La chair du fruit se pare d’un soleil où l’ombre ne pénètre pas – ( RC )


sculpture – masque ventral Makonde – Afrique ( Tanzanie ) La chair du fruit se pare d’un soleiloù l’ombre ne pénètre pas. Une peau de pêchevante son velours…qui n’a d’équivalentque celui de la tienne. Tombent rubans et parurespour que mes mains s’y réfugient,accompagnent la peau découvertecontre les ciels d’été. L’herbe vive chantetoute la douceur des baisers.Le soleil n’est plus à conter… cf Gaelle Josse « et … Continuer de lire La chair du fruit se pare d’un soleil où l’ombre ne pénètre pas – ( RC )

Franck Bouysse – le bruit de l’eau


aquarelle Winslow Homer Tu te souviens de notre première rencontre ?Je me souviens, tu étais assis sur cette même pierre.Tu es venue me parler et on s’est plus quittés. C’est vrai. J’ai toujours aimé la rivière.Moi aussi, j’ai toujours aimé les rivières.C’est ce qui nous différencie, je n’aime que celle-ci. Qu’est-ce que tu avais de si important à me dire ?Rien, juste envie que l’on … Continuer de lire Franck Bouysse – le bruit de l’eau

Plus légère qu’il n’y paraît – ( RC )


L’image de la villeplus légère qu’elle n’y paraitpossède ce cieldessiné à grands traits:un chaos subtiloù on devineles îlots de bétontendus vers quelque horizonpromis à d’autres avenirs. Une main géante la soutientmais ce n’est que provisoirecar bientôt lasse de la teniril se pourrait qu’en attendantses avenues fantômesse vident de ses habitants…L’ombre dissimuléeentre les immeubles n’attend que le soirpour entamer son recouvrement.L’évidence laissant placeà l’effacement… Continuer de lire Plus légère qu’il n’y paraît – ( RC )

Philippe Delaveau – Bistrots


Le poème est mort je le sais bien le poète est une ombredans les rues qui chassent l’odeur d’âme et les oiseaux sauvagesl’éternité se recroqueville parfois sous les porches près des cours dont la fontaine épingleimage et jour de son cristal sur la fonte bombée que n’ai-jecomme elle l’art de coudre l’eau de moire aux éclats de ciel ainsi peut-être un fil au labyrinthe avant … Continuer de lire Philippe Delaveau – Bistrots

Quine Chevalier – Nuit-gorge d’étincelles


peinture Leon Dabo 1907 Nuit-gorge d’étincellesles branches saignent,subitement ocres sinueuses. Frêle strie de feu-folletdans la ténèbre, la tessiturecomme un rêve s’évapore :c’est l’étrangère. Plus de trêve. Fleuves en loques.Rivière sang.Ondulation terrible des limbes. Eprouver,aiguiser l’ombre au poitrail. Et dans l’eau grise des étoilesmugit une sarabande. Continuer de lire Quine Chevalier – Nuit-gorge d’étincelles

Le paysage ne s’endort jamais sur une carte postale – ( RC )


photo RC – Pospoder – Finistère nord Un château enfermédans une boule de verre,dérivant sur la côte,( ainsi mes pensées de sableétalées à ciel ouvert… ) Des pierres suspenduescomme dans un tableau de Magritteoù les images se jouentà nos dépendsde toute logique. On ne sait pas exactementoù se dessine la limite:une limite au territoire,celui qui hésite entre îles,passages à découvert… Le retour de la maréeselon … Continuer de lire Le paysage ne s’endort jamais sur une carte postale – ( RC )

Michel Hubert – toi l’esprit dans la lampe flétrie


peinture : Patrick Lee Toi l’espritdans la lampe flétrie tu es seulavec ton masque d’ombresces nappes sur le ventcomme sur mon visage mort Je parle d’impatienter un feuet mes mains restent froidesrigides peignes de nacresur la frange plate des soleils noirs où couche l’ombre creuse l’usurevieux traits d’un visage pas autrementqu’à la rage des griffes ou au couteaucreuse le plus vieux puitsqu’un homme qui se … Continuer de lire Michel Hubert – toi l’esprit dans la lampe flétrie

Miguel Veyrat – mon retour au jardin


Peinture : Cleve Gray, ‘La mort de l’Aigle’ J’aimerais être à la verticaleau-dessus de ton ombrepour mourir avec toicomme un oiseausaisi en plein milieu de son volEnsuite je tomberais d’un coup secdevant ta fenêtreouverte par l’ombredepuis l’aube du videaux bras qui donnentou qui supplient allongésvers le domaine du désirAvec toi comme l’ombrede l’oiseau en plein volafin de mourir devant ta fenêtre … version originale ————MI … Continuer de lire Miguel Veyrat – mon retour au jardin

Han Kang – Chanson entendue à l’aube


peinture Piet Mondrian — , Bois près d’Oele, 1908 Chanson entendue à l’aube 2 Les arbres sont toujours à mes côtésLà, me reliant au cielLeur cimierLeurs rameauxLeurs feuilles sont làDans les moments où je me sens si vulnérableQuand mon cœurEst en haillonsDéchiré en lambeauxAvant même que je lève les yeux vers euxIls sont là, à me regarderAvant même que mes veines ne se videntS’ouvrent leurs … Continuer de lire Han Kang – Chanson entendue à l’aube

Bleu d’oublies – ( SD + RC )


Le ciel est ce soir d’un bleude pervencheavant de chuter dans la nuitbleu  de pétalesbleu d’oubliles chiffons d’une vieau hasarddispersés à tous ventscomme un vieux rêvequi s’égare SD  » un vieux rêve qui s’égare » Bleu  de pétalesbleu d’oublies,tu me souris,d’un air pâle :c’est sans doutela course du soirque tu me donnes à voir ,comme cette routequi se perd dans l’infini :–  le soleil ayant fini par sombrer … Continuer de lire Bleu d’oublies – ( SD + RC )

Edmond Jabès – un bruit de vinaigre


Il disait : « Un bruit de vinaigre. »Cela m’a paru, au début, curieuxpuis je me suis, peu à peu,habitué à cette expression sans, toutefois,la comprendre mieux.« Ne m’arrive-t-il pas, quelquefois, de dire :« Un silence d’huile? »Et il ajoutait :« Les images, souvent, ne sont parlantesque pour ceux qui les emploient. »L’âme et le corps sont la proie des mêmes maladies. extrait de « angoisse d’une seule fin » Continuer de lire Edmond Jabès – un bruit de vinaigre

Vénus vagabonde – ( Susanne Derève)


Cette suite de poèmes est inspirée par le travail photographique très personnel de Lo On sur le corps féminin ( liens en bas de page) 1- Ton corps devenu lieu de ton propre voyageVénus vagabondeOh tu ne t’y perds pastu ne fais pas fausse routetu navigues au gré de sinueux paysagesnomme sable le grain de ta peauépelle une languehors les motslangue signifiante du geste et … Continuer de lire Vénus vagabonde – ( Susanne Derève)

la musique se promène – ( RC )


photo H Cartier-Bresson Serbie 1965 Selon l’esprit des lieuxil n’est pas rareque la musique se promène. Les notes sont légères, les accords imparfaitsépousent les pentes,le tracé des sentiers,les pins aux ombres largesle dessin capricieux des rivières. La voix humaine peut franchir les vallées, les cors se répondrede montagne en montagne.Ici c’est le duo improbable d’une contrebasse et d’un vélosoudainement associéspour se rendre à la fête … Continuer de lire la musique se promène – ( RC )

Jean Joubert – col du grand bois


Avant le col, un sanglier franchit la routetraînant derrière lui des guenilles de brume,s’enfonce dans la futaie où la neige craque. Nous connaissons la nuit déjà, la peur si proche,puisque l’obscur aux roches se frotteet que le ciel s’arrache chargé d’oiseaux.Enfin voici l’auberge basse sous les arbresque l’on croirait repaire sournoisd’assassins dont les cordes et les couteaux s’apprêtenttandis que le voyageur tremble dans la soupente. … Continuer de lire Jean Joubert – col du grand bois

Mahshid Vatan-Doust – Célébration de la victoire


les moutons chaque jour paissentdans les prés qui ne sont à personneles agneaux gros et graschaque jour gambadentparmi les tombes sacréesles tombes collectivesles tombes anonymeset dans les prés qui ne sont à personneils ouvrent une bouche railleusevers les loups de l’autre côté de la haieet dansent au rythme des chants puissants des bouchers. extrait de « une fleur attend la pendaison »… en savoir plus sur cette … Continuer de lire Mahshid Vatan-Doust – Célébration de la victoire

L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )


peinture Chu Teh-Chun L’aube ne passe jamais si vitedans la lente marée des heures….A chaque instant s’égarent les repèresle tracé de la côte n’est plus le mêmeque celui laissé hier avant la tempête.Tout a changé, la nuit après le cielles mains dans l’échancrure de la plaieun timide drap de jour où un bleu d’azurnous rappelle ce monde d’avant. Est-ce celui que nous avons rêvéou s’est … Continuer de lire L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )

Yanka Diaghiléva – Une pluie de cent ans


Une pluie de cent ansCaoutchoucs dans le sable détrempéYeux figés dans un plafond rouilléTout gai délire perdu en cheminLes anneaux du malheur s’enchaînent en riant Une pluie de cent ansRêves qui tanguent abrutisAu-dessus de l’abîme du printempsGorges précoces de la nostalgieGriffes d’avril grattant la paroiComme si des fleurs poussaient derrièreComme si on pouvait les voir depuis l’au-delà Une pluie de cent ansUn siècle déjà vécu : … Continuer de lire Yanka Diaghiléva – Une pluie de cent ans

Franz Kafka – prisonnier sur cette terre


dessin William Kentridge Il se sent prisonnier sur cette terre, il est à l’étroit, la tristesse, la faiblesse, les maladies, les chimères des prisonniers font irruption en lui ; aucune consolation ne peut le consoler, parce que ce n’est justement qu’une consolation, une tendre consolation qui fait mal à la tête en face du fait grossier de la captivité. Mais si on lui demande ce qu’il … Continuer de lire Franz Kafka – prisonnier sur cette terre

Nathan Katz – Peut-être allons-nous continuer à vivre


photo Wiccaluna Et, à la fin, quand nous serons morts,Peut-être allons-nous continuer à vivreDans tout ce qui est beau. Peut-être serons-nous làOù lève le blé vert ;Dans ces millions, ces millionsDe petites plantesQui poussent dans les vastes champs. Peut-être serons-nous vivantsDans la force du vent quand il passe à travers bois,A fléchir même les chênes,Et dans l’éclatante éclosion des fleurs des jardins paysans. – Continuer de lire Nathan Katz – Peut-être allons-nous continuer à vivre

RER B – ( Susanne Derève)


Paris Gare du Nordheure de pointeles corps se serrentles vies s’étalent sans pudeurau téléphonede confidences en rendez-vouset de sourires en mains tenduescomme si nous portions encore sur nousun peu de l’odeur du voyage Chacun de s’y frotter, d’y gourmander un motun dong de soleilvolé à la grise monotonie du jour Femmes HMongspetites mains des montagnesle chanvre de mon sac patiemment assembléa fait merveille ce matindans … Continuer de lire RER B – ( Susanne Derève)

Zeami ( Izutsu )- la cloche du temple à l’heure de minuit


Rarement en ce lieuje me rends à l’heure de minuitcette rumeur du vent dans les pinsl’entend-elle encore et toujoursdessous la mousse ? La cloche du temple résonnela nuit s’évanouit dans le jourle vent de l’aube traverse les pinsles rêves se déchirent, vient l’éveilles rêves se déchirent, vient le jour. – Zeami a contribué au théâtre Nô( pièce classique écrite par Zeami, la figure dominante dans … Continuer de lire Zeami ( Izutsu )- la cloche du temple à l’heure de minuit

Charles Akopian – quand le navire a les yeux mouillés


peinture G Seurat le Maria à Honfleur (1886) Quand le navire a les yeux mouillés,Quand le port se sent orphelin, Les passants s’identifient aux flots,La mer allume les chants marins, La lumière est salée,Plus rien ne s’abandonneAu cœur des chambres noires. extrait de « l’intime au tamis » Continuer de lire Charles Akopian – quand le navire a les yeux mouillés

Gérard Macé – l’artiste


peinture: O Kokoschka – autoportrait « L’artiste, qui travaille avec son corps autant qu’avec son imagination, devient victime de lui-même, parfois jusqu’au sacrifice, et si Starobinski n’ignore rien de l’harmonie classique, il sait tout des dérèglements possibles, tout du pitre châtié. Il sait qu’à l’artiste éthéré, vivant dans l’idéal, correspond la figure inverse du bouffon, du clown, du martyr. Il n’a pas oublié les liens entre … Continuer de lire Gérard Macé – l’artiste

Guy Goffette – préposé au départ


Je me disais: il faut encore, il faut –et les mots couraient devant moi, reniflaientla route, le ciel, les fougères, le ventremal boutonné des collines puis revenaient, me rapportant un bout de peaucalcinée, un fragment d’os: cette vieilleet toujours lancinante questiondu pourquoi ici, moi, pourquoi? – aller venir attendre comme le préposéaux départs, qui ouvre et ferme l’horizon,attendre l’ultime voyageuravant de retourner l’ardoise, d’écrire fermé … Continuer de lire Guy Goffette – préposé au départ