Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas


J’arpente routes et sentes sans plan, la main ouverte à l’inespéré, comme on la tend vers une comèteJe marche à la volette, au gré d’un caillou, d’un bois flotté, d’un air qui passe, ce que la vie invente loin des horaires et des lignes tracéesJ’en ai manqué des trainsJ’ai attendu longtemps sur des quais aveuglés de soleilSur un banc où le ciel implacable prononçait un … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – je laisse danser les pas

Barbara Auzou – oiseau de l’enfance


peinture P Picasso l’enfant à la colombe 1901 où étais-tu alorset au creux de quel silencequand je promenais de mon côtéles attributs concrets de l’innocenceà l’âge où l’on se fout de l’âmeparce que l’âme est un oiseaufrotté au vieux bois de l’enfanceet que sur des rectitudes ancienneson se fait le lieu double d’une peineet d’une traversée j’entends encore le moulin à eaubattre la preuve de … Continuer de lire Barbara Auzou – oiseau de l’enfance

Nuées – ( RC )


Après avoir navigué dans un fragment de matin,j’ai emporté un morceau de tulledans lequel je me suis enveloppé :impalpables clairières,indécises brumes de lumièreoù s’égarent tous repères…. Je me suis posé sur un paysageaux allures paisibles et tranquilles;j’ai joué avec l’infini,rapproché les collines,immobilisé les aigles,dérobé les portes de la nuit. A tous les apatrides,j’ai offert un filet de camouflagejuste avant l’orage;la montagne virant au gris dans … Continuer de lire Nuées – ( RC )

Harmony Flavigny – ermite


J’avance la lanterne à la main et des lucioles plein les doigts. Le front ceint d’une barbelure de dentelle, je joue à celle à qui les animaux traqués viennent quémander conseil. À pas de loup, je m’approche des arbres dormeurs pour m’engloutir dans leurs nœuds. Ma langueur se fait plus accablante encore à mesure qu’en songe mes tendres disparu·es m’accueillent et me fêtent. Oh, le … Continuer de lire Harmony Flavigny – ermite

Nuno Júdice – Nuit champêtre


Ce n’était déjà plus le temps des centaures, des minotaures,des jeunes filles prisonnières dans le labyrinthe, et des adolescentsqui les épiaient. La nuit, on le savait, la campagne devenaitla chambre ; et sous les figuiers, écartant les branchesles plus basses, les corps se couchaient et recevaient le laitblanc des figues vertes, le lait poisseux qui peut-êtrebrûlait les mains, mais que la bouche recherchaitavec la soif … Continuer de lire Nuno Júdice – Nuit champêtre

le lit de verre sous le poids des mots – ( RC )


à donner un peu de ton soufflel’essentiel de ta vietraverse le lit de verretant, qu’il se brisesous le poids de tes mots.Il y aura beaucoup de blancscoupants entre les pages. Le reste aura été mangépar les chiens.Mais les paroles demeurerontécrites ailleurssuspendues au-dessus de l’infamiede la censurepour reparaître au grand jouron ne sait quand… –en rapport avec un texted’Abdallah Zrika « paroles » Continuer de lire le lit de verre sous le poids des mots – ( RC )

Armand Dupuy – Pollock


Pollock se fait mal n’a pas le choix.Et dans la langue, peut-être qu’on ne peut pas.Peut-être qu’elle n’est pas terrain de rupture, que la languec’est trop tenu, trop propre, ne lavons pas Pollock.Il faut rester pourtant. On sait juste qu’il faut rester dedans.Ainsi, quelqu’un s’empare de Pollock. Quelqu’un pense qu’il devrait, parce qu’il n’en peut plus. Parce qu’il sait faire ceci cela qui ne va … Continuer de lire Armand Dupuy – Pollock

John Ibocono – Il est 5 heures, Lyon s’éveille…


Il est 5 heures, Lyon s’éveille… 5h00 et quelques poussières d’étoiles tout là-haut dans le ciel… On entend déjà dans la nuit d’un matin récalcitrant le bruit de quelques moteurs qui commencent à s’agiter sur les avenues de la ville tandis que les tramways remplissent déjà leur office… « Il est 5h00 Lyon s’éveille ». Il est 5h00, il fait humide et frisquet en ville … Continuer de lire John Ibocono – Il est 5 heures, Lyon s’éveille…

William Bronk – non pas ma solitude, mais la nôtre


peinture Fr Kupka – MoMa NYC La plupart des hommes me ressemblent trop, mes dehors dépouillés, fèces, poils, peau, vêtements au rebut, plus bons à rien, morts. De l’unicité, que peut-on dire que nous n’avons pas déjà dit ? Rien à leur dire, rien à dire. De la façon qu’ils m’apparaissent, je dois apparaître à leurs yeux. La solitude de l’être humain est l’unicité sans … Continuer de lire William Bronk – non pas ma solitude, mais la nôtre

Pierre Lieutaghi – cristaux et fossiles


À la lampe de poche, on explorait le rocher au-dessus du niveau des bernicles, on éveillait des lueurs dans les fentes du schiste, là où la silice s’est condensée en quartz, c’est comme des mâchoires aux dents imparfaites, parfois complètement soudées en masse blanchâtre, mais parfois aussi, translucides, distinctes, écartées sur un vide qui pourrait laisser passer un souffle. On avait tôt fait, à coups … Continuer de lire Pierre Lieutaghi – cristaux et fossiles

Le battement du temps fait une pause, apparemment – ( RC )


peinture Jan Mankes, Liesje et les oies ( 1911 ) Le battement du tempsfait une pause, apparemment,recourbé sur lui-mêmela lumière à l’instant se fige,spirale devenue circulaire où les syllabes ne s’accrochent plusà la parole,les couleurs à la symphonie des fleurs…la neige à demeure…Certains diraient que l’éternitéest derrière la porte, réduit à une pelliculethéâtre de l’illusiond’un monde subitement immobile( Sous les yeux l’image des chosessans pouvoir jamais … Continuer de lire Le battement du temps fait une pause, apparemment – ( RC )

Petite mère – Susanne Derève


Ceux qui les ont lus sur le blog au fil des mois savent combien me tiennent à cœur ces Petite mère, écrits lors des visites rendues à ma mère bientôt centenaire, atteinte d’une maladie d’Alzheimer.Ces poèmes m’auront sans doute permis de trouver la manière de lui parler encore. Les voici rassemblés dans un recueil qui a reçu en Février le Prix des Trouvères Lycéens 2025 … Continuer de lire Petite mère – Susanne Derève

Marcello Comitini – l’étrangère


peinture M de Vlaminck- Les vieilles maisons s’appuientles unes contre les autres,s’enlacent comme des amiesqui avancent de quelques mètresvers l’unique route qui se perd.Les toits en pentes rougeset les petites terrasses défientles regards froids des montagnes.Pas de bruit aux fenêtres ni de bruit de pas.Un vieil homme minable est assisdans le coin faiblement éclairé du barqui, le soir, allumera les lumièresaux paroles des hommes racontant … Continuer de lire Marcello Comitini – l’étrangère

Attila József – les amis


peinture E L Kirchner GLI AMICI Les amis se désirent, sans s’aimer,ils connaissent suffisamment l’autre pour se connaître eux-mêmes. Ils exigent sans demander, ils savent sans comprendre. Nous nous frayons un chemin, comme s’il s’agissait deune rivière qui nous déchire à la source ,souffrant de douleurs qui ne sont pas les nôtres en ramant, souvent contre le vent. Alors, ceux qui viennent seuls meurent un … Continuer de lire Attila József – les amis

Est ce un homme qui pleure ? – ( RC )


Est-ce un témoignage d’amour,cette plume qui estle marque pagede notre livre ? Est-ce que nos viessont liéespar ce serment écrit ,avec cette plume, justement ? Mais les pages se sont tournées,avec les années :il n’y a plusque les miettes du passé . Si la tendresse se conjugue maintenantà l’imparfait,faut-il regretter d’avoir dit, » je t’aimais ? «  J’ai connu d’autres chapitres    ;l’oiseau de l’amourest revenu … Continuer de lire Est ce un homme qui pleure ? – ( RC )

A découvrir : Les Cahiers du Tanargue – Susanne Derève


Heureuse de faire partie avec quelques extraits de Quatre saisons sur le Causse de cette seconde édition des Cahiers du Tanargue , revue numérique ancrée dans le Sud de l’Ardèche, qui donne voix aux ‘ artistes , écrivains , photographes et rêveurs de passage ‘ pour notre plus grand bonheur. Voici le lien : Les Cahiers du Tanargue #2 A ne pas manquer pour la … Continuer de lire A découvrir : Les Cahiers du Tanargue – Susanne Derève

Anna Jouy – … pour une infante défunte


peinture RC 2011 Quel but d’ailleurs, quand le déplacement devient la scansion, le métronome de ses modestes gestes? Se laisser porter et se savoir porté. Alors sur le coin de sa toile, une couleur liquide s’étirant d’un bord à l’autre. Rouge sanglant. Noir bleuté, longues traces. Agrandissements microscopiques d’une lumière ou d’une nuit sans nom. Lentes échappées vers le zénith ou le magma terrestre. Comme … Continuer de lire Anna Jouy – … pour une infante défunte

Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline


photo soeur Eliane – Aubrac – Puech du pont Laisse; laisse,les pierres sont lentes sur la colline et, parmi les bruyères. on ne meurt plus que de l’inconsolable chagrin de quelques fleurs. Tout est si gris, si sombre et si totalement nu que l’on croirait marcher par ces déserts que je vis, il y a si longtemps, entre deux mondes.On s’y confronte à des mirages, … Continuer de lire Lionel Bourg – les pierres sont lentes sur la colline

Monsieur Nuit, Monsieur T – ( RC )


( une réponse au texte  » Jardin de Nuit » de René Thibaud ) Monsieur Nuit nous a apprisles lieux obscursd’où la lumière s’est enfuie,– c’est à même la naturede la forêt où le soleil se détournequand toutes les formes se confondent, …qu’on les devine sans les voir c’est une lente progressionon y est attentif au moindre bruit, à la moindre lueurposée sur une racine ou … Continuer de lire Monsieur Nuit, Monsieur T – ( RC )

Astrid Waliszek – je respire l’air du temps qui passe


photo Robert Doisneau Un passant quitte la Promenade des Anglais Une femme rit sur un trottoir à Varsovie Une vache se réveille sur un rond-point de Katmandou Une enfant met du rouge sur ses lèvres à Tel-Aviv Un homme court dans les blés à Yalta et moi, à Paris, je respire l’air du temps qui passe – Paris 2012 Continuer de lire Astrid Waliszek – je respire l’air du temps qui passe

Angèle Paoli – du vent dans les palmes


. tu te souviens du vent dans les palmesavant la neigela violence de la rafalecoups de butoir dans les folioleschaque aiguillon secoué tordudans son affrontement avec la pique voisinel’ensemble pris dans un tourmentde basses de tambours se chevauchantdans le désordre discontinumouvement tournant inépuisable Continuer de lire Angèle Paoli – du vent dans les palmes

Avec une robe en papier alu – ( RC )


collage Hannah Höch – Indian dancer Je me suis  retrouvé un jour, emballé  dans  du papier  alu, avec  quelques  branches  de glaïeuls et un verre  cassé, sur lequel était dessiné un petit monstre. Un vieil oiseau dodelinait de la tête, et me considérait comme une pièce  de musée. Il est vrai que  j’étais un peu froid mais en pensée, j’ai convoqué la vénus  androgyne  ( à … Continuer de lire Avec une robe en papier alu – ( RC )

Beaucoup de bruit pour rien – ( RC )


Plutôt que de veiller sur le silencel’assemblée se fait entendreles paroles se confrontentau point que l’on se ne comprend pas:chacun émet son avisjustifie ainsi sa présencebat l’air de ses brassans effet apparent. Comment faire pour se faire entendredans cette séancealors que le ton montedans la cacophonie ,que tout le monde s’entête?Les effets de langage s’affrontentet personne n’écoute vraimentce que l’autre dit. Beaucoup de bruit pour … Continuer de lire Beaucoup de bruit pour rien – ( RC )

Menhir – (Susanne Derève)


Men-hir, pierre haute du souvenirveille sur la Baraque au ventsur la montagnes’enroule dans le voile invisibledu soufflefait chanter sous mon pas les pierres du passé-loin ce temps de fougueuse jeunessetantôt rugueuses tantôt lisses et poliescomme le galet des rivières Chemin de vieilles rengainesil salue au passage les fleurs ingénues-pulmonaires pulsatilesdans la tendre respiration des prairiesle disque d’or des cardabelles effeuillantleur semence -en la terre leur … Continuer de lire Menhir – (Susanne Derève)

Angèle Vannier – je suis née de la mer


Je suis née de la mer et ne le savais plusTrop de pavots avaient maculé mes pieds nusLes soirs où les bergers m’appelaient dans la rondePour passer le furet de ma main dans leurs mainsFuret des bois jolis furet des vieux jardins Je suis née de la mer et ne le savais plusTrop de chênes avaient appris à mon corps nuCette haute caresse où l’écorce … Continuer de lire Angèle Vannier – je suis née de la mer

Colette Nys-Mazure – peintes


peinture Peter de Hooch – les perroquets C’est une chambre aux vitraux en losanges. Le damier ocre et vert du sol leur fait écho. Le tapis damassé étouffe la table qu’il masque, orgueilleux, chamarré. Au mur respire un paysage d’arbres et d’eau calme.L’homme au chapeau s’incline vers la nuque lumineuse, l’auréole – mousse rousse – des cheveux, la rondeur des perles sur les seins découverts … Continuer de lire Colette Nys-Mazure – peintes

Premier homme sur la terre – ( RC )


Si j’étais le premier hommeà marcher sur la terre,– venant d’une autre planète – ,je progresserais avec prudence,sur les berges sablonneuses, laissant des traces  en creux.        Je m’enfoncerai dans les forêts tropicales,où le soleil n’y pénètreque par effraction,          j’apprivoiserai les animaux,qui m’accueilleront sans méfiance,comme si j’étais des leurs : un peu étrange, sur ses deux pattes,      … Continuer de lire Premier homme sur la terre – ( RC )

Rodney Saint-Eloi – Récitatif au pays des ombres


peinture Ernst Louizor  – Haïti Port-au-Prince tête chargéeville tôles rouilléesville plastiqueville dos basville Give-me-five-centstoutes les cloches sont inondéesles portes se referment sur les souvenirsla terre dort dans la paresse des nuagesPort-au-Prince marque la mesure du tempsl’eau à battre à la rivière espoirdemain à verser au passif des décombresPort-au-Prince ville entre les villesville scellée aubes tranquillesPort-au-Prince ville sept carrefoursville mille métiers mille misères Continuer de lire Rodney Saint-Eloi – Récitatif au pays des ombres

Jean-Jacques Dorio – à ta guise


image Yuko Hosaka À ta guisedans le suspens du réveilentre la nuit et le jourtu reprends le chantierles sentiers qui bifurquentattendant un signe des dieuxou d’un modeste oiseau du matinpour parcourir le jourl’étirer ou le condenserle composer enfinhors destinÀ ta guise extrait du recueil  » une minute d’éternité » Continuer de lire Jean-Jacques Dorio – à ta guise

Absence – ( RC )


L’absence est un fantôme, un être de manque transparentqu’on croit tenir entre nos bras,alors que c’est elle qui nous emporte dans le gouffre, où des portes s’ouvrent mais toujours sur le vide.On y regarde défiler les souvenirs et les désirsfaute de pouvoir les saisir. Elle nous suit comme une ombre, le négatif de la pensée de ce qui a été ce qui n’est plus… RC … Continuer de lire Absence – ( RC )

Poème à Georges Rousse – Susanne Derève


Qu’est-ce qu’un peintreau 20ème siècle ? questionne Georges RousseJe voudrais lui répondre Pêcheur en eaux profondes faiseur d’étoiles falotier Une flamme née de l’abandona brûlé jusqu’à nous elle brûle encorec’est ellequi incendie le port à l’aube-ses friches grises, ses toits de zinc, ses épaves épouse leur angle de fuitepour filer vers la mermétamorphosed’où nait une étrange poésie du désastre Anamorphosej’imagine en ce mot-mot étrange étrangerla genèse d’un rêvequi … Continuer de lire Poème à Georges Rousse – Susanne Derève

De l’évasion d’un homme – ( RC )


On a parlé de l’évasion d’un homme.Celui-ci n’est pas devenu transparent.Il a fait le tour de sa muraille,mais est revenu dans l’enclos, sans se déguiser sous les traits d’un autre .C’est comme retrouver le désordre d’une vieoù tous les récits se bousculent,habitant son esprit . Un moment d’absence,et le voilà revenudans sa propre nuit ,aucune lumière n’a survécu. Ses rêves enfouisderrière ces hauts murs, sans … Continuer de lire De l’évasion d’un homme – ( RC )