Mario Luzi – Ne pars pas


photo Javier Molina Ne pars pas,ne laisse pasl’éclipse de toidans ma chambre.C’est le soleil qui te cherche,il n’a aucune pitié pour ton absence,le soleil te trouve même dans les lieuxfortuitsoù tu es passée,dans les endroits que tu as quittéset dans ceux où tu esallée sans t’en rendre compte,il brûleet réduit à néanttoute ta journéebrûlante.Et pourtant, elle a été,elle a été,aucune heure n’a été vaine. Non … Continuer de lire Mario Luzi – Ne pars pas

Grégoire de Narek – prière ( extr )


Nul être, nulle créature, rien ne peut recueillir le fuyard que je suis : ni les crevasses, ni les gouffres sans fond, ni les plus hautes cimes, ni les failles des rochers, ni les troncs, ni les pierres, ni les creux, ni les trous, ni les cavernes béantes, ni les gorges des torrents, ni les caves, ni les combles, ni les dédales occultes, ni la … Continuer de lire Grégoire de Narek – prière ( extr )

Astrid Waliszek – clac


visuel:  Omer Parent tes veines, vivantes et bleues dansent une sarabande effrénée sur le dessus de ta main. La terre tremble, dis-tu. à bousculer les nuages à chercher la chaleur nous avons oublié l’heure celle de l’au revoir – non, pas adieu   et voilà, c’est ici, c’est maintenant couvre-toi, ne prends pas froid tu ne reviendras pas, c’est là c’est maintenant qu’il faut partir les … Continuer de lire Astrid Waliszek – clac

Paul de Brancion – Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor


peinture Suhair Subai Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor encore, pas encore.Même si je l’ai fait. Elle m’a dit au revoir.J’ai reçu son adieu mais je n’y ai pas répondu,je n’ai rien dit, c’était impossibleparce qu’elle avait été si dure.Je ne l’ai jamais prise au sérieux, même dans sa mort.Elle était une sorte de monstre.Maintenant qu’elle est morte, j’ai bien consciencequ’après tout … Continuer de lire Paul de Brancion – Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor

l’étoffe des fleurs a longtemps attendu notre retour – ( RC )


image – texte Susanne Derève, sur une peinture de Denis Laget L’étoffe des fleursa longtemps attendunotre retour,-ces roses au velourssi fragile-devant l’arbre nuaux branches dresséesdans le ciel , solitaire…Quand nous sommes revenus,un tapis de corail à nos piedsc’était déjà l’hiver, l’espoir d’une renaissancetout à coup ralenticomme la sève du marronnierdont nous ne verrons plus les fruits, car le gel nous a devancéset a tout pris … Continuer de lire l’étoffe des fleurs a longtemps attendu notre retour – ( RC )

Après la brume, les gouttes de pluie reflètent le monde à leur portée – ( RC )


Après les brumeset le silence qui plane,épais – après le passage du train,les gouttes de pluiese précipitent,elles griffent les vitresde leurs pointillés,où se reflèteune part du mondeà leur portée….Il me reste beaucoup de tempsà tuer avant le passage du prochain,qui vient pourtanttoujours trop tôtavant que j’aie terminé le récit. Pendant ce tempsl’esprit voyageet prend de vitessela course des nuages,surtout après le vin chaudque j’ai emportéavec … Continuer de lire Après la brume, les gouttes de pluie reflètent le monde à leur portée – ( RC )

Nathaniel Tarn – La mer se ferme sur les yeux


La mer se ferme sur les yeux, les yeux devenus ciel :du ciel descendent les poissons translucides,adoucie par les lèvres de la mer, à l’eau si généreuse,sa chaleur versant une huile d’hydromel,les poissons commencent  à l’instant nous entrons –étant à peine visibles nous ne les voyons pasjusqu’au moment où nous passons dans leurs bancsles derniers de la création, l’eau-création,et puis nous sommes au-dessus d’eux,glissant à hauteur d’œil … Continuer de lire Nathaniel Tarn – La mer se ferme sur les yeux

Charles Akopian- Dadig et Babig *


Quand une montagne perdle fil de l’histoire Quand une montagne est coupéede ses montagnes Quand une montagne ne voit plusqu’à travers une cage Quand une montagne n’a plus de braspour enserrer les siens Quand une montagne souffred’avoir perdu sa famille Quand une montagne n’entend plusle chant des grues qui la salue Quand une montagne tombecomme une plume abandonnée Quand la montagne ne perçoit plusla couleur … Continuer de lire Charles Akopian- Dadig et Babig *

Pentti Holappa – les mots longs


peinture Marsden Hartley Si seulement je me souvenais comment on jouit, par quel organe, et comment on oublie. Et l’amour : jouissance au premier jour, douleur le deuxième, au troisième la solitude. Toute chose trouve sa fin. Je suis malheureux. Pire encore : je suis. Le vin de messe a un petit goût de sang. Continuer de lire Pentti Holappa – les mots longs

Seamus Heaney – Tourbière


à T Flanagan Nous n’avons pas de prairiesQui découpent un grand soleil le soir-Partout l’œil s’arrêteAux empiètements de l’horizon, Se laisse courtiser par l’œil de cyclopeD’un lac. Notre pays sans clôturesEst une tourbière qui ne cesse de se craquelerSous les visées du soleil. Ils ont sorti de la tourbeLe squelette du Grand ÉlanIrlandais, et l’ont érigé,Quelle stupéfiante caisse pleine d’air! On a retrouvé blanc et … Continuer de lire Seamus Heaney – Tourbière

les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )


Dans la tiédeur des mers des tropiquesles roses de corail prolifèrentet les animaux marinsse glissent entre les vaguescomme des éclairs d’argentque même le regardne parvient à saisir,c’est un festival de couleurssous nos piedsdans la transparence de l’ondeoù la vie se multiplie. L’attrait turquoisedu bénitier à la coque entr’ouvertey est plus à sa placequ’au sein d’une cathédrale engloutiedans le sable aussi finqu’une farine collant aux pieds: … Continuer de lire les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )

Lady Liberty – Susanne Derève


Lady liberty , souviens-toi de tous ceux -des milliers des millionsqui foulèrent le sol d’Ellis Islandpour rejoindre la Terre promise*avec pour seul bagage une valise en cartonet leur patrie perdue dans une chanson Te voilà prise au piège my Ladydes chasseurs de colombesdes tueurs de gazellesdes incendiaires de livresdes moucheurs de réverbères Ceux qui changent le cœur en marbreet la glace en mitraillel’or en plombla … Continuer de lire Lady Liberty – Susanne Derève

Lionello Fiumi – l’homme ferme les volets


Chaque soir volontairede la mort éphémère,d’un geste qui ne sentnul frisson de l’allusion, l’homme clôt les volets :et c’est murer soi-même et la maisond’une saveur de tombe.Cependant, malgré lui, le songe pitoyablel’arrache de ce noir exil.Il crève d’un poing de lumière les vitres, et voici galopant sur la tabledes jeunes juments d’écume marine,de sveltes voiliers de nuage rosequi lèvent l’ancre à travers les rideaux :le … Continuer de lire Lionello Fiumi – l’homme ferme les volets

Comme si la couleur avait été volée au Plat Pays – ( RC )


peinture Elinga Pieter Janssens De ces eaux trop tranquilles,qui dorment et attendent;des canaux se perdent, jusque dans le ciel,la campagne est trop verte,et s’étend , plate,même en-dessous de l’horizon. Les canaux d’Amsterdamsont des miroirs immobiles,où se mirent les façades en escalier ,comme pour embellir le décor;chantant leur vie silencieuse,même au coeur de la ville . Les eaux sont si lisses,qu’elles ont l’allure d’un miroir,aussi dense … Continuer de lire Comme si la couleur avait été volée au Plat Pays – ( RC )

Leonardo Sinisgalli – dans les canaux débordait


Dans les canaux débordaitLe soir fleuri de bruyères.Il grandissait jusqu’à toucher ton pied.Tu appelais la dernière lumièreVers l’illusion de la source, et l’hirondelle,La poitrine mouillée de ses premiersEnvols sur les jardins, venait crierDans tes jupes. extrait d’une revue de la nouvelle poésie italienne Continuer de lire Leonardo Sinisgalli – dans les canaux débordait

Marcela Delpastre – pauvre Natanael


peinture Lucia Mendès (…) Suis-je assez pauvre ? Assez seul, assez nu. Suis-je vidé suffisamment de ma mémoire. Suis-je assez sombre. Assez obscur. Et dans cette ombre enfin peux-tu germer, lumière. Et dans l’humide de mon cœur prendre racine. Et croître dans ce corps, musique. Peux-tu monter de moi, murmure. Chant qui n’est pas mon chant, mais que je chante, à travers moi peux-tu fleurir ! À travers … Continuer de lire Marcela Delpastre – pauvre Natanael