Murièle Camac – la rivière de mars


mars révèle comme un long poissonla rivière d’après la crueverte avec des reflets argentavec des images dedansde troncs blancs en minces fantômesd’immobilité verticale mars crée dans le courant de petits tourbillonsoù des chatons se noient en silencesous les noisetiers la boue a commencé à séchermais elle s’accroche encore aux chaussures chlic chlocavec son lot de feuilles mortes sous une rive encombréede ronces de racines de … Continuer de lire Murièle Camac – la rivière de mars

En sentinelle – Susanne Derève


… je me tienssur la ligne de crête de la splendeurthyms et lavandes des estiveslà où les oedipodes -les criquets roux aux ailes bleues essaiment sous le pasau faîte des prairies de graminées sauvages en sentinelledans le vol du martin-pêcheurle sillage des transhumances-sabot de chèvre funambulebiche apeuréecomme elles j’habiteen lisière d’un mondeenseveli dans la noirceur sur le fil de l’espoirdans le fracas des guerresje veilleles fragiles … Continuer de lire En sentinelle – Susanne Derève

L’amour a ses mains d’or- ( RC )


Le temps  s’est cristallisédans les heures de l’attentemais quand les premiers rayons de soleilglissent sur les pavés, il n’est jamais trop tardpour que ma réponse te parvienne,au petit matin,accompagnée par les oiseauxet les gestes du balayeur. Le jour revient, lentementsous l’échafaudageinstable de mes pensées… L’amour a ses mains  d’orqui frappent à ta fenêtre         et peut-être ton visage         est-il encore … Continuer de lire L’amour a ses mains d’or- ( RC )

Jean-Loup Trassard – Tumulus


Ils chargeaient les dromadaires, serraient les cordes, se joignaient en caravanes, chaque automne ils partaient échanger vers le sud,loin, les plaques de sel cassées aux salines. Plus de cent chameaux de bât parfois, conducteurs sur leur méhari, longue file, des jours et des jours, tantôt sable, tantôt pierraille. Femmes, enfants et vieillards gardaient les chèvres autour des tentes de cuir beurré soutenues par des racines … Continuer de lire Jean-Loup Trassard – Tumulus

Mokhtar El Amraoui – Mémorial


photo danse Marina Weishaupt La lune étale ses corolles,Jusqu’au bout de mes rêves,Jusqu’au bout de mes chants.Les souvenirs sont-ils perches ou restes ?Le vent, au si long cours,Guette la cendre et sa disparité.Le glas est si lumineuxQue les pétales de ton nombrilSe disloquent aux franges de l’eauAvec ces grains laissés à l’abandon,Quand brûlaient, au ciné, tant de rizières.Mais, pour toi,Le ciel ployait en centauresVers une … Continuer de lire Mokhtar El Amraoui – Mémorial

Octavio Paz – le silence de l’assemblée


Il vit de nombreuses femmes étendues sur des nattes, aux vêtements et aux toilettes variés, les cheveux ornés de fleurs; elles dormaient sous l’empire du vin, après avoir passé à leurs jeux une bonne moitié de la nuit. Et le silence de cette grande assemblée, muettes maintenant les sonores parures, était celui d’un vaste étang nocturne débordant de lotus et sans le bruissement des cygnes … Continuer de lire Octavio Paz – le silence de l’assemblée

Es – tu sûr encore d’être parmi nous ? – ( RC )


Es tu sûrencore,d’être parmi nous ? La chair est tremblante,le corps transparentn’est plus ta demeure.L’eau vive la traverseet s’éloigne des mainsqui jamais ne la saisissent. Si loin du mondeque le regard porte ailleurs là où tu t’es perduil y a longtempserrant avec ta soifpoursuivant la voie solitaireque tu as suivieattiré par un mirageet des désirsinassouvis… Continuer de lire Es – tu sûr encore d’être parmi nous ? – ( RC )

Edouard J Maunick – je me souviens de la pluie


… je me souviens de la pluie/la fuite des derniers oiseaux/l’arbre trempé jusqu’à l’aubier/un vieux calvaire flagellé/lourd album d’images mouilléesque je feuilletais tard la nuitpour agrémenter mes veilles… le latanier-livre-ouvert— vent de nuit sur verte ardoise —parlait une langue étrangedans mes sommeils attentifs/l’enfance/déjà/traduisait solitudesen terres lointainespréface de l’imaginaire… je me souviens de la pluie/dessein d’effacer ton corps/une eau/on dirait le feu extrait de « de sable … Continuer de lire Edouard J Maunick – je me souviens de la pluie

Dans la tasse de lait – Susanne Derève , René Chabrière


Susanne Derève : Noyer la douleur dans la tasse de lait*je suis la rose errantefrêle pétale sous la peau claire du matinje suis cellequi arrache la douleur à la tasse de laitcelle qui porte de l’aube la déchirure blondedélivre de ses mains le vol clair des visagesqui partirent en fuméesecoue la poussière des mots et rompt le paindu repentirpères mères qui périrent sans l’ombre d’un adieusans … Continuer de lire Dans la tasse de lait – Susanne Derève , René Chabrière

Jean-Louis Fournier – Cadeaux


La société marchande est devenue une maison de bienfaisance. Elle nous veut du bien, trop de bien. Les grandes marques nous font constamment des cadeaux.Trois bouteilles pour le prix de deux. La troisième est gratuite. Dans le paquet de farine de 1 kg, il y a 100 g gratuits. Dans le paquet de biscuits, il y a 3 gâteaux gratuits. Dans la boîte de sardines, … Continuer de lire Jean-Louis Fournier – Cadeaux

Jung Shiwei ( dit Mangke ) -crépuscule


Déjà sur la terre le frottement des griffesdu soleils’effacedéjàtout devient sombrecrépusculepeau de fauveécorchéeau couchantque le vent sèche Les gens que je croisesont encore attentifsau moindre geste de l’airleur méfiance me gagnepassé le crépusculeles yeux d’un fauveplus cruelpourraient surgir… – extrait de « le ciel en fuite » ( anthologie de la nouvelle poésie chinoise – ed Circé 2004 ) Continuer de lire Jung Shiwei ( dit Mangke ) -crépuscule

Journée mondiale de l’Alzheimer – Florilège poétique


Magali Thuillier( Tu t’en vas – Ecrits des Forges) Une étrangère s’est glissée dans ton corps.Elle prend ta voix. Elle vit chez toi. Elleme vouvoie. Je ne lui réponds pas.J’attends que tu reviennes. Reviens. Violaine Lison(Ce soir , on dort dans les arbresEditions Esperluette) Tu te perds.Tu confonds.Ton regard s’embrume, s’emmure.Tu te crois dans ta chambre d’enfant, àl’internat, à l’hôpital.Tu paniques : je ne sais plus.Tu … Continuer de lire Journée mondiale de l’Alzheimer – Florilège poétique

Jean-Claude Pinson – septembre


deuil déjà de l’éténoircies les cosses des genêtspinceaux trempés dans un godet de bileannoncent la tristessedes jours qui viendront raccourcisdans mon humeurlégers effets de guillotineles enfants bientôtn’auront plus droitaux longs soirs de tennissur le bitume de l’impassefini le jour filtrant sa vitamineà travers les voletsdans le square on entendraceux qui refusent d’aller au litpoussant des cris de porceletqu’on sacrifie extrait de « j’habite ici » Continuer de lire Jean-Claude Pinson – septembre

Sonnez cromornes, trompes et violes – ( RC )


Sonnez cromornes,trompes et violes,que la musique résonne,sacqueboutes et trombones,qu’à chaque pas de danseun instrument ajoutesa part de joie,qu’un autre reprennel’air en cadence… la mélodie se poursuità l’instant mêmeelle enveloppe celle des chantsdans les voûtes de la nuit :voûtes de d’harmonie qui s’envolent…l’éclairent de volutesd’airs et contrepointsjeux d’accords et d’espritse croisant sous les ogivescomme le vol des lucioles… Sonnez cromornes,tambours et violes,que la musique résonne….! ( … Continuer de lire Sonnez cromornes, trompes et violes – ( RC )

Mireille Boissel – entre l’axis et l’atlas


il y a dans la nuque des gens cet endroit précis où le monde se noie où le cou  rejoint le bord du crâne où les cheveux prennent jour dans le noir en lettre minuscule entre l’axis et l’atlas c’est un désert de peau fouetté par les vents chauds qui débordent l’horizon quand le regard se pose sur la mer et le ciel c’est le lieu des naissances tendres et des incandescences là où ma paume se colle là où ma main se perd là … Continuer de lire Mireille Boissel – entre l’axis et l’atlas

Olivier Barbarant – Le bracelet d’épines


gravure Käthe Kollwitz Un jour du désirIl n’y a plusQue la douleur*Qui a posé un jourCe masqueLà où fut un visage*Toi aussi fus cette peauIl te reste le regard*Où vous dansez où vous chantezJadis l’on fut mêmes que vous*Il faudrait sans tricher s’extraire de la plainteSaluer le soleil pour d’autres qui revient*Jadis j’étais l’étéÀ présent je le vois extrait de « Séculaires » ( Gallimard) Continuer de lire Olivier Barbarant – Le bracelet d’épines

Peuple cueilleur de pluie – Susanne Derève


Peuple cueilleur de pluiequi vivais sans ruisseaux ni rivièrestoute l’eau bue par la pierre assoiffée-Sauveterre Tend l’oreillepetit peuple frugalécoute sur le toittinter joyeusement l’averse Toc toc chante le cuivre des cuveauxchantent les seilles et les seaux le zinc léger des citernes Moissonnepeuple cueilleurles grêles de printempsamasse l’ondée parcimonieusedes étésengrange les oragesdans les puits florissantsde la froide saison abreuve le grand Causse aride-ta maison Continuer de lire Peuple cueilleur de pluie – Susanne Derève

Franck Venaille – l’eau des tourbières


« L’EAU des tourbières l’eau où mon règne perdure avant de glisser ce qui me reste de voix dans la fanfare et d’en être le speaker jamais abattu l’eau m’attire – tire – cette eau j’ai bien connu le bourgmestre il faisait apparaître la ligne d’horizon souris – mulots – hérissons – taupes devinrent mes amis ces années-là où je fus désigné fournisseur en eau potable … Continuer de lire Franck Venaille – l’eau des tourbières

Josephine Bacon – enfant de la toundra


Enfant de la ToundraRésonne mon cœurTa musique, la rivièreTa lumière, les étoilesTon tapis, le vert tendre du lichenJe ne sais pas voler mais tu me portesTa vision dépasse le tempsCe soir je n’ai plus malLa ville ne m’enivre plus extrait de « un thé dans la toundra » ed mémoires d’encrier Québec Continuer de lire Josephine Bacon – enfant de la toundra

Fossile en baignoire – ( RC )


image Andrea Ellis La baignoire en fontenous laisse son ovaleau périmètre limité. Je me souviens de ton corpsdont seules quelques partiesémergeaient,tête, épaules, genoux,et parfois incidemmentune rangée d’orteils… Ce n’est qu’une infime partiede l’océan qui ne garde riende ton passage,une fois extraite et séchée,comme il se doit,à part quelques cheveux brunset peaux mortes flottant à sa surface… alors comment faire de ton absenceune œuvre qui joue … Continuer de lire Fossile en baignoire – ( RC )

Henri Thomas – Le galop des jours et des nuits


portrait d’Henri Thomas par Louis Pons Le galop des jours et des nuitsouvre mon étroite fenêtre,le temps qui passe est un ruisseauet les âmes pleines de bruit sont des moulins où je pénètre,et le chagrin comme poussièrevole par les replis du jouroù l’image qui m’était duelentement s’efface derrièreun lambeau de l’affreuse nue. vint le dernier paysage,porte ouverte surun domaine sans images,un bonheur des plus obscurs. … Continuer de lire Henri Thomas – Le galop des jours et des nuits

Gérard Macé – kanji


Une impression de deuil à la pensée que les jeunes Japonais, qui reconnaissent visuellement les kanji, pourraient bientôt ne plus les écrire. Les corbeaux seront les derniers calligraphes, comme au cimetière d’Aoyama où, de tombe en tombe (des stèles au milieu des arbres et des fougères en plein cœur de Tokyo), ils tracent de leur aile noire le nom des morts, éphémère calligraphie qu’ils accompagnent … Continuer de lire Gérard Macé – kanji

Bernard Vanel – espace Volterra


Je remonte, pensif, la rue Henri Rivière et vis à vis du trompe-l’œil, je consens à la pluie d’un vieux jour de novembre. L’Espace Volterra résonne des talons d’une femme pressée.Sur le mur, Eve est au balcon, avec son chat près d’elle. Ils regardent la place. Mais qui la reconnaît parmi les gens qui passent ? Un pigeon, l’aile en éventail, sur la façade fauve … Continuer de lire Bernard Vanel – espace Volterra

Vers l’îlot de silence – ( RC )


photo: Hiraki Sawa C’était comme une carte à peine visible,du genre d’un dessin relié par des points,tel qu’on le voit sur les albums d’enfants. Des nymphes et des cygnes étaient les figures à relier( d’une certaine manière, comme les étoiles d’une constellation ). Alors qu’il faisait presque noir, le plafond semblait s’être éloigné,les piliers effacés, presque engloutis par l’ombre. Je progressais à tâtons vers la … Continuer de lire Vers l’îlot de silence – ( RC )

Arlequin ( fin de règne) – Susanne Derève


C’était une fin de règne dont les ors s’écaillaient,tandis que sur le port les fanions pendaientlamentablement aux misaines. Si d’aucuns prétendaient que la terre était ronde,je rétorquais qu’elle est immonde,que je la voue à la géhenne avec ses basses fosses et ses culsde satin tout rongés de vermine. Et ce n’est pas tant elle qui nous mineque la faim, nous les gueux, que le Seigneurtient … Continuer de lire Arlequin ( fin de règne) – Susanne Derève

Claude Vigée – Le mont du givre


Le mont du givre inaccessibleau profil acéré d’éclairTaillé au cœur intact du domaine du père,la ou est situéle vrai pays dont rêve la poussière du monde,quand elle se souvient,le soir, dans le désert,des nébuleuses vertes ou grondait la tendressecomme le chant secret du temps dans la rivièrequi émergea première,— jadis mais pas encore —,du trou profond du crâne,du ventre originel. in revue  » Sud » 46-47 Continuer de lire Claude Vigée – Le mont du givre

Richard Millet – pierres et langage


Les belles pierres de granite, dans les champs, délimitaient des espaces de langues : chacun cultivait là son patois ou l’y laissait en friche. J’ai vu des vieillards aller se tenir debout dans l’ouverture de leurs terres et devenir silencieux, d’année en année, à mesure que genêts, houx et bouleaux envahissaient leur langage.Autour des plus hautes pierres, la langue continuera de hanter les vents. extrait … Continuer de lire Richard Millet – pierres et langage

Un peu solitaire dans l’apparente fête… – ( RC )


peinture Marcel Schreur ( hommage à St Exupéry ) Il faut lever les yeux vers ce ciel– tout ce qui rôde,          pêle-mêle – ,                     si loin que l’on s’y perdet nous,    quelque part sur la terre confrontés au ciel d’été             ces astres et leurs signaux,pouvons contempler … Continuer de lire Un peu solitaire dans l’apparente fête… – ( RC )

Raphaël Confiant – Troisième ballant


Ceux qui parient sur l’écriture ne font, sans lesavoir, que philosopher sur les traces de Pascal. Soit,en effet, celle-ci vous sauve du désastre, soit elle nerésout ni ne dénoue aucun des nœuds de votre vie.Vérité vraie, oui!Les mots allongés sur le papier (ou sur tout autresupport) sont plus dangereux que leurs alter ego quitigent de nos bouches. C’est qu’une parole peut êtreinnocente, ou en tout … Continuer de lire Raphaël Confiant – Troisième ballant

Marcel Schwob – vies imaginaires


portrait d’homme – probablement d’Hans Holbein Les biographes ont malheureusement cru d’ordinaire qu’ils étaient historiens.Et ils nous ont privés ainsi de portraits admirables.Ils ont supposé que seule la vie des grands hommes pouvait nous intéresser.L’art est étranger à ces considérations. Aux yeux du peintre le portrait d’un homme inconnu par Cranach a autant de valeur que le portrait d’Erasme.Ce n’est pas grâce au nom d’Erasme … Continuer de lire Marcel Schwob – vies imaginaires

Louis Guillaume – ta voix qui forait la neige


Faut-il le chercher si loince soldat qui conservaitton portrait dans ses mains nues ?Les animaux de la nuitlaissaient des pistes bleutéessur les pentes des ballasts.A d’inutiles tranchéesdes trains apportaient sans cessedes armes qui se taisaient.La ferme près du canalque l’hiver avait durcisemblait un silo de mort et j’écoutais simplementsans tenter de la comprendreta voix qui forait la neige. Continuer de lire Louis Guillaume – ta voix qui forait la neige

Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )


Allons savoirce qui se passe ailleursdans nos parcelles quotidiennes…Je ne te connais qu’un peu,( pas assez pour savoirde quel soleil tu te nourrisà l’autre bout de la terre ). Nos méridiens sont trop écartés,le monde est trop incompletpour tenirdans un seul esprit,( même notre regardne porte passur les mêmes étoiles ): les angles de vuepeut-être pittoresquesn’élargissent qu’un peunos connaissances,qui d’une rive,qui d’une montagne escarpée…chacun dans … Continuer de lire Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )

W.S. Merwin – le rêve


image du site de Silas Quirill Bitterli la nouvelle le vieil ami morten quête d’un bouquinen haut de mes étagèreset quand j’y eus grimpéil retira l’échelleet gisant sur le sol il rit du peu que je connaissaispuis devint une ombreuse rivière[…]The dream then came the dreamthe oldfriend newly deadasking for a bookI had on a high shelfand when I climbed therehe look away the ladderand … Continuer de lire W.S. Merwin – le rêve