cette lune inachevée etles vagues contre le corps de la tasse.Si je suis cette ligne,est-ce que j’atteindraile crayon de tes yeuxou un miroir brisé dans lequel le soleil brille ? Ce volume blancdoit être une présence vide du miroir,qui ne répète pas ta beauté !A perte de vue la nuitflotte sur l’eauet ce … Continuer de lire Baktash Abtin – la tasse de café

Un inventaire à la Prévert – ( RC )


Un été en bandoulière ;on en rapporte   un peu de sabledans ses affaires .Y en a même    sur la table,comme des grains de selqui s’invitent à une fêteun témoin additionneljusque sous l’assiette . On se souvient des plats de l’été,          la mer reflétée,          la mozarelle et les tomates,dansant leur couleur écarlate. Si tu ajoutes au … Continuer de lire Un inventaire à la Prévert – ( RC )

Estelle Dumortier – L’air a un goût de longue récitation


photo Gregory Crewdson Je ne sais rien de la guerre mais je reconnaisLes colères qui parlentAu monstre que je suis*Le meurtre commence dedansLes images s’allumentJe passe des jours dans le silenceQuelque chose en moiSe brise*Le matinLes clochesLes alertes*L’air a un goût de longue récitationLes voixEnterrées vivantesDans les corps (Tant que la chair est un refuge où veillent les morts) Estelle Dumortier Juillet 2014 dans le … Continuer de lire Estelle Dumortier – L’air a un goût de longue récitation