Lionel Bourg – Vasières d’ombres


Vasières d’ombres, le soir; on ne distingue bientôt que l’étroit tremblement des lignes de rupture ou de fuite et cette flamme d’eau entre les pierres, précipitant dans le vide.Le froid. La peur. L’impalpable ivraie des choses mortes et des heures déchues, cependant qu’attelés à la noria des nuits nous puisons l’eau saumâtre où blêmissent des songes. extrait de « où patiente la lumière » ( Cadex ed … Continuer de lire Lionel Bourg – Vasières d’ombres

Aveuglé par les étés – ( RC )


Le soleil est si grand,Qu’il tendra ses bras,Et si à midi je meurs,Ce sera bien au chaud,Je lui rendrai ma vie,J’oublierai la misère,Ses jardins desséchés,Et les côtés sombres,Qui tentent d’échapper,A la coulée de lumière,Mais le soleil est si grand,que , de la terre rebelle,Il ne fera s’il le veut,Qu’une bouchée,           maisJe ne serai plus là,pour le voir,Aveuglé par les étés. RC … Continuer de lire Aveuglé par les étés – ( RC )

Odile Steffan-Guillaume – ocres


Ocres des originesLa brune, pierre d’aigleLimonite sombre La jaune, ambréeGoethite éclatanteDes termitières phalliques La rouge, pariétaleHématite sanglanteDes collines d’Afrique Je creuserai au couteauLes plaies de la terreSillons de latériteSur un fond craquelé Saupoudrerai de pigmentsLe large aplat fauvePuis empâterai la toileD’ocre rouge Savane rousse calcinéeSouffle brûlantSur ma peau tannéeTatouée par les vents Les ocres brutesFigent le mystèreMordent la mémoire @odilesteffanguillaume Continuer de lire Odile Steffan-Guillaume – ocres

Nuits d’été- Susanne Derève


Feux de Saint-Jean luciolesnous foulions le bas-côté des routes les soirs d’étéjusqu’à un vieux relais perdu dans la campagnedont la lampe tremblait au loin comme un fanal et nos voix s’unissaient dans le cœur de la nuitétrangement déserte à l’écho de nos pas Crépuscules d’or-l’arête coupante des roches dévalant vers la merla plainte sèche du varechune fraîcheur soudaine tombait sur nos épaules Nous regardions passer … Continuer de lire Nuits d’été- Susanne Derève

Pierre Bergounioux ( sur Proust)


dessin perso  1995 “C’est qu’il se pourrait que je n’y parvienne pas, que les choses obscures, les ombres se refusent à venir au jour, que la vie échappe irrémédiablement aux prises de la compréhension rétrospective comme elle s’est dérobée, dans l’instant, à la conscience. Les seuls moments accomplis sont ceux qui ont trouvé, au-delà d’eux-mêmes, l’explication qu’ils peuvent (doivent) recevoir, sur le papier. Proust dit … Continuer de lire Pierre Bergounioux ( sur Proust)

la dernière leçon de musique avant le concert – ( RC )


peinture Jan Steen – la leçon de flûte Une scène traversée par la lumière,toute la concentration nécessaireune mélodie s’élève claire –elle résonne dans la pièce sombre. Couleur intense d’un habit de velours aux bordures blanches :le maître de musique en partie dans l’ombreattentif à la moindre nuancepoursuit sans impatience son coursen partageant son art on ne s’improvise pas comme flûtiste… on imagine dans une autre pièce … Continuer de lire la dernière leçon de musique avant le concert – ( RC )

Chantal Bideau – Au bord de la Loire


Au bord de la Loire, entre les roseaux sauvages,un soir d’été au crépusculeje m’arrête,reste immobile un instantune nuée bleutée de libellulesvient effleurer mon visage. Leurs ombres et le bruissement qu’elles font en se posant annoncent le concertles reinettes en transe les scarabées doréstintinnabulent de plaisirsur les herbes froissées de la berge. La lune se lève et les sarcelles jouent aux funambules entre les branches des … Continuer de lire Chantal Bideau – Au bord de la Loire

Silke Scheuermann – Alice et la tristesse dans le bocal à conserves


pourquoi demande-t-elle la mauvaise prédiction se réalise-t-elletoujours la premièrela sombre et fanée comme si quelqu’un lui avait liéla main à un objet trop chaud trop froidextrêmement épineuxdu verre écrasé fait le même effetcire qui a goutté sur la peau petitecoupure de rasoirElle ne peut plusse mouvoir pas mêmeces doigts lapulpe les ongles à côtéutiliser en plus sans griffureessuyer lentementdes larmes de pleur Il n’y a … Continuer de lire Silke Scheuermann – Alice et la tristesse dans le bocal à conserves

Benjamin Fondane – refus du poème


Les filles du chant sont venues : Nous sommes nues sous la peau. «  Les molles putains de mon songeme crient : –  » Lâche pied et plonge,que les poissons sont frais et muets ! «  La belle-au-bois qui dort dans l’hommene se nourrit que de baisers… «  La vieille édentée de la mortm’a dit : –  » Chaque cheval a son mors.Ton lot sur terre est la mort … Continuer de lire Benjamin Fondane – refus du poème

Le cerbère de Pompeï – ( RC )


photo Mary Harrsch – maison de Pacquius Proculus  – Pompeï ( parmi ses nombreux dossiers artistiques ) Tu peux faire comme chez toi…la maison depuis longtemps désertée,tu peux franchir les portessans craindre le Cerbère:une ombre incrustée sur le solbeaucoup moins méchant qu’il n’en a l’air. Gardien des siècles sous les cendresde la ville de Pompeïoù l’histoire demeureet le voilà endormiil n’aboiera plus dans la ruene … Continuer de lire Le cerbère de Pompeï – ( RC )

Jean-Claude Pinson – chacun sa poésie


Ici les nuages sont souvent si pressés que la ville fait l’effet d’une gare oubliée où l’on n’a droit qu’au vent des trainsdes chômeurs on en a sans doute plus qu’ailleurs ( je parle comme si j’étais en charge de la ville ! )  beaucoup sont impuissants à aiguiller leurs vies et plus que d’autres prennent la pluie quand crèvent sans arrêt des nuages bas … Continuer de lire Jean-Claude Pinson – chacun sa poésie

Alfonso Carreno – ce qui jamais ne fut mien


Jamais je n’aurai à nouveau ce qui jamais ne fut mien.Ces calmes promenadessur les plages vides parmi des hommeslointainement frères. Les amourstelles deux ailes qui errentseules, sans oiseau. Les chambresà la porte murée, flétriel’idée des paysages. Et les saisonscertaines du signesont le souffle pétrifié qui a fuilà où l’indestructible dissipeson essence sans demeure. de  » l’envers de l’enfance » Continuer de lire Alfonso Carreno – ce qui jamais ne fut mien

Mohamed Aniba El Hamri – la coupe


La coupe qui se désaltéraitEt ne cessait de perdreDe sa teneur Je la chérisDepuis toujours,Chaque fois qu’elle est dans mes mains Elle s’aperçoitQue je trembleEt craint de choir, Je m’y abrite le soirQuand l’ennuiMe dénude, Telle est son attitudeElle s’emplit et se désemplitDéversant ses soucis Indifférente au hasardDe mon frissonEt s’est échappée Par mégarde,Elle s’est briséeJe me suis aperçu Que je n’avais dans mes mainsQue … Continuer de lire Mohamed Aniba El Hamri – la coupe

Martine Dardenne – jazzy mood


Place des Lices,ils ont immortalisé Louis.Les artistes sont partis. Nicolas, Benoit, Cédric, les autres et Jimmy…Ils ont plié bagage, le jazz s’est fait la malle,emportant avec lui l’ivresse et l’oubli. Vannes somnole et baisse les rideaux.L’eau du port clapote,quelques dernières notes… Et Louis reste seul sur son mur de béton,…regard étonnésur un rêve évaporé… d’autres publications sont visibles sur son site « planète Opalie » Continuer de lire Martine Dardenne – jazzy mood

Merci Mr Schubert – ( RC )


peinture Caspar David Friedrich – J’écoute la musique de Schubert;elle a beau m’être familère,je la découvre encoreà chaque écoute comme si j’étais le voyageurcelui qui poursuisau-delà de la lumière de l’aurorela quête de l’harmonieque rien ne désespère. Je réécoute le quatuorde la Jeune fille et la Mortet Rilke m’accompagne avec ses verstirés d’un de ses poèmes« elle ose pleurer en plein cœur de nous-mêmes »en fait, elle … Continuer de lire Merci Mr Schubert – ( RC )

Virginie Gauthier – superposition d’espaces


Superposition d’espaces qui s’ignorent puisremontée aérienne sur ouvrage métalliqueune scène rejouée chaque matingrande ouverturefranchissement du fleuve qui écarte et relieet donne un sens à toutune fois, deux fois, trois fois couper droit dans ses bouclesentre terre et eau ma place, à la fenêtre, face au vide. Continuer de lire Virginie Gauthier – superposition d’espaces

Julian Tuwim – simplement


Tout était si simple : cet instant, la forêt,Ce matin-là, il y a déjà douze ans.Par-dessus les buissons le monde s’ouvraitA celui que j’étais : jeune, gai, chantant.Ce qu’il faisait frais ! Après le déjeuner, Je partis dans la forêt tremblante de pleursJe m’assis avec les maths sous les genêts,Car il y avait un examen dans deux jours.Comme il faisait triste et gai sous ce … Continuer de lire Julian Tuwim – simplement

Allain Leprest – Des impairs pour un impair


photo Jana sojka Pont Mirabeau, pont des SoupirsÀ l’endroit ou à reboursS’enlacer, se départirPour le pire et pour le pireUn vol aller sans retourQue vivent les morts d’amour La langue bleuie, les bras ballantsPesant d’oubli, le cœur moins lourdTrois p’tits tours autour d’un nœud coulantFiers cap’tains au long coursVoyageant en cerf-volantPriez pour les morts d’amour Souverains sans yeux, sans cathédralesPapes, peloteurs, vautoursQui vous permet d’ … Continuer de lire Allain Leprest – Des impairs pour un impair

Juste une étape avant la nuit – ( RC )


photo auteur et lieu non identifiés Juste une étape avant la nuit,une halte sur le palier.Le jour n’est plus encadréque par un songe. Le jour s’arrête à l’escalierdu palais désaffecté.– On passera de l’autre côtésans le vouloir . Il n’y a plus de marche à franchir.L’espace est une absencetout au bout du couloiroù la lumière s’éteintdans un ciel peint. Quand on franchira, nula porte de … Continuer de lire Juste une étape avant la nuit – ( RC )

Une graine de poésie, ne demandant qu’à fleurir – ( RC )


 Après avoir parcouru récits,fictions et bien des romans,emmenant sur d’autres mondes ,je suis tombé sur une modeste liste de courses,abandonnée sur la table d’un bar,                  comme si c’était un message,                   presque une invitationà m’assoir à une table inconnue,après avoir apporté,le beurre, les yaourts , les poireaux,et une bouteille … Continuer de lire Une graine de poésie, ne demandant qu’à fleurir – ( RC )

Annick Le Scoëzec Masson – suite indienne


Aboiements furieux au point du jour :j’ai fait pendre un esclave.J’avais surprisles reflets d’un embrasementsur la cheville nuede Chântra.Il n’a rien dit,signant ainsi son crime. Chântra a jeté, entre elle et moi,le long pan de son voile ;avec la fixité d’une statue,elle a raidi son corps, l’a tenducomme un arc. Je me suis précipité, face contre terre,j’ai embrassé ses genoux,le regard perdu, ma langue avide … Continuer de lire Annick Le Scoëzec Masson – suite indienne

Au bord de la grand route, j’assiste à la fête des étoiles – ( RC )


peinture Odilon Redon Pégase – 1900 Assis au bord de la grand routej’assiste à la fête des étoiles,feu d’artifice immobileen songeant que je m’approcheinsensiblement des fastes des galaxiesvers lesquelles je navigue par l’esprit…. gagné par les ombres de la nuit. Je tire, comme on le dit des plans sur la comètequand l’espace s’accroît d’une invisible errance.Un peu comme si je semais des pierrespour reconnaître mon … Continuer de lire Au bord de la grand route, j’assiste à la fête des étoiles – ( RC )

Les lices bleues du ciel – Susanne Derève


Les lices bleues du ciel-lie éclatante- dans leur dérive lente jusqu’au blancoù ciel et mer joignentle fil de cette mince ligne de crêteavant la brumes’y perdentOn pourrait croire que tout s’achève ainsimais ce bleu ne s’épuise pas non plus celui de la fleur byzantine-nigelle que ma mère semait à la voléela pierre d’Egypteou le bleu Kleinqui me prit un jour dans sa toileà ne plus … Continuer de lire Les lices bleues du ciel – Susanne Derève

Raymond Prunier – frêle


peinture Gabrielle Münter la jeune fille appelle de loinj’ai sa voix aux tympansruisseau d’émeraude briséec’est si léger que le vent un peu l’effacebruissements maritimes des saules bleuselle avance frêle par le sentieraucune herbe froisséeje l’attendais au solsticeje l’interroge sur son retardelle moque ma bouderiepose deux doigts sur mon avant-braspour prévenir la plainte son léger contact – de nos jours incorrect –assure ma gaietéet sa chanson … Continuer de lire Raymond Prunier – frêle

Pierre patiente – ( RC )


sculpture Henry Moore: mémorial pour W B Yeats Ma pierre est patiente.Elle n’a que son grain pour corps, Inerte en apparence,elle surveille mon sommeil. Elle ne va pasjusqu’à ma ressemblance. Elle se dresse au bout du jardin,pâte dure qui a survécu. Survécu à la faim,mais peut-être qu’à la fin elle va me mangercomme un corps étranger qu’il faudra sculpterde figure humaine sans trop de détails,juste … Continuer de lire Pierre patiente – ( RC )

Léon-Paul Fargue – Broderies (extr )


peinture Jiří Anderle  » sous la peau » Je ne peux plus supporter l’art des hommes. Je ne peux plus le voir en peinture.Ni en sculpture, donc. Ni en décoration.Ni en littérature. Reste la musique, qui nous foit sortir un moment de prison.Nous en reparlerons. Pour le reste, rien, plus d’amour. Ceux que j’admire entre tous rendent la question plus pressante encore.Devant leurs ouvrages, tout est … Continuer de lire Léon-Paul Fargue – Broderies (extr )