Blanca Varela – les choses que je dis sont certaines


peinture auteur non identifié – Les choses que je dis sont certaines Un astre éclate sur une petite place et un oiseau perd ses yeux et tombe.Les hommes autour de lui pleurent et voient arriver la nouvelle saison.Le fleuve coule et emporte dans ses bras froids et confus la matière obscure accumulée des années durant derrière les fenêtres. Un cheval meurt et son âme s’envole … Continuer de lire Blanca Varela – les choses que je dis sont certaines

Michel Pierre – Un seul mot


À l’intérieur d’un seul mot vous ne respirez plus. La phrase vous laisse l’oxygène indispensable pour en revenir à l’idée, elle-même ombre du paradoxe qui retenait vos poings liés à la page blanche. Sinon des animaux sauvages s’emparent de votre délire. Vous parcourez toutes les savanes, remontez les déluges, appliquez à votre mémoire le vide circonstancié qui aspire faits et gestes anciens, lesquels couturent votre … Continuer de lire Michel Pierre – Un seul mot

Christophe Jubien – un seul cri


encre – Shitao Un seul cri et le geaia vaincu le brouillardvoici un rang de pots bien rondssur le balcon de la voisineet dans mon livre sur la Chinesous le pinceau de Shi Taomontagnes et rivièrespagodes et abîmesc’est un matin d’hivertels que les siècles en ont connule sang circule dans mon corpspar des sentiers immémoriaux. de « poèmes nés par accident » ed l’ail des ours Continuer de lire Christophe Jubien – un seul cri

Zeno Bianu – danseurs de paradis


peinture Philippe Pastor jusqu’à la fin des tempset plus loin encoredans tout ce bleuqui n’est que toijusqu’à la fin des mondeset plus loin encorebien plus loinsans jamais rien comprendredans tout ce bleuqui n’est que toije remontevers la sourcedes hommes-questionsvers tous ceuxqui interrogentla source sans sourceje remontevers l’intérieur de toutmille astres noirsau fond de mes pochesje me mets lentement au jourcette force de l’édende coeur en … Continuer de lire Zeno Bianu – danseurs de paradis

Sentinelles des esprits d’antan – ( RC )


Quelles présences encorecourent entre les rochers ,offerts au ventleurs têtes uséesentre les dunes herbes rousses …apparaissent sur la lande les ombres et les légendessont iciparmi les pierreshabillées de moussesle peuple des bruyèresau milieu desquelles je me promène : on entrevoit de temps en tempsun chemin qui se perddans le sable.Me voici devant la porte d’un dolmenqui surveille l’océandepuis sa table masqué partiellementpar la brume et … Continuer de lire Sentinelles des esprits d’antan – ( RC )

Marceline Desbordes-Valmore – romances ( le souvenir )


monotype Christine Sloman ô délire d’une heureauprès de lui passée,reste dans ma pensée ! Par toi tout le bonheurque m’offre l’avenirest dans mon souvenir. Je ne m’expose plus à le voir, à l’entendre,je n’ose plus l’attendre,et si je puis encor supporter l’avenir,c’est par le souvenir. Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance,je n’ai plus d’espérance ;mais je ne voudrais pas, pour tout mon … Continuer de lire Marceline Desbordes-Valmore – romances ( le souvenir )

Leonardo Sinisgalli – Les chiens ralentissent leur course


photo Pascal Riben Les chiens ralentissent leur courseEntre les pieux brûlés des vignes.Si proche OrionCes tièdes soirs de fin d’année.A ce tournant le Chariot d’or oscille.Tu regardes l’aube de la lune rougeDans les oliviers. La colline agitéeD’une rumeur de pressoir.Frais le gravier : sur tes pasLa roue ne le brise pas.Derrière nous, perdue, l’enfanceSe fait lointaine, ombre aveugleDans la poussière. Continuer de lire Leonardo Sinisgalli – Les chiens ralentissent leur course

Bohuslav Reynek – une rose des vents


peinture Tina Berning L’araignée me tisse au-dessus du frontune rose des vents. Pour quelle contrée ?A mes pieds, le chat, de sa patte grisene saisit que l’ombre des feuilles tombées. Les pies somnolent sur un peuplierdont les feuilles couvrent un buisson d’aster,et le spectre tors des vents, du soleil,vient frôler la porte dans un murmure. Continuer de lire Bohuslav Reynek – une rose des vents

Silke Scheuermann- Udine s’en va parce que Hans n’admire pas ses nouveaux habits


assemblage Zohra Opoku Ton regard qui passe du corps à l’horizont’ éloigne de moi et des objetsdes globules du sang postures de la mainpour finir au trio éclatant œil dent lèvre conduit à l’arrière de la lumière du jour dans d’autres espacesloin vers les graveurs funéraires diseurs d’oraisons funèbresles putschistes et combattants de Grosnyvers les arcs en ciel rouge jaune rouge parce que chaque nuage … Continuer de lire Silke Scheuermann- Udine s’en va parce que Hans n’admire pas ses nouveaux habits

L’œil du corbeau ne peint que du noir – ( RC )


peinture Guenter Ludwig L’œil du corbeau ne voit que du noir il m’a peint à son imagesur une toile où s’accroche un peu de lumière égarée dans l’espace closoù les sillons ne pourraient se poursuivreque dans les perspectives de champs brûlés On remarquera quelques tiges bruniesqui émergent de temps à autreet ne retiennent qu’un gris affadi( on penserait à une neige ancienne ,persistante accrochée aux … Continuer de lire L’œil du corbeau ne peint que du noir – ( RC )

Abdallah Zrika – Ivresse de l’effacement -3


Et toi Al Gharabli, L’anéantissement vogue doucementdans la prairie d’une joue La chute commence par le hautd’un grain de beautéjusqu’à la douceur d’une lèvre La mort déambule entre le beurrefrais d’un visage et le rouge d’une terre Le chant autour de toi ne peut êtrearrêté par la douceur de son cou reblog du site « terre de femmes » Abdallah Zrika est un auteur marocain Continuer de lire Abdallah Zrika – Ivresse de l’effacement -3

Gérard Pons – le ciel


peinture Eugène Boudin, musée du Havre Le ciel vierge de toute mémoirelaisse courir les nuages.Le solitaire démentcompte les étoilesdans sa douce euphorieet recommence chaque soirson festin de désir.Exils La mer dans son rôlepromenait les rêvesjusqu’au pied des remparts.La citadellecomme un poing fermé sur une tablepriait le cielde ses créneaux inutileset de ses meurtrières sans âme.Au milieu des roseauxagenouillée dans le tempspierres sur pierresérodées par les ventsne … Continuer de lire Gérard Pons – le ciel

Giorgio Agamben – Création et anarchie


dessin- René Chabrière « L’artiste ou le poète n’est pas celui qui a la puissance ou la faculté de créer, qui un beau jour, par un acte de volonté ou obéissant à une injonction divine […], décide, comme le Dieu des théologiens, on ne sait comment ni pourquoi, de mettre en œuvre. Et de même que le poète et le peintre, le menuisier, le savetier, le … Continuer de lire Giorgio Agamben – Création et anarchie

Un rouge-gorge à Montréal- Susanne Derève


Café matutinal-quand l’oiseau familier à la fenêtrefait les gros titres du journall’un de ses congénères à gorge rougea débarqué à MontréalL’unique petit robin d’Europea déplacé des foulesde photographesImaginezqu’il ait atterri sans papiersdans le Minnesotail aurait attiré les foulesde snippersde l’ICE et sur le rouge-gorge de J-J Audubon Continuer de lire Un rouge-gorge à Montréal- Susanne Derève

revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )


image – montage RC Les vagues souvenirsfont partie d’un toutque l’on emportesans s’en apercevoir,comme les oiseaux perchésemportent les imagesdes pays traverséssur le toit des églises. Esquisses de l’estompe,avant que la mémoire ne s’effacele carnet de poèmesa tout du sommeil de l’enfanceinterrompu inopinémentmais vers lequel on retourne,en feuilletant ces cahiersoubliés dans le carton.. C’est revenir fréquenterla confusion des paroles et des rêvesrevenir sur les hivers,les arbres … Continuer de lire revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )

Jean Tardieu – pinceaux et combat


peinture W de Kooning Je prends alors mes pinceaux. J’engage un combat géant. Je me veux mesurer avec ce qui me dévore. Je veux exprimer avec des lignes et des couleurs (oh l’armement le plus léger !) mes angoisses ou mon délire, mon ivresse, mon secret vertige.Ce que j’aurai sorti de l’ombre de moi-même, brillera comme l’or et sera hors du temps. Il suffira d’un … Continuer de lire Jean Tardieu – pinceaux et combat

les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)


ce texte prend pour base un extrait d’un long poème de Jacques Réda ( qui suit ), et qui provient du recueil  » la nébuleuse du songe » Tu me sais bien trop lourdpour flotter sur le dosde la trajectoired’une comète…à la rigueur un cachalotaurait fait un détourjuste pour aller me voirdans l’espace sidéral: cette idée me trotte dans la tête,( aller assister à la naissancedepuis … Continuer de lire les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)

Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé


photo ioan nicolae Tout est froid dans son présent noir :Lui, qui tenait tant à la flammeSon dieu vivant, le feu de boisSuce pour rien ses arbres morts. Son œil est resté fixe, ouvertLa terre est nue sur sa prunelleHypnotisée par une nuitPlus aveuglante que le blanc Masquée de viande crue, la joie du CarnavalMet des feux sur la neige Il s’en allait, sautaitPétrissait du … Continuer de lire Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé

Mireille Podchlebnik – illusion


Je partirai un jour à pas de loup sur le chemin »Et encore ceci, je ne sais plus pourquoi ou je le sais trop bien :« Il se noyait dans le silence jusqu’à l’obstination,partageant le silence de ceux qui n’étaient plus. il voulait se défaire du manteau de colèrequi le couvrait depuis sa naissancejusqu’à l’étouffement.Résolument plongé dans un monde de non-dits-en alliance avec le clair-obscur … Continuer de lire Mireille Podchlebnik – illusion

Jan Wagner – nature morte


impression poisson gyotaku  ( rouget ) Un grand poisson, couché sur un journal,une table en bois dans une cabane en Normandie. Très calme, très chaud – l’air tricote des chaussettes de laine,tu peux le toucher ou ne pas le toucher,ses écailles argentées semblables aux longues sériesde notes d’une symphonie froide,sa tête est coupée,sinon, à supposer que les poissonssachent lire, il pourrait lirece qui se trouve … Continuer de lire Jan Wagner – nature morte

Alessio Brandolini – Seaux de lumière


SECCHI DI LUCE (Seaux de lumière) Depuis des mois, on vivait dans la villedans l’obscurité la plus totale.Comme il était désagréablede rester dans le froidet surtout dans le noir !De ce tuyau d’évacuationsortaient à flotsles rayons cuivrés d’un soleil mûr.Je les sortais un par unet chaque jour, je remplissaistrente-trois seaux de lumièrequi étaient immédiatement vendus au marchéà un prix élevé, je l’admets,peut-être un peu indécent,mais … Continuer de lire Alessio Brandolini – Seaux de lumière

Neige sur le dos de pierres – (RC )


– Le dos de pierresCourbé dessousLe tas de cendres,Et puis l’été,Et puis la colline, Vautrée sous le passage de l’orage.Demeurent, parmi les restes de murs,De la petite ruine,Les éclats d’ardoise,Que le feu a révélés… Les mauvaises herbes, en tas,Agressives,Avaient pris possession des lieux,Et les orties, étaient chez elles.Sur le dos de pierres,  de la voûte écroulée, –          C’était il y a … Continuer de lire Neige sur le dos de pierres – (RC )

Pierre Voélin – le plus haut rêve de feu


Pour détruire le plus haut rêve du feu,tu n’avais que les songes– à l’abri de tes cils.Entre nous– aujourd’hui– le froid n’a pas repris. Demeure une tombe d’orties blanches.Elle s’est referméela beauté des chosess’est déchiréela robe des fiançailles– toi plus belle qu’un millier de matins,et le galop d’un chevalsur la terre orpheline Continuer de lire Pierre Voélin – le plus haut rêve de feu

Ted Hughes – lumière parfaite


Lumière parfaite Tu es là, dans toute ton innocence,Assise parmi les jonquilles, comme sur un tableauOù tu aurais posé pour illustrer « l’innocence ».La lumière parfaite sur ton visage l’illumineComme une jonquille. Comme pour chacune de ces jonquilles,Cela devait être ton seul mois d’avril sur terreParmi tes jonquilles. Dans tes bras,Comme un nounours, ton fils tout juste né,À quelques semaines seulement de son innocence.Mère et … Continuer de lire Ted Hughes – lumière parfaite

Sébastien Balbine – ermite


peinture Georges de la Tour Que l’on est bien autruche à ne rien voirPrisonnier de ces murs, étouffé et cloîtréPrivé de verdure et ébloui de noirSe dit l’ermite à qui la solitude plaisait. Ce panorama opaque convient amplementÀ la vision que je me faisais de ce monde.Ici nulle trace d’entrailles ni de sang,Nulle guerre ne frappe ma pensée féconde. Hormis ma main froide je ne … Continuer de lire Sébastien Balbine – ermite

 Joë Bousquet – Le Meneur de lune


« Un fait est sorti du rang, tu trembles comme si tu te sentais moins vivant que lui, on dirait que toute ton existence a pris la forme d’un événement pour te juger. Manqueras-tu cette occasion de créer ta vie au lieu de la recevoir ? Tu souffriras de ta victoire, tu te traîneras le long des jours manqués par ton sursaut d’orgueil. Mais qu’est-ce que … Continuer de lire  Joë Bousquet – Le Meneur de lune

Variations sur un matin neigeux – Susanne Derève


Variations sur un ancien poème (le dernier) exhumé des brouillons et passé (en partie) à la moulinette d’un mélangeur de textes en ligne. Prés /estampesqui du gel nous dira goutte/porcelaine/branchesl’aérienne douceurfins et têtus sont nos silences aux blanches portes tisséesqu’il entre le chant des églantiersposer des bras/des mainsneige menue en ses fossés * -des porcelaines fines aux branchesla neige aux doigts menusmains nues tisse son … Continuer de lire Variations sur un matin neigeux – Susanne Derève

Zéno Bianu – Sentinelle bleue


Il n’a pas de nomc’est un spectre bleu-noiril s’avance il est allé au bout de toutau bout de sa mélancolieau bout de son souffle il n’a plus de nomil a oublié jusqu’à sa languepour débusquerdes routes mentales secrètesglisser sur le sentier des étoiles il ditl’identité c’estla métamorphosele passagela polyphoniel’accueil la porositél’enlacement l’étreintel’hybridation perpétuelle il ditassimilerplutôt qu’exorciserexplorer les frontièresnon comme des clôturesmais comme des zonesde création … Continuer de lire Zéno Bianu – Sentinelle bleue

Maggie Nelson – 27 jours de pluie


Est-ce l’action qui attenddans les coulissesde l’émotion, ouce sentiment est-iltout ce qui restera ? Le toucher estsurcoté, disent certains. Je dis non.Allez vous coucheren colère et en nage et réveillez-vous au sonde la pluie quitombe, les rues vidées de leurcarnaval. Des marques rosessur un mouchoir blanc annoncent le passage d’un autremois, inconsolable.Qui peut dire si ce bruissementest un désirprédestiné, ou simplement la loutre qui en … Continuer de lire Maggie Nelson – 27 jours de pluie

Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil


saute-mouton dans les coulisses du soleilà la santé de la mort et des buveurs de ventmauvais penchant félicité du videil se jette à genoux dans l’obscurité du sommeil commeun oiseau dans le mensonge de ses ailesil reste là puis il tombetête tranchée dans le panier garni d’un numéro gagnantl’entonnoir dans le fin fond du ventre de la terrela mort épongée en basdans une flaque invisible … Continuer de lire Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil